CHAPITRE LXXV1I. — LES ENVIRONS DE PARIS (Suite
impérial du 15 juillet 1813 constitua de nouveau l’école d’Alfort, et lui donna sur sa sœur aînée la suprématie. Ces deux écoles y étaient instituées, l’une pour former des maréchaux vétérinaires , l’autre, d’où l’on sortait médecin vétérinaire après avoir suivi le cours complet des études. De ce décret toutefois, dont les événements et la chute de Napoléon empêchèrent l’exécution entière, il ne resta que deux dispositions, celle qui créait le jury d'examen composé de professeurs, et celle qui prescrivait les conditions imposées aux élèves pour entrera Alfort ou à Lyon.
On ne peut se dissimuler cependant que la création de cette première école, celle destinée à former des maréchaux vétérinaires, renfermait le germe d’une idée féconde. Elle popularisait et propageait l’instruction, plaçait auprès des médecins vétérinaires des agents plus éclairés et plus capables de bien exécuter leurs prescriptions, et enfin offrait de précieuses ressources aux départements trop pauvres pour assurer une clientèle convenable aux vétérinaires en titre. Seulement il faut se demander si une semblable école aurait dù être établie à part, dans une autre localité, ou bien être confondue avec l’école principale.
Plus tard, un règlement général, sanctionné par une ordonnance royale en date du 23 août 1826, a établi parité d’organisation et d’enseignement entre les trois écoles vétérinaires du royaume. Alfort a seulement une chaire de plus.
Après cet historique, destiné à rappeler le passé de cette école, il nous reste à indiquer ce qu’est aujourd’hui Alfort, son but, son organisation intérieure, son enseignement, ses tendances, son utilité comme établissement spécial et comme établissement agronomique, en un mot, à faire connaître ce qu'il est actuellement.
Le nombre des élèves de l’école d’Alfort est ordinairement de 230 environ, et ne pourrait sans inconvénient dépasser celui de 270; sur ce nombre, il en entre annuellement 80 à peu près, après avoir subi les examens indiqués par un règlement spécial du ministre ; -40 à 43 sortent munis du diplôme qui leur assure le titre de médecin vétérinaire. Tel est depuis longtemps le mouvement à peu près invariable de l’école.
Dans le nombre que nous venons de citer, il faut comprendre -40 élèves militaires, qui entrent, après avoir suivi le temps des études, dans les divers régiments de l’armée avec le titre de sous-aides vétérinaires et le grade de maréchaux des logis. Le prix de la pension est de 300 fr. par an, sansty comprendre le trousseau, que les parents s’obligent à fournir. 120 bourses étaient affectées aux trois écoles, et les nominations avaient lieu par le roi, sur la présentation des préfets et du ministre, et dans la proportion de 86, une par département, et de 34 à la disposition du ministre ; depuis quelque temps cet état de choses a été changé. Ce sont les élèves qui gagnent eux-mêmes leurs bourses, par leur aptitude et le degré d'instruction dont ils font preuve à leurs examens passés devant le jury de l’école.
Les élèves sortent les dimanches et les jours de fêtes; le règlement de l’école les astreint seulement à rentrer à neuf heures en hiver et à dix heures en été.
Une fois déclarés aptes à entrer dans l’établissement à la suite de l'examen préliminaire, les élèves y suivent des cours dont la durée est de quatre ans. A la fin de chaque année scolaire, des examens ont lieu pour décider si les élèves de chaque cours peuvent passer l’année suivante dans le cours supérieur. Ceux qui n’ont pas répondu d’une manière satisfaisante sont admis à doubler leur année; mais si,
15 Cent. LA LIVRAISON. — 193e et 194" Livr.
après ce double temps d’études, ils ne sont point encore au niveau de l’enseignement qu’ils ont reçu, ils sont exclus comme incapables.
Les cours comprennent la chimie et la physique appliquées h l’art vétérinaire ; la botanique, l’anatomie avec les autres sciences qui en dépendent, telles que l’ostéologie, la connaissance des maladies des nerfs et des articulations, la pathologie interne, la thérapeutique et la chirurgie vétérinaire. A ces cours il faut ajouter celui de jurisprudence vétérinaire, qui n’est pas un des moins nécessaires, à cause des cas nombreux que présentent, dans la pratique appliquée, les vices rédhibitoires. Un professeur de dessin était en outre autrefois attaché à l’établissement; mais , depuis quelque temps, cette place a été supprimée.
De vastes é.e.uriçs, qgj s’étendent sur deux lignes parallèles, à droite et à gauche do l'amphithéâtre des démonstrations anatomiques, renferment les chevaux malades qui sont amenés à l’école pour y être soignés, et pour lesquels leurs propriétaires payent une pension de 2 fr. 30 c. par jour. Chaque (‘lève a un cheval à traiter, et tous les jours rend compte tant de son état que des résultats obtenus. Les opérations se font dans l’amphithéâtre, et servent ainsi chaque fois de texte à une leçon clinique. Les maladies des pieds sont celles qui présentent les applications les plus fré¬
Ëcole vétérinaire d’Alfort. — Elèves au travail.
quentes. L’élévation du chiffre est attribuée spécialement à une double cause, le mauvais état des routes et chemins, et le travail excessif dont ces animaux sont surchargés aux environs de lu capitale. On en est surtout convaincu en examinant la composition des écuries, dans lesquelles les chevaux de trait sont en immense majorité. Une autre écurie est destinée aux chevaux abandonnés ou déclarés complètement incurables. Et enfin une troisième, reléguée au bout du parc, renferme ceux qui sont atteints de la morve ou d’autres maladies contagieuses.
Au-dessus d’une de ces écuries sont les salles qui renferment les collections. On y trouve surtout de nombreux cas de maladies des os, et de maladies intestinales produites par des calculs, dont quelques-uns ont un volume réellement prodigieux. L’expérience et le progrès des études chimiques ont fait reconnaître que ces dernières maladies se rencontraient principalement chez les chevaux de meuniers; habituellement nourris au son, à cause de la présence du phosphore ammoni a, co-magnésien que recèle cette substance alimentaire.
Dans un bâtiment à part, au-dessus des cuisines et du réfectoire, sont les dortoirs avec lits ,en fer. Les élèves y sont divisés par chambrée de six. Chacun à son tour est tenu de balayer et de tenir en état de propreté la chambre commune, qui contient en outre pour chaque élève une armoire dans laquelle il met
Aux bureaux de l’Ilîu«tr«tioo, rue de Richelieu, 60.
son linge et tous les effets qui lui appartiennent.
Un jardin botanique est annexé à l’école. Il est divisé en deux parties; dans l’une on cultive les plantes les plus usitées en médecine ; dans l’autre, exclusivement. celles employées dans la pharmacie vétérinaire. C’est dans une des parties de ce jardin, au milieu d’un massif d’arbres, qu’est la machine hydraulique de Perrier, qui va chercher les eaux de la Marne pour les distribuer en abondance dans toutes les parties de l’établissement. Derrière s’étendent quelques champs oii l’on sème des céréales et où l’on cultive diverses plantes fourragères.
A côté du jardin botanique est un vaste chenil où sont traitées toutes les maladies des chiens. Les animaux atteints ou soupçonnés de la rage sont à part, dans des loges grillées et fermées à clef. Le prix de la pension pour un chien est de 60 centimes par jour.
Enfin l’École contient encore une porcherie. Les porcs s’y nourrissent économiquement avec les débris des animaux abattus. Les individus qui composent ce petit troupeau appartiennent à la race anglaise croisée avec la race chinoise, et atteignent avec rapidité un volume et un degré d’embonpoint remarquai îles. Cette porcherie sert encore à l’instruction des élèves, qui ont ainsi de fréquentes occasions de pratiquer la castration.
Alfort contient aussi un troupeau de divers animaux , et que nous appellerons troupeau d’expérience. C’est en effet sur l’École que sont dirigés d’abord les animaux de races étrangères, importés en France par les soins de l’administration supérieure. Tous les ans, à l’époque du mois de juin, il en est vendu un certain nombre aux enchères publiques.
Il nous reste à dire quelques mots de la forge dont les dispositions sont parfaitement combinées. Les fourneaux et les cheminées sont en fonte, et elle contient six fourneaux doubles à deux feux.
Les élèves y forgent alternativement deux à deux ensemble, par ordre alphabétique. Toutefois nous avons été étonné de ne point trouver à côté de cette forge un de ces appareils si bien établis, que les maréchaux du nord de la France et de la Belgique appellent un travail. D’un" côté, sa disposition permet de ferrer sans danger et sans fatigue toute espèce d’animal, même ceux qu une maladie ou toute autre cause rendrait les plus sensibles a la douleur, et, de 1 autre il faut songer que les élèves, à leur sortie de l’école, se répandent sur tous les points de la France et doivent, autant que possible, n être étrangers a aucune des habitudes locales. Quant à Alfort, cet oubli pourra sembler d’autant plus étonnant, que l’école envoie plutôt ses élèves dans les départements du nord et du nord-ouest.
A, côté de la forge sont les salles de dissection. Les élèves y sont exercés deux fois par’ semaine, le lundi et le jeudi. Cette opération se fait sur des tables en fer, garnies de quatre petites roues. Aux quatre angles sont des trous dans lesquels on implante des barres de fer oii l’on attache les animaux : ils sont ordinairement abattus par l’effusion du sang, afin de rendre la dissection plus facile.
De nouveaux bâtiments ont accru cette école de salles et de locaux pour la dissection et le laboratoire de chimie, ainsi que d’un vaste magasin général isolé.
Puisqu’il propos du chemin de fer, nous avons entamé le chapitre agriculture, franchissons-le jusqu’au bout, en donnant quelques détails sommaires sur la ferme modèle de Grignon, qui se trouve dans le voisinage.
PARIS typ. DE firsjin didot, 56, RUE JACOB- 20 C. par la poste
Cette ferme modèle occupe un terrain dont le tiers était regardé comme incultivable, et qui rendait avec peine un fermage de I -4,400 francs. Au bout de peu d’années, des efforts sagement dirigés et l’application des bonnes méthodes de culture n’ont pas tardé à opérer une véritable révolution. Les terres autrefois incultes sont couvertes de riches moissons et des productions les plus variées. C’est donc avec une juste raison que l’on doit classer l’agriculture au nombre des industries productives, car l’institution paye annuellement pour loyer et réparations usufruitières 22,000 fr., elle dépense de 25 à 30,000 fr. en main-d’œuvre. Enfin, depuis 1827, on a fait au domaine de Grignon des améliorations foncières pour plus de 100,000 fr.
En 1 830, la société des actionnaires abandonna trois dividendes réunis aux avances faites par la culture. Enfin, plus tard, le gouvernement, pour soutenir celte œuvre et s’associer à son développement, prit à sa charge les frais de l’Institut Grignon. Cette libéralité de la part de l’État eut pour résultat immédiat de diminuer le prix de la pension des élèves, parce que la société s’est interdit par ses statuts toute espèce de bénéfice sur l’école.
L'enseignement y est donné par neuf professeurs. La physique, la chimie, la mécanique et la botanique agricoles, l’architecture rurale, la physiologie végétale, la sylviculture, la législation rurale, l’agriculture théorique et pratique et la comptabilité agricole, sont les sciences qui y sont particulièrement enseignées. Un médecin est en outre attaché à l’établissement, etM. le curé de Thiverval en est l’aumônier.
Le domaine de Grignon a cela de particulier qu’il réunit les terres les plus différentes et les sols les plus variés. 11 est partagé en neuf soles ou divisions d’environ chacune 30 hectares. Une division consacrée à la luzerne est hors d’assolement. Il en est de même d’une autre occupée par des prairies, gazons, vergers, jardins et pépinières. 11 possède un beau troupeau d’animaux, dont un certain nombre sont importés d’Angleterre, de Suisse, et même des États-Unis. La vacherie, peuplée en partie de vaches suisses; la bergerie de mille têtes et composée de diverses races, et la porcherie avec un abreuvoir commode, sont sur¬
tout remarquables autant par leur bonne tenue que par les résultats qu’elles ont produits.
On n’est reçu à Grignon qu’après avoir justifié d’une instruction première, passé un examen préparatoire, duquel il résulte (pie le candidat a assez de connaissances pour suivre les cours avec fruit. Tous les six mois des examens ont lieu. Les prix et les médailles sont distribués aux lauréats le jour de la réunion du comice agricole de Seine-et-Oise. Pour
Costume des élèves de Grignon.
l’examen qui précède immédiatement la distribution des prix, le directeur et les professeurs de l’école sont assistés d’une commission prise dans le sein du comice. Les questions portent sur toutes les parties de l’économie rurale. Il y en a six pour chaque candidat aux prix et aux mentions honorables; le comité d’examen en choisit dans chaque série de six, et ensuite les élèves tirent au sort celles sur lesquelles ils auront à répondre. Après l’examen, les élèves vainqueurs doivent labourer un coin de terre qui leur est assigné.
Le comice ne se borne pas seulement à récompenser l’habileté des laboureurs, le mérite des éleveurs, aussi bien que les efforts de ceux qui, par des irrigations bien dirigées ou des plantations judicieusement entendues, ont augmenté la valeur du sol ou la production du pays; il a encore une autre mission , qui n’est ni moins utile ni moins intéressante : il distribue des médailles et des prix aux agents immédiats de la culture , aux serviteurs qui sont restés le plus longtemps attachés, soit à la même exploitation, soit à la même famille. Ces prix consistent en une médaille et en une somme d’argent plus ou moins forte, mais toujours représentée par un livret de caisse d’épargne. Par agents immédiats de la culture, le comice entend les valets ou commis de ferme, les charretiers, les vachers, les bergers, les batteurs en grange, les servantes de ferme, ceux, en un mot, qid sont le plus étroitement associés aux travaux quotidiens de l’exploitation.
Quelque temps après la distribution des prix, la foule prend une autre direction ; elle s’achemine vers une tente immense, pavoisée, comme la salle de la distribution des prix, de drapeaux aux couleurs nationales, décorée de guirlandes, de feuillage, et convertie pour ce jour en salle de banquet. Ce banquet a cela de particulier qu’il est payé, pour chaque membre du comice, sur sa souscription. A cet effet, chacun d’eux reçoit une carte qui est prise en payement par le fournisseur du repas. Le nombre des convives, l’empressement des uns, les cris des autres, l’animation de tous donnent à ce spectacle quelque chose de saisissant et de pittoresque. Les lauréats, à quelque catégorie qu’ils appartiennent, propriétaires ou simples laboureurs, sont tous invités de droit au dîner, qui se termine, comme tous les banquets possibles, par des toasts obligés. Par une disposition fort sage, et qui évite les bavardages et les divagations, le nombre en a été limité à quatre, et ils sont invariablement déterminés d’avance. Ils sont portés au chef de l’État, aux lauréats, au comice agricole, enfin, aux sociétés ou institutions destinées à propager la science agricole.
Voilà une digression bien longue; il est temps de remonter en wagon.
En sortant d’Ivry, nous ne tardons pas à arriver au
Vue générale de la ferme de Grignon.
fort de ce nom, élevé dans le voisinage du hameau, et nous découvrons le village de Vitry-sur-Seine, fameux par de belles pépinières, et celui de Thiais, tous les deux situés à la droite du chemin de fer.
A peu de distance de ce dernier, la voie de fer, décrivant une courbe assez prononcée, vient faire tangente avec la Seine, et nous entrons dans le gros bourg de Choisy-le-Roi.
Jadis résidence royale, le château de Choisy-le-Roi passait pour un des plus délicieux qu’habitât la cour de France; de vastes jardins l’environnaient. Ce serait toute une histoire a raconter que les faits
dont ses beaux ombrages ont été témoins, mais les limites de ce chapitre ne nous le permettent pas. De tant de splendeurs, il ne reste que quelques débris des anciens communs et des écuries. L’industrie et le commerce ont tout envahi. Maintenant de robustes ouvriers ont remplacé les femmes élégamment parées, les petits-maîtres du siècle passé ; l’odeur du coke se fait sentir, au lieu de l’ambre et du jasmin. Il est permis de croire que la richesse actuelle de Choisy sera plus durable que celle qui était due au caprice d’un roi. Une manufacture de verre où tout sc fabrique, depuis les vases les plus grossiers jus¬
qu'aux verrières les plus délicates qui ornent nos cathédrales, doit être placée en première ligne parmi les établissements industriels que l’on trouve à Choisy et même en France; il s’y est également établi une manufacture de porcelaine, une de sucre indigène, plusieurs ateliers de produits chimiques, de maroquins, des tanneries; un beau pont de cinq arches relie entre elles les deux rives de la Seine, et, pour prouver combien la civilisation est avancée dans ce gros bourg, nous ajouterons qu'il y a un théâtre.
C’est également à Choisy-lc Roy que nous trou-