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Chapitre L\XVI

LES ENVIRONS DE PARIS

Château de Ville-d’Avray. — La Fontaine du roi. — Marnes et son château. — Manufacture de Sèvres. — La terre à porcelaine. — Fabrication de la porcelaine. — Matériaux qui entrent dans la composition des porcelaines de Sèvres. — Procédés à l’aide desquels on façonne la porcelaine. — La cuisson. — t oint lire sur porcelaine. — Peinture sur vitraux. — Le château de Saint-Cloud. — Le parc. — La lanterne de Diogène. — La fête de Saint-Cloud. — Les mirlitons. — Virollay et les courses de la Marche. — Versailles. — Le château de

Versailles. — Lachapelle. — Les appartements La salle de spectacle. — Le musée. — Les galeries historiques' — Les tableaux des grands maîtres. — Le parc —

Les bassins — Les étangs. — Les grandes eaux. — Les voitures historiques.— Trianon. — Saint-Cyr. — Meudon. — Bellevue. — Fontenay -aux -Roses.

L’espace nous presse, et nous voilà forcé de faire l’école buissonnière dans les environs de Paris. Suivons la ligne du chemin de fer delà rive droite. Voici Liatignolles dont nous avons déjà parlé, Clichy la Garenne , et Asnières, ce buen retira de la petite propriété, ce port de la basse Seine, célèbre par ses joutes maritimes et son jardin, où fleurissent les danses les plus échevelées. Un peu plus loin, Courbevoie, qui montre fièrement sa caserne; Puteaux, où mourut Bellini; Suresnes, renommé par son vin... détestable; Ville -d’Avray, une des plus agréables positions de Paris. On y voit, parmi de charmantes maisons de campagne, un assez joli château, bâti par Thierry, valet de chambre du roi Louis XVI. La fontaine du wi , située au bout du village, eut jadis une

grande réputation. Louis XIV ne voulait boire que des eaux de cette fontaine. Près de Ville-d’Avray est le village de Marnes, dont le château appartenait naguère à madame la duchesse d’Angoulême. Tout à côté de Ville-d’Avray est Sèvres, célèbre par sa manufacture de porcelaine.

En 1765, un pharmacien de Bordeaux, nommé Villaris, ayant entendu parler des recherches qu’on faisait pour découvrir en France la terre à porcelaine nommée kaolin, crut reconnaître le kaolin aux environs de Saint-Yrieix dans une matière blanche et onctueuse. Il envoya cette argile à Macquer, le chimiste, qui , après plusieurs expériences faites à Sèvres, ne conserva plus aucun doute.

La fabrication de la porcelaine dure fut élaborée à

Sèvres par Macquer, et ce chimiste lut, en juin 1 769 , un mémoire à l’Académie des sciences, en présentant des pièces qu’il venait de fabriquer; il décrit les caractères et les qualités de la porcelaine dure, mais sans faire connaître encore les procédés employés dans la fabrication. En 1 77 i, cette fabrication y était en pleine activité, et c’est à cette époque que l’on construisit le premier four vertical, disposition qui est aujourd'hui généralement adoptée en France comme en Allemagne.

Les matériaux qui entrent dans la composition des pâtes de porcelaine de Sèvres sont : les argiles qui proviennent du lavage des kaolins de Saint-Yrieix (Haute-Vienne), les sables provenant du lavage des mêmes kaolins, la craie de Bougival, et le sable de la

Vue générale de la inamifaelure de Sèvres.

nutte d’Aumont , auprès de Chant i ly dans l'Oise.

Les kaolins bruts, tels qu’ils arrivent de Saint-Yrieix, doivent être débarrassés par un lavage convenable du sable feldspathique et fusible qu’ils contiennent. On les jetie dans une cuve pleine d’eau, dans laquelle on les agite ; on attend quelques instants que le sable plus lourd se soit déposé; puis on fait écouler la bouillie claire au travers d'un 1 amis de crin pour en séparer les impuretés qu’elle peut renfermer. L’argile ainsi lavée se rend dans de grandes cuves où on la laisse se déposer. Elle peut entrer immédiatement dans la composition de la pâte : c’est elle qui constitue la partie infusible de cette pâte.

La partie fusible, celle qui fournit à lapâtela translucidité qui la caractérise, est le sable feldspathique qu’on extrait par le lavage du kaolin brut; il est plus ou moins grossier ; on le broie dans des moulins qu’on

15 Cent. LA LIVRAISON. — 185e et 186 Livr.

nomme tournante, et qui l’amènent dans un état de ténuité convenable.

Ces moulins sont formés de deux meules en grès placées horizontalement; la meule inférieure est fixe, la meule supérieure est mobile et entraînée dans un mouvement de rotation sur elle-même; elle frotte sur la meule inférieure et écrase les parties grossières qu’elle rencontre.

Quand le sable est bien broyé à l’eau, on le mêle avec l’argile de kaolin, du sable d'Aumont, également broyé, et de la craie de Bougival, dans des proportions variables, suivant la composition du sable et de l’argile de kaolin, qui sont soigneusement analysés.

Ces matériaux, qui constituent la pâte, sont mélangés dans une grande cuve où ils sont brassés par une roue en fonte, armée de bras et de jantes qui poussent d’énormes blocs de grès. Ces pierres, par le frot-

Am bureaux de l’Wluttration, rue de U chelieu, CO.

ment qu’elles exercent sur le fond de la cuv e qui est grès très-dur, augmentent encore la ténuité de utes les parties de la pâte, a laquelle on ajoute une rtaine quantité d’eau. II n’en faut pas mettre trop, r les matières qu’on veut mélanger se déposeraient ir ordre de densité, et la pâte n’aurait plus l’homonéité de composition qu’on cherche à lui donner, ne faut pas non plus en mettre trop peu; le mélangé t iendrait trop difficile a opérer.

La pâte dans cet état est trop liquide pour être imédiatement employée; à l’aide d’un robinet qui se yiive à la partie inférieure de la cuve dont nous vems de parler, et qu’on nomme moulin a blocs, on fait écouler pour la raffermir.

Ce raffermissement de la pâte s’opère dans ce que m appelle des coques; ce sont de grosses caisses en âtre très-épais et très-sec; le plâtre, gâché clair, eb-

KlS TV H. DE Fl RM I N OU.OT, 56. RHK JACOB 20 C. p6T II» poste.

sorbe promptement l’eau avec laquelle il est en contact et qu’il enlève à la pâte. Celui-ci se contracte par cette dessiccation rapide, et se détache facilement des coques.

On la raffermit encore en la soumettant à une forte pression : on l’enferme dans des sacs de toile, qu on laisse égoutter pour qu’une portion de 1 eau puisse s’écouler seule, et on les place ensuite par lits de quatre sacs sous les plateaux d une presse que deux hommes mettent en mouvement.

L’expérience a démontré que la pâte donnait des résultats d’autant plus avantageux, qu’elle avait été maniée, pétrie plus souvent; ses qualités paraissent aussi s’améliorer si on la conserve longtemps humide. On dit même qu’en Chine, on la conserve cent ans avant de l’employer. Il est donc nécessaire de soumettre la pâte, avant de la livrer dans les travaux, à ce qu on nomme le pétrissage et le pourrissage.

Le pétrissage est ordinairement précédé du marchage. L’ouvrier étend la pâte en un cercle plein sur une aire bien dressée: le marcheur, pieds nus, la pétrit en partant du centre et marchant vers la circonférence, et revenant de même en spirale de la circonférence au centre. Il la relève ensuite avec une pelle et la met en ellipsoïdes d’environ 25 kilogrammes qu’on nomme ballons ; ces ballons sont mis sur le tour, ébauchés, tournassés, puis conservés pour acquérir les qualités qui paraissent résulter de l’ancienneté, A Sèvres, on ajoute encore à la pâte nouvelle une assez forte proportion de lournassures ; on appelle ainsi les copeaux qu’on enlève d’une pièce ébauchée à une trop forte épaisseur.

La pâte est enfin mise entre les mains de celui qui lui donne la forme qu’elle doit conserver, mais elle doit être batlne avant d’entrer dans la fabrication. L’ouvrier la roule avec ses mains et ses bras, la réunit en petites masses qu’il jette violemment contre la table, et, resserrant par ce moyen toutes les parties, il enchâsse l’air qui pourrait y être engagé. Le battage est complet, quand, en cassant ces petites masses, on n’y voit plus aucun vide, aucune soufflure.

Les procédés à l’aide desquels on façonne la porcelaine sont variables avec la forme, la dimension , l’épaisseur des pièces qu’on veut obtenir; ces procédés sont le tournage , comprenant Yébauchage sur le tour, et le toumasscige, le montage et le coulage.

Une grande partie des pièces de porcelaine se fait sur le tour. C’est un axe vertical portant à sa partie supérieure une plate-forme ou gise'.le, sur laquelle se met la pièce à ébaucher, et à sa partie inférieure un disque plein, lourd et épais, servant de volant, et que le tourneur met en mouvement à l’aide de son pied.

L’ébaucheur met sur la tête du tour une masse de pâte humide proportionnée à la pièce qu’il veut faire; il mouille ses mains avec de la pâte très-liquide qu’on nomme barbotine^ met le tour en mouvement, élève la masse encore informe, la rabaisse en forme de grosse lentille, et perce cette masse lenticulaire avec les deux pouces; il l’élève ensuite en pinçant entre le pouce et les doigts ce commencement de forme qu’il vient de faire prendre à la masse de pâte; il l’étend ainsi en la tenant humectée au moyen de la barbotine, qu’il prend avec la main, et la rapproche plus ou moins de la forme ([ii elle doit définitivement avoir. L’ébauchage des petites pièces se fait avec les doigts par l’apposition de 1 index au pouce, soit d une même main, soit des deux mains : celui des grandes pièces se fait avec

les mains et les poignets opposés l’un à l’autre, et le secours d’une éponge qui est comme destinée à étendre la surface des doigts.

L’ébaucheur conserve à sa pièce une épaisseur telle, qu’à peine peut-on présumer sur la vue de l’ébauclie la forme de la pièce qu’on veut obtenir.

Lorsque la pièce, par une dessiccation lente et égale, est assez sèche pour se couper en copeaux sans se réduire en poussière, on la place sur un mandrin pratiqué sur la giselle du tour, on l’y pose de manière que son axe se combine avec celui du tour, et

Manufacture de Sèvres. — Km ail, trempage, égouttage, retouchage.

on la fixe avec un peu d’eau à l’aide d’un pinceau.

Les instruments coupants employés par le tourneur pour terminer sa pièce s’appellent tou massons, et sont de la plus grande simplicité. Ce sont, pour dégrossir, des plaques d’acier à bords tranchants, droits ou courbes, placées à l’extrémité d’une tige, perpendiculairement à cette tige. Pour finir, ce sont des lames d’acier minces, provenant ordinairement de vieilles lames de scies, que le tourneur taille lui-même

Application et impression de ta croûte sur te moule, garnisseur, réparateur.

pour leur donner la courbure de sa pièce. C’est en tournassant que l’on forme les moulures saillantes, les filets, les gorges, etc. Enfin, lorsque la pièce a reçu exactement la forme qu’elle doit conserver et une surface unie, le tourneur polit cette surface, c’està-dire remplit les petites cavités, et abat les petites saillies à l’aide d’une lame de corne.

La plupart des pièces présentent des ornements, des becs, des anses, etc., qu’il faut rapporter et coller sur la pièce tournassée; ces garnitures sont générament moulées dans des moules de plâtre.

Ce moulage demande une grande adresse, car il faut que la forte pression que doit donner le mouleur pour obtenir une empreinte nette soit en même temps égale sur toute la pièce moulée; il faut qu’elle fasse sortir du moule cette partie si flexible sans la gauchir, car ce gauchissement reparaîtrait après la cuisson, et déformerait la pièce dont elle fait partie.

Si la pièce de garniture doit être isolée, et si, par conséquent, elle n’a pas de surface d’application, elle est moulée en deux coquilles, et la partie qui reste en saillie dans l’une des deux sert pour la prendre et l’enlever du moule où elle était mise.

Si c’est un ornement d’application destiné à une pièce à surface plane, convexe ou concave, comme le moule doit présenter la même courbure que la pièce sur laquelle on doit appliquer cet ornement, et que celui-ci ne doit faire aucune saillie sur le moule, le mouleur ne peut le détacher du moule et l’enlever qu’au moyen •d’une petite pelote de pâte qu’il tient dans sa main et qu’il applique contre la pièce encore engagée dans le moule.

La plupart des garnitures se moulent pleines; mais si ce sont des becs de théières, de cafetières, etc., ou des anses de tasses de grandes dimensions dont on veuille diminuer le poids, elle doivent rester creuses; alors on fait une espèce de feuille de pâte qu’on nomme croûte, mince et d’égale épaisseur, on l’applique avec le doigt et l’éponge dans une des coquilles du moule, ayant soin d’unir le demicanal qu’on réserve dans chacune d’elles, et qui doit former un canal entier par la réunion de ces deux moitiés. Il faut passer dans cette espèce de canal droit ou courbe un petit tampon de linge pour enlever de son intérieur les bavures du moule, rendre la surface bien unie, et assurer la jonction parfaite des demi-parties.

Les pièces de garniture ainsi moulées et détachées sont réparées et terminées sans délai : le réparage se fait à la main; il faut enlever les sutures, les parties trop saillantes avec un instrument coupant et dentelé nommé gradine, sans chercher à faire rentrer la pâte dans la pièce; il faut aussi boucher avec de la pâte sans compression les gerçures et cavités que le moulage a fait naître ou que le tournassage a mis à découvert. Les ouvertures ou jours qu’on pratique sur les corbeilles et sur certaines pièces riches qu’on nomme réticulées se font encore à la main avec une lame coupante, et demandent, ainsi que le sculptagc, qu’il s’applique à des bustes, des statuettes ou toute autre pièce, une grande adresse et beaucoup d’intelligence.

Lorsque les garnitures sont réparées et finies, on les place, pour être raffermies et presque séchées , sur des supports en plâtre dont la forme est appropriée à celle de la pièce de garniture. On charge quelquefois les extrémités avec de petites balles de pâte encore humide pour empêcher ces parties de se sécher plus vite que le corps de la pièce, de se relever ou de gauchir.

Pour réunir la pièce de garniture au vase qu’elle doit orner, on les présente l’une sur l’autre, on les ajuste, et on fait sur les deux espaces qui doivent être collés des raies croisées qui rendent ces deux surfaces rugueuses; on prend avec une petite palette une quantité convenable de barbotine, on en met une couche mince sur la surface d application, et on colle promptement la pièce. La barbotine suffit pour coller solidement, même avant la cuisson, une garniture humide sur une pièce humide ; mais quand les deux pièces sont sèches, comme elles absorbent l’eau très-promptement, la barbotine serait desséchée

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