CHAPITRE LXXVI
LES ENVIRONS DE PARIS
La promenade militaire.
nœuvre en blanc et à feu des pièces de campagne, de siège, de côtes, des obusiers, mortiers, etc. Ils se font sous la direction d'un chef d’escadron d'artillerie, d’un capitaine et de quatre adjudants de même arme. La batterie du polygone renferme huit pièces de campagne, dont deux obusiers, un obusier de montagne , deux canons de quatre pour les manœuvres de force, deux canons de siège, deux canons de place, quatre obusiers de siège, neuf mortiers. Chaque élève a vingt séances de tir à feu, et pointe dix-neuf coups.
Les écoles à feu sont quelquefois l’occasion d’une cérémonie joyeuse qui ôte pour une heure à Saint-Cyr son habituelle monotonie. Lorsqu’une bombe vient à tomber sur le but indiqué par un tonneau placé à l’extrémité d’une perche, un triomphe est donné à l’heureux pointeur. Alors, aux cris de vive l'officier! le triomphateur est placé sur une civière couverte de feuillages, couronné et assis sur le tonneau touché; il est porté
par les camarades qui l’entourent portant des branches de peuplier et poussant des cris de joie tout
Le polygone.
le reste de l’école vient se joindre à eux. Le cortège, précédé par les tambours battant la Saint-Cyrienne ,
| escorté d'un piquet en armes, parcourt la batterie, le | champ de Mars, la cour de Wagram, en faisant des
évolutions de tous genres, égayées de mille folies; et souvent il rencontre le général et l’état-major qui vieil lient sourire à ces démonstrations joyeuses.
Alors sont chantées toutes les chansons faites par les poètes en giberne de l’école, Lamartines inconnus qui ne visent pas à la gloire académique, dont les vers sont plutôt remplis d’idées généreuses que d’élégance poétique, mais où l’on aime au moins à trouver tout ce qui fait battre le cœur de la France, la gloire de l’Empire, le nom de la Pologne , les souvenirs de notre armée d’Afrique. La cérémonie se termine par la chute du triomphateur, qui, descendu de son tonneau, est enseveli sous des branches de feuillage , au bruit du tambour, aux cris mille fois répétés de : Vive l'officier!
Le second chemin de fer de Versailles ne dessert, dans l’intervalle [des deux grandes cités, qu’un assez
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petit nombre de localités remarquables : sur sen par- ( ours même, nous citerons d’abord Meudon et liellc-
15 Cent. LA LIVRAISON. — 19ic Liwr.
vue. Meudon se recommande à l’attention des voya- quité rappelle, entre autres | ar celui de Rabelais, si geurs par les souvenirs de toute sorte que son anti- connu sous la désignation du fameux curé de Meu-
A.ux bureaux de l’Illustration , rue de Richelieu , GO. puns. typ de firm n didot, 56, rue Jacob. 20 par la poste.
don. Ce bourg ;i renfermé deux résidences royales : la première et la (tins belle, construite sur les dessins de Philibert Delorme pour la duchesse d Etai ripes, fut démolie en 1804. Après la célèbre favorite, ce château servit tour à tour de demeure a Henri de Lorraine, dernier héritier des Guises, à Louvois et au Grand Dauphin, fils de Louis XI\ . La Convention le consacra à servir de local pour faire de nouvelles recherches sur le perfectionnement de l’artillerie. Ces expériences et ces modifications ayant porté atteinte à la solidité de l’édifice, il fallut le démolir.
Le nouveau château, qui subsiste encore, fut bâti par le second Dauphin, père de Louis XV. Il le destinait à Mllu Choin , sa maîtresse, qu’il avait épousée en secret; mais la modestie extraordinaire de cette nouvelle Maintenon rendit cette dépense inutile. Le château n’avait rien de remarquable, d’ailleurs, que son heureuse position. Lorsqu’il fut construit, Louis XIV voulut le voir : au premier coup d’œil , il s’écria : «Ceci ressemble plutôt à la maison d’un riche financier qu’à celle d’un grand prince. » Et il se retira sans vouloir entrer.
Le château de Meudon, longtemps abandonné, reprit son ancienne splendeur lors du couronnement de Napoléon, qui lui donna le titre de demeure impériale. Il fut rebâti et meublé avec magnificence; les jardins furent replantés, et il devint la résidence habituelle de Marie-Louise. C’est encore aujourd’hui une des maisons impériales; on y arrive par une longue avenue plantée de quatre rangs de tilleuls, qui conduit jusqu'à la magnifique terrasse sur laquelle il est élevé. On découvre de cette terrasse, qui a 260 mètres de long sur 140 de large, non-seulement Paris, mais encore les villages qui bordent à droite et à gauche le coursde la Seine. Au bas Meudon, hameau dépendant de Meudon , se trouve la fameuse verrerie dite de Sèvres, à cause de son voisinage de cette ville.
Les bois de Meudon sont très-fréquentés par les habitants de la capitale et même par les étrangers. Leur proximité de Paris, et surtout l’épaisseur des ombrages et la beauté des arbres, attirent tous les amateurs de la promenade et de la villégiature. Un bal dit champêtre réunit, trois fois par semaine, dans la belle saison, les jeunes gens des alentours, et la grande fête du village a lieu les deux premiers di manches de juin.
Bellevue, petit village voisin de Meudon, montre aux curieux les débris d’un château magnifique, bâti pour Mme de Pompadour, et sa terrasse célèbre, au pied de laquelle coule la Seine, et d’où l’on découvre les avenues et les jardins de Meudon, ceux de Saint- Cloud, le village et le bois de Boulogne, tous les villages des environs, et, dans le fond, Paris et le fleuve serpentant dans une plaine immense.
Mme de Pompadour, passant un jour sur le plateau de Bellevue pour se rendre à Meudon, s’arrêta frappée du magnifique point de vue qu’on découvre de cette situation élevée. Sur l’heure, et ne redoutant aucun genre d’obstacles à ses volontés, la favorite décida qu elle ferait bâtir immédiatement une maison de plaisance à Bellevue. En effet, h; surlendemain, la marquise se rendit sur les lieux, accompagnée des architectes l’Assurance et d’IIe, auxquels elle expliqua, du haut d’un trône de verdure et de fleurs préparé pour elle, comment elle entendait la disposition du château à bâtir, sa forme, ses ornements intérieurs et la distribution des jardins. L’Assurance dirigea les travaux de maçonnerie ; d’Ile fut spécialement chargé de ce qui tenait au dehors. Cent arpents nécessaires pour cette nouvelle construction furent achetés sans marchander par la maîtresse en titre, et les travaux commencèrent. Ils avancèrent avec une grande rapidité, car Louis XV, avide de plaire à Mme (ic Pompadour, venait lui-même pour surveiller les travailleurs, et se faisait souvent apporter son dîner au milieu d’eux. Lnfin tout fut bientôt terminé; le 21 novembre 1750, le roi y coucha pour la première fois, et « Mmc de Pompadour, ajoute la chronique de l’OEil-de-Bœuf, y coucha aussi. »
11 ne reste des constructions du château que la ferme, la tour et la maison des Colonnes; dans le parc, la pièce d’eau et le jardin anglais, seuls, ont été respectés. La démolition du château de Bellevue a eu lieu en même temps et pour les mêmes motifs que celle du château de Meudon, et ce n’a pas été pour les arts une petite perte que celle des décorations dues à Vanloo et à Boucher, et des statues sculptées par Pigalle. Le village actuel serait en droit de se plaindre, si l’on ne disait ici qu’il se trouve dans une position fort agréable, que, malgré son élévation, il a de l’eau en abondance, et que son bal hebdomadaire vaut ceux de Meudon et de Saint-Cloud.
C'est à Bellevue, en 1842, qu’a été inaugurée la chapelle de Notre-Dame des Flammes, en commémoration du terrible accident qui avait eu lieu en cet endroit sur le chemin de fer de la rive gauche.
L’édification de cette chapelle est due à l’une des personnes les plus cruellement éprouvées par cette catastrophe. M. Lemarié, architecte, ayant perdu, dans ce jour néfaste, son fils, sa belle-sœur et un cousin, a voulu consacrer à leur mémoire ce monument de pieux regrets élevé par lui-même, et qui ne fait pas moins honneur à son talent qu’à son cœur.
On a attaché à sa fondation une institution régulière de quatre messes par an, et chaque anniversaire y est pieusement célébré.
Chapelle de r\utre-Oatiie des l larmnes.
Si maintenant nous examinons l’intervalle situé entre le chemin de fer de Versailles et celui de Sceaux, nous y remarquons un certain nombre de localités plus ou moins intéressantes telles, que Clamart, Bièvre, Verrières, le Plessis-Piquet, Châtillon, etc. Quelques mots seulement :
Bièvre doit son nom à la rivière sur laquelle il est situé; érigée en marquisat sous Louis XV, cette terre eut pour premier titulaire le fameux marquis de Bièvre, auteur du Séducteur , et si connu par ses calembours. On y remarque une église très-ancienne, quoiqu’il soit difficile d’assigner la date de sa fondation, et une belle manufacture de toiles peintes.
Verrières, situé non loin de Bièvre, est un village qui remonte à la plus haute antiquité, puisque, dès Charlemagne, ce lieu est mentionné, sous le nom de Verdrariæ , comme appartenant à l’abbaye de Saint- Germain des Prés. Le bois qui l’avoisine, et qui est un des plus agréables des environs de Paris, a été illustré en 1815 par un beau fait d’armes du général Exelmans. Les Prussiens y furent mis en déroute et ne purent se maintenir à Versailles, où ils avaient cherché un asile. Les deux hameaux d’Amblainvilliers et d’Antony dépendent de Verrières. Le premier n’offrait de remarquable qu’un ancien château fort, actuellement détruit; le second possède une assez jolie église. Bien de plus délicieux que la vallée de Verrières, où coulent la Bièvre et la petite rivière de Walhan; c’est un des sites qui rappellent le mieux la Suisse.
Mentionnons encore le Plessis-Piquet, avec un beau
château ayant appartenu à Colbert, et Châtillon, où se trouvent les ruines de la tour de Crouy, reste précieux du moyen âge.
Si nous prenons une autre direction, de manière à retourner vers Saint-Germain, nous trouvons le hameau des Loges, fameux par la fête annuelle qui s’y célèbre au commencement du mois de septembre. Parlons d’abord du village. Les Loges sont aujourd’hui une succursale de la maison royale de Saint-Denis. Au seizième siècle, les rois y avaient fait construire un rendez-vous de chasse, qu’ils abandonnèrent, et dont un cénobite prit possession. En 1644, la reine Anne d'Autriche transforma le modeste ermitage en un couvent d’augustins déchaussés, qu’on appela les pères des Loges; elle se réserva, au milieu du jardin du monastère, un petit pavillon, où elle aimait à se retirer: elle y conduisait parfois Louis XIII, et obtenait de lui des dotations pour la fondation nouvelle. Par degrés, le couvent acquit de l’importance et des terres. Les courtisans, pour plaire au roi, vinrent tous les dimanches entendre la messe à l’église des Loges, et la confrérie de Saint-Fiacre prit l’habitude de s’y rendre processionnellement le 30 août, jour de la fête de son patron.
Les curés de Saint-Germain consentirent, pendant plus de cinquante ans, à marcher à la tête du pieux cortège; mais l’un d’eux, nommé Benoît, eut des discussions avec le prieur des Loges, et suspendit la procession. Il en fut de ce pèlerinage comme de celui de Longchamp : les motifs religieux disparurent, la promenade resta : on était venu aux Loges pour prier, on y vint pour se divertir. La Révolution expulsa les moines, et fit de leur résidence une fabrique de poudre à canon. Le Directoire vendit les bâtiments à un particulier qui y fonda un pensionnat. Napoléon les racheta en 1811, pour y installer de jeunes orphelines, filles de membres de la Légion d'honneur.
A l’approche de la fête, la pelouse des Loges s’anime, se peuple : une colonie passagère y débarque; d’innombrables charrettes sont remisées dans les bois, et les chevaux, errants sous les ombrages, paissent sans contrôle l’herbe et les feuilles. Bientôt marchands forains et saltimbanques, sous la direction d’un commissaire de police spécial, travaillent à dresser leurs tentes ; cafés, restaurants, boutiques, salles de bal ou de spectacle, s’élèvent comme par magie. Le matin du 3 septembre, un village de planches et de toiles occupe l’espace, naguère solitaire et vide, qui s’arrondit devant la Maison royale. En y arrivant par Saint-Germain, on aperçoit tout d’abord des charrettes, des fiacres et des omnibus; on avance encore, et l’on découvre des fiacres, des omnibus et des charrettes. C’est seulement après avoir franchi d’épaisses murailles de véhicules, qu’on parvient au théâtre des ébats populaires. Pénétrons dans la foule : que de tapage, de poussière, de cliquetis, de sons discordants ! Quelle variété de saltimbanques ! Ici l’Hercule du Nord s’acquiert le surnom de liras-de-Fer; là, un neveu de M. Auriol s’efforce de justifier, en se disloquant, de la parenté qu’il assume; plus loin, une grande collection de serpents et de crocodiles vivants s’agite avec furie... sur une toile peinte. X’ous voyez dans cette baraque le successeur de Bébé; dans cette autre, un phénomène qui porte sur le blanc de l’œil un cadran d’horloge. D’un côté est un manège desservi par la troupe ameriquaine ; de l’autre, un tir au pistolet et à la carabine. Vous pouvez opter entre les jeux d’adresse et les loteries foraines, entre la femme forte et l’albinos, entre la çervunte de Palézau et le grand jugement du roi Salomon , mélodrames historiques. Le soir, touteela s’illumine; les orchestres appellent à la danse; l'élégant et le maraîcher, la bourgeoise et la paysanne figurent face à face dans des quadrilles. Le bruit, les rires, les gambades, les libations, se prolongent : il est une heure du matin, et l'on songe à peine à la retraite. D’ailleurs une grande partie de cette population flottante campe dans la forêt, dans les tentes, sous les charrettes, comme une bande d’Arabes ou de Baskirs.