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CHAPITRE XLVII.— LES ÉGLISES DE PARIS

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Paris, après une longue vie passée dans les macérations et les bonnes œuvres. Dès 820, il avait donné son nom à la chapelle de Saint-Pierre, oii son corps reposait, comme on le voit par un diplôme de Louis le Débonnaire. Sous le premier roi capétien Eudes, fils de Robert le Fort et grand-oncle de Hugues Capet, les libéralités du comte Adalart et du fauconnier Odon, duquel on a retrouvé le tombeau et l'épitaphe, permirent de rebâtir cette église trop étroite et insuffisante pour les besoins du culte. La dernière reconstruction eut lieu sous François Ier. Saint-Merry garda longtemps le droit d’asile, affecté d’abord à toutes les églises régulièrement consacrées. On cite parmi les gens qui en profitèrent, Jourdan de l'Isle, sire de Casaubon, coupable du meurtre d’un huissier, que les chanoines, n’ayant pu sauver, détachèrent en grande pompe du gibet et inhumèrent gratuitement sous les dalles du chœur.

L’église de Saint-Merry offre le plus navrant spectacle, à cause des désastreuses réparations et des ravages qui ont fait assaut de vandalisme pour la défigurer. Ainsi, dans ce dernier ordre de dévastations, nous nous contenterons d'accorder une mention honorable à la Révolution, qui a promené la hache sur le portail tout entier, fauchant les sculptures et mutilant les saints; à la Révolution, qui a abattu le grand cloche¬

ton, renversé les douze statues dont il était surmonté, et détruit le double cordon ogival de figurines qui décorait le portail. Quant aux réparations, leur effet a été plus funeste encore; on va s’en assurer dans le cours de la description du monument.

L’église se développe sur cinq nefs, composées d’un pareil nombre d’ogives qui s’arrêtent à la croisée où elles sont coupées. La nef du milieu , au delà de la croisée, se termine par l’hémicycle du chœur, formé de treize ogives. Les deux petites nefs latérales s'ouvrent dans les bas-côtés, sur un certain nombre de chapelles , et se terminent derrière le chœur , en formant elles-mêmes, en dehors des deux nefs latérales, un cordon semi-circulaire de seize chapelles. Celle de la Vierge, qui occupe le milieu, répond à l’axe de l’église.

La tour qui s’élève extérieurement, à gauche du portail , est d’un style lourd et carré : les ornements inachevés dont elle est chargée contrastent avec l’élégance de la petite tourelle de droite et des clochetons, des gorges feuillées et des autres ornements du portail à trois ouvertures qui forme la façade. Aucun tambour ne paraît avoir rempli ni l’une ni l’autre des ogives, fort gracieuses, des trois portes, qui sont ornées de riches feuillures. Le caractère architectural de ces diverses parties est celui du dernier style catho¬

lique, qui précéda immédiatement la Renaissance; on le reconnaît partout, dans la nef ogivale, formée de grosses colonnes à fûts multiples, mais à angles, à vives arêtes, à colonnettes concaves et inégales, sans apparence de chapiteaux ; dans ces fûts eux-mêmes , qui viennent se perdre dans les nervures des voûtes toutes anguleuses , à vives arêtes et concaves comme les colonnes, au lieu d’être cylindriques, comme celles de l’époque antérieure. Les clefs où viennent se rejoindre les nervures des voûtes sont larges , plates , ornées de feuillages ou d’armoiries , et un pendentif qui descend au centre rattache un lacis de nervures courant au centre de chaque croisée.

11 ne reste plus que des morceaux et des fragments sans suite des admirables vitraux de Pinaigrier, qui représentaient jadis des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament. Certains chanoines, jugeant que la peinture les empêchaient d’y voir clair pour lire leur bréviaire, s'en prirent aux vitraux, et les remplacèrent par des vitres blanches. Peu contents de cette destruction, ils chargèrent les frères Slodtz de l’ornementation du chœur, qu’ils trouvaient trop nu : ceux-ci ne trouvèrent d’autre moyen que d’appliquer contre les murs des plaques de marbre de toutes les couleurs, et d’y sculpter des anges bouffis et d’autres fantaisies à laPompadour, Un autre architecte du même temps

Décoration tic la chapelle du Sacré-Coeur, dans l’église Saint-Leu.

creva le mur de la nef pour élever une chapelle de la communion en dehors de l’église, et communiquant avec elle par deux ogives transformées en un lourd plein-cintre , et, afin de ne pas mériter le reproche d’obscurité adressé aux vitraux, il éclaira sa chapelle au moyen de trois énormes trous ovoïdes percés au plafond. Enfin on éleva, sur les quatre faces de la croisée qui regardait la nef, quatre frontons grecs juchés sur de grosses colonnes de marbre. Saint- Merry n’avait plus rien à envier aux églises les plus maltraitées par le temps et les hommes, quand, le ' 6 juin 1832, un boulet vint ébranler le portail, et y laisser sa trace large et profonde.

On voyait autrefois, devant cette église, au dire de Sauvai, une espèce de parvis qui attestait son antiquité : « Surtout les deux lions qui gardaient les deux côtés de l’entrée étaient une auguste et terrible marque du saint lieu, et donnaient une certaine terreur et respect aux passants. » Sans doute ces lions n’étaient pas des œuvres d’art fort remarquables : les seules qui restent à Saint-Merry aujourd’hui, ce sont deux tableaux de Carie Vanloo, la Vierge et Jésus, et saint Charles Borromée.

Saint-Merri a été, en 1793, le temple du Commerce.

Sa troisième succursale est une église soumise au double patronage de Saint-Leu et Saint-Gilles, dans la rue Saint-Denis.

On va voir depuis peu de temps, dans cette église,

15 Cent. LA LIVRAISON. — 127° Livr.

la chapelle du Sacré-Cœur , décorée non sans talent par M. Cibot. Le tableau situé sur l’autel représente une Vision de Marguerite-Marie Alacoque, qui publia, il y a près de doux siècles, un petit livre mystique, intitulé Dévotion au Cœur de Jésiis. C’est l’origine de la dévotion dite du Sacré-Cœur , sorte de mysticisme vague et doucereux, symbolisme brûlant de tendresse et fort propre à gagner le cœur des femmes. Il est permis de dire pourtant que la dévotion féminine s’inspirerait plus convenablement dans les Pères que dans les rêveries maladives de Marie Alacoque, de cette bonne religieuse qui , non contente de porter le nom de Jésus dans son cœur , voulut le porter ostensiblement au dehors, en gravant sur son sein ce nom en grosses lettres, avec un canif. M. Cibot n’a pas craint de la mettre en pendant avec l’auteur inspiré de l’Apocalypse. La vision de saint Jean est peinte à gauche ; Jésus-Christ s’approche avec humilité du livre des Sept Sceaux comme pour l’ouvrir; deux des vingtquatre vieillards se laissent voir sous l’apparence peu poétique de deux housses de fauteuils, tant sont roides et anguleux les plis de leurs vêtements. L’Ange agenouille, qui tourne le dos au spectateur, est mal ajusté et disgracieux de forme. J’aime mieux V lixpulsion du Paradis terrestre , représentée sur la paroi en retour de droite; mais non le Christ, étalant son cœur flamboyant en face de son père, sans doute pour exprimer les douleurs qu’il éprouve par suite de la profanation de C Eucharistie , sujet du dernier tableau. Le prêtre

Aux bureaux de l’Illustration, rue de Richelieu, 60

et les femmes qui reçoivent la communion forment un groupe assez gracieux; mais il faut plaindre le sacrilège (|ue l'Ange menace de son épée flamboyante: le peintre a fait comme Dieu : il l’a complètement déshérité de la grâce. Somme toute, les qualités négatives de cette décoration s’accordent parfaitement avec le culte calme et mystique auquel est consacrée cette chapelle toute parfumée de dévotion féminine ; s’il n’y a rien d’énergique, si l’ensemble est calme, blafard, énervé, au moins l’auteur a-t-il su éviter la la recherche et la manière. Rien à remarquer d'ailleurs dans les autres parties de Saint-Leu.

Outre les églises que nous venons de parcourir, il se trouve encore à Paris un grand nombre d’églises et de chapelles attenantes à des établissements publics, ou demeurées intactes malgré la centralisation du culte dans les paroisses. Il en sera question naturellement dans un chapitre ultérieur, quand nous parlerons des hospices et des institutions religieuses encore debout, en accompagnant ce résumé d’un rapide coup d’œil sur le Paris religieux d’avant la Révolution.

D’après ce qui a été dit déjà, et en considérant le nombre d’églises, plus ou moins importantes, qui ont disparu seulement dans le quartier de la Cité, le lecteur peut avoir une idée du Paiis religieux d’autrefois. Il est a regretter que pas un des historiens de cette grande ville n’ait donné une vue d’ensemble, large et pittoresque, pour nous faire connaître l’aspect général de la grande cité, avec sa population de moines

PARIS. TVP. DE FIRMIN DIDOT, 66, RUE JACOB. 20 C. par la p08te.

aux mille costumes, de religieuses cloîtrées et non cloîtrées, avec ses grands fiefs ecclésiastiques, ses mille clochers, ses innombrables couvents. Essayer aujourd’hui de reconstruire cette ville toute bâtie d’églises et de monastères, c'est vouloir tenter l'impossible. Je me contenterai de signaler les circonscriptions abbatiales de Saint-Victor, qui s’étendait sur les environs du Jardin des plantes actuel et de la Halle aux vins, de Sainte-Geneviève, de Saint-Étienne, des deux Saint-Germain, etc. De plus, nous ne devons pas oublier la juridiction épiscopale qui s’exerçait sur une infinité de fiefs isolés, tels que la Ville-l'Évêque, la Grange-Batelière, etc. , et qui voyait, à ses côtés, régner une autre juridiction également épiscopale, dont le centre était la Sainte-Chapelle du palais. Ces diverses juridictions avaient leur prison spéciale, le For-l’Évêque, situé dans le voisinage du Louvre, et qui servit plus tard à incarcérer les fils de famille débauchés, les comédiens récalcitrants, et autres coupables du même genre, qui violaient certaines convenances, qui s’attaquaient à certains privilèges, et dont l’audace ne méritait ni les cachots du Châtelet, ni même la Bastille. Le lieu où les condamnés du tribunal ecclésiastique recevaient la correction paternelle, consistant en quelques heures de pilori, une fustigation publique, ou encore la privation des oreilles , se trouvait à la rencontre des rues Saint-Honoré et de l’Arbre-Sec; c’était la Croix du Trahoir. Un autre emplacement, situé dans la banlieue, servait de théâtre aux exécutions capitales, par le feu ou par le gibet.

Bon nombre d’églises remarquables ont été transformées par cette révolution qui entraîna les bénéfices ecclésiastiques, ainsi qu’elle avait entraîné tous les privilèges féodaux. Plusieurs d’entre elles, l’église des hospitalières de Notre-Dame, l'église de Sainte-Marie, la chapelle de l’Oratoire, sont devenues des temples protestants ; d’autres, telle que l’église de Pentemont, rue Belle-Chasse, et l’église du Bon-Pasteur, rue du Cherche-Midi, servent encore à divers usages bien profanes : par exemple, à emmagasiner des fourrages, à donner asile aux subsistances militaires. Mais la plupart ont été détruites, ne laissant qu’un souvenir qui tend à s’effacer de plus en plus. Parmi ces dernières, nous devons au moins quelques mots à Sainte- Marie l’Égyptienne, fameuse par la naïveté de ses vitraux, et bien connue d’ailleurs, grâce à quelques romans célèbres de nos jours. A Saint-Julien des Ménétriers, à Sainte-Opportune, à Saint-Paul, à Saint- Marcel, qui a laissé son nom au plus pauvre quartier de Paris, à Saint-Jacques la Boucherie, dont la tour est encore debout.

La fondation de Saint-Julien des Ménétriers, centre de la confrérie des ménétriers et musiciens, se rapporte à une anecdote assez touchante que je rapporte ici dans le langage presque original de l’historien Dubreuil : «L’an de grâce 1328, le mardy, devant la sainte Croix en septembre, il y avoit en la rüe Sainct Martin des Champs deux compagnons ménestriers, qui s’entr’aymoient parfaictement et estoient tousjours ensemble. L'un estoit de Lombardie, et s’appeloit, Jacques Graze de Pistoie, autrement dit Lappe; l’autre estoit de Lorraine, et avoit nom Huet, le guette du palais du roy. Or ; dvint que ledit jour après disner, ces deux compagnons estant assis sur le siège de la maison dudit Lappe, et parlansde leur besongnc, virent de l’autre part de la voye une pauvre femme appelée Fleurie de Chartres, laquelle estoit en une petite charrette, et n’en bougeoit jour et nuyct, comme entreprise d’une partie de ses membres, et là vivoit des aumosnes des bonnes gens. Ces deux esmeus de pitié, s’enquirent à qui appartenoit la place, désirant l'achepter et y bastir quelque petit hospital. Et après avoir entendu que c’estait à l’Ahhlesse de Montmartre, ils l’allèrent trouver, et, pour h; faire court, elle leur quitta le lieu à perpétuité. » Telle fut l’origine de l’hôpital et de l’église de Saint-Julien. La façade de cette église était de la plus grande délicatesse. Elle consistait en une grande arcade, accompagnée de

quatre niches. La frise de l’arcade était remplie de petits Anges jouant des divers instruments alors en usage, tels que l’orgue, la harpe, le violon à trois cordes, la vielle, la mandoline, le psaltérion, etc. Deux statues ornaient cette façade; saint Julien, et saint Gencst, patron des musiciens et des histrions, en sa qualité de comédien. Ajoutons ici que la confrérie des ménétriers, qui demeurait aux alentours de son église, là à peu près où la rue Saint-Martin coupe la rue de Rambuteau, était gouvernée par un roi et par un prévôt. Guillaume Ier et Guillaume II régnaient en même temps que Louis XIV : l’abdication de ce dernier, en 1683, amena un interrègne qui ne cessa qu’en 1741. Guignon, étant monté sur le trône à cette époque, déploya un despotisme si insolent que ses sujets, rompant toute harmonie , se révoltèrent et le forcèrent à résigner la couronne : d’où vient peut-être le proverbe avoir du guignon. La royauté des ménétriers fut supprimée en 1773 : seize ans plus tard, lorsque le trône de France ressentait les premiers effets de la tempête qui devait le renverser à son tour, les confrères de Saint-Julien inrent offrir leur église à l'Assemblée nationale. Ce curieux monument fut vendu en 1792, et abattu quelques années après.

11 faut également faire mention de Saint-Paul, qui fut longtemps l’église royale, quand l’hôtel des Tournelles était le séjour des princes et de la cour. Cette église, dont il ne reste plus rien, se faisait remarquer par les nombreux tombeaux qu’elle renfermait. Je citerai celui de Rabelais ; ceux des trois favoris de Henri III, Quélus, Maugiron, Saint-Mégrin, avec leurs épitaphes, faites par Ronsard, et leurs statues, sculptées par Germain Pilon; le modeste tombeau du Masque de Fer, et enfin le caveau où furent renfermés les ossements de quatre individus inconnus, dont on trouva les squelettes enchaînés dans les cachots de la Bastille.

L’église de Saint-Jacques de la Boucherie, dont aujourd’hui la nouvelle rue de Rivoli occupe tout l’emplacement, mérite de fixer toute notre attention, à cause de sa tour, demeurée l’un des plus élégants modèles de l’art gothique dans sa pureté. Les auteurs anciens qui parlent de Saint-Jacques de la Boucherie se bornent à des dissertations infinies et contradictoires sur l’origine de l’église et sur la raison qui l’a fait ainsi appeler. D’ailleurs ils ne donnent qu’une idée très-confuse de l’ensemble du monument, et n'indiquent, comme ayant une valeur, que le crucifix en bois, ouvrage de Jacques Sarrazin, et les vitraux de Pinaigrier. La tour est ornée de gargouilles, ouvrage de Y imagier Rault, qui exécuta aussi, pour le couronnement, un saint Jacques et les quatre animaux figurant les Évangélistes. Elle a, dans son état actuel, cinquante et un mètres de haut; il fallait y ajouter six mètres environ, avant qu’on eût enlevé le sommet. On remarque, dans le compte des dépenses pour la construction de cette tour, une somme de vingt livres, payées à l’imagier pour les quatre figures d’animaux.

Les environs de la tour Saint-Jacques viennent d’être délivrés d’une foule de rues et de ruelles obscures, de masures et de maisons enfumées, qui entouraient le marché bâti sur l’emplacement de la vieille église. Parmi les maisons qui ont été détruites, il faut remarquer celle de Nicolas Flamel, qui avait été enterré dans l’église enrichie de ses libéralités. Chacun connaît l’histoire de ce père et de ce patron des alchimistes, qui, s’étant enrichi d’une façon rapide, laissa croire au vulgaire qu’il avait enfin découvert le grand œuvre. Cette maison, plusieurs fois fouillée et détruite par les fanatiques qui cherchaient la pierre philosophale, a totalement disparu, et il ne 'reste rien qui serve à éterniser la mémoire de Nicolas Flamel et de Jeanne Pernelle, sa femme.

Sans nous arrêter à décrire un plus grand nombre de ces églises d’autrefois, nous devons parler ici du petit nombre de celles qui ont survécu et qui s’ouvrent quelquefois pour les cérémonies religieuses : l’Assomption, Saint-Nicolas de Beaujon, l’Abbaye aux Bois et l eglise de la Sorbonne : de plus, l’église de

Saint-Denis du Saint-Sacrement, fondée sur les ruines de l’ancien couvent des Bénédictines du Marais, et depuis peu livrée au culte . Parmi ces divers édifices, nous avons déjà parlé de la Sorbonne : Saint-Nicolas est une jolie chapelle qui dépend de l’hôpital Beaujon : Saint- Denis n’offre rien qui sorte du commun des bâtiments I élevés au rabais et par adjudication. Il n’y a donc à s’occuper que de l’Assomption et de l’Abbaye aux Bois.

L’église actuelle de l’Assomption a été construite en 1670 pour les Haudriettes, communauté religieuse dont l’origine est assez singulière. Étienne Haudri, officier du roi saint Louis, ayant suivi son maître à la croisade, laissa de longues années sans nouvelles, Jeanne la Dalonne, sa femme. Celle-ci, croyant son époux mort, fit vœu de chasteté, et se retira dans une / maison qui lui appartenait, oii elle vécut dans une grande austérité, en compagnie de plusieurs veuves ou filles. Haudri, étant revenu, dut s’adresser au pape pour faire relever sa femme d’un vœu si inconsidéré ; le pape n’y consentit qu’en imposant à l’époux l’obligation de fonder une communauté composée de douze pauvres veuves. Cette communauté devint par la suite la communauté des dames de l’Assomption ; elles se trouvaient assez riches, en 1670, pour s’établir dans la rue Saint-Honoré et y faire construire l’église dont il s’agit ici.

L’ordonnance de cet édifice fut faite sur les dessins de Charles Érarcl ; il est d’une figure ronde , et consiste en un dôme décoré de quatre arcs, entre lesquels sont des pilastres corinthiens accouplés qui soutiennent l’entablement. Le tout est surmonté d’une calotte sphérique de 62 pieds. On reproche à cette église son élévation disproportionnée à son diamètre, qui lui donne à l’intérieur l’aspect d’un puits profond; cette élévation, qui sans doute n’aurait pas paru trop considérable si la coupole eût été soutenue par des arcades et des pendentifs, au milieu d’une nef, d’un chœur et des bras d’une croix grecque ou latine, devient excessive lorsqu’elle se trouve bornée de toutes parts par un mur circulaire, et le spectateur, ne pouvant avoir une reculée suffisante , ne parvient à considérer la voûte qu’avec une très-grande gêne. Le mur est orné de pilastres corinthiens soutenant une corniche qui encadre le pourtour du dôme ; des niches vides, pratiquées à l’entour de l’église et surmontées d’une guirlande assez gracieuse, lui donnent quelque légèreté. L’ensemble rappelle la façade de l’Institut; quant au portail, il se rapproche de celui du Panthéon. Assez correct d’ensemble, avec ses huit colonnes corinthiennes élevées sur sept degrés, il pèche cependant par l’entablement, qui est exigu, et par le fronton, qui ne répond nullement au module des colonnes. On remarque aussi que la corniche extérieure n’est pas assez saillante pour garantir le monument contre les intempéries de l’air.

Quatre arcs, entre lesquels sont des pilastres corinthiens accouplés, décorent l’intérieur de l’église de l'Assomption. Les règles de l’art n’ont pas été non plus observées dans cette partie de l’édifice; ainsi la grande corniche appuyée sur les pilastres, qui embrasse le pourtour, n’a pas ses médaillons à plomb sur les roses des chapiteaux des pilastres , ni sur les clefs des arcs ; les massifs qui sont entre les fenêtres de l’attique n’ont aucune proportion avec les montants qui les soutiennent.

Des peintures ornent la voûte de cette coupole, qui est enrichie de beaux caissons dorés. Le plafond du chœur, qui a soixante pieds de longueur, a été peint par Lafosse; cette fresque, représentant l’Assomption de la Vierge, brille par des couleurs qui, bien qu’anciennes, sont vives et délicates. Le maître-autel est en bois de diverses couleurs, l’église est remarquable par sa forêt de bois de châtaignier.

L’église de l’Assomption, employée sous la Révolution comme magasin de décors, fut rendue au culte par Napoléon, qui en avait fait la paroisse du premier arrondissement. Sous la Restauration , elle devint une succursale de la Madeleine; elle ne sert plus maintenant au culte que très-rarement.

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