CHAPITRE LXXVI. — LES ENVIRONS DE PARIS
sont adossés de chaque côté dès lits en fer, au-dessus desquels sont : un casier qui renferme les habits, et une planche qui porte le pain et le sac de l’élève. A droite dulitestune sortedechampignon qui soutient le shako, le sabre et le reste de l’équipement; à gauche est un bahut pour les menus effets. En face des lits, le long des murs, sont les râteliers d’armes. Les dortoirs, ainsi meublés, offrent un aspect assez pittoresque. Pendant la nuit, ils sont, comme toute la maison, éclairés ; des adjudants et des sergents s'y promènent sans repos; enfin le capitaine de service, qui se tient tout habillé dans son cabinet, vient lui-même y faire des rondes.
Les élèves y sont réveillés le matin par les tambours, qui les parcourent à grand pas en battant la diane. C’est là qu’ils font leur toilelte, nettoient leurs habits, astiquent leurs armes; c’est là qu’ils passent chaque matin l’inspection des sergents-majors et des officiers de la compagnie; c’est de là qu’ils descendent, compagnie par compagnie, au coup de baguette, la serviette sur l’épaule, pour aller se laver la figure et les mains aux lavoirs.
Les lavoirs sont de petits bassins pratiqués en face et le long du corridor du réfectoire, et sur lesquels s’ouvrent de nombreux robinets. Les élèves n’ont pas d’autres cabinets de toilette que ce lieù ouvert à tout vent et à tout venant, encore les minutes y sont-elles comptées; mais ils peuvent s’en consoler en songeant que dans ce même lieu existaient jadis, suivant un manuscrit du dix-septième siècle, « deux grands lavemains de cuivre bronzé d’une très-belle structure, » auxquels les demoiselles venaient, comme eux, faire leur simple toilette.
Le réfectoire est une grande salle du rez-dechaussée, soutenue par des colonnes, et qui n’a jamais changé de destination, car c’était aussi le réfectoire des demoiselles. Les élèves s’y rendent militairement, ayant sous le bras leur pain, qu’ils vont chercher au dortoir, ils s’y assoient au nombre de douze à des tables qui sont présidées par un gradé. Les repas durent vingt minutes.
L’infirmerie est un grand bâtiment à trois étages, complètement isolé de l’école, dont il est séparé par des jardins, et situé sur une éminence voisine de la grande route de Bretagne. Le service de santé est fait par un médecin en chef, deux chirurgiens aides-majors, six sœurs de Saint-Vincent de Paul, deux infir¬
Offirer cr. j.ranJe tenue.
Tuinl o(.r-ma,(or et tambour.
I et! te et granôe toi; des elèves.
miers. La police est confié^ à deux sergents. Il serait difficile de trouver un établissement tenu avec plus d’ordre, plus de sollicitude et de soins minutieux.
La chapelle est un bâtiment considérable par son étendue et son élévation, mais dont l’architecture est très-simple. Il n’a pas de portail, son entrée principale étant dans un corridor intérieur de l’école. Au temps
des demoiselles, il était partagé en église du dehors, chœur des dames, avant-chœur, et il renfermait deux chapelles, deux oratoires, et un grand nombre d’ornements. I out cela a été détruit par la Révolution, et le bâtiment transformé en plusieurs salles d’hôpital. Il a été rendu au culte en 1808. Aujourd’hui il est orné d’un tableau très-estimé de Jouvenet, la Guérison du parai y tique , de douze tableaux médiocres représentant la vie de saint Louis, de mauvaises statues de pierre, dont on a fait des apôtres et des saints; enfin, d’un tombeau élevé, en 1830, à madame de Maintenon.
L’école militaire a ses récompenses et ses punitions. Les récompenses sont : les permissions de sortie, la distinction d’élève d’élite, marquée par la grenade au collet de l’habit, les grades de caporal et de sous-officier. Les punitions sont : la consigne, punition toute morale qui empêche les sorties et qui a remplacé le peloton de punition où les hommes restaient immobiles au port d’armes pendant un certain temps; la salle de police, la perte des grenades, la suspension ou la cassation du grade, la prison dans l’école ou dans une prison militaire.
Les salles de police sont de petites cellules situées sous les toits, éclairées par une lucarne et oii l’on enferme les élèves pour des fautes graves contre la discipline. Us y emportent leurs livres et leurs cahiers pour travailler. Les salles de police sont gardées par un sergent de service.
Quant aux salles d’étude, elles occupent tout le premier étage de trois ailes de bâtiments et peuvent contenir chacune toute une division (l'École est partagée en deux divisions, celle des t e élèves de première année, celle des élèves de deuxième année). 11 y en a trois, deux pour la première, une pour la deuxième division. Les élèves y sont distribués par tailles de dix, et chaque table est commandée par un gradé. La salle entière est surveillée par un lieutenant de service.
Les amphithéâtres, disposés dans tous les coins du rez-de-chaussée, sont mal disposés, mal aérés, étroits et incommodes. Des gradins de sapin noirci pour les
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Vue générale de l’école militaire de Saint-Cyr.
élèves, une table pour le professeur, un tableau noir pour les démonstrations, des quinquets enfumés : voilà tout le mobilier.
La salle d’armes est située au rez-de-chaussée et n’offre rien de remarquable. C’était là, dit-on, que se trouvait le théâtre des demoiselles de Saint-Cyr ; mais
rien n’y rappelle Esther et ses gracieuses interprètes. On n’y entend que le jargon de l’escrime, le bruit des fleurets, les cris des maîtres d’armes dont les pieds effondrent le carreau. Les élèves de première division y sont seuls admis.
L’uniforme de Saint-Cyr était, sous la Restauration,
spécial à l’École; après 1830, il fut celui de Infanterie de l’armée; depuis quelques années, des considérations d’ordre et de discipline ont fait rendre à l’École un uniforme particulier, qui se compose de : tunique bleu de roi, avec collet, parements et passepoil bleu de ciel, pantalon garance avec bande bleu
de ciel, shako de la ligne bleu de ciel avec galon de laine gros bleu , plaque aux initiales de 1 École et pompon de laine rouge, épaulettes de laine rouge. Quant à l’équipement militaire, il est le même que dans l’infanterie :
sabre-poignard , giberne au ceinturon, etc. La petite tenue se compose de la veste et du képi.
L’École forme un bataillon divisé en huit compagnies. Son état-major se compose d’un maréchal de camp commandant, d’un colonel, d'un lieutenant-colonel, de huit capitaines, de huit lieutenants. Les sous-officiers et caporaux de chaque compagnie sont pris parmi les élèves. Les exercices et manœuvres d’infanterie ont lieu tous les jours et deux heures par jour, soit dans !a grande cour des manœuvres, dite cour de Wagram, soit dans la prairie voisine, dile Champ de Mars. A la fin de la première année, les élèves doivent connaître les écoles de soldat et de peloton; à la fin de la deuxième, l’école de bataillon , avec le service intérieur, le ser¬
vice des places, le service en campagne, etc. L’école actuelle a conservé, quant à la précision de son ma¬
École de Saiat-Cjr. — La salle des visites.
niement d’armes et à l’habileté de ses manœuvres, la réputation qui avait valu à l’école impériale le titre
flatteur et envié de premier bataillon de France. Parmi les cours professés à l’école, on remarque ceux de topographie, de fortification et d'artillerie, qui sont accompagnés d’exercices sur le terrain.
Les exercices de topographie consistent en levées de plans à la planchette, à la boussole et à vue, en nivellements et en reconnaissances militaires. Ils se font sous la direction d’un officier supérieur d’état-major et de six capitaines d'infanterie. Autrefois les élèves levaient le plan de tous les environs de l’école et faisaient des reconnaissances militaires jusqu’è deux lieues de la maison: c’était l’occarsion pour eux de déjeuners champêtres un peu bruyants et qui amenèrent quelques désordres. Aussi, depuis plusieurs années, a t-on réduit les exercices topographiques au lever du plan de l’école et du polygone; mais, commfe l’instruction pratique des élèves se trouve mutilée dans la partie qui les intéresse le plus . celle des reconnaissances militaires, il estques-
Le dortoir.
Le cabinet de toilette,
tion de rétablir l’ancien système des levées dans Les travaux de fortification consistent en : répatoute son étendue. ration de la batterie du polygone, construction de
plates-formes, tracé, défilement et profilement des ouvrages, construction d’un ouvrage de fortification
Le réfectoire. L’infirmerie.
passagère avec batterie et les diverses espèces de revêtement, construction de bouts de parallèles et de
tranchées , confection de gabions, fascines et saucissons. Ils se font sous la direction d’un officier su¬
périeur du génie et de deux capitaines d'infanterie. Les exercices d’artillerie consistent dans la ma-