‹ Tableau de ParisChapitre 245 sur 257 · CHAPITRE LXXVII. — LES ENVIRONS DE PARIS (Suite · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXVII. — LES ENVIRONS DE PARIS (Suite

élevée sous l’invocation de saint Denis, patron de Paris.

L’origine de cette église remonte aux premiers temps de la monarchie française.

Dagobert, qui l’enrichit de riches dépouilles, en a été regardé comme le fondateur. A sa mort, il y fut enterré. Son tombeau, détruit par les Normands, fut rétabli au treizième siècle par ordre de Louis XI.

On voit à gauche, en entrant dans l’église, une pierre sépulcrale où des sculptures en relief représentent l’âme de Dagobert, entraînée sur une nacelle par des diables, et délivrée par saint Denis, saint Martin et saint Maurice. Sous le règne de Pépin, l’édifice fut détruit et remplacé par un nouveau plus spacieux, qu’on n’acheva que sous Charlemagne. L’abbé Suger fit démolir, du moins en grande partie, cette église pour en reconstruire une plus majestueuse. Le portail, la tour qu’on voit aujourd’hui datent de cette époque. 11 fit d’abord abattre une espèce de porche en saillie, d’un style lourd, élevé par Charlemagne au-devant du grand portail. En outre, il dota la basilique d’une foule d’objets et de meubles précieux par la main-d’œuvre, par les riches métaux, par les bijoux entrés dans leur confection, et on dut à sa magnificence et à son goût pour les arts ces magnifiques verrières, répandues en si grande profusion, qu’elles firent donner à l’église le surnom de Lucerna. On regarde comme étant de son temps un vitrail dans lequel il est représenté aux genoux de la Vierge, et qui a été replacé à la fenêtre où il figurait jadis. Elle fut construite de nouveau en partie en 1231 : ces constructions furent achevées en 1281 par l’abbé Mathieu de Vendôme. Sous le règne de Charles VI, l’abbaye eut beaucoup à souffrir des discordes civiles ; elle fut pillée et son abbé massacré. Les religieux durent plus d’une fois transporter leurs trésors à Reims ou à Paris, ce qui ne les empêcha pas d’éprouverdes perles considérables. De trèsgrands privilèges avaient été accordés à l’abbaye de Saint- Denis; elle ne dépendait d’aucune autre juridiction ecclésiastique que de celle du pape. Elle jouissait de la prérogative d’être dépositaire de la couronne, du sceptre et de tous les ornements royaux qui avaient servi aux sacres et aux couronnements. Le religieux Douillet, dans son Histoire de l'abbaye de Saint-Denis, consacre un chapitre entier a

15 Cent. LA LIVRAISON. — 196<> tivr.

ce grave sujet : « Comment les offrandes qui se font en l’église Saint-Denis ès messes des enterrements des

Vue extérieure de l’église de Saint-Denis.

tous, reynes et enfants de France appui tiennent à puhhè cl couvent iF icelle, et von à quiconque prélat,

Caveau des sépultures dans l’église de Saint-Denis.

pour avoir célébré en icelle, et autres belles particularités. » Ûn ne s’étonnera pas, d’après cela, de

Aux bureaux de l'Illustration, rue de Richelieu, 6®.

l’anecdote racontée par la princesse palatine, mère du régent, dans sa correspondance allemande: «Au service funèbre de la Dauphine, en allant à l’offrande, je portai le cierge, nota benè avec des pièces d’or , à l’évêque qui chantait la grand’messe. Ce prélat voulut le donner à ceux (pii l’assistaient et qui étaient des prêtres de la chapelle du roi, mais les moines de Saint-Denis accoururent à bride abattue, prétendant que le cierge avec les pièces d’or leur revenait de droit. Ils se jetèrent sur l’évêque, dont le fauteuil commençait à chanceler, et lui firent tomber la mitre de la tête. Si j’étais restée encore un moment, l’évêque avec tous les moines seraient tombés sur moi ; aussi je descendis à la hâte les quatre marches de l’autel, car j’étais encore leste, et je contemplai celte bataille, qui me parut si comique , que je ne pus m’empêcher de rire :

tout le monde en fit autant. » — La basilique royale était devenue, depuis Dagobert, le lieu de sépulture des rois et reines de France, princes et princesses du sang. L’inhumation de Bertrand du Guesclin y fut le premier exemple d'un sujet enterré à côté des princes qu’il avait défendus. En 1793, la destruction de ces tombeaux fut décrétée. Le corps de Turenne fut trouvé dans un état de conservation tel, que les traits de son visage n’étaient pas altérés. Quelques années plus tard, Napoléon fit transporter son tombeau aux Invalides.

Tous les monuments furent brisés, et les restes des souverains furent portés au cimetière dit de Valois, et jetés dans une fosse commune.

En 1794, il fut question de détruire de fond en comble l’église; on se contenta d’enlever sa couverture en plomb pour en faire des balles. Elle fut dépouillée de ses ! vitraux en 1799, et l’abbaye devint un magasin de 1 farines. En 18C6, Napoléon ordonna la restauration

de l’église. Le 20 février, il rendit le décret suivant. « L’église Saint- Denis est consacrée à la sépulture des empereurs. En chapitre composé de dix chanoines est chargé de la desservir. Ces chanoines sont choisis parmi les évêques âgés de plus de soixante ans. » 11 ordonna qu’on ne se soi virait plus pour la sépulturc des souverains de l’entrée pratiquée dans le chœur, et conduisant aux caveaux par un escalier sur les marches duquel chaque roi était originairement déposé. Il lit pratiquer dans

PARTS. TYP. DE FIRMIN DIDOT, 56, RUE JACOB. C. par la poste.

la chapelle souterraine une issue qui fut fermée par des portes de bronze , armées d une triple serrure. On peut encore les voir aujourd hui. De plus, il ordonna la construction d’une chapelle expiatoire des crimes de la Révolution. Ces derniers travaux ne purent être entrepris ; ce fut Louis Xà III qui les fit exécuter. Le caveau royal reçut ce que l’on put trouver des corps de Louis X^ I et de Marie-Antoinette, et successivement les dépouilles du duc de Berry et de Louis XVII 1, puis celles du duc de Bourbon, dont on apercevait dernièrement encore, à travers une grille, la bière dans un caveau éclairé par une petite lampe.

La restauration de l’église de Saint-Denis, qui se poursuit depuis le commencement de notre siècle, a été généralement exécutée avec beaucoup de soin et avec un sentiment vif et juste de l’ancienne architecture.

Il faut regretter toutefois cette flèche magnifique »

dont nous donnons le dessin, quoique des motifs de solidité aient amené sa démolition. L intérieur de la basilique a été peint comme il l’était autrefois, de couleurs éclatantes, d’azur , d’or, d’étoiles, mieux exécutées peut être qu'elles ne le furent primitivement, mais d’un ton qui jure avec l’ensemble de 1 édifice.

Cette grossière et criarde enluminure des églises perd à nos yeux son caractère d’archaïsme pour s'assimiler à un pastiche du décor moderne. Cela peut être employé avec avantage dans les petites chapelles latérales, mais il ne faut pas, à notre avis du moins, que cela embrasse de trop grands champs, à moins de régner exclusivement partout. Le contraste avec les parties nues où la pierre garde son ton uniforme, nous semble d’un effet désagréable. — Une seconde observation concerne les verrières. Il y a quelques années encore, on pensait qu’il avait là un secret que le moyen âge avait emporté avec lui. Aujourd'hui Sèvres, et surtout Choisy le- Roi , fournissent des produits matériellement supérieurs aux anciens. Les artistes se sont jetés dans cette voie nouvelle avec ardeur, et de toutes parts les croisées des églises reçoivent de grandes compositions, où les figures sont dessinées avec un contour sec et arrêté, qui ferait honneur à un Florentin. Et cependant, les anciens vitraux au fouillis indiscernable, oii les figures et les couleurs se mêlent, oii la ligne se confond, sont restés les véritables verrières, tandis que nos vitraux au dessin savant ne sont que des transparents.

Il vaut mieux ne rien dire du choix des sujets et

des costumes représentés sur les vitraux : les anciens verriers riraient a gorge déployée de voir Napoléon, Louis XVIII, Louis Philippe, M.dcMontalivet et autres personnages, vêtus à la moderne, remplaçant les vier¬

ehaise, qui avait, d’après les archéologues, servi d’abord de siège consulaire, fut empruntée par Napoléon, qui voulut s’y asseoir à la revue du camp de Boulogne, le 15 avril 1804. Elle fut ensuite envoyée à la Bibliothèque, puis rendue à l’église de Saint- Denis, puis réintégrée encore une fois au cabinet du roi. Aujourd’hui ellejait partie du Musée des souverains, au Louvre.

L’orgue de Saint-Denis, ouvrage de MM. Cavalllé père et fils, est un véritable chef-d’œuvre. Ses trois claviers, grâce aux pédales de combinaisons, offrent tout d’abord douze manières de nuancer en même

temps le degré de force et le timbre des sons. Mais en considérant les dispositions que peut , au préalable, prendre l’organiste pour la distribution des registres, on arrive au nombre extraordinaire de quatre mille soixante et onze mélanges différents produits par l’emploi de ces diverses pédales.

Riche de son propre fonds, M. Cavaillé admit encore les perfectionnements que d’autresavaient inventés. M. Rarker, mécanicien anglais , inventeur d’un appareil nommé levier pneumatique, an moyen duquel les touches des claviers de l’orgue le plus considérable étaient rendues aussi faciles aux doigts que celles des pianos les plus parfaits, n’ayant pu déterminer les facteurs anglais à risquer une telle innovation, avait pris le parti de venir en France et de s’y faire breveter. M. Cavaillé appliqua cette invention à l’orgue de Saint-Denis.

La maison d’éducation pour les tilles, sœurs, nièces ou cousines des membres de la Légion d’honneur, aux termes du décret du 29 mars 1809, occiqe les constructions de l’abbaye destinées jadis à servir de cloître aux religieux de Saint-Denis. Ces bâtiments, achevés en 1767 par Robert de Cotte, ont été appropriés à leur usage actuel ; ils sont vastes et bien aérés, et les pensionnaires de la Légion d’honneur y reçoivent une éducation égale à celle des meilleurs établissements d’instruction pour les demoiselles.

Nous avons vu ce qu’était la création de madame de Maintenon à Saint-Cyr : La maison de, Saint-Denis nous présente un spectacle analogue. Ce que la monarchie royale de Louis XIV avait fait pour les filles pauvres de l’antique noblesse de race, la monarchie impériale, fondée par le génie de Napoléon, devait le faire sur des bases plus larges encore pour les jeunes parentes de la nouvelle noblesse créée par lui en récompense des services rendus à l’État. Si Louis XIV se montra le protecteur des jeunes filles de parents nobles, peu aisés, ou tombés dans l’infortune. Napoléon voulut être le père des tilles de nos braves morts sur les champs de bataille.

La maison impériale de Saint-Denis fut organisée

ges, les apôtres et les saints qu’ils avaient coutume de peindre sur les fenêtres des églises. Une autre restauration plus intelligente, c’est celle de la toiture : on a enlevé les tuiles qui avaient succédé au plomb pour mettre une couverture en fer.

Les curieux peuvent, en visitant l’église de Saint- Denis, admirer dans les côtés de la nef les magnifiques mausolées de Louis XII, de François Ier eUde Henri II, et en descendant dans la chapelle souterraine parcourir la suite de tombeaux des rois et reines de France, qui forme une série chronologique curieuse pour l’étude de l’art. Mais ces tombes sont vides des

inttrieurc de IVgLse de Sarot f’enis.

poussières qu'elles devaient conserver à travers tous les siècles. Car rien ne dure en ce monde, et il y a déjà bien des siècles que la psalmodie perpétuelle fondée par Dagobert à l’aide de chœurs religieux, se relevant nuit et jour les uns les autres, a cessé de se faire entendre. Quant au riche trésor de l’abbaye, il n’existe plus. Les reliques des vieux âges, la châsse de saint Louis, l’épée et la couronne de Charlemagne... ont été dispersées.

Parmi ces monuments plus ou moins historiques on remarquait la fameuse chaise du roi Dagobert, ouvrage que la tradition attribue à saint Étoi. Cette

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