‹ Tableau de ParisChapitre 235 sur 257 · CHAPITRE LXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXVI

LES ENVIRONS DE PARIS

En ces journées de plaisir, les pensionnaires de la Maison des Loges sont seules à plaindre, car elles doivent se contenter de regarder la fête par les fenêtres, à travers un réseau de barreaux solides. Comme elles briseraient volontiers les portes de leur prison ! Qu’il leur serait doux de se perdre dans la foule, de s’arrêter aux étalages des boutiques, de se promener en bande joyeuse et babillarde, si la règle austère ne les retenait captives dans leur sombre cloître !

Les cuisines en plein vent sont au nombre des traits caractéristiques de la fête des Loges. On trouve en d'autres lieux des banquistes et des bimbelotiers, mais les cuisines des Loges n’ont point d’égales dans l’univers; elles sont établies par les aubergistes de Poissy, Maisons, Conflans, Andresy et autres lieux. Chaque foyer se compose d’un monticule en terre revêtu d’un mur en pierres sèches, et flanqué aux deux extrémités d’assises en pierres. Devant le feu tournent, à

l’aide de contre-poids, deux ou trois broches chargées de viandes de toutes sortes, que, pour répondre à l’avidité des consommateurs, on transporte à moitié cuites à la salle du festin. Des draps et des rideaux de lit, décorés de guirlandes de fleurs et de gigots crus, festonnés de branchages et de longes de veau, couvrent d’un dais blanc la tète des convives. Sur des tables placées au premier plan sont exposés des quartiers de bœuf, des lapins de garenne, des pains de deux kilogrammes empilés, des melons et autres appétissants comestibles. Vous connaissez ces noces de Gamache, où Sancho Pança écumait de grosses poulardes : les restaurants des Loges présentent un spectacle analogue ; seulement, loin que l'hospitalité s’y donne, on y dîne grossièrement et à grands frais; on a de plus l’inconvénient d’être assailli, pendant le repas, par des chanteurs, des guitaristes, des joueurs de vielle, des montreurs de souris blanches, des en¬

tants qui exécutent les quatre premières souplesses du corps. Si donc la danse n’est pas ce cpie vous aimez, si vous ne désirez jouir du coup d’œil de la pelouse illuminée, remontez en voiture et allez chercher un repas confortable au pavillon Henri IV.

Les deux chemins de fer de Versailles et de Sceaux arrivent aux barrières, où nous les avons déjà vus, en décrivant leurs embarcadères; ils traversent ainsi le territoire de plusieurs villages, destinés à n'être, dans un avenir assez voisin, autre chose que de nouveaux quartiers de Paris. Tels sontVanvres, Issy, Montrouge, Grenelle et Vaugirard.

\ anvres est peuplé de plus de 2,000 habitants, qui presque tous exercent la profession de blanchisseurs; ce qui est dû à la grande quantité de sources d’eau pure et abondante qui traversent le village en tous sens et viennent au centre former un vaste lavoir. Le château de Vanvres est un chef-d’œuvre de Hardouin

Fôte des Loges.

Mansart; entièrement isolé sur la hauteur, d où il domine nn superbe panorama, il consiste en un grand corps de logis double, dont la principale façade est percée de sept croisées. L’architecture en est simple, mais noble et imposante : il appartient au lycée Louis-le-Grand. Issy, dans le voisinage de Vanvres, remonte au temps des Romains ; les antiquaires prétendent même que son nom lui vient d’un temple d ’lsis. On y remarque encore un certain nombre de jolies maisons de campagne, entre autres celle qui appartient au séminaire Saint-Sulpice, et qui fut habitée par Marguerite de Valois, et le vieil édifice gothique situé sur une colline en face de l’église, que les habitants appellent la maison de Ohildebert.

Le village de Montrouge, fameux pour avoir été, ous la Restauration, une des résidences des jésuites, occupe le centre d’un territoire profondément exploité pour fournir des pierres de construction aux

édifices de Paris. Le petit Montrouge, qui en dépend, est une rangée de maisons bordant la route d Orléans, à partir de la barrière d’Enfer. On y remarque l’hospice la Rochefoucauld et les entrées des catacombes. Comme la plupart des environs de Paris, le petit Montrouge a eu sa part dans l’invasion de 1815 ; les débris de l’armée de mont Saint-Jean et les élèves de l’Ecole polytechnique , abandonnant les buttes Saint-Chaumont, s’y étaient réunis sous les ordres du général Vandamne, lorsque la capitulation de Paris les obligea de se replier derrière la Loire.

Vaugirard, qui se divise aussi en grand et petit ^ augirard, est un des villages les plus considérables des environs de Paris; c’est aussi 1 un des plus fréquentés de la classe ouvrière , qui vient dans les guinguettes oublier ses fatigues et ses travaux. Chaque guinguette a une salle de bal pour 1 hiver ; 1 été, on danse sur le gazon. Qn y trouve aussi un grand nombre de lubri¬

ques et de manufactures. La plupart des habitants s’occupent de jardinage ou de la nourriture des vaches, dont le lait sert à alimenter Paris. 11 se trouve au milieu du village un cimetière fermé depuis plusieurs années, dans lequels se trouvent les sépultures de la Harpe et du duc de Nivernais, celui dont on disait :

Nivernais au Parnasse est toujours duc et pair.

Vaugirard se trouve au milieu d’une vaste plaine à laquelle Grenelle a donné son nom. Grenelle est un grand et beau village, bien bâti, séparé de Paris par le boulevard extérieur, renfermant plusieurs manufactures importantes. Dans toutes les histoires de ht révolution française il est question de la poudrière de Grenelle , dirigée par le chimiste Chaptal, et de son explosion. Nous renvoyons le lecteur aux ouvrages spéciaux, tant pour cette poudrière que pour l’histoire du camp de Grenelle, et de la conspiration dont ce village fut le théâtre.

('Siag>Bta*c BiXü’ftBi.

LES ENVIRONS DE PARIS ( Suite ).

Arcucil. — radian. — Bagncux. — Sceaux. — Bal et parc de Sceaux. — croix de Berny. — Palaiseau. — Lonjumeau. — Meudon. — Bellevue. — Aulnay. — Verrières. — Chanteloup. — Ivry. — Allbrt. — Vincennes. — Grignon. — Athis. — Juvisy. — Ktampes. — Corbnil. — Colonie du Petit-Bourg. — Pontoise. — L’Ile-Adam. — JVlaiibusson. — Boissy. — Franconvillc.

— Engliien. — Faux tlierni aies et lac d’Knghicn. — Montmorency. — Jean- Jacques Rousseau. — Saint-Denis. — Maison de la Légion d'honneur. — Saint-Ouen.

— Poissy. — Saint- Germain. — Nanterre. — Les Rosières. — .Bougival. — Luciennes. — Rueil. — Tombeau do l’impératrice Joséphine.

Dirigeons-nous maintenant vers l’embarcadère du chemin de fer de Sceaux, et prenons notre place.

Les deux premières stations, en parlant de Paris, sont celles d’Arcueil et de Garban.

Arcucil, dont le nom vient, dit-on, des arcades qui soutenaient un aqueduc bâti par les Romains dans le troisième siècle, est un charmant village situé sur la Bièvre. Rien n’est gracieux comme cette vallée, dominée par le tracé du chemin de fer, oii la végétation est vigoureuse , oii le soleil ne pénètre qu’à travers un épais rideau d’arbres, retraite calme et paisible, asile autrefois aimé des savants. Là, en effet, fut fondée, en 1807, par Berthollet, une réunion connue sous le nom de Société d' Arcucil. Cette réunion s'assemblait tous les quinze jours dans la maison du fondateur pour y répéter les nouvelles expériences et en constater les résultats.

Les membres les plus distingués de cette réunion étaient le marquis de Laplace,

MM. Biot , Thénard, Gay-Lussac, Collet- Üescotils, de Candolle, le baron de Humboldt, qui y présenta les célèbres mémoires sur les lignes isothermes, le savant Malus , qu’une mort prématurée enleva aux sciences au moment où les phénomènes de la polarisation le préoccupaient et lui devaient d’avoir fait faire à la physique et à la chimie un pas immense. Berthollet et Laplace, dont Accueil a voulu perpétuer le souvenir en donnant leurs noms à deux de ses rues,

occupaient deux propriétés contiguës que longe aujourd'hui le chemin de fer. Entre ces deux propriétés se trouvait une porte dont chacun avait la clef, et c’est ainsi qu’ils se mettaient constamment en communication l’un avec l’autre. Les travaux de la Société

d’Arcueil n'ont point été sans résultats : elle publia plusieurs volumes de mémoires, oii les savants viennent encore puiser avec fruit.

La ville de Paris doit à Accueil une partie des eaux qui servent à sa consommation. Nous avons dit que

les Romains y avaient fait construire un aqueduc destiné à amener les eaux de Rungis au palais des Thermes. Marie de Médicis, voulant donner aux jardins et au palais du Luxembourg l’agrément indispensable de pièces d’eau, til bâtir à côté des ruines de l’aqueduc romain celui qui existe encore aujourd'hui. La première pierre en fui posée par lo roi Louis XIII, le 17 juillet 1013, et le monument fut achevé en 10-24 sur les dessins de Jacques Debrosse. Une partie de l’aqueduc traverse le vallon d’Arcueil, à une hauteur de 20 à 24 mètres, sur une longueur de 400 mètres : à partir de là, il forme une grande galerie souterraine établie en quelques endroits sur le ciel de carrières très-anciennes et qu’on ne connaissait pas au moment de sa construction : « Les infiltrations, les pertes d’eau, les tassements et les affaissements qui en furent la suite, l’éboulement d’une partie de l’aqueduc, l’inondation de toutes les carrières et l’interruption des fontaines que les eaux de Rungis alimentent, ont obligé, dit M. lléricart de Thury, l’inspection générale des carrières à faire de très - grands ouvrages pour sa restauration. » La longueur de galerie souterraine est d’environ 13 kilomètres. Le hameau de Cac/tan n’est séparé d’Arcueil que par l’aqueduc dont nous venons de parler. L’étymologie do son nom a beaucoup occupé les savants. Les rois n’ont pas dédaigné l’humble hameau, et plusieurs

ordonnances de Philippe le Bel, de Philippe le Long, de Charles le Bel et du roi Jean sont datées deCachan, Calli canlus. Ce dernier donna le manoir royal au duc de Berry, qui le céda ensuite à Duguesclin. Mais, vanité des grandeurs humaines! Cachan ne peut plus

Carte du parcours du chemin de fer de Paris à Sceaux.

aujourd’hui montrer même les ruines de la demeure de ses illustres hôtes. Dans le courant du seizième siècle, les religieux de Saint-Germain des Prés, qui possédaient une grande partie du territoire de Cachan, y firent bâtir une belle maison qui devint la résidence

d’agrément de l’abbé. Cette maison même n’existe plus. Et cependant le village vit et se soutient; de nombreux promeneurs lui restituent le dimanche sa splendeur passée, et si l’on ne voit plus, comme jadis, les lourdes armures des compagnons de Duguesclin,

Page 1