CHAPITRE XLVII.— LES EGLISES DE PARIS
m» les sculptures, je ne dois pas oublier les magnifiques bénitiers de M. Antonin Moine, le groupe du Mariage de la Vierge, de M. Pradier, et le Baptême de Jésus-Christ, de M. Rude.
Les orgues de la Madeleine, sortis des ateliers de MM. Cavaillé, passent pour un chef-d’œuvre aux yeux des connaisseurs. Composées seulement de quarante-huit jeux, elles produisent peut-être plus d’effet que celles de Saint-Sulpice, qui en comptent plus de quatre-vingts ; cet avantage est du à un système de douze pédales qui peuvent se combiner avec chaque jeu, et en doubler la puissance. Une autre perfection . de ces orgues, c’est la justesse du jeu dit de la voix humaine, dont le timbre se rapproche beaucoup de la sonorité grêle et mordante des voix d’enfants, avec quelques notes du ténor dans les sons graves. Ce jeu, combiné avec celui des flûtes, sous les doigts d’un habile organiste, imite à s’y méprendre, un chœur de voix humaines, ténors et contraltos, affaibli par une grande distance et comme descendant du ciel. L’aspect extérieur de celte merveilleuse machine est de la plus grande modestie; l’orgue de la Madeleine ne montre que ses tuyaux de huit pieds et cache dans l’extérieur ceux de seize, qui lui permettent de donner non -seulement les sons gra- ! ves, mais encore d'émettre, avec plus de rondeur et d’éclat, les sons aigus, • grâce à un trou qui divise la colonne d’air sonore. Cette modestie sied trèsbien à un instrument aussi parfait.
La Madeleine est généralement choisie pour la célébration des services religieux ayant quelque rapport avec les événements politiques. Sous la dernière République ce fut toujours dans cette église qu’eurent lieu les cérémonies funèbres qu’occasionnèrent des luttes trop fréquentes et justement déplorées.
Le curé de cette paroisse est actuellement M. Deguerry, homme d’intelligence et d’un mérite incontestable , qui sait facilement trouver les moyens d’attirer à lui l’attention publique, et occupe, depuis longtemps déjà, une poil sition élevée qu’il a voulu conserver jus- • qu’à ce jour malgré les offres d’évêchés qui lui ont été faites bien souvent.
Nous allons visiter maintenant quelques autres églises moins connues du public que celles
que nous venons de dépeindre au lecteur, mais qui cependant ont quelque importance par la position
sont les trois succursales de laMadeleine. Leurarchitecture manque entièrement de style. Nous devons considérer aussi en quelque sorte comme une dépendance de cette paroisse l’édifice assez piteux de la rue de l’Arcade , connu sous le nom de Chapelle expiatoire. Ce monument, destiné à honorer l’emplacement où furent jetés les restes de Louis XVI et de Marie-Antoinette, a été achevé en 1826 ; une crypte et un autel souterrain indiquent l’endroit où l’on a retrouvé, ou du moins cru retrouver les restes de ces infortunées victimes, qui reposent actuellement dans la sépulture royale de Saint-Denis. La chapelle expiatoire a été construite par M. Fontaine, dans l’ancien cimetière de la Madeleine ; elle a coûté à peu près 2 millions. C’est un édifice qui n’appartient à aucun style, à aucune époque; il est isolé par des allées sur les deux côtés* et par une avenue au-devant : des cyprès s’élèvent à l’entour. On y arrive par trois issues : sur la façade, par la rue de l’Arcade ; sur le côté, par la rue de la Madeleine ; et derrière, par la rue d’Anjou. Ce triple accès a insensiblement transformé le jardin funèbre en passage public, et, par l’etfet du temps, la plupart des promeneurs ou des passants , allant à
leurs affaires , oublient la sombre histoire de ceux qui ont reposé sous le sol qu’ils foulent aux pieds.
Saint-Nicolas du Chardonnet , située dans le quartier du jardin des Plantes, n’offre rien de remarquable que la singularité de son nom. Le Chardonnet était un fief appartenant à l’abbaye de Saint-Victor, sur lequel Guillaume d’Auvergne fit élever une chapelle en 1230. On remarque dans l’église actuelle le tombeau de Santeuil : ce fameux poète et hymnographe latin fut empoisonné par son élève le duc de Bourbon, qui lui fit avaler, par plaisanterie et sans que le malheureux s’en aperçût, une certaine quantité de tabac d'Espagne mêlé à son vin.
Franchissons maintenant les ponts qui rattachent le Paris méridional et le Paris septentrional à la Cité, leur mère commune , et qui servent de communication journalière entre deux villes voisines et sœurs, mais distinctes l’une de l’autre. La Cité n’a plus d’autres églises que Notre- Dame, la métropole, et la Sainte-Chapelle, dont les lecteurs ont déjà pris ample connaissance ; mais il n’en fut pas toujours ainsi. Les
M. Deguerry, curé de laMadeleine.
qu’elles occupent, ( t les fidèles qui les fréquentent. Saint-Louis d’Antin, la plus proche voisine de No-
Grand orgue de l’église de la Madeleine.
tre-Dame de Lorette, Saint-Philippe du Roule, dans le faubourg de ce nom, et Saint-Pierre, à Chaillot, telles
anciens plans de ce quartier ne nous indiquent pas moins de quinze églises : en voici seulement les noms et à peu près la situation :
Sur la place actuelle de Notre-Dame : Sainte-Geneviève des Ardents, Saint-Denis du Pas et Saint-Jean le Rond, oii fut exposé et trouvé le célèbre d’Alembert.
Sur le quai de la rive gauche : Saint-Germain le Vieux et Saint Pierre des Arcis.
Démolies pour le percement des trois rues nouvelles, rue d’Arcole, rue de la Cité et rue Constantine, Saint- Pierre aux Boeufs, Saint-Denis de la Châtre, Sainte- Madeleine en la Cité.
Les églises de Saint-Christophe, de la Sainte-Croix et de Saint-Landry, ont laissé leurs noms aux rues où elles étaient situées.
Enfin, pour compléter, il nous reste à nommer la chapelle Saint-Agnan, rue Chanoinesse, l’église Saint- Barthélemy, sur l’emplacement de laquelle est ouvert
le passage de Flore, la chapelle de Saint-Luc, rue du Haut-Moulin en la Cité, et enfin l’église Saint-Martial, rue Saint-Eloi.
L'ile Saint-Louis n’a jamais possédé que l’église de ce nom : c’est d’ailleurs une chapelle bâtie par Nicolas, maître couvreur, au commencement du dix-septième siècle, qui attira dans cette île les premiers habitants. L’église actuelle, construite sur les dessins de Leveau, n’offre de remarquable tpie son clocher, en forme d’obélisque, et percé à jour sur plusieurs parties de sa hauteur. Vendue en 1793, et rachetée vingt-cinq ans plus tard pour le prix de cent vingt mille francs, elle est aujourd’hui la première succursale de Notre-Dame.
Les deux autres succursales de la métropole, situées non loin de l'ile, sont Saint-Gervais et Saint Paul, dont la circonscription est limitée entre l’Hôtel de ville et l’extrémité orientale de Paris, du côté gauche de la Seine. La seconde de ces églises fut élevée par
les jésuites , en même temps que le collège de Clermont, aujourd’hui lycée Louis le Grand, dont on a vu l’histoire. Quant à Saint-Gervais , son antiquité et sa valeur architecturale méritent une mention plus détaillée. C’est encore une église de l’époque mérovingienne : le poète Forlunat, qui vivait au sixième siècle, parle d’une basilique consacrée aux bienheureux Gervais et Protais, martyrs. Mais, pour nous en tenir à ce qui existe aujourd’hui, l'inscription suivante fera connaître tous les détails historiques désirables; cette inscription est gravée dans l’intérieur même de l’église :
« Bonnes gens , plaise vous sçavoir cpie cette présente église de messeigneurs saint Gervais et saint Protais fut dédiée le dimanche devant la feste de saint Simon, saint Jude, l’an m cccç xx, par le révérend père en Dieu, maître Gombault, évesque d’Agrence, et sera à toujours la feste de l’annualité de la dédicace le dimanche devant ladite feste saint Simon , saint
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Un baptême de cloches, ptr Mgr 1 archevêque de Paris, dans l’église de Saint-Merry.
Jude, s'il vous plaist y venir recommander vos maux, et prier pour les bienfaicteurs de cette église, et aussi pour les trépassés. Pater noster, Ave Maria. » L’ensemble des constructions de l’église Saint-Gervais a toute la délicatesse qui caractérise l’architecture du quinzième siècle ; cependant quelques parties semblent appartenir à une époque postérieure. On admire surtout le portail, œuvre de Jacques de Brosse, qui fut commencé en 1616. Ce portail se compose de trois ordres, disposés suivant l’usage des anciens architectes, dorique d’abord en bas, puis ionique, puis corinthien au-dessus. Les colonnes doriques sont engagées d’un tiers dans le bâtiment, et unies jusqu’à la troisième partie de leur fût : le reste est cannelé à côtes. Les colonnes supérieures sont isolées. Il faut remarquer à l’intérieur la chapelle de la Vierge, ornée d’une couronne de pierre en clef pendante.
Saint-Gervais est un véritable musée d’objets d’art. Indépendamment des vitraux de l’inaigrier, représentant des danses de bergers, qui décorent la chapelle
de saint Michel, on y admire la Descente de Croix, exécutée en plâtre par Cortot, et le superbe mausolée du chancelier le Tellier, d’après Philippe de Champagne. La statue du chancelier est à demi couchée; un Génie pleure à ses pieds. Sur l’archivolte s’élèvent les statues de la Prudence et de la Justice; celles de la Religion et de la Force sont debout sur les bases des pilastres. D’autres statues d’une grande valeur, saint Gervais et saint Protais, le Christ et la Vierge, des Anges, un saint Jean, servent à l’ornement du chœur. N’oublions pas, au nombre des tableaux, un Concert d’ Anges, de Pérugin, et une Passion , d’Albert Diirer.
Cette église fut transformée, sous la Terreur, en Temple de la Jeunesse. Avant l’alignement de la rue François Miron, il était presque impossible de voir l’ensemble du portail, masqué par une falaise de maisons, et Voltaire a eu raison de dire que ce portail était un chef-d’œuvre, auquel il ne manque qu’une place pour contenir ses admirateurs.
Le quartier du Mont-de-Piété, cette vaste agglomération de maisons, ce labyrinthe de rues populeuses oii vit et travaille une fourmilière d’ouvriers, est contigu à la paroisse que nous venons de décrire • il est desservi par deux succursales de Saint-Merry, la capitale religieuse du septième arrondissement. L’église des Blancs-Manteaux, au centre, et l’église de Saint-François d’Assise, sur la limite du Marais, n’ont quelque importance que pour l’érudit, qui y retrouve la trace de deux communautés religieuses célèbres, les capucins du Marais, institués par Antoine Molé, frère du fameux Mathieu Molé, et les bénédictins, qui, en 1018, s incorporèrent les guiilemites, ou religieux aux blancs manteaux. Chacun connaît, au moins de nom, les importantes publications qui furent élaborées dans cette pieuse et studieuse enceinte ; W-Jrt de vérifier les dates, la Nouvelle Diplomatique, la Collection des Historiens de France, etc.
Saint-Merry doit son nom et son origine à Médéric, évêque d’Autun vers le septième siècle, qui mourut à