CHAPITRE XLVI. — LE MUSÉE DU LUXEMBOURG
L;uly Machetli, par M . C. L. Muller.
pas des qualités aussi saisissantes , qui n’est pas aussi complète comme œuvre qu’on pourrait l’espérer.
seignements et en admirables sujets pour l’artiste qui saurait y trouver autre chose que des impressions banales et mille fois traduites. La peinture de M. Barrias, qui a le mérite de retenir, comme on dit en argot d’atelier, est faible, un peu vulgaire et conventionnelle, mais la composition ne manque ni d’intérêt ni d’arrangement. On peut croire , en voyant son tableau, qu’il s’est indigné des crimes de Tibère, de l’asservissement de Rome, et des proscriptions qui frappaient les meilleurs et les plus dignes, sans pouvoir arracher à sa bestiale indifférence un peuple corrompu et asservi.
Voici maintenant le tableau de Lad y Macbeth, par M. C. Muller, qui fut d’autant plus admiré au salon de 1849, qu'a une couleur brillante plutôt que vraie, à une exécution à la fois preste et soignée, il joignait le mérite de ressembler à une scène de Shakespeare arrangée par M. Scribe.
Ladj Macbeth s’avance en état de somnambulisme, poursuivie par d’horribles images et le remords du meurtre de Banque. Ses yeux sont ouverts, et ne voient pas! Telle nous la montre Shakespeare au commencement de son cinquième acte , révélant à son insu ses crimes dans son sommeil en présence d’une suivante et du
médecin qui la veillent depuis deux nuits. Telle nous la montre M. Muller dans une œuvre pleine d’habileté, qui impressionne le public, mais qui n’a
Certes lady Macbeth, dans le tableau de M. Muller, a de la puissance; son attitude et son geste expriment bien l’horreur qui l’obsède : mais cette partie
L’une des plus grandes pel des condamnés , encore
de ce geste si vrai par lequel elle soulève ses épaules et qui doit faire effet sur le théâtre où ce mouvement a son commencement et sa résolution, estil intelligible sur la toile, surpris dans son point extrême? Bu reste, la scène est groupée d’une manière dramatique, et cet éloge contient aussi une critique du sujet. Connue distribution de la lumière, ce tableau rappelle un peu trop les effets non toujours justifiés des vignettes anglaises. Dans la partie du tableau occupée parla suivante et le médecin, les mains, les fronts sont seuls éclairés. Avec cette lampe placée sur une balustrade de lit, avec cette ‘croisée ouverte et ce ciel où scintillent des étoiles, quelle, est la lumière qui frappe si inégalement la scène?
Est-celle de la lune? on ne saurait le dire. La figure du médecin est très-belle et peinte dans un goût et avec un coloris qui rappellent Van - Dyck d’une manière heureuse. Dans cette peinture l’artiste s’est montré moins coloriste que par le passé, mais il y fait preuve d’habileté, toiles du salon, c’est CApparM. C. Muller. M. Mul-
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1er a longtemps cherché le succès, et il l’a enfin obtenu. Enthousiaste û ses débuts de la peinture de M. E. Delacroix, il frappa un grand coup sur le pu¬
blic, il y a quelques dix à quinze ans, par un tableau de dimensions gigantesques représentant le Triomphe d’ l/éliogabale. De l imitation de M. Delacroix il passa
à celle de Véronèse; mais, le succès ne venant pas, il copia, il y a cinq ans, M. Winterhalter, et il vainquit cette fois l’inattention générale. L 'Appel des eondam-
nés fut le plus beau de ses triomphes, ou du moins le plus éclatant qu’il ait obtenu. Ce succès lui vint des âmes sensibles qui adorent les émotions fortes, de ceux qui se plaisent aux productions d’une brosse facile, réunissant dans une seule et même œuvre les qualités et les défauts à la mode des peintres les plus opposés de manières, depuis los procédés de palette de M. Couture mêlés
peintures des scènes de notre première révolution ; du reste, le sujet est plein d’intérêt par lui-même et par les personnages qui figurent sur la toile. La porte de la salle oii sont confondus les prisonniers vient de s’ouvrir pour l’huissier du tribunal criminel , suivis d’hommes armés de sabres et de piques : il tient la liste des condamnés et en fait l’appel.
avec effroi aux pieds du vénérable évêque d’Agde, de Saint-Simon : l’artiste semble s’être inspiré ici de l’ode de la Jeune captive , composée à Saint-Lazare pour
mademoiselle de Coigny; à sa gauche, la princesse
de Monaco dont l’huissier appelle le nom, et qu’un homme du peuple désigne de la main. De l’autre côté de la scène et à droite d’André Chénier , une des figures les plus remar-
à ceux de M. E. Dubufe, jusqu’aux procédés de composition des vignettes de M. Johannot , et à la mise en scène un peu théâtrale de M. Delaroche. On ne saurait refuser à M. Muller des qualités de métier et d’adresse véritables.
M. Muller a donné plusieurs tableauxaux diverses expositions , entr’autres la Folie de H aidée, en 1 848; puis en 1849, passant de lord Byron à Shakspeare , il aborda le drame dans le tableau de lady Macbeth, dont nous parlions plus haut. En 1 840, il quitta la fantaisie, le rêve, le poème, le drame, pour
emprunter son sujet J à l'histoire, et à une é-f.é de ses pages les plus sinistres. Son talent
quables du tableau est celle de la marquise Colbert de Maulévrier, la tête couverte d’une coiffe noire, assise et attendant , résignée, /
un chapelet entre les
La Malaria, par M. Hébert
dans cette grande œuvre , tout en se manifestant sous un nouvel aspect, se ressent encore de ses tendances premières. L ’Jppel des dernières victimes de la Terreur ( Prison de Saint - Lazare ), tel est le sujet de ce vaste tableau. Traité avec l’habileté ordinaire de l’artiste, il saisit le public, si ardemment passionné depuis quelques années pour les récits et les
Déjà la princesse de Chimay est entraînée vers la charrette fatale, et se retourne pour adresser un dernier adieu à ses compagnons d’infortune. Le marquis de Montalembert et le garde du corps Rougeot de Moncrif la suivent. Sur le devant et au centre, André Chénier, est absorbé dans ses poétiques rêveries. A sa gauche, la jeune mademoiselle de Coigny se précipite
mains, la fin de cette agonie. La seule personne qui s’abaisse à une inutile prière est une jeune actrice de 1 a Comédie-F r ançaise, madame Leroy. A l’extrémité est un groupe formé par le capitaine Aucanne , pressant la main de sa femme évanouie et recevant les derniers baisers de sa fille.
Nos lecteurs ont déjà entendu parler de mademoiselle Rosa Bonheur, et ils ont vu sans doute à la vitre des marchands la copie de son Labouraye nivernais que nous donnons ici , et qui est, sans contredit, une des bonnes choses du Luxem¬
bourg. Cette toile n’atteint certainement pas à la hauteur des œuvres de P. Potter; elle n’approche même point de A. Cuyp, mais elle montre des qualités sérieuses, évidentes, un amour sincère de la nature, une exécution à la fois consciencieuse et large, une naïveté qui n’exclut pas une certaine poésie de senti¬
ment, sinon magistrale, du moins sincère et douce.
Le Labouraye Nivernais est un des premiers tableau x du musée du Luxembourg, un des premiers parmi les premiers. Le riche humus noir retourné par le soc de la charrue, les brins de liseron qui apparaissent à moitié enfouis sous les mottes , la plante couchée en travers et qui vient d’être fauchée par le pied, tout cela est d’une vérité frappante. Puis ces bœufs vigoureux, ces honnêtes ruminants qui tirent la charrue
Labourage nivernais, tableau par Mn° Rosa Bonheur.
de leur mieux, non pour vous, spectateur, dont ils ne se soucient pas , mais pour éviter la douleur de l’aiguillon qui les menace , ne semble-t-il pas que leurs attitudes , leurs mouvements aient été surpris au daguerréotyper ? Pourquoi détailler? c’est la nature prise sur le fait. Ce n’est pas la faute de l’artiste si elle a trouvé ces beaux bœufs, qu’elle a si bien représentés, en mauvaise compagnie, et si le paysan français avec sa blouse de toile bleue est le moins pit¬
toresque de tous les paysans de ce monde. Je lui abandonne ces vilains, émancipés, mais non embellis; mais je ne lui abandonne pas le ciel et les nuages, qu’elle sacrifie , à mon avis , trop complètement aux animaux.
Ce fut encore un grand succès que la Malaria de M. Hébert, et qui convint à tout le monde. Tout le monde fut ému à la vue de ce petit drame austère et mélancolique, qui n’a pour témoins que les bergers