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CHAPITRE XLIV. — LES G RISETTES ET LES LORETTES

bien qu il soit un de cps jeunes écervelés qui dévorent leur fortune avec les chevaux et les femmes à la mode, elle les traite de la même manière et les considère absolument comme une gent taillable et corvéable à merci, comme une espèce créée et mise au monde exprès pour solder à son profit des lettres de change et des factures imaginaires, pour la défrayer, pour l’entretenir dans son luxe et dans sa paresse. Elle les dépouille sans remords comme sans prévoyance pour elle-même : elle ne songe à l’avenir que pour demander ses secrets aux cartes , d’après les principes de quelque élève de mademoiselle Lenormand. C’est que ceci est un point bien saillant du caractère de la lorette; superstitieuse à l’excès, elle croit encore aux présages de toute sorte, elle consulte le marc de café comme une vieille portière, elle fait le grand jeu ou le petit jeu, suivant la circonstance. L’oracle du valet de cœur et du valet de trèlle, du roi de carreau et de la dame de pique est à ses yeux quelque chose d’infaillible : c’est le seul conseiller auquel elle a recours dans la pénurie de protecteurs; et, sur la foi de ses promesses, elle attend, sans jamais se lasser, une émigration de lords anglais et de boyards moscovites, semant à profusion les roubles et les guinées. J’allais oublier de dire que, par une précaution qui se justifie bien mieux, la lorette, libre de choisir un appartement à sa guise, se montre soigneuse de juger de la profondeur des armoires, de l’ampleur du divan et de l’élévation du lit sur ses pieds; mais sa première occupation est de s’enquérir des de la direction de l’escalier de service,

Le monsieur ([ni paie.

et comment se passent ses dernières années. Je laisse la parole à M. Théophile Gauthier : « Ordinairement tille de portier, la lorette a eu d’abord pour ambition d’être chanteuse, danseuse ou comédienne; elle a dans son bas âge tapoté quelque peu de piano , épelé les premières pages de solfège, fait quelques pliés dans une classe de danse, et déclamé une scène de tragédie avec sa mère, qui lui donnait la réplique, lunettes sur le nez. Quelques-unes ont été plus ou moins choristes, figurantes ou marcheuses à l’Opéra; elles ont toutes manqué d’être premiers sujets : cela a tenu, disentelles, aux manœuvres d’un amant évincé ou rebuté ; mais elles s’en moquent. Pour chanter, il faudrait se priver de fumer des cigares régalia, et de boire du vin de Champagne dans des verres plus grands que nature, et l’on ferait triste figure dans un bal si l’on [avait fait dans la journée les deux mille battements nécessaires pour se tenir le

cou-de-pied frais . La lorette ne peut

pas avoir moins de quinze ans (au-dessous elle rentre dans la catégorie des rats), ni plus de vingt-neuf ans. Que deviennent-elles passé cet âge ? C’est une grave question, et qui n’a jamais pu être résolue d’une manière satisfaisante. Que deviennent les fusées après le feu d’artifice? Que deviennent les bouquets de la veille, les toilettes de bal, quand la fête est finie? Que devient tout ce qui brille, s’épanouit et disparaît? Il est probable pourtant que celles qui n’épousent pas de princes étrangers reviènnent à leur point de départ, c’est-à-dire à la loge

issues et car tout

cela peut servir un jour :

Et maintenant, par où a

demandez aux Arthurs.

commencé la lorette? Où

de la poitière, et font des ménages dans leurs vieux jours. » Quant aux dames aux camélias, elles meu¬

rent généralement de la poitrine, disparaissant de ce monde entourées du luxe et de l’opulence dont ('lies

ont fait toute leur vie, ayant oublié la misère qu elles ont connue dans leur enfance, et laissant, on a \ u des

exemples de ce genre, à quelque favori de longue date, une fortune solidement établie.

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