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CHAPITRE XLV. — LE LUXEMBOURG

tion pour que le public des curieux fût admis comme arbitre dans cette querelle entre la tradition et l'innovation; et, selon la règle générale, la montagne en travail a enfanté d’une souris : on a reconnu chez M. Préault un talent naturel et très-vrai, qui, par esprit d’opposition, était un peu sorti de la bonne voie, et qui s’en rapprochera sans doute, maintenant que les plus grands écarts n’avanceraient à rien : sa statue de Clémence Isaure le prouve. Elle n’offre aucune qualité et aucun défaut bien extraordinaires. M. Feuchères a signé la statue de Marie de Médicis ; ce morceau de sculpture a une grande valeur, et ne pèche que par les difficultés à peu près insurmontables du costume. Figurez-vous le grand costume de cour, les grands cols de Malines , les paniers et les échafaudages de coiffure, sous Louis XIII, taillés en plein Carrare. Je citerai aussi la Sainte Clothilde de M. Klagmann ; la Jeanne Hachette de M. Bonnassier; et la Jeanne d’ Arc de M. Rude. Nul ne conteste le talent qu’a déployé ce dernier pour reproduire l’héroïne la plus populaire delà France; mais, depuis la statue de la princesse Marie d’Orléans, on s’est accoutumé au type qu’adopta l’auguste artiste, et le public qui n’abandonne plus un type une fois qu’il l’a consacré par son admiration, voit toujours la vierge de Vaucouleurs telle que l’avait représentée la princesse, levant les yeux au ciel et serrant contre son sein lepée de sainte Catherine de Fierbois.

Au surplus, voici le nom des reines et des femmes célèbres dont l’image orne cette partie du Luxembourg : à droite , du côté de la rue d’Enfer , Sainte Mathilde , la reine Berthe, Jeanne Hachette, sainte Geneviève, Marie Stuart, Clémence Isaure , la dame de Beaujeu, la duchesse de Muntpensier, sainte Clothilde et Anne de Bretagne. Sur l'autre terrasse, du côté de la rue de Vaugirard : Anne d'Autriche, Blanche de Castille, Valentine de Milan, Anne de France, Marguerite de Valois, plus connue sous le nom de la reine de Navarre ou de la reine Margot: puis Marie de Médicis , fondatrice du Luxembourg , Marguerite de France, reine de Navarre, Laure, cette beauté fantastique immortalisée par les sonnets mystiques de Pétrarque, la reine Mathilde, et enfin Jeanne d’ Arc, la fille du peuple dont la célébrité domine de bien haut cette troupe de souveraines.

Le palais présente, dans toutes ses parties, trois genres distincts : l’ordonnance toscane au rez-dechaussée, l’ordonnance dorique au premier étage, et l’ordonnance ionique au deuxième. La cour, qui est entourée de bâtiments uniformes, offre une étendue en parallélogramme de cent vingt mètres dans sa plus grande, et de cent mètres dans sa plus petite partie. On y pénètre par deux façades principales, l’une du côté de la rue de Tournon, à laquelle elle fait face, et l’autre regardant le jardin ; à l’extrémité de la grande allée, terminée à la fin du dernier siècle, on découvre l’Observatoire. La première façade est dominée par un dôme en forme circulaire et décoré de plusieurs statues : à la place de la muraille, qui primitivement s’étendait entre cette partie de la façade et les pavillons latéraux, on a pratiqué deux terrasses, percées de quatre arcades. Le plus bel ornement de ce côté de la façade, c’est un vaste cadran solaire environné de six statues colossales; les deux premières, dues au ciseau deM. d’Espercieux, représentent la Victoire et la Faix: elles s’appuient sur les colonnes inférieures. Les quatre autres statues qui achèvent l’ornementation de cette partie du palais, et qui ont été sculptées par MM. Beauvallet etCartelier, sont la Force, le Secret, V Activité et la Guerre. Au reste, une citation de M. Quatremère de Quincy donnera, de l’ensemble de ce monument remarquable, de ses beautés et de ses défauts, une idée d’autant plus juste que cet auteur passe avec raison pour l’un des connaisseurs les plus habiles et les plus éclairés qui se soient occupés de l’architecture : « Si l’on excepte le style de bossages dans lequel l’architecte français resta, quant au goût colossal du genre, à un degré fort inférieur au palais Pitti qui lui servit de mo-

Aui bureaux de l’Illustration, rue de Richelieu, 60.

dèle, on sera obligé de dire que les deux édifices ont les plus grandes dissemblances dans le plan général, dans l’ensemble des élévations variées, et tant à l’intérieur que dans les distributions intérieures, Bernini, qui vit le bâtiment terminé lors de son voyage à Paris, convenait qu’il n’y avait nulle part de palais ni mieux bâti ni plus régulier.

La plus grande dimension du palais du Luxembourg est de cent quatre-vingts pieds; la moindre, c’est-à-dire celle de la face qui regarde la rue qui y aboutit, est de cent cinquante pieds. Son plan général forme un carré presque exact, dont toutes les parties sont en symétrie les unes avec les autres (on parle du plan général avant les modifications opérées par les nouvelles destinations). Sa simplicité répond à sa régularité. Il consiste en une très-grande cour, environnée de portiques, et flanquée dans ses angles de quatre bâtiments carrés qu’on appelle pavillons. Les vastes et spacieuses galeries qui font, au rez-dechaussée, parcourir à couvert toute l’étendue du bâtiment, lui donnent un grand air de magnificence. La partie la moins heureuse de la disposition générale consiste, sur le jardin, dans la répétition de deux pavillons qui , de ce côté, composent la façade. Ces deux pavillons, trop voisins des deux qu’ils semblent doubler, se communiquent dans leur aspect une pesanteur réciproque. L’extérieur seul s’est conservé intact, et cette partie est celle qui constitue plus spécialement l’architecture. On peut considérer celle-ci sous deux rapports, savoir : la composition ou l’ensemble des masses, et leur décoration.

Sous le premier point de vue, ce palais mérite les plus grands éloges. On ne citerait guère, en aucun pays, un aussi grand ensemble, qui offrît avec tant d’unité et de régularité un aspect à la fois plus varié et plus pittoresque, surtout dans sa façade d’entrée. Cet effet résulte de l’avant-corps du milieu, couronné par cette coupole qui se trouve liée fort heureusement aux deux pavillons d’angle, et sert ainsi ou de motif, ou de raccordement à leur hauteur. De Brosses, en entremêlant sa composition de ces énormes pavillons, ne fit que suivre une des traditions des anciens châteaux forts dont la France était encore couverte. Mais ce qui aurait pu n’offrir que des disparates et des masses décousues, comme on le pratiquait autrefois, est devenu, au palais du Luxembourg, la source même d’une des beautés de sa composition, dans l’ensemble et l’effet de l’élévation. Loin donc que l’homme de goût se plaigne de leur répétition, il regretterait de ne les y pas trouver, ou qu’on les supprimât, tant l’architecte a su les rendre nécessaires à l’ordonnance générale.

Quant à la décoration du palais, même esprit de régularité çt d’unité. Les mêmes ordres régnent au dehors de l’édifice, et dans toute son étendne, comme dans l’intérieur de la cour. Tout le rez de-chaussée est en arcades formées par des pieds droits, ornés de pilastres plus ou moins accouplés, selon le plus ou moins de largeur du champ qu’ils occupent. L’ordre régnant partout au rez-de-chaussée est une sorte de prétendu toscan, coupé par des bossages, et de l’ordre le plus uniforme dans tout le développement de l’édifice.

Le second ordre ou celui du premier étage se trouve appliqué avec la même uniformité en pilastres, sur toutes les parties de trumeaux entre les fenêtres, et en colonnes adossées dans toutes les masses formant avant-corps. Cet ordre est dorique ; son entablement est orné de triglyphes et de métopes, dont la distribution est devenue souvent irrégulière par l’effet de tous les ressauts partiels, qu’on ne pouvait guère éviter dans un ensemble composé de tant de masses diverses. Les bossages qui régnent dans toute l’ordonnance de cet étage, au lieu d’être continus en hauteur, sont à bandes alternatives, autant sur les trumeaux que sur les colonnes et les pilastres. Partout les bossages ont leurs angles arrondis. »

L’aile du bâtiment qui occupe le côté oriental de la cour, et l’aile opposée, forment les deux galeries du

PARIS. TYP. DE FIRMIN DIDOT, 56, RUE JACOB. 20 C. par la poste.

musée; au-dessous de l’aile occidentale se trouve l’escalier qui conduit à l’ancienne salle des pairs, aujourd’hui, salle des séances du Sénat. Cet escalier , surmonté de chaque côté par les statues des hommes qui

ont rendu des services à la patrie, reçoit la lumière par dix croisées principales. A son extrémité supérieure se trouvent la salle des gardes et la salle des garçons de service. On voit dans cette dernière un

Hercule couché, de Puget, l’Épaminondas de Boizot, et une autre statue de Persée vainqueur de la Gorgone. Je citerai encore la salle des messagers d’État, I la salle du conseil, la salle de réunion, et la salle du

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et K. Girardet- oet

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Ancienne Chambre des pairs.

livre d'or, où se trouvent quelques-unes des boiseries qui décoraient les anciens appartements de Marie de Médicis.

La salle des séances de l’ancienne chambre des

Pairs se trouvait jadis aussi à cet étage : elle avait été élevée sur l’emplacement de l’ancienne chapelle. Inaugurée en 1804, cette salle recevait le Sénat du premier Empire : on y remarquait le trône où venait

s’asseoir le vainqueur de l’Europe , et une foule de statues des grands hommes de l’antiquité : Solon, Périclès, Cincinnatus, Scipion, Caton d’Utique, Lycurgue, Cicéron, Lconidas, Aristide, Phocion, Démosthène et

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