LE LUXEMBOURG
Annales du Luxembourg. — Robert de Harley Je Saney . — Le duc d’Épinay-Luxembourg. — Marie de Médicis. — Jacques de Brosse. — Quelques mots sur l’architecture du palais du Luxembourg.
Lps hôtes du palais du Luxembourg. — MUe de Montpensier. — Les geôliers. — David. — Le Directoire et les diners dp vicoipte 'de Barras. — Napoléon et le Sénat conservateur. — La
chambre des pairs. — Le jardin du Luxembourg. — Les statues. — Le public du jardin du Luxembourg. —Les (pjes çt les expositions dans le palais et le jardin du Luxembourg.
Les annales du Luxembourg débutent comme celles des Tuileries. C’est encore l’histoire d’un nid qui (devient une aire. Ce palais, aujourd’hui si vaste mi’il suffit aux ébats d’un des trois pouvoirs de l'Etat, était, au milieu du seizième siècle, l'hôtel d’un gentilhomme, Robert de Harley de Sancy. Vers 1580, le duc d’Épinay-Luxembourg convoita cette demeure et l’acheta. Après l’avoir restaurée avec amour, après avoir considérablement agrandi ses dépendances, il se disposait à y vivre de la vie d’un grand seigneur, lorsque Marie de Médicis en voulut faire l’acquisition pour quatre-vingt-dix mille francs. Cette veuve de Henri IV, qui devait périr de misère dans je
pe sais quel grenier de Cologne, au milieu des brouillards du Rhin , ne trouva pas que cette résidence fût digne d’abriter sa tête royale. Elle appela son architecte, Jacques de Brosse, comme Catherine de Médicis avait mandé Philibert Delorme, et voulut un château qui lui remit sous les yeux les élégantes magnificences de sa patrie : on se souvint du palais Pitti , et on éleva le palais de Luxembourg. Ypifà comment Paris doit des remercîments à ces impérieuses filles de Florence, qui, parmi leurs passions, comptèrent heureusement celles de la noble architecture.
Ce palais, dont nous parlerons plus loin en détail , s’il paraît manquer de cette légèreté et de cette élé¬
gance poétique qui, dans les édifices mauresques, par exemple, résulte de la délicatesse et de la riche mul- i tiplicité des détails, offre cependant, dans cette pe- l santeur relative, une certaine grâce qui est celle de la force et de la solidité. Si l’architecture de ce palais n’est pas des plus délicates, des plus ouvragées et des plus brillantes, il en est peu qui la surpasse par la juste proportion des membres, la robuste apparence et je ne sais quoi de sobre qui satisfait le goût.
A quoi bon dérouler la liste des princes et des princesses qui possédèrent tour à tour le Luxembourg? Les palais ont, comme les livres, leurs des- 1 I tinées mystérieuses : tlabent sua fata. Un jour, il eut
pour hôtesse cette grande mademoiselle de Montpensier, qui, après avoir eu la chance illustre de s’asseoir sur le trône de France, d’Espagne, d’Angleterre et d’Autriclie, finit par donner sa main à un cadet de Gascogqe nommé Lauzun ; un autre jour il fut habité par une ^utre fille du sang royal, qui , elle, aussi donna son ccpur volage à un simple gentilhomme. En ce temps-là le Luxembourg fut le théâtre fies plaisirs les plus étranges. On y célébra ces patriarcales fêtes d’Adajn, pù on poussait la recherche de la pouleur locale jusque dans le choix du costume. Nous nous contentons d’effleurer ces scènes tant de fois flétries; nous sommes de ceux qui n’aiment pas à parler des femmes lorsque les historiens indulgents ont trouvé leurs fautes sans excuse.
Ce palais, qui appartint à Louis XIV avant d’appartenir au régent, ne tarda pas à retomber dans le
Vue générale du Luxembourg.
domaine royal. Louis XVI en devint maître et le donna à son frère, le comte de Provence, qui le quitta une nuit d’été, pour aller attendre à Coblentz le trône constitutionnel que le temps devait lui octroyer en échange d’une charte. Après son départ, la révolution posa son ongle ensanglanté sur cet héritage des rois; elle en prit possession au nom du peuple souverain. Alors commença pour cet asile des voluptés, pour cette Cythère de la Régence, un régime inouï : on grilla ces fenêtres où les duchesses épiaient le passage fie leurs amants ; on vérouilla ces portes qui s’ouvraient si facilement au souffle de l’amour ; op répandit les ténèbres et le silence dans ces lieux oû retentissaient naguère les chansons aux refrains équivoques, oû jaillissait jusqu aux plafonds la flamme des joyeuses orgies. On chassa les valets, et on manda les geôliers.
La carmagnole de laine noire remplaça les somp¬
tueuses livrées. Quand tout fut prêt, on vit venir d’un pas lent et les yeux pensifs les tristes hôtes de ces cachots improvisés. — Grands seigneurs, grandes dames, grands artistes, entrez tous! David, dont le pinceau devait un jour illustrer ces murailles, y vint attendre un arrêt de mort à côté de madame de Mouchv, cette héroïque époqse d’un maréchal en cheveux blancs.
Quand la Terreur se fut éteinte, comme la foudre, dans le sang de Robespierre, survint le Directoire, qui s’installa gaiement sur la chaise des guichetiers. On donna de l’air aux appartpjrients; on épousseta les dorures, ou rouvrit les boudoirs de la duchesse de Berry; puis, insoucieux d’un formidable passé, on s’élança légèrement sur la trace de messieurs les roués. Les dîners du vicomte de Barras ne valurentils pas les petits soupers de Philippe d’Orléans?
Le César des Gaules, Napoléon, illumina un ins-