CHAPITRE XLVII. — LES EGLISES DE PARIS
qui ne sont pas sans mérite , de le Clerc , de Nicolas Berlin, de Vanloo.
Je passe, sans transition, à l’église de Saint- Étienne du Mont, plus moderne dans son état actuel, quoique ses origines datent peut-être d’une époque plus éloignée encore que celles de Saint- Germain des Prés. Qu’on en juge.
Clovis, après avoir défait Alaric II û Vouillé, voulut fonder une basilique sous le vocable des apôtres saint Pierre et saint Paul. Arrivé au point culminant de Paris, sur le sommet de la montagne ■ du palais des Thermes, au milieu des vignobles qui en couvraient les flancs, le conquérant lança / sa hache droit devant lui , afin qu’on pût un jour l mesurer la force de son bras à la longueur de l’é- ! difice. Sainte Geneviève fut inhumée dans la chapelle souterraine des Apôtres; on éleva sur sa tombe un petit édifice en bois, autour duquel des cierges brûlaient sans cesse. Saint Éloi décora ce monument de rinceaux d’or et d’argent; mais,
! vers 845, les religieux de Sainte-Geneviève , obli- ; gés de fuir devant les Normands, emportèrent les ossements de la sainte dans une simple caisse, oii ils furent laissés. Ce coffre, qu’on couvrit de quelques feuilles d’argent et qu’on décora de divers Ornements , devint la châsse qui servit plusieurs
iSui\ aine du sainte GeÉteviève. — Concours des iidèles dans Saint-Étienne du Mont.
fois dans les processions publiques, notamment sous Louis VI, à l’occasion de la maladie des Ardents, dite du feu sacré. Plus tard, l’orfèvre Bonnard, chargé de construire un nouveau reliquaire avec les dons venus de toute la France , employa pour ce somptueux travail cent quatre-vingttreize marcs d’argent, avec sept marcs et demi d’or : la translation solennelle des reliques eut lieu le 12 octobre 1242. La nouvelle châsse offrait les formes d’une cathédrale gothique construite en argent avec des ornements d’or rehaussés de pierres précieuses. Le cardinal de la Rochefoucauld fit. dans la suite placer sur le sommet de la châsse un bouquet de diamants donné par Marie de Médicis , et une couronne de diamants offerte par Marie-Elisabeth d'Orléans, reine douairière d’Espagne. La châsse était
supportée par quatre statues de vierges plus grandes que nature. Pour descendre ces reliques , il fallait un ordre exprès du roi et un arrêt du parlement; le droit de les porter appartenait exclusivement à une confrérie de bourgeois. La châsse sortit solennellement en 1025, 1652, 1675, 1894, 1709 et 1725; elle fut enfin enlevée et fondue en 1793, par ordre du gouvernement.
Le tombeau de sainte Geneviève reste seul de cet édifice primitif; il a été rétabli en 1802, dans une chapelle latérale, à droite, où il est entouré de milliers de cierges et d’ex-voto. La dévotion française n’a pas oublié encore la vierge de Nanterre,
\ dont la voix repoussa Attila , et qui , du haut des deux , protège la capitale du royaume qu'elle a sauvé.
L’église des Saints-Apôtres changea de nom vers 1194, et fut mise sous l’invocation de saint Étienne, à cause de la translation des reliques de ce protomartyr , qui y furent déposées, après avoir été ravies à leur ancienne basilique. Saint-Étienne du Mont a été complètement reconstruite sous François Pr; mais elle n’a été terminée qu après 1624 : aussi sa conservation est-elle encore admirable. L’ensemble du bâtiment, d’un genre tout particulier, mêlé de gothique et de sarrasin, présente, avec tous leurs raffinements, les formes élégantes qui régnent dans toutes les constructions de cette époque. La façade principale, pointue comme une pyramide, offre un caractère singulier, mais non dépourvu d’agrément et de
Neu vaine de sainte Geneviève. — Foire religieuse devant le porche de l’église Saint-Étienne du Mont.
mérite. L’architecture du portail et la sculpture de la frise méritent tous les éloges : il n’y a, pour tout clocher, qu’une tour qui s’élève au nord du monument.
La partie du rond-point est digne de toute l'attention des connaisseurs. Les voûtes de la nef et des bascôtés ne sont soutenues que par des espèces de piliers ou de colonnes rondes de 5 pieds de diamètre , portant sur un piédestal d’environ 3 pieds de hauteur. Du sommet de ces colonnes naissent des faisceaux d’arêtes qui forment celle de la voûte ; elles soutiennent des arceaux surbaissés, sur lesquels se trouve un passage au moyen duquel on peut faire le tour de la nef. Toutes ces galeries, auxquelles on parvient par deux escaliers, sont remarquables par leur légèreté et leur délicatesse. Ce qui frappe le plus les regards, ce sont les deux tourelles à jour placées aux extrémités du jubé, et qui s’élèvent d’environ 30 pieds audessus de son niveau. Là sont situés les deux escaliers de la galerie ; et ces escaliers sont d autant plus extraordinaires, que, percés à jour, ils laissent voir le dessous des marches portées en l’air par encorbellement. Le mur de leur sommet est soutenu par une colonne très-faible, d’un demi-pied de circonférence, posée sur le bord extérieur de la cage, faite en forme de limaçon.
Autour du chœur sont plusieurs chapelles ; entre autres celle de la Vierge. La chaire, respectée par la Révolution, est un véritable chef-d’œuvre de sculp- li ture sur bois. Elle a pour auteur (ii Claude d’Estocart , qui l’exécuta d’après les dessins de Laurent de la Dire, lequel dessina également, pour cette église, de superbes tapisseries représentant la vie de saint Étienne. Cette chaire paraît supportée par une statue colossale de Samson ; le pourtour est orné de plusieurs Vertus, séparées les unes des
Tombe ni de sainte Geneviève.
autres par des bas-reliefs dans les panneaux. Sur le dais on remarque un Ange qui tient deux trompettes, comme pour appeler les fidèles au sacrifice. Parmi les tableaux, je citerai deux grandes toiles
de Troy et de Largillière , et un saint Étienne de
La neuvaine de sainte Geneviève.
M. Abel de Pujol; le crucifix de l’autel, longtemps attribué à Jean Goujon, est de Biart père. Il reste encore quelques vitraux dus au célèbre verrier Nicolas Pinaigrier. On regrette la perte de quelques sculptures de Germain Pilon et un beau tableau de Lesueur. La dépouille mortelle de ce grand peintre repose sous les dalles de Saint-Étienne du Mont, en compagnie de Biaise Pascal, de Tournefort, de Lemaître de Sacy et de Racine.
L’ancien clergé de Saint-Étienne du Mont a laissé peu de souvenirs : on se rappelle seulement l’obstination des curés de cette paroisse à lutter contre le parlement, et à refuser l’extrême-onction aux malades qui n’avaient pas de billets de confession molinistes. Cette affaire eût été ridicule si l’attentat et le supplice de Damiens ne l’eussent rendue odieuse.
Je viens de parler du tombeau de sainte Geneviève, et du culte qui l’environne : la ferveur pour les reliques de la sainte redouble du 3 au 12 janvier de chaque année.
Pendant cette neuvaine, les alentours de la basilique sont couverts de grossières boutiques où l’on vend aux nombreux pèlerins des bouquets bénits, des chapelets, des livres, des images, de petites statuettes, des médailles, etc.
C’est une foire pieuse, un bazar mystique où l’on peut s’emparadiser à bon compte. Je vois bien que dans cet encombrement de marchandises certains produits sont d’une religiosité très-suspecte; cependant la masse des fidèles ne cède guère qu’à la tentation des empiètes les plus séraphiques, et les vendeurs d’ima-
L 'archevêque de Paris se rendant à la neuvaine de sainte Geneviève.