CHAPITRE XL Vil
LES EGLISES DE PARIS
Saint-Thomas d’Aquin. — Saint-Thomas d’Aquin, pendentif par M. Blondel.
disparate. L’une a la gravité officielle et professorale, l’autre rappelle le boudoir. C’est une muse qui a du rouge, des mouches sur la joue, des falbalas, et qui
, semble toujours prête à danser la ga- ; vote, même dans une église. Jugez du contraste, et quel tohu-bohu tout cela doit faire ! 11 n’en pouvait être autrement d'une œuvre entreprise et achevée à cent vingt ans de distance, surtout lorsqu’elle avait été commencée sous l’influence d’un faux goût qu’aucun continuateur n’aurait voulu s’astreindre à suivre. La confusion était inévitable ; seulement on aurait pu en être moins prodigue. Ces réflexions, que nous faisons à propos d’une église, peuvent malheureusement s’appliquer à presque tous nos monuments, et c’est toujours cette irrégularité, cette différence de ton, de style et de manière qui frappent le plus l’étranger artiste qui vient visiter nos édifices.
L’église des Missions-Étrangères, ainsi que celle de Sainte-Valère, est une propriété privée que la ville de Paris tient à location pour les besoins du culte. Elle dépend du séminaire des Missions-Étrangères, fondé par Bernard de Sainte-Thérèse, évêque de Babylone, en 1603. Cette église n’offre rien de remarquable. Il en est de même de Sainte-Valère, qui servit longtemps de chapelle au couvent des Filles pénitentes, lieu d’asile ouvert aux femmes repenties. L’église de Sainte-Valère sera bientôt détrônée de son rang de succursale par Sainte-Clotilde, monument gothique que l’on élève actuellement sur des terrains que la ville avait rachetés, dès 1828,' de l’ancienne communauté des religieuses de Bellechasse.
Paris prenant une extension incessante au nordest, il devenait important et même nécessaire d’éle¬
Saint-Thomas d’Aquin. — Saint Dominique, pendent if par M. Blondel.
ver, dans cette partie de la capitale, des monuments publics et principalement une église. C’est pour satisfaire à ce but d’utilité public que fut édifiée l’église
Vue de l’église Saint- \ incent do Paul.
| Saint-Vincent de Vaut, dont l’inauguration eut lieu, j en cérémonie solennelle, au mois d’octobre de l'année 1844.
Du boulevard Bonne-Nouvelle vous apercevez Saint- Vincent de Paul , à l’extrémité de la rue Hauteville I qu’il domine. Le sol delà place Lafayettc,Çqui s’élève
en terrasse au-dessus des quartiers qui la précèdent, est néanmoins de plus de 8 mètres au-dessous de la base du nouveau monument. De vastes rampes, disposées en amphithéâtre, avec des pentes douces en forme de double fer à cheval, et deux larges escaliers, permettent tant aux piétons qu'aux voitures
d’aniver commodément jusqu’au parvis de l'église.
L’église Saint-Vincent de Paul renferme une merveille de plus , nous voulons parler de son grand orgue.
Ce grand orgue, qui fait tant d’honneur à son facteur, M. Cavaillé-Coll, es! d’une forme et d’un aspect
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fABLEAU DE PARIS.
exceptionnels, nécessités par les dispositions locales et par les exigences, du reste légitimes, de l'architecte, qui réclamaient que le buffet de cet orgue fût tel qu’il ne cachât pas la rosace de la façade. 11 a donc fallu que l’orgue fut divisé en deux parties, et que le son conservât cependant toute son unité. C’était là un obstacle qui semblait insurmontable, mais que le talent et l’habileté de M. Cavaillé-Coll ont su vaincre.
Cet instrument est non-seulement un des plus ingénieux, mais encore un des plus riches qu’on ait vus jusqu’à ce jour. Le dessin que nous reproduisons plus loin en fait foi.
Le grand orgue de Saint-Vincent de Paul renferme deux mille six cent soixante-neuf tuyaux en bois ou en métal, qui engendrent des sons tour à tour d’une ténuité extrême et d’une ampleur majestueuse; aucun de ces tuyaux ne peut nuire à son voisin; l’air circule autour de chacun d’eux avec une entière liberté, et rien n’empêche la moindre vibration de se propager facilement dans l’espace.
Le clavier à triple rang de touches, avec un pédalier de deux octaves d étendue et douze pédales de combinaison , armé de quarante - six tirants (cet orgue ayant quarante -six registres complets) commodément placés à droite et à gauche, à portée de la main de l’organiste , est isolé au milieu de la tribune, sous la voûte, entre les deux corps de l’instrument, et disposé perpendiculairement au maître-autel, de manière que l’instrumentiste profite de tout le jour qui passe par la rosace et ne perd pas un geste du prêtre officiant, sans qu'il soit vu lui- même d’autre part que des galeries hautes de l’ église. La soufflerie, située dans une chambre attenante à la tribune de l'orgue et mise en jeu par deux souffleurs au
moyen d’un nouveau système de pédales, sert à alimenter six grands réservoirs d’air placés dans la base même de l'instrument. Un tel chef-d’œuvre serait digne de détails plus complets, mais nous sommes obligé de rester fidèles à l'exiguïté de notre cadre.
La façade de Saint-Vincent de Paul, qui a 37 mètres de largeur, est précédée d’un porche à éix colonnes de front, d’ordre ionique, sur une profondeur de trois entre-colonnements. La porte principale, revêtue de fonte, ottre, dans douze niches entourées d enroulements formés de fruits et de fleurs, et accompagnés de têtes d anges, les figures des apôtres. Dans la frise de 1 imposte, les symboles des quatre évangélistes et le Saint-Esprit ; et, enfin, au-dessus, entre deux riches compartiments à jour, la figure plus
grande du Christ. Ces treize figures ont été fondues sur les plâtres modelés par M. Farochon.
Aux deux côtés du porche, et disposés en arrièrecorps, s’élèvent deux clochers dont la hauteur, à partir du niveau delà place, est de 84 mètres environ. L’un a reçu la sonnerie, l’autre l’horloge; mais chacun a un cadran. Sur celui de droite, l’aiguille marque les heures du jour; sur celui de gauche, elle indique les jours du mois. Entre ces deux clochers, au dessus du fronton du porche, est une terrasse du haut de laquelle Paris présente un magnifique panorama. Elle est bordée d'un parapet entrecoupé de piédestaux que doivent surmonter les statues des quatre évangélistes, non encore terminées, par MM. Barre, Brian, Foyaticr, et Valois. Dans deux niches, pratiquées dans les
Inauguration de l’église Saint-Vincent de Paul, le lundi 21 octobre 1844
clochers, ont pris place les statues de saint Pierre et 1 de saint Paul, par M. Ramey. Le fronton est orné au centre de l’image de saint Vincent de Paul et des figures symboliques de la Charité et de la Foi. Le saint est entouré des principaux personnages sur lesquels sa parole a agi, en les exhortant aux actions charitables et à la création des établissements de bienfaisance. Toutes les figures de ce fronton ont été sculptées en ronde-bosse par M. Nanteuil.
Ajoutons, pour achever de décrire la décoration extérieure de ce monument, que les parois des murs du porche sont disposées pour recevoir des laves émaillées sur lesquelles seront peints des sujets tirés de la Bible. Le tableau principal, qui est placé au-dessus de la grande porte, et qui représente la Trinité accompagnée de quatre prophètes et des quatre évangé¬
listes, a été confié à M. Jollivet. D’autre peintures en émail, qui doivent être distribuées dans les frises, complètent cette application de la peinture à l’extérieur des édifices. Infiniment plus favorable aux exigences de l’art que la peinture en mosaïque, la peinture en émail sur lave émaillée, invention due à Mortelèque, développée avec succès par M. Hachette, son gendre, et à la perfection artistique de laquelle M. Hittorf a puissamment contribué, est une des plus belles conquêtes de 1 industrie artistique de notre époque.
Pénétrons dans l’intérieur par la porte principale. Quatre rangs de colonnes distribuées deux par deux, de droite et de gauche, divisent toute la largeur du monument en cinq parties. La partie centrale forme ht nef; les deux divisions intermédiaires, les bas-
côtés ; et les deux dernières , les chapelles, au nombre de huit. Une disposition toute nouvelle, sans précédent en architecture, produit ici, dès l’entrée et surtout à mesure qu’on s’avance davantage dans le monument, l’effet le plus imposant. Dans toutes les églises connues, l’abside n’est jamais plus large que la nef; à Saint-Vincent de Paul elle occupe à la fois la largeur de la net et des deux bas-côtes. C’est donc pour l’œil un développement grandiose qui, dans les grandes cérémonies religieuses, ajoute à la solennité de la célébration du culte, et qui offre à la peinture monumentale un des plus vastes emplacements quelle ait été appelée à illustrer. La longueur intérieure de l'église est de 99 mètres environ.
La hauteur du plafond de la nef approche de celle des voûtes de nos cathédrales gothiques. Il suit, dans sa forme, les deux rampants du comble. Les princ pales poutres étant apparentes ainsi que les arbalétriers et les aiguilles pendantes , en s’élevant à près de "29 mètres au-dessus du sol, ce plafond ajoute puissamment à la grandeur apparente de la nef. Il est divisé sur chaque rampant en douze compartiments, richement décorés par des caissons en forme d’étoiles et de croix dans lesquels des incrustations en bois de chêne sur bois de sapin sont rehaussées par des fonds d’azur et des fonds rouges sur lesquels se détachent des ornements en or.
Tout autour de la nef et de l’abside se développe, au dessus de l’ordre inférieur, une frise d’environ 3 mètres de hauteur et de 170 mètres de longueur. Audessus s’élève un second rang de colonnes d’ordre corinthien. Il forme, sur les deux côtés latéraux de la nef, des tribunes hautes et, au-dessus de l’entrée, un bel emplacement pour l’orgue et... l’orchestre. Une