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CHAPITRE XL Vlll. — LE PALAIS-ROYAL

fiques plantes du globe. Alors Paris, ce Paris qui commence à aimer les fleurs comme un gentilhomme anglais ou comme un bourgeois d’Amsterdam , s’en reviendrait avec empressement vers ce centre privilégié, dont il n’a pas encore oublié le chemin, pour y perdre de vue les neiges et les boues de ses carrefours. Nous n’insistons pas sur cette idée que nous n’avons pas le loisir de développer ici, mais nous croyons qu’avec l’aide de Dieu et de l’architecte, on pourrait la mettre à profit.

En attendant que la puissance de Por opère cette heureuse métamorphose et donne à la noble capitale de l’élégance, ce que des grands seigneurs anglais, le duc de Devonshire par exemple, ont pu se procurer, il nous faut voir les choses telles qu’elles sont et vous les décrire.

Après avoir franchi les deux cours d’honneur dont la surface pavée ne provoque nulle causerie, nous entrons dans la galerie vitrée qui s’éleva, en 1 829, sur les ruines des ignobles galeries de bois, appelées un moment le Camp des Tartares.

La galerie d’Orléans est, en hiver, une amusante promenade. On passe entre une double ligne de boutiques

dont le gaz fait étinceler les dorures et flamboyer les glaces, et on jouit d’une température adoucie par la présence d’une foule un peu trop compacte. Ce charmant abri, où se donnent habituellement rendez-vous les provinciaux et les étrangers, est très-fréquenté

(pendant le jour par les artistes appartenant aux théâtres du voisinage. Le soir , il est envahi par cette nombreuse population qui dîne chez Véfour ou même dans les restaurants à 2f.

Là chacun digère, sinon à l’aise, du moins en sé- I curité. Le Russe y conduit le Provençal , le Gascon y lorgne l’An- ! glais, etc. On entend parler à la fois tous les idiomes de la terre et de la France. Quant au véritable Parisien, au Parisien de sang et d’âme, s’il est là, il est de passage et ne séjourne pas.

Les galeries de bois, que la somptueuse galerie d’Orléans efface dans la mémoire de notre génération, ont laissé trop de souvenirs à nos pères, pour qu’ils les oublient complètement. Aux uns, à ceux dont le jeune âge ne fut point exempt de faiblesses, elles rappellent ces nombreuses boutiques de marchandes de

modes, devant lesquelles les deux sexes échangeaient, à chaque pas, de sympathiques œillades; aux autres, à ceux qui nourrissaient en dépit de toutes les séductions du lieu, le pur amour des lettres, elles rappellent les étalages de librairie, où chacun pouvait feuilleter librement le poème, le roman ou le pamphlet du jour ; à tous elles rappellent

15 Cent. LA LIVRAISON. — 128° Livr.

une époque d’abandon, de licence et de volupté. Quand un colonel russe demandait, en entrant à Paris, le chemin du Palais-Royal; quand un officier prussien pénétrait à cheval jusque sous les péristyles, c’était, je le crains, pour arriver plus vile à ces galeries dès longtemps vouées à Satan, à ses pompes et à ses œuvres. La construction de la galerie vitrée ne fut

Vente d’une brochure nouvelle, sous la République de 1848.

pas seulement une œuvre de luxe ; elle fut une œuvre morale. La débauche, autrefois accroupie dans tous les angles du Camp des Tartares, n’oserait plus reparaître au milieu de ces clartés et de ces magnificences.

Au reste, nous devons le dire, pour se faire tout à fait pudique et virginal, le Palais-Royal a besoin d’une

La galerie \ itrée.

forte résolution. Aucun diable n’aura plus de peine a devenir ermite, car à toutes les époques il a péché. Depuis que le régent y eut établi le théâtre de ses orgies, depuis qu’il y eut célébré ses fêtes d’Adam et ses fêtes des Flagellants, depuis que l’impur Dubois y eut régné avec madame de Tencin, il perdit toute vergogne. Les filles publiques y installèrent leur triste mu-

Aui bureaux de l'Illustration, rue de Richelieu, 60.

see, et uiogene y roula son tonneau. La Restauration et la révolution de Juillet épurèrent peu à peu cette miniature de Sodome en chassant les Vénus de hasard et les joueurs; mais, quoi qu’on ait pu faire, on n’y trouve encore ni Catons, ni rosières. Sous les péristyles Valois et Montpensier, des hommes inconnus murmurent encore des mots étranges qui font rougir.

Le petit théâtre d’à coté a aussi, dit-on, des allures aisées qui pourraient faire croire que le nouveau converti a encore quelquefois de mauvaises pensées.

C’est dans le péristyle Montpensier que se trouve la librairie des frères Garnier, les éditeurs intrépides des brochures pamphlétiques, du temps qu’il y en avait. Aussi voyait-on souvent, sous la dernière République, la foule se réunir devant leur étalage pour se procurer quelque nouvel ouvrage de Proudhon, quelque pamphlet d’un Chenu ou autre, et donner ainsi à celte extrémité de la galerie vitrée une apparence émeutière.

En sortant de la galerie vitrée, nous embrassons le jardin dans toute son étendue, et nous en découvrons le plan comme s’il était dessiné sur une feuille de papier.

Rien n’est plus simple. Un vaste parallélogramme avec un bassin de 20 mètres de diamètre environ au centre, avec deux pelouses ornées de plates-bandes et de grilles à chaque extrémité, avec plusieurs lignes de sycomores fort jeunes encore à droite et à gauche, voilà le fameux jardin du Palais-Royal. 11 n’est pas de rentier du Marais qui ne puisse se procurer, dans une

moindre proportion , un dessin aussi savant et aussi poétique. Le premier jardinier venu vous arrangera cela aussi bien que Kent ou que le Nôtre. Le premier des deux gazons que nous abordons, celui du midi, est égayé de trois statues dont l'une est une Diane à la Biche, en bronze, toute noire et toute désolée d’avoir aussi peu d agréments physiques.

L amante d’Endymion, apparemment pour ne point manquer de fidélité au berger du mont Lathmos, tourne chastement le dqs à un jeune homme sans aucune espèce de costume. Derrière une statue de marbre blanc, sur une simple borne de granit, est braqué le canon-horloge du Palais-Royal. Personne, en Europe, n’ignore qu’un peu avant midi, lorsque le soleil rayonne dans le ciel, un groupe de badauds se forme dans ce lieu et autour de pet te pacifique pièce d’artillerie. Partirat-il ou ne partira-t-il pas? Est-il midi ou n’est-il pas midi”? Huit is (lie question. 11 arrive fort souvent que le canon ne fait pas explosion; mais, lorsqu’il se décide à parler, il dit un gros mensonge. Les astronomes

PARIS. TYP. DE FIRY1IN DIDOT, 56, RUE JACOB. 2® C. par la poste.

HO

Les artistes dramatiques de province attendant un engagement.

vous expliqueront pourquoi cette bruyante horloge, ne peut pas être exacte.

Nous avons, au début, flétri le bassin du Palais- Royal de l’épithète la plus dure; nous l’avons appelé immonde. Hélas! il ne justifie que trop bien ce vigour 'iix adjectif. A l’exception du jour où le jet d’eau lance dans les airs sa gerbe irisée, il est toujours encombré des plus indignes objets. Si quelque Narcisse se penche sur ce miroir pour y contempler ses traits, il recule d’horreur en n’apercevant dans le limpide cristal qu’une effroyable vase mêlée d’herbes , de feuilles et de papier. Le chien qui tombe dans cet égout en sort couvert de limon, comme s’il venait de chasser le canard sauvage au fond de quelque marais. Nous demandons l’assainissement du bassin du Palais- Royal ; nous le demandons au nom de la santé publique et de l’honneur national.

A la suite du second et dernier parallélogramme

de verdure, qui ne renferme rien de remarquable, nous nous trouvons dans une large avenue bornée au midi par la pelouse , au nord par le café de la lto-

Les lecteurs (le journaux.

tonde , à l’est et à l’ouest par deux lignes de sycomores. Ce lieu partage avec la galerie vitrée l’honneur d’être un point de rendez-vous connu du monde

entier; mais il possède bien d’autres privilèges: c’est là que les politiques sans foyer viennent lire leur journal. C’est là que se promènent au printemps les artistes dramatiques sans emploi : là viennent faire grève les Agamemnon ou les Buridan de province. Dans quel département , dans quel climat, sous le ciel de quel théâtre porteront-ils leur sceptre ou leur poignard? Feront-ils pleurer le Midi ou rire le Nord? Questions pleines d’angoisses, que les directeurs de spectacle tranchent ordinairement avec des chiffres laissant peu de marge au libre arbitre de ces messieurs. C’est là aussi que les bonnes d’enfants et les nourrices viennent causer de leurs affaires. Nous ne dirons rien des enfants du Palais-Royal , parce qu’ils ont généralement peu de grâce et de beauté. Nous ne savons s’il se fait un triage aux portes, et si on ne laisse entrer que les individualités le moins heureusement douées; mais il est certain qu’on ne ren-

Yuc à vol d’oiseau du jardin du Palais-Ro>al

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