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LES ENFANTS -TROUVÉS, LES SALLES D’ASILE, LES CRECHES

I I S BUREAUX de MHT. i: mis

Hospice des Enfants-Trouvés. — Son aspect. — L’hôpital de la Trinité. — Maison de la Couche. — Une daine charitable en IGM. — Trafic d’enfants trouvés. — Un enfant pour vingt sous. — Vincent

je pan| statistique de l'hospice des Knfants-Trouvés. — Formalités remplies ii la réception d’un enfant trouvé. — Collier des enfants trouvés. — Voiture des nourrices. — Transport des enfants

trouvés avant la Révolution. — Costumes des orphelins. — D’Alernbert et la vitrière. — M,ue de Tencin. — Institution du tour. — Ses avantages et ses inconvénients. — Le déplacement des enfants trouvés. — Les enfants trouvés de l’étranger. — Sortie de l’hospice. — Les salles d asile. — Leur origine. — Jean-Frédéric Oberlin et Louise Scheppler. — Mm,‘ de Pastoret et la salle d’hospitalité. — M. Owen et les In/ant-schoqls. — M. Cocliiii . — Statistique et organisation intérieure des salles d’asile. — Salle d’asile Cochin. — Les crèches. — Motifs de la fondation des crèches. — Une visite à la crèche-modèle de ( haillot. — La salle des poupons — Statistique des crèches. — Direction et administration des crèches. • —

Les bureaux de nourrices. — Descendre. — Une nourriture. — Mœurs des nourrices de Paris. — Leur économie. — Leurs ruses. — Les nourrices aux Tuileries.

Nous aimons les contrastes, le lecteur a dû s'en * apercevoir; peut-être même s’est-il habitué déjà à notre manière d’être, nous l’espérons : voilà donc un encouragement pour oser encore une fois passer sans scrupule du gai au sérieux, et quitter le Palais-Royal, si plein de souvenirs attrayants et joyeux, pour entrer à Thospice des Enfants-Trouvés.

Hospice! voilà un mot qui agite bien des idées pénibles, qui jette dans le cœur de douloureuses pensées. Visiter un hospice, c’est, vouloir se trouver ep face de la douleur morale, (.les larmes, de la souffrance. Et un hospice d’enfants ! ce doit être bien plus terrible encore. On s’y attend ; en entrant a 1 hospice des Enfants-Trouvés, on cherche des émotions philosophiques, des pleurs, du dégoût ; mais partout vous trouvez le calme ; la, vous êtes entouré d une sorte de parfum d’un bonheur tranquille, qui vous prend au cœur et qui vous fait doublement aimer ces petits abandonnés ; partout des lleurts, des sœurs grises au regard plein de tendresse, de 1 ordre, une atfpnrable propreté. 11 y a surtout une salle appelée poétiquement lu Crèche, toute bordée de berceaux où s’agitent des têtes de séraphins blondes et brunes oii tout est santé et bonheur.

Comme édifice, l'hospice des Enfans-Trouvés n’a rien de remarquable : c’est un college, rien de plus, dont l'extérieur n’attriste ni ne charme; c’est une maison comme celle que vous habitez, ou comme celle qui est au bout de votre rue. Seulement, dès 1 entrée, un souvenir sculpté dans le marbre se présente à vous, saint Vincent de Paul, celui qui dans la balance doit peser plus que tous les conquérants qui ont bouleversé le monde, saint Vincent de Paul est là dans le vestibule de son temple.

Laissons donc le bâtiment et prenons l’institution, noble entre toutes, des Enfants-Trouvés au point de vue historique et moral.

Vers le milieu du seizième siècle, la population de Paris toujours croissante, le nombre considérable de pauvres, et aussi d'individus engagés dans les ordres religieux, avaient multiplié les cas d'abandon d'enfants nouveau-nés dans une si effrayante progression, qu’on regarda comme indispensable de consacrer un établissement destiné à recevoir ces pauvres créatures. En 1552, l’hôpital de la Trinité, jusque-là occupé par les comédiens appelés confrères de lu Passion, fut affecté à cette destination. Il fut ordonné que les seigneurs hauts justiciers, qui, à Paris, étaient tous ecclésiastiques, pourvoiraient aux frais de cette maison, et le parleiqeqt, par un arrêt de cette même année, détermina de ja manière suivante le contingent de chacun d’eux :

L’évêque de Paris, 120 livres; — le chapitre de Notre-Dame, 360 jj — l’abbé de Saint-Denis, 24; — l'abbé de Saint-Germain des Prés, 120; — l'abbé de Saint-Victor, SI; — l'abbé de Saint-Magloire, 20 ; — l’abbé de Sainte-Geneviève, 32 ; — l'abbé de Tiron, -4 ; — l’abbesse de Montmartre, -4; — le grand prieur de France (ordre de Malte), 80; — le prieur de Saint- Martin des Champs, 00; — le prieur de Notre-Dame des Champs, 8; — le chapitre de Saint-Marcel, 8; — le prieur de Saint-Denis de la Chartre, 8; — le chapitre de Saint-Merry, 10; — et celui de Saint-lienoit le Bien-Tourné, 12; — total: 900 livres.

La somme, même pour le temps, n’était ni suffi saute pour sa destination, ni bien lourde pour les imposés. Toutefois ils réclamèrent contre cet arrêt; et,

1 par un faux exposé, obtinrent que lg cause fût évoquée au grand conseil du roi. L'avocat général, (pii, à l'audience du 4 juin 1 554, défendit la décision, dit, en parlant de ces seigneurs ecclésiastiques : «Ils ont si grande aisance que, quand ils contribueraient de leurs deniers ep telle affaire, ils en rapporteraient fruit au double, op l’Ecriture est fausse... Il y a céans des chanoines de l'Eglise de Paris dont les enfants sont chanoines, et se défient de la justice pour les faveurs. » Ces chanoines, (pii prépaient soin de leurs ppfgpts, puisqu’ils ep faisaient des c|iappines, trouvaient injuste qp’on leur fit supporter la charge des enfanfs des autres; toujours est-il qu'ils finirent par succomber, et (pie l’entretien des enfants trouvés demeura à leur compte.

En 1570, l’établissement fut transféré de l’hôpital de la Trinité dans une maison située dans la Cité, sur le port de Saint-Landry, ef affectée à cette destination nouvelle par le phapiRe de Notre-Dame. Ei}e reçut Ip nom de Iq Maison delà Couche. Voulant se faire piller dans son entretien, le chapitre et l’évêque, liront, placer dans l’intérieur de Notre-Dame pp vaste berceau peur y mettre quelques-uns dp ces enfants, et provoquer ainsi la libéralité publique. Mais, soit qu’elle ne répondit pas à leur appel, soit que ces dons reçussent une autre destination, les pauvres enfants étaient fort mal soignés. Postérieurement, en 1636, une dame veuve, touchée de leur malheureux état, se chargea d’en recevoir autant que pourrait en contenir sa demeure, voisine de la maison de la Couche. Ce zèle très-louable ne fut pas secondé par une égale persévérance. La mère adoptive de ces orphelins s’en remit aux soins de servantes, qui, lassées de la peine qu’il leur fallait prendre, firent trafic de ces êtres malheureux, et en vendirent à bureau ouvert à des mendiants qui leur torturaient les membres pour émouvoir la sensibilité publique, à des nourrices qui voulaient se débarrasser d’un lait souvent corrompu, ou substituer, pour tromper les parents, un enfant étranger à un nourrisson mort; elles en vendaient enfin à des magiciens pour des opérations absurdes et souvent homicides. Le prix de ces enfants ne dépassai! jamais vingt sous, et quand cette denrée humaine devenait plus abondante que les demandes, la Seine et les égouts recevaient le trop-plein de la maison. En 1638, un homme dont la bienfaisance a sanctifié et immortalisé le nom, Vincent de Paul, qui était allé la visiter, revint peindre à des femmes riches et charitables, qui le secondaient dans ses bonnes œuvres, l’affieux spectacle qui s’était offert à ses yeux. Elles s’occupèrent aussitôt du sort de ces petits malheureux ; mais. 11e pouvant les sauver tous, elles en tirèrent douze au sort, pour lesquelles elles louèrent 1111e petite maison à la porte Saint-Victor. Le commerce des servantes put se continuer à l’aide des autres avec d’autant plus de liberté que leur maîtresse était morte.

Il 11e suffisait pas à Vincent, de Paul d'avoir attaché son nom à une idée généreuse, il tenait à lui faire porter tous ses fruits. Le tirage au sort n’avait que bien incomplètement répondu à ses vues; les secours étaient insuffisants pour faire plus, et la charité de ces femmes reculait devant l’énormité des sacrifices que leur imposerait l’éducation de tous les enfants abandonnés. L'heure critique était donc venue pour eux. Le saint homme convoqua expressément les dames de l’œuvre à nue dernière assemblée générale en 16. Il h les prévenant qu’effe avait pour but de déei

der si l’on abandonnerait ou non le projet d’institution des Enfants-Trouvés. « Or sus, mesdames, leur dit-il , la compassion et la .charité vous ont fait adopler ees petites créatures pour vos enfants; vous avez été leurs mères selon la grâce, depuis que leurs mères selon la nature les ont abandonnés. Voyez maintenant si vous voulez aussi les abandonner. Cessez d’être leurs mères, pour devenir à présent leurs juges. Leur vie et leur mort sont entre vos mains. Il est temps de prononcer leur arrêt, et de savoir si vous ne voulez plus avoir de miséricorde pour eux. Ils vivront, si vous continuez d’en prendre un soin charitable, et, au contraire, ils mourront et périront infailliblement, si vous les abandonnez. »

Ces éloquentes paroles atteignirent leur but : les larmes coulèrent, de formels engagements se prirent, et le salut des pauvres enfants fut résolu. On décida qu’il ne serait plus fait de choix parmi les enfants à élever. Vincent de Paul voulut assurer davantage encore son succès en éveillant la sollicitude du roi. 11 obtint plusieurs secours successifs de Louis XIII. qui accompagna l’ordonnancement de ce qu'il lui donna en 1 642 , de lettres patentes où on lisait : « Ayant été informé par des personnes de grande piété que le peu de soin qui a été apporté jusqu’à présent à la nourriture et entretènement des enfants trouvés exposés dans notre bonne ville et faubourgs de Paris, a été non-seulement cause que, depuis plusieurs années, il serait presque impossible d’en trouver un bien petit nombre qui ait été garanti de la mort, mais encore que l’on a su qu’il en avait été vendu pour être supposés et servir à d’autres mauvais effets, ce qui aurait porté plusieurs dames officières de 1 hôpital de la Charité, de l’Hôtel-Dieu, de prendre soin de ces enfants, et y auraient travaillé avec tant de zèle et de charitable affection, qu'il s’en élève à présent un grand nombre; et voulant les assister autant qu'il nous est possible en l’état présent de nos affaires, nous avons délaissé auxdits enfants trouvés, etc. » Les dons de Louis XIII s’étaient montés à 4,000 livres de rente. En 16 4 4, la reine sa veuve, régente de Louis XIV, déclara, au nom de celui-ci, « qu’imitant la piété et la charité du feu roi, qui sont vertus vraiment royales, je roi ajoute à ce premier don un autre don annuel de 8,000 livres de rente. » Elle se réjoqit en piême temps de ce que, grâce aux secours dqppéf jusqu’alors et aux aumônes des particuliers, laplps grande partie des enfants trouvés ont été depuis élevés, et que plus de quatre cents sont vivants,

L'œuvre s’était également vu accorder les bâtiments de Bicêtre; mais l’air de cette maison fut regardé comme d’une vivacité mortelle pour de nouveau-nés, et elle obtint dé transférer ses enfants dans une maison vis-à-vis Saint-Lazare, où les sœurs de la Charité furent chargées de les soigner. Le parlement, par arrêt du 3 mai 1607, confirmé par le conseil d’État le 10 novembre 1668, ordonna que les seigneurs hauts justiciers de Paris seraient tenus de payer annuellement à cette maison une somme de 15,000 livres. Cette ressource nouvelle mit les administrateurs a même de se procurer un emplacement plus commode. Ils firent l’acquisition d’un grand terrain avec maisons situé dans le faubourg Saint-Antoine, et y construisirent uu vaste bâtiment. Plus tard, pour avoir en même temps un lieu plus central pour les dépôts, ils louèrent dans la Cité trois petites maisons

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