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La Cour d’honnour.
maison se lont surtout apprécier dans la bonne tenue du dortoir. Les petites couchettes sans rideaux sont disposées sur plusieurs rangs les unes à côté des autres, séparées seulement par une petite table. Les
élèves, à moins qu’elles ne soient trop jeunes, font leurs lits elles-mêmes, et la régularité de l’arrangement témoigne en faveur de leur esprit d’ordre. Toutes les nuits une surveillante fait la police du dortoir.
Une infirmerie tout à fait isolée est divisée en plusieurs salles garnies de couchettes avec des rideaux blancs. Trois ou quatre lits seulement étaient occupés, il v a quinze jours, au moment de notre visite. Près
d’un de ces lits on pouvait apercevoir de loin un père faisant la lecture à sa fille. A ce spectacle touchant on comprenait de suite tout ce que l'on gagne à ne pas exagérer la sévérité des prohibitions.
Un vaste jardin couvert de pelouses vertes et entouré de beaux arbres, qui doivent fournir une ombre épaisse en été, s'étend derrière l’édifice. D’une des fenêtres nous pûmes apercevoir les pensionnaires se promener par groupes de deux, de trois ou de quatre. A l'entrée de chaque récréation elles doivent faire deux tours de promenade. Cette promenade d’obligation imposée dans des vues hygiéniques coûte un peu aux paresseuses. L’aspect du costume noir de la tête aux pieds est peu attrayant. Il attristait pour nous les idées que la jeunesse éveille naturellement. Mais cette impression de tristesse qu'une simple couleur provoque est un regrettable apanage de notre âge. Elle n’a le pouvoir d’altérer en rien les teintes rosées
que prennent les impressions et les idées dans de jeunes têtes qui n’ont pas encore dix-huit ans. A l’extrémité du jardin s’étend à son tour un parc touffu réservé aux dames et où les élèves sont admises à titre de récompense.
Ajoutons que, jusqu’en 1848, les dames et les élèves mangeaient dans de la vaisselle d’étain, on leur a accordé de la porcelaine, comme en ont depuis longtemps les élèves des écoles militaires. C’était justice que de jeunes filles ne fussent pas traitées plus mal que des soldats.
Deux succursales dépendant de la Légion d’honneur existent encore aujourd’hui : ce sont celles de la rue Barbette et des Loges, administrées quant à l’intérieur par la congrégation de la Mère de Dieu , et destinées à recevoir 400 élèves filles de membres de la Légion d’honneur, mais de grade inférieur à celui de capitaine. Ces deux succursales forment donc, avec
la maison de Saint-Denis, un ensemble complet et fournissent avec elle un total de 900 élèves.
Le 3 mars 181G, sur un rapport du maréchal Macdonald, grand chancelier de la Légion d’honneur, Louis XV11I fixa, par une nouvelle ordonnance, l’organisation définitive de la maison royale de Saint- Denis. Le nombre des élèves fut fixé à 300, dont 400 à titre gratuit et 100 seulement aux frais des familles. Pour être admise dans la maison, il faut être âgée de six à douze ans au plus. La sortie d’une élève est fixée à l’âge de dix-lmit ans. Néanmoins les parents peuvent la retirer auparavant , si son éducation est terminée ou si d’autres raisons l’exigent; ils peuvent aussi demander son admission définitive pour l’enseignement, la maison se recrutant d'elle-même. Le conseil administratif se compose de la surintendante et de six dignitaires. Outre les dix dames de première classe et les trente dames de seconde, il y a vingt
La chapelle.
norices et un nombre éventuel de postulantes , jamais au-dessous de dix, prises toutes, dames, novices, postulantes, parmi les élèves de la maison , passant successivement par les divers grades, et toutes réparties dans les divers emplois d'institutrices, de maîtresses de talents, dessin, musique instrumentale ou vocale, et dans ceux de surveillantes des classes, des parloirs, de l’infirmerie, de la pharmacie, etc...
Outre le grand cordon, insigne de la dignité, la surintendante portait autrefois une toque blanche élégante. Les élèves portaient également des toques noires en hiver et des capotes blanches en été; mais ce genre de coiffure a fait place à une autre plus sévère. Le costume des élèves, toujours en étoffe de 1 fine, blanc d’abord , violet ensuite, est noir depuis une trentaine d’années. Un simple chapeau de paille noire remplace en toute saison les fraîches capotes ou les toques mondaine des anciennes élèves. Des ceintures de diverses couleurs servent à distinguer
les différentes classes. Le blanc est attribué aux plus avancées, et le vert aux commençantes. Dans chaque division la couleur pleine ou la couleur avec liséré d’une autre nuance appartient au premier ou au second degré. Ainsi la section des plus petites est, comme elle l’était à Ecouen, celle des vertes-Userces . On imagine facilement l’émulation que ces signes extérieurs doivent exciter dans ces jeunes cohortes : innocente rivalité qui s’exerce à l’occasion de rubans en attendant quelle s’exerce plus tard sur un autre théâtre d’une manière moins bienveillante et pour des motifs bien plus frivoles encore. — Les maîtresses et les surveillantes, également vêtues en noir, portent sur la poitrine une croix en signe de distinction honorifique.
A part l’intérêt qui s’attache à cette belle institution, on visite en même temps avec curiosité les bâtiments de l’ancienne et fameuse abbaye de bénédictins occupés par l'établissement. Nos gros budgets mo¬
dernes, si prodigues qu’ils soient, ne feraient plus les frais de bâtiments si vastes et si magnifiques. Les moines, si longtemps enrichis de l’aumône du peuple, ont en partie légué au présent cette aumône du passé. La France serait fort embarrassée s’il lui fallait élever aujourd’hui tant de monuments qui la couvrent et qui lui viennent d’eux. Un bâtirait de nos jours tout un quartier, toute une cité, comme on dit, dans l’emplacement de la cour d'honneur qui précède l’édifice. Cette cour a une forme d’hémicycle. Vis-àvis de la façade principale, se développent des bâtiments de forme elliptique destinés, à droite de la porte d’entrée, aux communs, et, à gauche, aux parloirs, situés au rez-de-chaussée. Ces parloirs, au nombre de deux, tout à fait semblables, l’un pour les dames, l’autre pour les élèves, sont simplement meublés et divisés en deux parties par un grillage en bois (pii sépare lesjeunes recluses des visiteurs, mais qui s’ouvre aux pères aussi bien qu’aux dames. Le parloir
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