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jour ces mains inhabiles, qui ne savent pas pot ter armes, feront à merveille le coup de fusil avec les Kabyles de l’Afrique et de l’Europe; mais l’imagination d’un Russe se prêtera-t-elle à expliquer de la même manière ce pénible apprentissage des héros? Oui, les prodigieuses batailles de la République et de l’Empire ont assez prouvé que le soldat français a le privilège de s’improviser en face du canon ; nous ne raillons donc pas son inexpérience et sa gaucherie, mais nous crai- ■ gnons que la vue de ces écoles en plein vent n’éveille '• chez les étrangers des idées trop orgueilleuses. Montrons à nos ennemis nos soldats quand ils sont façonnés, nos soldats à la peau brunie, au 1 regard calme et fier, à la lèvre hérissée; mais, encore une fois, cachons-leur Jean-Jean.
Quand nous parlons de le cacher, ce bon et naïf Jean-Jean, nous n’entendons pas le cacher toujours. Quand il est sous les ordres de Mars, nous réclamons le huis clos; mais, quand il s’enrôle sous le drapeau de Vénus, quand il s’est coiffé à la crâne, et qu’il a mis, comme le petit caporal, ses mains derrière son dos, qu’il revienne en ces lieux, dont il paraîtra dès lors le plus brillant ornement. Quel serait le sort de ces bonnes aux rubans roses; quelle serait la destinée de ces nourrices à qui leur bonnet caractéristique peut servir de passe-port; que deviendrait, en un mot, le beau sexe du Luxembourg, s'il allait imiter Achille et bouder sous sa tente? Non, ces ombrages touffus lui appartiennent. Derrière ces statues mutilées comme Atys, il y a place pour lui sur ces bancs, à côté de la payse ravie. Oh! quelle joie de parler du hameau natal, du maire, de monsieur le curé! Quel joli bonheur que de pouvoir se retremper aux sources fraîches du patois national, et d’échanger, dans cette langue du berceau , de longues causeries sur les alentours de la chaumière et sur les anciennes amours !
Mais quittons l’innocent enfant des villages pour suivre ces enfants de ville, qui, une rose à la boutonnière et le cigare à la bouche, traversent l'avenue, allant je ne sais où , à la Chartreuse ou à l’Observatoire, aux leçons de M. Arago ou aux leçons d’un Cellarius de faubourg. Passons aux étudiants leurs
Le vieux célibataire.
casquettes excentriques, leurs paletots exagérés, leurs pantalons à plis byroniens et leurs moustaches, quand ils en ont; passons-leur tous les petits travers de la jeunesse, pourvu qu’ils en conservent les grandes qualités.
Les étudiants ne fréquentent pas comme jadis le jardin du Luxembourg. Lisette ne s’y promèneraitelle plus? Ou bien cette fureur qui pousse le beau monde sur l’autre bord du fleuve aurait-elle exercé des ravages parmi eux? Je ne sais, mais si on n’y rencontre plus guère d’étudiants, on y trouve, en revanche, les jours de congé, un grand nombre de pensions
L’etudiant.
du voisinage. Les terrasses de l’est et de l’ouest leur sont, abandonnées ces jours-là par les rentiers et les fonctionnaires en retraite. Il y a de silencieuses clairières pour les parties de ballon, de vastes éclaircies pour les jeux de barres. Sous les arbres les plus éloignés du centre, vers la rue de Madame et vers la rue d’Enfer, on aperçoit les littérateurs de l’endroit et les vagabonds du quartier. Les premiers arrondissent des phrases, tandis que les seconds poursuivent les hannetons.
On rencontre aussi parfois autour des rosarium ménagés dans les massifs de marronniers, quelques vieil¬
on voit naître la fleur, on voit mûrir le fruit. Qu’importe ensuite si les lèvres de ce petit garçon s’altèrent de la soif de Tantale? L’essentiel est qu’il s’instruise, et qu’il sache comment la nature s’y prend pour façonner une fraise, pour tourner une pomme ou pour souffler ce ballon de sucre qu’on nomme vulgairement un grain de raisin.
Le tambour retentit à nos oreilles; voici (pie nous entendons résonner, dans l’allée de l’Observatoire, la voix mâle des officiers : « Garde à vous ! portez
lards en douillette puce qui cheminent d’un pas tremblant et le regard pensif. Il y a bien des rides sur ces fronts dépouillés, bien des plis mélancoliques autour (le ces lèvres flétries , bien de la tristesse dans ces yeux éteints. Quels sont les rêveurs qui mènent et ramènent ainsi le songe agité de leur vie ? quels sont ces solitaires à qui le tapage du siècle pèse encore plus que le poids du jour, et qui cherchent avec avidité l’isolement et le silence? Pourquoi ces langueurs et ces contemplations sans lin? Plaignons ces vivants débris de l’âge orageux qui a enfanté le nôtre. Saluons avec respect ces dépositaires des secrets de l’histoire. Peut-être un
trine. Laissez pousser ce grossier bouton de fleur, et le fruit qui en sortira aura peut-être, dans son originalité sauvage, la saveur qui enivrera la loule. Mais n’anticipons pas sur l’avenir. L’heure présente seule nous appartient, profitons-en comme ces heureux bambins dont nous avons esquisse le profil. Ici on ne se livre guère aux jeux tranquilles des entants du monde. On néglige souvent le cerceau, la balle et la corde pour les vives jouissances du saute-mouton et du cheval-fondu. Le proverbe inventé par les mères, « Jeu de mains, jeu de vilains,» subit de fréquentes atteintes. On se tape énormément dans ces lieux consacrés au plaisir; mais, notre opinion étant que cela aguerrit le corps et 1 esprit, nous ne jetterons aucun blâme sur ce passetemps. Les écoliers de Lacédémone devaient se battre du matin au soir; ce jeu faisait partie du programme des études.
Outre cette esplanade ouverte à l’enfance, on trouve encore, le long de la grande pépinière de l’ouest, une avenue encaissée que les indigènes ont appelée la petite Provence du Luxembourg. Celle-ci jouit, comme l'autre, d’un climat favorisé, grâce à la muraille qui l’abrite et au plein midi qui l’échauffe, mais elle n’a que cet heureux trait de ressemblance. Autant la Provence des Tuileries est bien peignée, autant celle du Luxembourg est inculte et sauvage; c’est au point qu’un petit garçon laborieux peut, en un jour de juin, y remplir deux fois sa voiture de pièt res, et que, dans certains recoins, l’herbe y pourrait monter eu graines. Outre ces agréments bien appréciés par les amants de la simple, nature, cette étroite enceinte jouit d’une admirable perspective. Au lieu de la pelouse grillée qui borne l’Eden des Tuileries, les habitués de cette promenade ont devant eux une pépinière fertile et savoureuse à l'œil. Des planches de fraisiers, oii la baie charnue se mêle aux fleurs sans cesse renaissantes, des quenouilles chargées de poires, des vignes qui rappellent aux petits Hébreux du faubourg les raisins de la terre promise, voilà quels appétissants spectacles nous sont gratuitement offerts dans l’ancien jardin des Chartreux, (tu peut assister aux mystères de l’omone:
La bonne d’enfant.
armes, en joue.... feu.... » Nous entrons dans le laboratoire où la chimie de nos officiers transforme un conscrit en soldat. Hélas! pourquoi n’épargne-t-on pas à l’amour-propre du Français le spectacle de ces laborieuses métamorphoses? Pourquoi ne s’exerce-t-on pas dans l'intérieur des casernes? Pourquoi faut-il que nous montrions à l’étranger, nourri dans l’étude de nos formidables guerres, la figure imberbe de Jean-Jean? Nous savons bien que ces tournures villageoises s’assoupliront, et qu’un
Les vieux époux.
jour, inquiets du même avenir, mais préoccupés d’un autre passé , nous viendrons aussi chercher sous ces ombrages les amères jouissances du recueillement et de l’oubli !
Jetons un dernier coup d’œil sur le terrain qui sépare les législateurs des astronomes. Suivons cette allée bordée d’orangers et de lauriers-roses ; laissons derrière nous ce kiosque oii la rue de Yaugirard s’endort en lisant son journal, cette charmante réserve qui renferme de gracieuses allées, de fraîches pelouses, des cèdres du Liban, une joyeuse volière et d’admirables collections de roses ; ne donnons pas grande attention aux équipages attelés de chèvres, les Jour in hand de l’enfance, qui nous dépassent; allons jusqu’au fond de l’allée de l’Observatoire , mais recueillons-nous à ce terme de notre course, car cette place a été inondée du sang d'un martyr.
Ici le brave des braves, Michel Ney , prince de la Moskowa, duc d’Elchingen, a reçu en pleine poitrine une décharge de balles françaises. Sa voix, en ce moment suprême, cria : « Vive la France ! » et son doigt montra son cœur, comme l’endroit où il fallait frapper.
Le palais du Luxembourg, vu du côté du jardin et de la grande avenue, offre peut-être l’aspect le plus imposant et les proportions les plus belles, parmi les monuments analogues du reste de l’Europe. Tandis (pie le palais Pitti, de Florence, qui lui a servi de modèle, tandis que les Tuileries et les autres résidences princières se composent d’ordinaire d’un ensemble de constructions différentes d’époque et de style , et exécutées d’après les plans qu’il a fallu raccorder tant bien que mal les uns avec les autres, le chef-d’œuvre de Jacques de Brosses porte l’empreinte d’une puissante unité de conception et d’exécution. Bien qu’il ait fallu modifier suivant les circonstances cet édifice, qui, comme tous les grands édifices de Paris, a eu plusieurs destinations bien diverses, les changements faits avec mesure n’ont qu’à peine altéré cet ensemble majestueux.
Deux terrasses qui forment une sorte de demicercle, et qui sont séparées du bâtiment par une allée transversale , servent d’entrée à ce monument. Ces terrasses , élevées au-dessus du niveau général du jardin, de manière à atteindre la hauteur des rues latérales, sont ornées depuis peu de temps de statues de reines et de femmes célèbres , qui composent le Panthéon féminin de la France. Ces statues, exécutées en général dans le sentiment un peu froid et un peu insignifiant de la sculpture de commande, ont en outre le défaut de n’ètre pas en proportion avec le i jardin qu’elles décorent. On dirait ces nymphes et j ces naïades en diminutif qui se cachent sous les ombrages et sous les massifs des Tuileries.
D'ailleurs les costumes historiques et presque obli- I gatoires dont elles sont revêtues contribuent assez à leur donner l’aspect de poupées bien attifées, et pré- | sentent un spécimen des modes françaises aux diverses époques de notre histoire. Le nu ou les draperies de fantaisie des chefs-d’œuvre de la statuaire antique I; ont quelque chose de plus imposant et de plus artistique, dans le sens élevé de ce mot, que les corsages, les fourrures, les palatines, je dirai presque les manchons de toutes ces dames; les coiffures et les brodeî ries surtout, toques, collets, fraises en dentelles,
t tresses ou torsades de cheveux, couronnes, manteaux, etc., voilà un attirail qui sort plutôt d’une hou- I tique de modistes que d’un atelier de sculpture. Il faut pourtant être juste : ce défaut était inévitable, et l’on devait s’y résigner en acceptant les données du I programme. D’un autre côté, les amateurs des travaux de patience ont de quoi se satisfaire dans la contemplation de tous ces affiquets et de tous ces ajustements féminins, découpés et brodés dans le marbre ; si ce n’est pas de l’art, du génie, c’est incontestablement de la fine orfèvrerie en pierre. On remarque les stanti ues de Clémence I sauve, due au ciseau de M. Préault,
jjartiste excentrique, échevelé, romantique, et contre equel a protesté jusqu’à la fin le jury d’exposition de ^rnis-Philippe. Il n’a fallu rien moins qu’une révolu-
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