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CHAPITRE XI A III. — LE PALAIS-ROYAL

leurs, à détourner les bouts de canne ou de parapluie menaçant les chefs-d’œuvre. A dix heures du matin, le public était admis, et à quatre heures, le sacramentel : On ferme! repoussait la foule se retirant à regret. Un jour de la semaine était réservé pour le public payant .

Quant aux sommes provenant fie cette mesure, elles furent distribuées aux pauvres ; mais le chiffre en a toujours été fort peu élevé.

Ce fut au Palais-Royal que commencèrent les expositions de peinture et de sculpture. La première s’y fit il y a cent soixantedix-sept ans, en 1673. Gault de Saint-Germain nous a conservé, dans Les trois siècles de la peinture en France, le livret de cette exposition, devenu d’une extrême rareté. 11 a pour titre : « Liste des tableaux et pièces de sculpture exposés dans la cour du Palais-Royal par Messieurs les Peintres et les Sculpteurs de l’Académie royale. »

La seconde exposition eût lieu I au Louvre en 1696.

Depuis cette époque jusqu’à 1848, oii l’exposition fut faite aux Tuileries, pendant deux années consécutives ces fêtes de l’art se sont célébrées soixante-douze fois au Louvre.

C’est là qu’il faut les ramener, car c’est là leur centre consacré, sinon leur berceau. Que le Palais Royal jouisse de cette bonne fortune un ou deux ans

encore ; mais espérons que tous les amis de l’art ne laisseront pas tomber dans l’oubli le magnifique projet d'approprier aux expositions annuelles le second étage du Louvre, et qu’en dépit de Messieurs du conseil des

bâtiments civils, ces muets qui étranglent à huis clos les plus nobles idées, celle-ci du moins sortira victorieuse de la lutte.

Le Palais-Royal est une ville dans une autre ville;

on a raconté l’histoire de cet homme qui passa trente ans de sa vie sans sortir de ce caravansérail. En effet,le Palais-Royal peut fournir à l’homme le plus délicat toutes les choses nécessaires et toutes les superfluités.

Veut- il des habits, des joyaux, des livres, des fleurs? il trouve dans les galeries des tailleurs, des bijoutiers, des libraires, des fleuristes: on rencontre là les échantillons de toutes les industries parisiennes. Le Palais-Royal est suitout la cité gastronomique par excellence. Véfour, Véry, les Frères Provençaux, le café Corrazza, tous ces temples culinaires ont une réputation européenne.

Les cartes de ces restaurants sont les plus variées et les plus élevées. A côté de ces maîtres de l’art sont les restaurants inférieurs, dans lesquels il est plus facile de dépefîser 30 francs que de faire un dîner correct. Leurs cartes sont stéréotypées les unes d’après les autres* et n’offrent à l’œil que des mets connus depuis trente ans; Brillat-Savarin disait que l’invention d’un nouveau plat valait mieux pour l'humanité que la découverte d’une étoile : l’astronomie dépiste encore des planètes; mais la cuisine fie restaurant n’a pas fait un pas en avant depuis l’invasion. Puis viennent ensuite les nombreux restaurants à prix fixe, à 40 et à 32 sous. Le provincial et l’étranger cèdent surtout à la séduction

On ferme !

mn [eyw!!!i (il!

t'UfTal des constructions élevéesyians la cour du Palais-Koyul pour les expositions de peinture

des dîners à prix fixe ; vers cinq heures ils encombrent les galeries. Quatre plats au choix , avec les accessoires du potage et du dessert, la demi-bouteille de vin et toutes les évolutions d’échange qu’on peut exécuter, les éblouissent et les attirent comme

15 Cent. LA LIVRAISON. — 129" et 130" Livr.

fait le miroir avec les alouettes. Les nouveaux commis, les dandys qui ont éprouvé des malheurs, les médecins sans malades, les avocats sans causes, les comédiens de province qui font grève sur les chaises du Palais-Royal, et les sous-officiers en goguette, gar-

Aux bureaux de l’Illustration, rue de Richelieu, 60.

nissent les tables à 2 francs. Le dimanche, le bonnetier s’y rencontre en partie fine avec sa dame et ses demoiselles. C’est, à coup sûr une des merveilles de la civilisation que pour 40 sous on puisse avoir gibier, volaille et poisson. Sur les trois cents mets annoncés,

PARIS. TYP. DE FIRMIN DIDOT, 56, RUE JACOB 2® C. par la poste.

il en est au moins deux cent cinquante journellement officines à 2 francs du Palais-Royal s’enorgueillissent exclus du programme. Le restaurateur attend la de- de compter dans leur clientèle des législateurs .écono-

Le patron.

l’existence parisienne qui en renferme bien d’autres. Les vrais Parisiens fuient tant qu’ils peuvent ces dé-

Brillat-Savarin.

mande de pied ferme, il afdeux réponses toutes prêtes: s’il est de bonne heure, le turbot réclamé, voire le faisan, ne lui sont point encore arrivés de la halle ;

mes, des fonctionnaires que la munificence du budget réduit à vivre de cette façon mesquine et assez sobre. On apprend, du reste, à se servir du restaurant a prix tixe et à y subsister tant bien que mal , sans grand inconvénient pour l’estomac, mais il faut pour cela une longue pra¬

Le garçon.

cevants réfectoires oii l’ambition de la forme et de l’annonce déguise mal la triste indigence du fond. Ils préfèrent avec raison certains établissements peu

Quarante sous.

s’il est tard, le dernier morceau vient d’être servi à la minute. En revanche, il peut offrir des pieds de moutons à telle sauce qu’il plaira choisir au dîneur. Les

Un garçon de 1a rue de Valois.

tique; il faut surtout laisser de côté toute prétention au régal. Un fait qui étonne au premier abord, c’est la décence et souvent l’extrême élégance de la mise des convives qui alimentent et qu’alimentent les restaurants les plus modiques. Gela est caractéristique et jette un jour sur ce mystère de

Trente-deux sous.

connus de la foule, où on leur sert des mets simples, mais d’excellente qualité.

Dans les environs du Palais-Royal, dans la rue de

7 Al ,FN77ju-

Frères Provençaux.

Rue de Valois.

\ alois, sont des réfectoires sans nom on l’on voit affluer des nuées de sauterelles voraces qui s’envolent de l’estaminet ou de l’atelier pour s’abattre sur toutes

les combinaisons du bœuf rôti ou bouilli, du veau et du mouton sous toutes les formes des variétés simples. Dans ces parages le vin n’est connu qu’à petite dose,

par carafon ou quart de bouteille. Le garçon de restaurant, dit M. Briffant, forme une classe séparée de toutes les autres catégories du service ; il y a des gar-

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