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CHAPITRE LXXVI

CES ENVIRONS DE PARIS

es pièces d’eau ; nous n’en finirions pas ; les gravures que nous donnons plus loin seront d’ailleurs plus éloquentes que ma prose, et puis l'univers entier sait les noms célèbres de toutes ces merveilles qui fixèrent son attention pendant plus d’un siècle. A presque tous l’histoire a rattaché des souvenirs de fêtes et de galanteries; allons donc en courant. Nous ne reste-

Musée de Versailles. - — Prise de la smala d’Abd-el-Kadei .

rons guère sur le parterre d’eau, malgré les grands bassins de marbre blanc et les groupes d’enfants et de tleuves, et nous allons nous diriger vers le parterre du nord par un bel escalier de marbre blanc, sans trop faire attention aux vases de Ballin, aux tritons et aux sirènes des bassins, modelés par 1 uby et Lehongre. Voici le bassin de la Pyramide, puis les bains

de Diane, dont les sculptures sont en grande partie de Girardon.

Quand nous étions dans les appartements du château, c’était le nom de Lebrun qui nous frappait le plus souvent ; c’est maintenant celui de Girardon que nous allons rencontrer à chaque pas : mais n’oublions pas pour cela celui de Lebrun. Si tous les

(Troupes pittoresques ont été sculptés parle ciseau habile et souple de Girardon, c’est l’imagination infatigable de Lebrun qui leur a donné la première vie. Girardon n’a fait qu’exécuter d’après les dessins du peintre du roi.

Après les bains de Diane, l 'allée d’Eau et sa population de statues, puis le bassin du Dragon, et enfin

Tableau de M. Horace Vernet.

le bassin de Neptune, œuvre de Bouchardon, restaurée par Lemoine, qui nous montre deux des plus beaux groupes de ceux cpii servent à la décoration des fontaines ou des jets d’eau.

En remontant vers l’allée d’eau, nous trouvons le bosquet de Y Arc-de-Triomphe, celui des Trois-Fontaines, Vallée de Gérés , le bosquet du Rond-Vert, puis

le bosquet des Bains d’Apollon, magnifique décora, tion d’opéra, exécutée avec de vrais arbres, un vrai rocher, et que complète un groupe de Girardon d’un aspect véritablement féerique.

Viennent ensuite le bassin de Gérés, le bosquet de l’Étoile, le quinconce du Nord, avec des Termes exécutés sur les dessins de Poussin; puis le bassin de

Musée de Versailles. — Bataille d’Isly.

Tableau de M. Horace

c Yeruet.

Flore, au milieu d’un carrefour où fut représenté pour la première fois la Princesse d’Elide, en 1664. Voila le bosquet d’ Encelade et son bassin, le bassin de I 0bélisque, la fontaine du Point du jour, le bassin d’Apollon , une des plus grandes pièces. Maintenant remontons le célèbre Tapis vert, qui nous ramène du côté de la chapelle. Voyons en passant la balustrade, en marbre du Languedoc, du bosquet des Dames, avec d'admirables bas-reliefs de Girardon, de Mazeline et de Guérin, que l’humidité ronge et détruit chaque jour.

Ne nous arrêtons pas a 1 armée de statues qui garnissent les allées qui nous environnent, sinon devant cette charmante Nymphe à la coquille , de Coysevox, qui puise de l’eau avec une grâce si nonchalante, ou plutôt avec une nonchalance si gracieuse.

Nous allons arriver à la magnifique pièce de Ijilonc ,■ visitons avant la fontaine de Diane, et les deux beaux groupes de Raon et de Van-Clève, et les sept statues qui ornent Y allée des

If*-

Nous voici arrivés au bassin de Latone, et nous entrons maintenant dans la partie méridionale du jardin, en descendant l’allée du Tapis vert du côté de l’Orangerie. Nous remontons, à muiche , la salle de la Colonnade ou des Concerts, décoration formant un péristyle corinthien en mar¬

bre de couleur d’une ravissante ordonnance. Passons, sans y entrer, devant la salle des Marronniers et ses empereurs romains, et arrivons au Jardin du liai ou de Harlem, créé par Louis XVIII sur le plan d’un jardin anglais, et qui forme, avec ses allées ombreuses et ses eaux sombres, un contraste charmant

avec les plantations solennelles de le Nôtre. Nous trouvons ensuite le Bosquet de la reine, tout rempli des souvenirs du duc de Bourgogne et de Marie-Antoinette. C’est là que madame de la Motte donna rendez-vous au cardinal de Rohan, et commença avec

lui cette fameuse affaire du collier, cette trame obscure qui conduisit le prévôt à la Bastille. Mais revenons, par l’allée de l’Orangerie, au Parterre du midi, qui domine l’Orangerie, oii l’on peut descendre par ces immenses et splendides escaliers de cent quatre marches, qui font un si merveilleux effet, vus de la pièce d’eau des Suisses.

Mais le temps nous presse, et pourtant il nous reste à voir la moitié des richesses renfermées dans ce jardin d’Armide créé par le Nôtre, sur cette colline aride et dans ce basfond marécageux. Nous n’avons pas fait le dénombrement de cette armée de statues et de groupes aussi nombreuse que celle des Grecs marchant à la conquête de Troie. A peine avons nous dit en passant les noms de ces grands artistes, Girardon, Bouchardon, Coysevox, Lemoine, Van Clève, Toby, Lehongre, de Marsy, Théodon, qui donnèrent la vie à cet Olympe de marbre et de bronze, plus peuplé que celui du vieil Homère. D’ailleurs il convient de choisir son jour pour rendre visite à celles de ces déités qui tiennent leur cour au milieu des bassins. Les grandes eaux sont leurs fêtes. Le reste du temps elles se présentent sous un aspect passablement piteux, regardant tristement l’eau saumâtre qui croupit à leurs pieds. Mais viennent les grandes eaux, et toutes

Pièce du Dragon.

ces figures semblent revivre comme sous la baguette d’un enchanteur; au milieu des gerbes élancées vers le ciel, et que les rayons du soleil colorent de toutes les splendeurs du prisme. Allez ces jours-là visiter le bassin d’Apollon, celui de Latone et le char de Neptune, et je n’aurai plus besoin de vous dire

d’admirer avec quel merveilleux génie tous ces illustres artistes que je viens de nommer ont agencé leurs statues, combiné leurs groupes qui, privés maintenant de l’élément qui les anime, vous apparaissent peut-être dans des attitudes un peu théâtrales et dégingandées.

Et cependant ce spectacle n’a plus la même magnificence qu'au temps jadis. Certainement la France est plus nombreuse, plus animée, plus bruyante, mais vous n’y rencontrerez plus les feutres empanachés, les manteaux brodés d’or, les pourpoints en velours, les robes de satin et de drap d’or du grand siè-

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