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LE LUXEMBOURG

ayant duré plusieurs heures avant l'entrée des délégués dont l’admission n’avait lieu qu’individuellement, au fur et à mesure de la production des titres, nulle marque d’impatience n’apparut, durant tout ce long préambule, dans les rangs de ceux qui attendaient; au dehors stationnait une foule immense d’ouvriers avides de connaître le résultat de la conférence, mais n’exprimait ce légitime désir par aucun tumulte, aucun cri, aucune manifestation de nature à troubler les plus alarmistes.

La’ séance fut d’ailleurs calme et paisible.

Le choix des délégués qui devaient assister aux travaux ultérieurs de la commission se fit par la voie du sort. Séance tenante, l’urne fut promenée déplacé en place par les huissiers, et reçut le nom de chacun : les trois femmes déposèrent les leurs comme tous les

autres membres; puis le tirage eut lieu sans incident remarquable, et, en somme, le comité se trouva ainsi composé : un boutonnier en corne, — un armurier, — un éperonnier, — un peintre en voitures, — un menuisier en bâtiments, — un forgeron, — un fabricant de châles à façon, — un tonnelier, — un fondeur en fer et un couvreur en bâtiments.

Il faut maintenant que le lecteur revienne dans le jardin, et visite, s’il lui plaît, les serres et l’orangerie. Les serres sont voisines du monument : quoique suffisamment riches en végétaux précieux , elles ne présentent ni la splendeur, ni l’étendue, ni l'opulence des serres du Jardin des plantes. Les pièces les plus curieuses de la collection quelles renferment sont quelques arbres et quelques plantes rares, appartenant au jardin de l’École de médecine,

annexé au Luxembourg, et qui s’ouvre par une sorte de cour et de porte bâtarde, rue d’Enfer. Je ne dois pas oublier de dire (pic c’est aussi rue d’Enfer que se trouvent les quelques maisons où demeurent les surveillants et le bibliothécaire du Luxembourg; car il y a une bibliothèque. Quant à l’orangerie, elle est vaste et richement peuplée : on y pénètre par la rue de Vaugirard. Lorsqu’on fouilla la terre pour la construire, il y a peu d’années, on découvrit, à une faible profondeur, quelques fragments de plâtrages recouverts en partie de peintures, et un vase d’argent renfermant un grand nombre de monnaies romaines. Cet indice fut rapproché des divers résultats qui avaient été obtenus dans des fouilles antérieures, et on conclut que tout cet emplacement avait été occupé par un camp romain. En effet, Sauv; 1 rapporte

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Une exposition de la société d’horticulture au jardin du Luxembourg.

que, quand on creusa les fondements du palais, on trouva, entre autres objets d’antiquité, un Mercure de bronze. «Ce Mercure, dit l’historien de Paris, n’avoit pas plus de cincj à six pouces de haut : a 1 ordinaire, il étoit nu, et un pied en l’air, ou pour marcher ou pour voler ; mais, contre la coutume, il n’avoit point de bonnet; ses ailes lui sortoient de la tête, et sur la paulme de la main droite, il portoit une bourse toute pleine. » D’autres fouilles, exécutées en 1801 , firent découvrir une nouvelle figurine de Mercure, une Cybèle, quelques instruments destinés aux sacrifices, et, ce qui rend probable l’hypothèse d’un camp fortifié, des boucles, des agrafes, des débris de harnais, des boutons et un bout de fourreau d’épée. M. Gisors, en faisant travailler aux fondements de la nouvelle chambre, trouva, de son côté, une infinité de fragments de tuiles et de poteries , des statuettes en pierre, et une série de puisards : en un mot. l’on

peut dire que le jardin et le palais du Luxembourg re- | posent sur une couche de ruines et de vestiges (pii attestent le séj ur prolongé d'une armée romaine.

Pour en revenir à l’orangerie et aux serres, il nous reste à parler des expositions d’agriculture, et surtout d’horticulture qui s’y sont faites et qui s’y font de temps en temps. La science de cultiver les jardins, que n’ignoraient pas les anciens, et qui a inspiré un poème latin au P. Vanièrcs, remonte en France aune époque assez reculée; et, quoique ce ne soit pas une science d’origine précisément nationale, les expositions de fleurs et de fruits qui se renouvellent fréquemment sur différents points de notre territoire prouvent que nous ne sommes pas, sur ce point, indignes de nos devanciers et de nos maîtres. Il paraît (pie la première société moderne organisée pour 1 lipide de la botanique fut créée à Padoue, vers le commencemenl du quinzième siècle. L’association fa¬

meuse de Sainte-Dorothée, en Hollande, remonte à une antiquité presque aussi respectable; on voit que ses statuts furent révisés en 1660. A cette époque, la liste des confrères contenait déjà des noms de jardiniers mêlés avec des noms d’artistes , de magistrats , voire de princes et de grands seigneurs. Cette égalité devant la tulipe, et la persistance de la confrérie, qui vit encore malgré plusieurs siècles de révolutions, suffisent pour donner une idée du fanatisme horticole qui règne dans les Pays-Bas depuis la guerre de l’indépendance.

En France, les jardiniers ont adopté saint Fiacre pour patron. Ce saint vivait dans un temps où, le sacerdoce n’étant point un état, tous ceux qui appartenaient à l'Église et n’avaient point de patrimoine prenaient honnêtement un métier pour vivre. Saint Fiacre occupait dans l’Église le rang de diacre; il était en outre jardinier de profession; le patronage

des jardiniers lui revenait de droit, au même titre que celui des cordonniers à saint Crépin, et celui des voleurs au Bon Larron.

Deux paroisses de Paris, Sainte-Marguerite (faubourg Saint-Antoine) et Saint-Médard (faubourg Saint- Marceau), célèbrent encore tous les ans avec pompe, le 30 du mois d’août, la fête de saint Fiacre.

La Société d’horticulture de Paris, quoique la plus ancienne de la France, ne date que de 1827 ; ses expositions ont lieu toutes les années , tantôt aux Tuileries, tantôt au carré Marigny, dans les Champs-Elysées, mais le plus souvent à l’Orangerie ou dans toute autre partie du jardin du Luxembourg. Les jardiniers de profession et les jardiniers amateurs viennent se disputer les prix offerts aux plus heureux et aux plus habiles : il est vrai que le soleil, que la terre, que les autres agents naturels, quelle que soit leur part au résultat, ne concourent pas pour la récompense.

Aussi se vengent-ils trop souvent en détruisant tout d’un coup les espérances les mieux fondées et les plus savantes combinaisons. En général, on fait peu d’améliorations extraordinaires pour les fruits : les jardiniers se contentent de lutter de grosseur et do belle apparence ; il s’agit des produits, bien entendu. A peine si l’on voit çà et là quelque citrouille bizarrement déformée et contrefaite, quelque poire ou quelque pomme démesurée et revêtue, soit d’une inscription , soit d’une image plus ou moins excentrique. A part ces inventions assez rares , rien ne satisfait plus le goût esthétique et le goût physique, que le coup d’oeil offert par ces pyramides de fruits à l’air savoureux et appétissant , à la peau vernie et reluisante, que ces grappes de raisin venant du pays de Chanaan, que ces guirlandes de légumes dont on ne peut qu’admirer la taille, la fraîcheur, la bonne mine. 11 faut l’avoir vu , pour croire que des carottes , des na¬

vets, des potirons et d’autres légumes tout aussi prosaïques , puissent exciter à tel point la convoitise et revêtir une apparence si friande.

La floriculture est plus propre à éveiller l’imagination des jardiniers; en effet, il leur est offert des prix pour chaque fleur nouvelle, pour chaque croisement inattendu, pour chaque couleur non comprise dans le programme que donne la nature. Aussi, quand on a jeté un coup d’œil d’admiration sur les éblouissantes couleurs de ces corbeilles de roses, de camélias, d’œillets, sur ces plantes tropicales, dont les fleurs brillent comme les diamants leurs compatriotes, on ne peut s’empêcher de regarder aussi ces prodiges si bien rémunérés et si difticiles à obtenir.

Les amateurs de professionet les horticulteurs seuls peuvent se reconnaître au milieu du dédale d’orchidées, d’azalées, de cinéraires, de calcéolaires et autres familles rébarbatives, issues du grec ou tout au moins

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Congrès central de l’agriculture au Luxcmbour

du latin, qui se sont emparées par droit de conquête du monde gracieux de la botanique. Depuis l’humble violette, depuis les yeux de la vierge, dont les barbares ont fait le myosotis ( oreille (le rat), jusqu’au géant des fleurs, à la rose Victoria, qui a quinze pieds de diamètre et qui sent la viande en putréfaction, tout estclassé, noté, hellénisé, pour la plus grande satisfaction de messieurs les jardiniers, savants et grecs jurés, comme personne ne l'ignore. Puisqu’il nous est interdit, à nous profanes, de pénétrer dans ce riant sanctuaire dont l’entrée est interdite parles ronces de l’érudition, disons adieu à ce prestige de parfums et d’éblouissements qui saisit les visiteurs d’une exposition horticole. Nous n’y avons pas appris la botanique; mais peut-être que le peintre aura retenu quelques couleurs de cette splendide palette de la nature; peut-être que l’harmonie mystérieuse de ces fleurs aura été entenduede quelque musicien, aura inspiré quelque rêveur, quelque poète. En ce cas, nous nous consolerions de ne pas sa¬

voir au juste si ce sont les hybrides qui ont mérité la couronne, ou si cet honneur a été partagé entre Vec/iithès, V ipomea et la stephanotis floribunda.

De l’horticulture à l’agriculture il n’y a qu’un pas: et, pour finir enfin ce chapitre, qui, à propos d’un palais et d’un jardin, prend les allures d’une encyclopédie, disons quelques mots du Congrès central d’agriculture qui a siégé au Luxembourg, et qui peutetre y siège encore. Je dis peut-être, car, à notre honte, nous condamnons à un sévère incognito les discussions agricoles et industrielles, qui ont sans doute autant d intérêt et surtout beaucoup plus d’utilité que les débats journaliers par lesquels nous nous laissons absorber. Nous croyons être quitte avec notre conscience, quand nous avons épuisé un vieux répertoire de plaisanteries sur les agriculteurs en gants jaunes, qui raisonnent assolements, engrais, jachères, pâturages, sans avoir de leur vie vu pousser un brin d’herbe, et sans être capables de distinguer un

épi de blé d’un épi de seigle. Le conseil qui se réunit au Luxembourg est fort au-dessus de ces critiques, méritées peut-être par quelques comices prétendus agricoles de la province : sa composition et le programme des questions dont il s’occupe d’ordinaire le démontrent assez. Il se compose de 236 membres, dont 86 agriculteurs nommés par le ministre; 31 industriels, par les chambres consultatives des manufactures ; 63 commerçants, par les chambres de commerce, et 34 membres appartenant à ces diverses catégories, et nommés par le ministre. Le conseil central de l’agriculture, des manufactures et du commerce est fondé dans 1 intention d étudier le problème immense du travail, du crédit et du capital : peut-être qu’en ne procédant pas révolulionnairement, mais qu’en cherchant avec zèle et persévérance, il rendra le Luxembourg, lieu ordinaire doses séances, témoin de la solution cherchée en vain par la commission des travailleurs, que nous avons vue tantôt à l’œuvre.

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