LE PALAIS - ROYAL
Situation ilu Palais-Royal. — Les entrées du Palais-Royal. — Vue prise du côté de la place. — La façade du château. — Historique du jardin et du château. — Jacques Lemercier, architecte. — Le duc de Richelieu. — Modifications apportées dans l’architecture du château. — Louis XIV, Henriette d’Angleterre au Palais-Royal. — Le régent — Les fêtes d’Adam et des Flagellants. — Le cardinal Dubois • et madame de Tencin. — Les dénominations successives du Palais-Royal. — Camille Desmoulins. — La Fayette et le duc d Orléans. — Le jardin. — L arhre de Cracovie et le nouvelliste Métra. —
Le cirque du Palais-Roy al. — ( Rangements désirables dans le Palais-Royal. — La galerie vitrée. — Le public de la galerie vitrée. — Les péristyles Valois et Montpensier. — Aspect et statues du jardin du Palais-Royal. — Le bassin. — Les artistes dramatiques en disponibilité. — L’allée de la Rotonde. — Les bonnes d’enfants. — Les enfants au Palais-Royal. — L’allée Montpensier. — Le perron. — Chevet et Corcelet. — La salle provisoire d’exposition de peinture. — Le grand escalier du palais. — Les nouveaux habitants du Palais-Royal.
De toutes les promenades de Paris , celle où nous entrons maintenant est la moins champêtre et la moins naturelle. Quelques lignes d’arbres d’un âge encore tendre et d’une santé équivoque, quelques pauvres plates-bandes autour île deux maigres parallélogrammes de gazon, un bassin immonde au sein duquel les nuages se dépouillent de leurs chastes couleurs pour revêtir une même nuance grise et fangeuse, tels sont les charmes agrestes du Palais-Royal. C’est la moins fraîche des oasis parisiennes. Tandis que le boulevard plonge sa tête dans l’air pur des Champs- Elysées et ses pieds dans les libres espaces de la Seine; tandis que les Tuileries touchent a la campagne par la glorieuse avenue de Neuilly; tandis que le Luxembourg se suffit à lui-même, grâce à son étendue, comme si la verte guirlande des boulevards extérieurs ne se déroulait pas à ses portes, tandis, enfin, que le Jardin des plantes respire à pleine poitrine l’âcre parfum de ses bosquets alpestres et l’odeur plus sauvage encore de ses bêtes fauves , le Palais- Royal languit au milieu du plus aride des déserts, au milieu d’un sahara composé de rues infectes et de maisons noires comme des blocs de houille. En vain l’immense palais forme autour de ce jardin une espèce d’enceinte fortifiée, une sorte de bataillon carré, il a peine à le protéger contre l’océan de moellons qui gronde au pied de ses murs. Pressées au nord par la rue Vivienne, au midi par la rue Saint-Honoré, à l'orient par la rue de Valois, et à l’occident par la rue Richelieu, ces humbles li • gnes de sycomores n’ont pas un seul abri à
dirigerez vos pas, la capitale vous poursuivra de ses grands éclats de voix, et la foule aboiera derrière vous comme un monstre familier.
Aussi le Parisien , amoureux et poète , n’a-t-il jamais beaucoup liante ce square ouvert aux impétueux courants de la multitude; il a pu le traverser, comme Virgile ou comme Horace à la poursuite de quelque rêve bucolique, mais il n’y a point fait séjour; il a la possession de ce domaine bruyant et doré véritables maîtres, les gourmands et les joueurs.
Cette dernière classe, aujourd’hui dépossédée, nous rappelant naturellement dans le passé , nous allons laisser un moment de côté la physionomie actuelle du Palais-Royal pour retracer sommairement l’historique du jardin et du château.
Pour la nombreuse fraction des Parisiens qui habitent au nord de la rue Beaujolais, la véritable entrée du Palais-Royal, c’est le perron , ce sont les péristyles Valois et Montpensier; mais pour les habitants du midi et pour les grands personnages qui logent au palais, c’est la grille qui s’ouvre sur la rue Saint-Honoré, au numéro 204. Conformons-nous donc aux intentions de l'architecte, et, au lieu de chercher les portes dérobées, entrons honnêtement dans ces deux cours d’honneur que sépare le pavillon de l’Horloge.
Vue de la place, la façade du château ne manque pas d’élégance , mais la richesse et la coquetterie de ses décorations évoquent plutôt le souvenir des roués que celui du premier hôte de ces appartements somptueux, le cardinal duc de Richelieu. On sait que l’œuvre primitive de Jacques Lemercier a subi d’im¬
menses modifications, et qu’Anne d’Autriche , Monsieur , frère de Louis XIV, le régent et ses héritiers, tous plus ou moins amoureux de la truelle, remanièrent successivement l’hôtel du ministre de Louis XIII. Il ne nous appartient pas de raconter les événements qui se sont passés derrière ces murailles. Nous réveillerons déjà assez d’idées en rappelant que Louis XIV habita dans ce palais la chambre même du cardinal ; que la veuve de Charles Ier l’occupa jusqu'en 1001, qu’Henriette d’Angleterre, ce beau lis si vite brisé , y termina l’existence mélancolique dont Bossuet nous a parlé avec la double autorité du grand écrivain et du prêtre; enfin, qu’à ce roi fameux ou à ces princesses malheureuses succéda l’étrange cohue de gentilshommes débauchés et de courtisanes titrées qui traversa ces lieux comme un chœur de satires et de bacchantes.
Au reste, l’histoire tout entière se retrouve dans les différentes dénominations imposées au palais même. Sous Richelieu, son fondateur, il s’intitule orgueilleusement Palais-Cardinal; il devient ensuite, sous Anne d’Autriche, le Palais-Royal. Au temps de la république, il abrite ses magnificences sous le nom de Palais-Égalité, deux mots qui se regardent l’un l’autre
avec étonnement. Plus tard , il emprunte à de nouveaux événements la dénomination du Palais du Tribunat; après 18-48, il devient Palais-National; puis, après toutes ces vicissitudes, il retrouve le nom qu’il ne justifia qu’un moment, celui de Palais-Royal.
Comme le palais qui le borne au midi , le jardin oii nous pénétrons, après avoir traversé la galerie vitrée, dont nous parlerons tout à l’heure, a servi de théâtre à de fameux événements politiques. Sans remonter plus haut que 89, nous rencontrons deux scènes ineffaçables dans l’esprit des Parisiens : celle où l’ardent Camille Desmoulins se para d’une feuille d’arbre comme d’un emblème d’espérance que chaque printemps devait faire renaître, et celle où le général la Fayette alla saluer, dans la personne de Louis-Philippe d’Orléans, la meilleure des républiques. Le bal donné par le duc d’Orléans, bal éclairé par un incendie de chaises devant la Rotonde et signalé par un mot qui a fait la fortune de M. de Salvandy, est comme un brillant intermède joué entre les deux grandes pièces révolutionnaires.
Depuis 1830, le Palais-Royal a cessé d’être un centre politique; il appartient désormais à ces paisibles badauds, qui piétinent autour de quatre petites
tentes situées aux angles du jardin jusqu’à ce qu’ils aient dégusté la manne quotidienne renfermée dans les colonnes du Constitutionnel , de la Presse, des Débats ou du Siècle.
Aucune promenade parisienne n’a subi autant de 1 changements que celle-ci. On n’est arrivé aux modestes plantations de sycomores qui couvrent aujourd’hui le terrain, qu’après l’avoir profondément et fréquemment bouleversé. Ainsi, durant le séjour d’Anne d’Autriche et de la reine Henriette-Marie d’Angleterre, le jardin renfermait un mail , un manège et (leux bassins, dont l’un, appelé le rond d'eau, se dérojiait sous de beaux ombrages. Le régent, avec cet esprit novateur qui le caractérisait, entama le dessin exécuté un demi-siècle auparavant. Le duc d’Orléans, son fils, obéissant à la manie commune à tous les propriétaires, princes ou simples particuliers, ordonna de nouveaux embellissements. Conservant la majestueuse allée plantée par le cardinal de Richelieu, il fit disposer sur le sol des pelouses bordées d’ormes taillés en boules, et creuser un bassin en demi-lune, orné de treillages et de statues. Au-dessus de l’eau s'élevait un épais quinconce de tilleuls impénétrable aux rayons du soleil. Plus tard, avant la Révolution, le jardin du Palais-Royal renfermait encore assez d’ombre pour attirer et retenir les promeneurs. Parmi les grands arbres qu’on y trouvait, nous signalons l’arbre de Cracovie, alors égayé par les gasconnades du nouvelliste Métra.
Les vieillards se souviennent encore du cirque qui occupait la partie centrale du jardin, et qui fut brûlé en 1798. C'était un bâtiment renfermant une vaste salle souterraine couverte d une plate-forme qu'ornaient des arbustes et des vases de fleurs. A la clarté du soleil, on se promenait causant d’affaires, d’amour ou de politique; à la lueur des lustres flamboyants, dans ses galeries magnifiques on jouait ou on dansait avec une liberté que ne tempérait pas encore la présence du sergent de ville et du garde municipal. Il est vrai que la Révolution était encore à faire.
Le lut après 1 incendie du Cirque qu’on donna au jardin du Palais-Royal sa physionomie actuelle, physionomie sans expression et sans poésie, mais assez bien a< commodée à sa situation. Grâce aux dernières bâtisses odieuses aux Parisiens et qui n’auraient pu s’élever sans un arrêt du parlement, l’espace est si éhoit, qu il n est plus possible de rien abandonner au caprice et a 1 art. Un arbre trop vigoureux, un bosquet trop touffu, une pelouse trop développée en- ( ombrerait aussitôt ou aveuglerait quelqu’une de ces mille maisons à trois étages (pii composent le domaine ouvert à l’industrie. Des végétaux de la plus petite espece, des gazons microscopiques et du sable, comme au déself, voila ce que nous admirerons désormais dans le jardin du Palais-Royal. Il n’y aurait plus qu’un moyen, moyen poétique et grandiose, de refaire la fortune de cette terre jadis chère à l’Europe, ce serait de la consacrer à un parc d’hiver, ce strait de couvrir cet espace d’un immense toit de verre, et (l’entretenu dans cette serre , chauffée par de gigantesques thei mosiphons, les plus aimables ouïes plus magni-