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LES ENFANTS-TROUVÉS, ETC., ETC

qui appartenaient à l'Hôtel-Dieu. En 1070, des lettres patentes de Louis XIV déclarèrent la” maison des Enfants-Trouvés l’un des hôpitaux de Paris, et ce qui n’avait jusque-là été qu'une œuvre privée devint ainsi une institution publique. Depuis lors l’établissement a reçu de notables améliorations et pris des développements progressifs. Les maisons louées près le par¬

vis Notre-Dame firent place, en 1747, au bâtiment qui sert aujourd’hui de bureau central à l’administration des hôpitaux, et qui fut consacré aux enfants trouvés, jusqu’à ce que, postérieurement, leur établissement fût transporté rues d’Enfer et de la Bourbe, où il est aujourd’hui.

L’administration des hospices possède, et elle l’a

publié, le tableau du nombre annuel d’enfants déposés dans 1 établissement depuis 1640 jusqu’à nos jours. Nous ne le reproduirons point en entier, mais nous en ferons connaître la progression, et nous en signalerons quelques époques. En 1640, année de la détermination généreuse que fit enfin adopter Vincent de Paul, on en retira de la maison de la Couche et des

mains des servantes dont nous avons parlé un certain nombre, qui, joint aux dépôts de l’année, forma un chiffre de 372. En 1641 , les entrées furent de 229; en 1650,393; en 1660, 491 ; en 167 1 (année qujsuivitl’érec- , tiop de l’œuvre en institution publique), 738 ; en 1678, l,Q0ff- en 1694, 3,788. Le chiffre décrût considérablement ensuite, et ne se releva de nouveau jusqu’à cette hauteur qu’à cinquante-six ans de là, en 1730, où les

Dortoir à l’hospice des Enfants-Trouvés de Paris.

réceptions se montèrent à 3,789. Le règne de Louis XV leur fit, vers la fin, atteindre des nombres dont elles n’avaient jamais approché, et dont elles se sont toujours tenues assez loin depuis. En 1770, on reçut 6,918 enfants, 7,156 en 1771, 7,679 en 1772. Le nombre décrût ensuite, ne fut jamais plus bas que sous la République, où il varia de 3,122 à 4,589, et s’éleva sous l’Empire, par suite de l’établissement |

d’un tour par arrondissement, décrété en 1811. En 1810, il avait été de 4,502; il fut de 5,152 l’année suivante. Sous la Restauration, le chiffre le plus élevé fut 5,497, en 1828. En 1837, année dans les derniers mois de laquelle commencèrent à être prises les mesures qui rendent aujourd’hui le secret des dépôts presque impossible, il descendit à 4,644. En 1839, il décrût jusqu’à 3,182; en 1841, dernière année dont

Voiture servant au transport des nourrices des enfants trouvés.

nous ayons l’état , il ne s'est pas élevé au delà de 3,698.

L’hospice des Enfants-Trouvés reçoit tous les enfants exposés ou abandonnés âgés de moins de deux

ans; au-dessus de cet âge, ils sont dirigés sur l’hospice des Orphelins. Du reste, en 1841, sur 3,698 enfants reçus, 227 seulement n 'étaient pas nouvellement

nés.

Dès qu’un enfant est apporté à l’hospice, qu’il y vienne par la voie du tour, qui , à proprement parler, n’existe plus aujourd’hui, ou qu’il y soit transporté par les soins d’un commissaire de police, comme ayant été présenté à son bureau, ou relevé sur la voie publique, on dresse, sur un registre spécial, un acte détaillé de son admission, où se trouve consigné son acte de naissance, s’il en a un, ou, à défaut, les ren¬

seignements qu’on a recueillis sur lui, sur le lieu et l’heure oii on l’a trouvé, et les signes qui peuvent servir à le faire reconnaître par ses père et mère , si jamais plus tard ils se présentent pour le réclamer, en remplissant d’ailleurs les formalités voulues. Ce procès-verbal dressé, on lave ces enfants, on les pèse, et l’expérience a démontré que bien peu de ceux qui n’atteignent pas le poids de six livres peuvent être

élevés. Des salles, qu’on nomme crèches, sont garnies de berceaux séparés les uns des autres. Là, jour et nuit, des berceuses et des nourrices, sous les ordres de surveillantes, attendent les pauvres créatures délaissées par leurs mères. Plus tard, le plus grand nombre d’entre eux sont envoyés en nourrice à la campagne. Ceux dont la santé exige des soins médicaux sont élevés dans l’établissement. La mortalité des enfants trouvés jusqu’à Page de douze ans est effrayante. En 1704, sur ceux qui avaient été reçus dans l’année même, elle fut de GO sur 100; en 1775, elle s’éleva à 85 sur 100; en 1821, elle fut de 74; et de 1816 à 1837, c’est-à-dire pendant vingt-deux ans, la moyenne, sur tous les enfants reçus et suivis jusqu’à l’âge de douze ans, a été de plus des trois quarts, 76 sur 100.

Or les tables de la mortalité en France font connaître que sur 100 enfants 46 succombent avant cet âge de douze ans. La mortalité des enfants trouvés à Paris a donc dépassé la moyenne de mortalité de tous les enfants en France de 30 pour 100. Ce qui a pu

Collier des cillants trouvés.

servir à bien fixer son chiffre réel et à n’être point abusé par les nourrices de campagne qui, pour continuer à recevoir leur salaire de l’administration, substituaient antérieurement d’autres nourrissons à ceux qu’elles avaient reçus d’elle, quand ces pauvres créatures étaient venues a mourir, c est un collier qui est scellé au cou. des enfants par une plaque de plomb, et attaché par des cordons, rouges pour les filles, bleus pour les garçons. Aucun enfant ne monte dans la voiture des nourrices sans que l’on suspende à son cou ce signe de reconnaissance , qui n’est pas sans inconvénient, nous le dirons, mais qui n’offre pas celui de pouvoir être enlevé sans que l’administration s'en aperçoive. On substitue aujourd’hui au collier des boucles d’oreille, également scellées : c’est une amélioration.

Maintenant des voitures commodes transportent à Paris les nourrices du fond de leurs campagnes, et d ins chaque département se trouve une succursale où l’on peut déposer les nouveau-nés. Avant la Révolution, Paris devait suffire à la' France tout entière pour ce genre d’infortune et de misère, et il fallait fine, de tous les points du royaume, même les plus éloignés, les enfants y fussent amenés pour avoir droit à conserver la vie que Dieu leur avait donnée. Dans une boite matelassée, espèce de cercueil pouvant contenir trois nouveau-nés, ils étaient apportés, à dos d homme, du fond des provinces. Cet homme s’arrê¬

tait de temps à autre pour prendre sa nourriture et faire sucer quelques gouttes de lait à ces pauvres créatures, qui, debout dans la boite et respirant l’air par le haut, étaient soumis ainsi à toutes les fatigues d’une route souvent bien longue et bien pénible. Aussi et presque toujours, sur trois enfants reçus, l’homme n’en avait qu’un en arrivant à Paris ; il rendait compte de son fardeau, indiquant l’endroit où il avait jeté les cadavres, chaque fois qu’il en avait trouvé un dans la boite, et tout était dit.

Les orphelins, qui ne sont qu’une division des enfants trouvés , portent un costume uniforme , qui se compose, pour les garçons, d’un pantalon en drap marron et d’une veste semblable, avec collet en drap bleu; pour les filles, d’une robe d’étoffe bleue, d’un tablier, et d’un bonnet noir avec une petite dentelle pareille.

C’est sous celte livrée de l’abandon , ou souvent dans un département éloigné, oii l’enfant a été mis en nourrice et confié à un agriculteur, qu’il faut l’aller chercher, quand sa famille indigente a ramassé la somme nécessaire pour le retirer, et a justifié de la possibilité de lui procurer du travail et des moyens d’existence. Oh! dans ce cas, quand c’est vraiment la misère, la misère seule, qui a porté une pauvre mère à éloigner d'elle son enfant, il a beau n’avoir jamais entendu sa voix, il nous semble néanmoins qu’au bonheur de cette femme en h' retrouvant, il doit la deviner et en quelque sorte la reconnaître. Mais quand c’est le vice qui a conseillé cet éloignement, et quand un calcul d’intérêt ou un caprice vient le faire cesser, quelle émotion attendez-vous de cet enfant que vous avez sans pitié voué au malheur?

Le 16 novembre 1717, un commissaire de police du Châtelet , Jean Lebas, passait devant l’église de Saint-Jean le Rond, tout près de Notre-Dame; il n’était que six heures du matin. L’air était froid et lm- i ! mide, et un brouillard épais laissait à peine percer les premiers rayons du jour. Quelques femmes et des ouvriers attroupés paraissaient considérer attentivement quelque chose, et parlaient entre eux avec vivacité. Le commissaire de police approcha, et bientôt entendit les vagissements d’un nouveauné, qui avait été exposé sur la seconde marche de Saint-Jean le Rond. L’enfant avait été soigneusement enveloppé, et la recherche des vêtements qui l’entouraient annonçait l’opulence de ses parents; aussi une vive indignation se faisait-elle remarquer dans le groupe. « La mauvaise mère ! disait une marchande a la balle ; elle est îiehe, et elle abandonne son enfant ! — On devrait bien la mettre en prison pour sa vie, si la justice venait a la découvrir, » disait une laitière. Le commissaire fit l’office de sa charge, prit l’enlànt dans ses bras, et se disposa à le transporter aux En faut s-Tromés. « Ne l’emportez pas, s’écria la femme d’un vitrier du voisinage; la pauvre créature mourra dans votre hôpital; je n’ai pas d’enfants, il m’en servira. » Ce nouveau-né paraissait, en effet, n’avoir que quelques heures à vivre, tant il était pâle, froid et chétif; aussi le commissaire laissa-t-il faire la femme du vitrier; il lui abandonna l’enfant , après avoir pris note exacte des signes de reconnaissance qui avaient été déposés auprès de lui. Cette femme était pauvre, bien pauvre, mais elle avait un cœur excellent, et se prit de la tendresse la plus vive pour le petit infortuné qu’elle avait sauvé, et qui bientôt l’aima comme il eût aimé sa mère. Quelques jours a peine s’élaient écoulés, lorsqu’un inconnu cuira chez elle, et lui remit le titre d’une pension de 1,200 livres de rente destinée à l’éducation de l’enfant, et constituée sur sa tête. Toutes les recherches tentées pour découvrir les parents furent sans résultat, et ce mystère demeura impénétrable. Mais, plus tard, quand les bons soins de sa more adoptive eurent rendu la vie a cet infortune; quand ses jeunes dispositions l’eurent fait distinguer par ses maîtres; quand, développées par l’étude, elles l’eurent mis à même de n’avoir plus tien à apprendre au collège, l’enfant trouvé rentra chez sa bienfaitrice, dans la mo¬

deste demeure de laquelle il continua à habiter, alors même que le nombre et le mérite de ses écrits l’eurent élevé au comble des honneurs auxquels un homme de lettres puisse arriver, et lui eurent conquis une célébrité européenne. — 11 y avait , en ce temps-là, une sœur du cardinal-archevêque de Lyon, femme d’esprit et jolie femme, menant de front la galanterie et les affaires , et à laquelle ses liaisons avec le régent et le cardinal Dubois avaient assuré une puissante influence et une éclatante renommée : c’était la mère de l’enfant trouvé. Lorsque celui-ci fut devenu un homme illustre, la tendresse de sa mere, si longtemps endormie, commença à se réveiller; elle témoigna le désir de voir son fils ; mais om eut grande peine à l’amener à une entrevue avec elle, et; il ne céda aux plus pressantes instances qu’en mettant pour condition expresse qu’il serait accompagné par sa mère d’adoption. Le jour de la visite est convenu ; la grande dame attend , son fils arrive; mais lorsque madame de Tencin (c’était elle) s’avance en ouvrant

Costumes des entants trouvés.

les bras, d’Alembert (c’était lui) s’écrie les yeux en pleurs : « Vous n’étes pas ma mère! je n'en connais qu’une : c'est la vitrière! »

Nous avons montré l’origine de l’œuvre des Enfants- Trouvés et les développements successifs de la maison de Paris. Il nous reste à faire connaître, non pas la législation qui régit l’institution générale, car cette législation est souvent contradictoire et demeure par conséquent inobservée, mais le mode ou quelques-uns des modes d’administration qu’on y a substitués, et qui ont le défaut, comme la loi elle-même, de manquer d’ensemble et d’unité.

Lu décret organique du 19 janvier 1811 s’est proposé de refondre toute la législation relative aux enfants trouvés. Ce but, il ne l'a point atteint, car il a laissé la jurisprudence incertaine, et n’a pas vu consacrer par nos mœurs et par l’usage les principes qu’il a voulu établir. Par ses dispositions les enfants trouvés sont mis hors du droit commun et déclarés la propriété de l’État. Dès qu'ils ont atteint leur douzième année, les enfants mâles, en état de servir, doivent être mis à la disposition du ministre de la marine. Ceci ne s’exécute point, ceci n’a jamais pu être exécuté. Les commandants de bâtiments ont manifesté un tel éloignement pour ces mousses de par la loi, ils ont fait valoir de si bonnes et de si naturelles raisons pour démontrer que les enfants du littoral , les fils des marins, sont pour la marine une pépinière tellement préférable aux hospi-

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