CHAPITRE LXXVII. — LES ENVIRONS DE PARIS (Suite
vons la première station du chemin de 1er d’Orléans.
Ici nous abandonnons la Seine pour la retrouver un peu plus loin. Le village et le château d'Orly, environnés de bouquets d’arbres, se laissent voir au sommet de la colline, à droite. C’est aussi sur ce point que nous quittons le département de la Seine pour entrer dans celui de Seine-et-Oise. Quelques minutesencore, et voici le délicieux village de Yilleneuve-le-Roi, perdu au milieu d’un massif d’arbres de toutes essences ; une charmante allée, qui serpente à travers les champs, y conduit depuis la voie de fer. Mais c’est à la gauche du chemin que le spectacle est véritablement imposant : l’horizon, borné à grande distance par les collines formant la délicieuse vallée d’Hierres, encadre d’un cercle de verdure le charmant bourg de Villeneuve-Saint-Georges; la Seine forme des méandres gracieux dans une plaine diaprée des mille couleurs d’une culture riche et variée, un pont suspendu assure le transit entre les deux rives du fleuve et permet une communication rapide entre Villeneuve-Saint-Georges et Paris.
La Seine reparaît à Ablon. Ce village, presque entièrement peuplé de propriétaires aisés, est remarquable par la quantité de charmantes villas que l’on y a construites. Au seizième siècle, il possédait un des trois temples que l’édit de Nantes avait accordés aux calvinistes de Paris ; il s’y trouve des caves magnifiques, et le commerce des vins s’y fait sur une grande échelle.
Pendant le cours des travaux pour l’établissement du chemin de fer, on a éprouvé à la sortie d’ Ablon , au pied du coteau de Mous, un singulier événement : les tranchées ouvertes pour donner passage à la voie ont été envahies par un mouvement des terres vers la Seine ; si l'on n’avait employé d’énergiques moyens, les plus graves accidents étaient à craindre. Le terrain naturel de ce coteau est formé de couches de glaise que les eaux souterraines faisaient glisser les unes sur les autres. On a été obligé de faire le tracé dans une autre direction, d’abandonner des travaux importants déjà achevés, des ponts, des terrassements coûteux, etc., etc. On a pratiqué entre le chemin de fer et le coteau une galerie longitudinale souterraine de o à G mètres de profondeur et de 350 mètres de longueur, dans laquelle on recueille toutes les eaux qui descendent des terres du coteau, et on les absorbe ensuite, dans des puits creusés à cet effet, au moyen d’une sonde artésienne et descendant à une profondeur de 20 à 25 mètres.
Petit-Mons est une station de peu d’importance, située sur le côté gauche de la route.
Le château d’Athis-Mons couronne le coteau du même nom; un haut clocher accompagne l’église, attribuée à Philibert Delorme. Le coteau, couvert de vignes, de riches moissons d’arbres fruitiers, produit l’effet le plus délicieux.
C’est un peu avant d’arriver au village de Juvisy que se trouve l’embranchement du chemin de Cor-
beil ; là, les deux voies se séparent, celle de Corbeil continuant de longer la Seine, celle d’Orléans s’en éloignant pour toujours.
Jmisy-sur-Orge est un village qui Lorne à droite le
Château de Juvisy.
chemin de fer. De Manches maisons s’opposent sur le vert foncé d’une végétation luxuriante; çà et là, sur le penchant de la colline, de délicieuses retraites, de bh nches villas semblent autant de perles semées
sur un velours du plus beau vert. Ce village remonte aune haute antiquité; son pont sur l’Orge formait jadis la limite entre les royaumes de Paris et d'Orléans. C’est là qu’au quatorzième siècle, Isabeau de Bavière, emmenant le dauphin, fut arrêtée. A peu de distance de Juvisy, la voie de fer traverse, sous un pont savamment construit , la route de Paris à Lyon par Moulins. Nous recommandons au voyageur l’œuvre remarquable qui couronne la grandroute. Le pont des Belles-Fontaines, ainsi nommé parce que de chaque côté se trouve une fontaine monumentale, a été construit au commencement du règne de Louis XV, en 1728, ainsi que la route sur laquelle il donne passage.
Maintenant nous entrons dans une riche vallée, celle de l’Orge; la culture et la nature se sont réunies pour en faire un séjour délicieux : de beaux châteaux, de charmantes maisons de campagne, de modestes retraites, que nous allons passer en revue, nous mèneront par une suite successive d’enchantements jusqu’à Étampes.
La première, par ordre de place, et sur le côté gauche, est la délicieuse maison appartenant jadis à M. le comte Lemercier, que les exigences du tracé du chemin de fer l’ont obligé d’abandonner. Rien de plus champêtre que cette charmante habitation ; on se croirait à cent lieues de Paris.
Du même côté une avenue royale , malheureusement coupée par le chemin de fer, conduit au château de Savigny (sur Orge). Ce château, restauré et fortifié, en I 480, par Étienne de Vèse, chambellan de Charles VIII, appartient maintenant, avec ses vastes et riches dépendances, à madame la princesse douairière d'Eckmiihl. Il reste de son ancienne construction la tour principale, qui sert maintenant d’entrée d’honneur, plus deux tourelles; les deux ailes inégales de grandeur, qui y ont été ajoutées, l’ont été au milieu du siècle dernier. Une grille de grande dimension, bornée par deux pavillons, sert d’entrée à une vaste cour d’honneur, coupée çà et là de beaux massifs. Ce château est une habitation1 vraiment princière.
Quelques rochers bordent la route du côté droit ; mais tout à coup la scène change, une large ouverture se fait voir, et, sur le sommet d’une pelouse en pente, dont le pied vient se baigner dans la rivière d’Orge, on aperçoit à quelque distance le château moderne de Grandvaux.
A peu île distance e t du même côté, se trouvent le village et la station d Épinay. Mais avant d’y arriver
Château d’Alhis.
l’Orge passe du côté gauche au côté droit du chemin de fer, sous un énorme viaduc, objet d’art remarquable par sa construction et sa solidité.
A la gauche du chemin, le village de Villemoisson, ainsi que le château du même nom, s’offrent ensuite à la vue; tous deux sont dans une situation ravissante,
à mi-côte d’une colline richement boisé ; l’un et 1 autre semblent perdus dans les arbres. Le château, d une étendue immense, est un de ces manoirs que nous a laissés le dix-huitième siècle.
Encore un château digne d’intérêt par sa position , celui de Vaucluse : c’est là qu il faut aller rêver. En¬
touré de tous côtés par des arbres d’une proportion gigantesque, il oppose sa façade, du style peu sévère que nous a laissé le siècle passé, sur le vert foncé de la végétation environnante. Situé au fond d'une vallée merveilleusement boisée et solitaire, dépendante delà forêt de Sainte-Geneviève, on pourrait se croire
dans une décos forêts sans issues du nouveau monde, si de temps en temps une échappée ne vous laissait apercevoir le château , et ne vous ramenait à la réalité.
Saint-M ichel-sur-Orge est un village oii se trouve une station. C’est maintenant tout ce que l'on peut en dire, mais nous y avons remarqué à notre dernier passage une grande activité, et ce point promet de devenir assez important.
A compter de cette station, la scène s’agrandit ; la vaste plaine où se trouvent réunis Montlhéry, Linas, Arpajon, s’étend aux regards du voyageur. Cette plaine, richement cultivée, est coupée çà et là de bouquets d’arbres et de mamelons, et sur l’un deux le voyageur
. . . De Monllliéry voit la fameuse tour.
La ville de Montlhéry est connue par son marché à blé, et sa tour est le seul reste de la forteresse bâtie en 1012 par Thibault File-El.oupè, forestier du r°i Robert, et démantelée par Louis VIL La bataille de 146a s’est donnée entre Montlhéry et Longpont, et l’endroit où elle eut lieu s’appelle encore Cimetière des Bourguignons.
En se reportant vers le chemin de fer, on voit à peu de distance d.e Saint-Michel le beau château de Lormoy. Environné d’un parc d’une grande étendue, ce château a une apparence noble et grandiose, que nous tenons d’autant plus à signaler, que chaque jour cëS deux qualités deviennent plus rares dans nos mesquines villas modernes.
Peu loin de là se rencontre la station de Brétigny, dont nous ne dirions rien si ce village, peu important et composé de nombreux hameaux, n’avait été le théâtre de la signature du fameux traité de Brétigny. Son église, située sur un mamelon, se nomme le Guet-Saint-Pierre.
Il nous faut abandonner pour quelques moments les riants coteaux, les vertes allées; nous sommes sur le plateau qui sépare la vallée de l’Orge de celle d’Étampes, ou de la Jüirie. Là, des champs bien cultivés, mais monotones. Patience ! bientôt nous allons encore admirer; de belles habitations, de grands et nobles parcs {lasseront soùslids yeux. Il bien se fepbsfer un peÜ.
Mârolles èst le premier point que l'on rèlicotitre après Brétigny. Ce qüèttousavot s
dit de Brétigùy petit s’appliquer à MarolleS. Mais ici nous sommes entrés dans la vallée de la Juine, et l'influence bienfaisante de l’eau se fait déjà sentir; un des premiers à en profiter est le vaste parc du Mëèhii, ëlitHtihtht le château du même nom; il appartient à M. le duc de Choiseul. Une vaste échappée de vue nous permet de voir sur notre gauche une aile de ce château, et ce que l’on en aperçoit fait vivement regretter ch; ne pas en voir davantage. Peu après on arrive au charmant village de Lardy, situé au fond de la vallée et environné d’énormes plantations de peupliers et d'arbres fruitiers de toutes sortes.
Torfou, que l’on aperçoit à une demi-lieue sur la hauteur à droite, a un télégraphe.
Depuis Mârolles, la voie de fer a décrit une courbe fort sensible. En arrivant auprès de Chamarande, elle en décrit une dans un autre sens, ce qui permet de voir le noble château de Chamarande sous deux aspects différents. Ce château, qui date du dix-septième siècle, est bâti en briques et en grès. Une large avenue conduit à l’entrée principale; de vastes dépendances, des communs d’une dimension peu ordinaire l’entourent. Son parc est une véritable forêt. Ce manoir, d’un aspect tout à fait majestueux et grand, est remarquable également par la beauté de ses eaux. Il
appartient à M. le marquis de Tafaru. Dans les environs se trouvent plusieurs tuileries. La campagne qui l’entoure, semée de rochers de grès, est pittoresque et agreste.
Étréchy, station dit chemin de fef, est un assez grand boifrg fermé de murs, traversé par la route royale d’Orléatfs, et longé par le chemin de fer, qui le laisse à sa droite; tandis que, vers la gauche, l’œil se repose avec plaisir sur la délicieuse vallée de la Juine, dans laquelle on aperçoit à travers les arbres les villages d’Angers, de Saint-Georges, le château de Gravelle et celui de JetirC, dont le parc, arrosé par la Juine, est vaste et bien planté. De l'autre côté de la rivière, on distingue Morigny, avec sa belle église, jadis abbatiale.
Un pcti plus loin, la route d’Orléans traverse sotis la voie de fer, élevée à cet endroit au moyen d’Uit énorme remblai. La Juine donne la vie à un grand nombre d'usines; nous citerons entre autres le moulin dit de Pierre-Brou, d’une architecture originale, construit avec élégance, et cependant bien approprié à sa destination.
Mais déjà nous approchons d’un des centres d’action du chemin de fer d’Orléans, d’un établissement important de cette entreprise, (pii en compte déjà un si grand nombre; au sortir d’une vaste et longue tranchée qui nous offre l'image de la solitude, on se trouve tout à coup transporté au milieu de l’activité
la plus grande; on entre dans la gare d’Étampes.
Bien de pittoresque comme l’aspect que présente cette ville; le chemin de fer la domine de toutes parts, et il est lui-même dominé par une tour qui fait l’orgueil des habitants d’Étampes, la tour de Guinette.
Que dirons-nous des établissements du chemin de fer, qui ne puisse être appliqué à tous les autres de cette vaste entreprise? Tout y est tracé sur une grande échelle; tout est construit avec solidité ; pas d’ornements inutiles, mais tout ce qui peut rendre le service plus facile y est prodigué.
La gauche de la gare est occupée parles bâtiments l’embarcadère, salle des voyageurs, bureau des bagages, etc., etc. En face se trouve le buffet, que les voyageurs, pendant le temps d’arrêt que le convoi fait à Etampes, trouvent toujours garni d’une manière convenable. Du même côté, on peut voir d'abord une vaste remise oit sont à couvert, soit les voitures de rechange placées au centre de la ligne dans les prévisions des besoins du service, soit celles destinées au sêrvice direct d’Étampes à Paris; à côté, un grand bâtiment formant un octogone régulier, dont le toit, percé de fenêtres, verse une lumière abondante , sort de remise à douze machines toujours en bon état; quatre portes, placées à angle droit, donnent accès dans l’intérieur du bâtiment ; des magasins spacieux , pour abriter les marchandises, complètent l’ensemble de cette gare, qui, par sa position entre les deux points extrêmes de la ligne de Paris à Orléans, est le centre d’un mouvement d'autant plus grand , qu’Elampes fournissant à peu près la moitié des farines nécessaires à la consommation de Paris, le transport en est effectué par le chemin de fer, qui s’est naturellement trouvé chargé de ces importants envois.
Ne passât-on qu’une demi-heure à Etampes, il faut solliciter la permission de visiter l’ancienne église Saint-Martin et une maison située vers Saint-Basile. Ce manoir, admirablement bien conservé, date du quatorzième siècle. Il fut habité par Diane de Poitiers.
La tour de Guinette, qui domine la gare, est un reste de l’ancien château construit par le roi Robert., qui séjoufflu longtemps à ÉtampeS ; c’est tlaùs ceeliâteati qu’il réplidia la rèi- HB ReHlttq SHn épdiisé, Le roi Louis Mi dit le Gros, y a tenu les États; la tour de Guidette se compose de quatre tours semi-circulaires, engagées l’une dans l’autre, et c'est Un resté précieux de l'architecture militaire de la fui du dixième siècle.
Si volts vous arrêtez à Étanipes, visitez aussi les trois églises, Notre-Dame du Fort, Saint-Basile, et Saint-Gilles.
Ces diverses églises sont intéressantes à divers titres, tant pour leur valeur architecturale que pour les précieux restes de sculpture qu’elles renferment, et surtout pour les vieux souvenirs qu’elles réveillent. Mais nous nous sommes laissé entraîner trop loin par les agréments des voyages, et nous voici en pleine Beauce,
de
Tour de Montîtitry.
îdamjiCs. — fi§!f«c Saint -MiiHia.