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CHAPITRE LXXVT. — LES ENVIRONS DE PARIS

Nous sommes au pied de la forêt de Sa tory, un lieu célèbre jadis, qui n’est plus maintenant qu’une magnifique forêt. Bien que ce ne soit pas le chemin, nous trouverons facilement un sentier qui nous conduira à un vaste plateau devenu le Champ de Mars de Versailles. C’est là que tous les ans, en automne, les sportmen de Paris viennent assister aux courses de Versailles, et donner aux bourgeois des environs le spectacle ou plutôt la contrefaçon de ces grandes solennités hippiques qui ont rendu Epsom ou New- Market célèbres dans tout l’univers. Les membres du Jockey’s-Club et les maquignons forment, comme dans toutes les occasions semblables, l’aristocratie de ces sortes de fêtes, et si les ombres des brillants cavaliers qui accompagnèrent tant de fois sur ce plateau la chasse du grand roi abaissent quelquefois leurs regards sur les honneurs que les révolutions leur ont donnés, ils doivent sourire d’une pitié dédaigneuse et narquoise.

La plaine de Satory a aussi sa place marquée dans les fastes de l’histoire contemporaine, pour parler

dans un style soutenu. C’est là qu’eurent lieu, il y a deux ans , les revues présidentielles qui causèrent, dans les journaux et au sein de l’Assemblée, une émotion dont nous n’avons ni l’envie ni la possibilité d’évoquer le souvenir. Nous laissons ce soin au dessinateur.

Tout ce que nous voulons rappeler de ces courses, c’est la sensation produite par la présence d’un prince indien. Les princes ne manquent pas aujourd’hui. Mais ceux qui nous arrivent de si loin sont encore rares, et l’envoyé du Népaul avait droit à tout l’empressement de la curiosité parisienne. Ses diamants et son teint couleur d’ambre lui assurèrent un succès dont il a dû emporter une bonne impression sur les rives de l’Indus. Les dames surtout se prirent d’enthousiasme pour cet écrin ambulant. Un tableau du musée de Versailles, peint par Parrocel, qui représente l’arrivée de l’ambassadeur ottoman Méhémet- Effendi aux Tuileries, sous Louis XIV, nous prouve, du reste, que les ambassadeurs orientaux et leurs pierreries furent toujours bien accueillis en France.

Jusqu’à présent nous n’avons encore rien dit de la ville de Versailles. Il est temps de réparer cette omission. Versailles, à la rigueur, remonte à Louis XIII comme le château; mais de cette époque il ne subsiste rien, et tout ce que nous voyons debout aujourd’hui date de Louis XIV, qui, après avoir élevé un château pour lui, éleva ensuite une ville pour le château.

Aujourd’hui Versailles compte 28,000 âmes, et a l’honneur d'être devenu le siège d’un évêché. et d’une préfecture. Nous ne savons pas si elle y est bien sensible, ou si elle regrette le temps ou ses rues majestueuses et ses grands hôtels enfermaient une population de, 100,000 habitants, dont le quart se composait de princes, de ducs, de marquis ou soi-disant tels. Versailles alors exerçait sur le monde la même influence dont Paris s’est emparé depuis. Les arts, la poésie, le théâtre, attendaient ses louanges ou ses critiques dans une respectueuse soumission. Nos temps sont bien changés; les ducs, les marquis sont devenus rares, les rentiers ont remplacé les courtisans, l’herbe pousse sur la place, et les splendides hôtels qui bor-

Collalious militaires dans le camp de Versailles, plaine de Satory.

dent ces grandes et belles rates, ces larges boulevards qui traversent la ville, sont loués le plus souvent a quelque Anglais silencieux et morne que ronge le spleen, et qui ne va jamais au Musée, parce que la statue du due de Wellington manque à la collection des maréchaux de France.

Il s’en faut pourtant que Versailles soit devenu un séjour aussi ennuyeux que le répète depuis longtemps sur tous les tons cette méchante langue de Renommée. Une belle ville, paisible, aérée, bien construite, qui dort paresseusement à l’ombre de son palais avec ses grands arbres, est bien aussi agréable que certaines villes réputées gaies et vivantes, parce quelles sont bruyantes et malpropres. Pour mon compte, j aime mieux l’herbe entre les pavés que la boue.

Versailles a aussi des souvenirs, et qui tiennent dans notre histoire une large place. Chose étrange, c’est de la ville monarchique par excellence qu’est sorti le premier acte décisif de lâ révolution française, et le plus solennel.

Suivez-moi dans cette rue déserte, entrons dans ce bâtiment d’un aspect sévère, et pénétrons dans cette

grande salle que nulle décoration ne recommande à vos regards. C’est la salle du Jeu de Paume. C est la qu’eut lieu cette scène grandiose, si admirablement retracée par le génie patriotique et magistral de David. Diverses inscriptions décorèrent jadis ses murailles; d’abord, un an après, on grava sur une table de bronze la formule du « grand serment, » puis, en 1793, la Convention décréta, sur la proposition de Chénier, qu’on inscrirait à côté de cette formule l’inscription suivante : Versailles a bien mérite de la Paine.

Effacée sous la royauté, cette inscription fut restaurée dans un banquet politique qui eut lieu le 12 mars 1 S 18, auquel assistaient des citoyens de toutes les classes, sous la présidence de M. Landrin, procureur général de la république, et de M. F. Mallefille, commissaire du gouvernement.

Versailles renferme encore un autre monument dont la vue évoque un des plus glorieux souvenirs qui puissent faire battre un cœur français. Quand vous aurez, d’un œil distrait, parcouru nonchalamment tous les autres édifices de la ville, l’eglise Saint-Louis, les Écuries, Notre-Dame, la Préfecture, etc., bàtisla plu¬

part parMansart, et qui répètent à satiété les mêmes formes architecturales, avec moins de pompe et de richesses que les constructions du palais, et que, fatigué de la monotonie de toutes ces splendeurs, vous voudrez reprendre le chemin qui conduit a l’embarcadère de la rive droite, détournez-vous un peu dans la direction de cette statue de bronze qui dessine sur la façade d’une église la silhouette d'un général revêtu de l’uniforme républicain. Découvrez-vous avec respect; vous êtes devant l’image d’un héros et d’un grand citoyen.

Ce n’était point seulement un héros, disait jadis, au Collège de France, il y a trois ans de cela, avec sa parole si éloquente et si pittoresque, un de nos plus illustres historiens, M. Michelet : c’était aussi un saint. Et comme cette épithète faisait naître une sorte de sourire dans l’auditoire, M. Michelet le ramenait bientôt à l’enthousiasme, en rappelant les phases de cette existence épique, qu’illustrèrent tous les courages et toutes les vertus, qui servit la religion de la patrie et de la liberté, avec l’intrépidité d’un soldat de j Sparte et le d vou ment d'un apôtre.

transformée en hôpital militaire, succursale d’invalides, prytanée, devint, en 1808, le séjour de l’école spéciale militaire que Napoléon avait fondée, en 1802, à Fontainebleau. Cette école fut licenciée en 1815, et rétablie seulement en 1818, sous le nom d’école royale spéciale militaire : c’est celle qui existe encore aujourd’hui.

L’école de Saint-Cyr renferme six cents élèves. Le cours d’études est de deux années. 'Pour y être admis, il faut avoir dix-sept ans au moins, vingt ans au plus, avoir subi un examen sur les matières indiquées par le programme d’admission , et payer une pension de 1,000 fr. Les élèves, après avoir subi des examens pour leur sortie, entrent dans l’armée comme sous-lieutenants d’état-major, de cavalerie ou d’infanterie.

Tous les dimanches, les parents et amis des élèves sont admis à les visiter: alors affluent, dans une salle assez étroite et qui était autrefois le parloir des demoiselles de Saint-Cyr, les toilettes et les uniformes; les pères qui viennent gronder leur fils ; les mères qui leur glissent en cachette l’argent, le chocolat, le flacon de liqueur destinés à corriger la frugalité des déjeuners. La grande cour reçoit le trop plein des visiteurs, et, pendant une heure, elle ressemble, avec sa belle allée de catalpas qui borde la chapelle, à la promenade la plus belle et la plus en vogue de Paris. Nous allons maintenant donner une description

Je n’ai pas besoin de vous dire le nom de ce héros. La France n’a pas dans son panthéon militaire deux renommées aussi pures et aussi glorieuses pour elle. Vous alliez quitter Versailles, la tête pleine des souvenirs de Turenne et de Coudé, mais voilà que, devant ce bronze austère, vous vous rappelez que ces fameux gagneurs de batailles ont conduit des armées étrangères contre le drapeau de la patrie, et vous emportez de la ville de Louis XIV l’image de Hoche, le général républicain.

En terminant, nous dirons que des artistes, des poètes, des savants habitent volontiers Versailles, malgré sa physionomie de métropole. Charlet y a demeuré, hier encore H. Vernet y avait son habitation, qu’il vient d’abandonner pour mettre en action le sujet d'un de ses tableaux les plus médiocres et les plus populaires, le soldat laboureur.

Il va, dit-on, cultiver dans la Mitidja les propriétés qu’il possède dans cette fertile contrée de l’Algérie. En attendant qu’il revienne à Versailles, car il y reviendra, voici la vue de l'habitation oii il conçut la pensée première des compositions gigantesques qui ornent le musée de Versailles, et qui font que son nom vivra désormais autant que le monument.

A peu de distance de Versailles, se trouve le petit village de Saint-Cyr, qui n’a de remarquable que son école militaire.

La maison de Saint-Cyr a été bâtie en 1686 par

Louis XIV, à la sollicitation de madame de Maintenon, pour élever deux cent cinquante demoiselles pauvres

Maison de M. Horace Vernet, impasse des Gendarmes, à Versailles.

et nobles dont les pères étaient morts au service. Cette institution fut détruite en 1792, et la maison.

des lieux es plus remarquables de l’établissement. Les dortoirs occupent les deuxième et troisième

étages des cinq corps de bâtiments. Ce sont de Ion- | qui sont partagées dans leur longueur par une cloison gués salles qui communiquent , toutes entre elles, et j ouverte de trois pieds en trois pieds. A ccttc cloison

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