CHAPITRE XLIX. — LES ENFANTS-TROU YES, ETC., ETC
ces des Enfants-Trouvés , que cette prescription de la loi n’a jamais reçu même un commencement d’exécucution. C’est, par les désavantages de son côté pratique qu’elle s’est trouvée abrogée; elle ne méritait pas moins de l’être par l’indignité de son principe. C’était en effet la restauration de l’esclavage ancien. A Rome, l’enfant trouvé appartenait à qui l’avait recueilli et élevé. En France, c’eût été l’État, qui, prenant ces soins, se fût attribué cette propriété. La différence n’eût été que dans la qualité du maître : l’enfant eût toujours été esclave ; et cela, sans doute pour le punir iji d’un abandon dont il est trop puni lui-même, et pour • jj être indemnisé d’une charge que ses père et mère r seuls ont imposée à l’État, et qui ne saurait légitimet , ment donner de recours que contre eux. Les enfants trouvés ne sont donc pas marins, malgré la loi. Ils sont placés chez des cultivateurs ou dans des ateliers, par les soins des commissions administratives des hospices, à qui leur tutelle est déférée, et demeurent sous cette dépendance jusqu’à leur majorité, à moins que les cas trop rares d’émancipation, de mariage ou de réclamation 1 de la part des parents ne soient venus abréger ce terme. Ces exjj ceptions,nousle | répétons , sont [' très - peu com- ; munes; la règle ! est que l’enfant ■ trouvé travaille i; sans salaire qui lui profite jusqu’à vingt et un ans, et que , quand cet âge a sonné pour lui, il devient libre, ce qui peut malheureusement , dans la réalité, se traduire par être sans appui, sans guide et exposé à tous les mauvais conseils de la misère.
Nousavonsdit que la jurisprudence était incertaine. L’exposition d’un enfant est condamnée par nos lois, et nous reconnaissons que les circonstances qui l’accompagnent peuvent être si diverses et sont quelquefois si difficiles à apprécier, qu’une peine uniforme serait, pour la plupart des cas, injuste. Mais ce n’est pas l’appréciation de ces circonstances qui a amené les inégalités les plus disparates dans l’application des peines. Certaines cours de justice n’ont vu dans une exposition qu’un simple délit; d’autres ont voulu y voir la suppression de l’état civil d’un individu. De là trois mois de prison infligés d’un côté, tandis qu'une peine de quinze ans de travaux forcés était prononcée d'un autre.
Le décret de 181 1 n’avait donc ni résolu la difficulté administrative, ni servi à fixer clairement la pénalité; mais du moins il devait avoir pour effet d’en rendre l’application rare et d’ôter tout prétexte atténuant à l’exposition d’un nouveau-né. Il avait ordonné qu’un hospice d’enfants trouvés pourrait être étabii dans chaque arrondissement, et qu’un tour devrait être pratiqué dans chacun de ces hospices. Le dépôt d’un enfant dans un tour garantissant à la mère un secret complet et étant un acte déclaré innocent, celle qui,
au lieu de le porter à cette crèche hospitalière, où il passe immédiatement du sein de celle qui l’abandonne aux soins d’une infirmière toujours dans l’attente, compromettait la vie du petit, malheureux en l’exposant dans un lieu plus ou moins fréquenté, celle-là n’était digne d’aucune pitié, et les tribunaux savaient qu’ils devaient sévir. Voilà, sous le point de vue pénal, le service qu’avait rendu le décret.
Mais bientôt l’institution du tour s’est trouvée attaquée de plus d’un côté. Nos lecteurs savaient sans doute se rendre compte du tour avant que le dessin qui accompagne cet, article l’eût mis sous leurs yeux; nous l’avons cependant regardé comme nécessaire, et. nous croyons devoir ajouter que le tour est un cylindre en bois convexe d’un côté et concave de l’autre, tournant sur lui-même. Le côté convexe fait face à une rue, l’autre s’ouvre dans l’intérieur d’une salle de l’hospice : une sonnette est placée auprès à l’extérieur. Une femme veut-elle exposer un nouveau-né, elle avertit la personne de garde par un coup de sonnette. Aussitôt le cylindre, décrivant un demi-cercle,
L’enfant dans le tour.
présente au dehors, sur la rue, son côté v ide , reçoit le nouveau-né, et l'apporte dans l’intérieur de l’hospice en achevant son évolution. Ainsi la personne qui dépose l’enfant n’a été vue par aucun des servants de la maison, et elle aura pris ses mesures, pour n’être pas aperçue des passants. Son secret sera donc bien gardé , en même temps que le petit abandonné rie sera point exposé aux intempéries de l’air.
Mais la population croissant, et le nombre des enfants trouvés croissant avec elle, le chiffre total de leur dépense surtout devenant plus considérable parce que les bons soins et la suppression de l’exposition loin de l’hospice avaient rendu les proportions de mortalité moins grandes, quoique bien élevées encore, les conseils généraux ont pensé que le tour, son mystère. les facilités qu’il présentait, étaient comme une provocation à l’abandon des enfants et, qu’en le supprimant, sans trop se préoccuper des conséquences, on arriverait à réduire le nombre des enfants admis aux établissements publics, et par conséquent la dépense de ceux-ci. Les défenseurs du tour ont dit, et vainement, que c’était une erreur de croire qu’il en¬
courageait la corruption de la morale publique; qu’il y avait d’autant plus d’enfants trouvés, proportionnellement aux naissances illégitimes, que les mœurs étaient plus pures ; en d’autres termes, que moins il y a de naissances illégitimes dans un département plus le nombre des enfants trouvés est considérable. Ainsi ils ont fait observer que le département d’Illeet-Vilaine, celui de France où les naissances naturelles sont le moins nombreuses, est en même temps celui où les entants trouvés sont le plus nombreux par rapport au nombre des enfants illégitimes ; que, d’un autre côté, le département de Saône-et-Loire, qui est le troisième dans 1 ordre des naissances naturelles, c est-a-dire le plus corrompu de tous les départements après ceux de la Seine et, du Rhône, est celui qui compte le moins d’enfants trouvés relativement au nombre des enfants illégitimes; que cette règle ne souffre de remarquables exceptions qu’à Paris, à Lyon et dans les grandes villes, et qu’ainsi on est forcé de reconnaître que le sentiment de la honte fait abandonner beaucoup plus d’enfants que la démoralisation.
Ces raisons, et beaucoup d’autres, ne l’ont pas emporté par tout , et dans plusieurs départements , comme dans le Haut- Rhin et le Ras- Rhin, les tours ont été supprimés, sans que pourcela leriombre des naissances illégitimes ait été moins élevé, bien entendu. Le Bas-Rhin compte soixante-dixneuf de ces naissances sur mille enfants , tandis que le département d’Ule-etyilaine , qui a sept tours ouverts, ne donne que vingt et une naissances illégitimes sur le même total. De plus, les chiffres font foi que dans plusieurs grandes vil les, avant comme après l’établissement du tour, le chiffre des entrées a été à peu près le même. On n’a donc rien gagné sous le rapport moral. On n’est pas arrivé à un résultat plus significatif sous celui de l’économie, et, de plus, on a substitué un arbitraire local, souvent appliqué à contre- sens, à une règle une, à une mesure uniforme. Ici les tours sont fermés , mais dans le département voisin ils sont ouverts , c-t l’on y envoie des enfants de loin, ce qui expose leur vie, et ce qui met à la charge du département qui a maintenu les tours une partie des enfants abandonnés de celui qui les a fermés. C’est un état de choses intolérable contre lequel les conseils généraux réclament avant tout, et que ceux qui sont le plus entiers dans leur opinion regardent comme plus fâcheux même que l’adoption d’un système qui n’est pas le leur, mais qui aurait du moins le mérite d’être général.
A Paris, où le nombre des enfants abandonnés n’avait pas suivi une marche ascendante, malgré l’augmentation du nombre des habitants, et oii l’accroissement dans la population des enfants trouvés ne venait tpie du bienfait de la vaccine, des soins hygiéni-
Réception de l’enfant
ques, de la surveillance exercée sur les nourrices, et de l'inspection fréquente des enfants, toutes mesures qui ont diminué les cas de mort; à Paris, dans les derniers mois de 1837, il a été pris un parti pour arriver, non pas à arrêter une augmentation qui ne se manifestait pas, mais à faire décroître le nombre des abandons, et par conséquent le chiffre des dépenses. On n'y avait pas songé tant que la mort était chargée d’éclaircir les rangs; mais, quand elle n’a plus rendu ce triste service, on a été effrayé de l’importance du budget. Là on n’a adopté ni la clôture du tour, comme dans certains départements , ni son ouverture mystérieuse, comme dans ceux qui sont demeurés fidèles à l’esprit de cet article du décret de 181 1 ; on a fait du tour une espèce de piège où viennent se faire prendre les pauvres mères auxquelles la honte surtout fait le plus souvent adopter le parti extrême de déposer leur enfant. C’est pour que leur faute ne soit pas connue, c’est pour que le déshonneur et le déchirement ne soient pas portés dans leurs familles, qu'elles se fendent en secret au tour de l’hospice de la rue de' la Bourbe. Elles sonnent; mais, au lieu devoir le tour s’ouvrir à leurs enfants, elles sont entourées par des surveillants mis aux aguets, et apprennent qu'on n’en reçoit aucun sans déclaration.
Dans un rapport que nous avons sous les yeux, adressé, à la suite de l’adoption de ces mesures nouvelles, par M. le préfet de police à M. le ministre de l’intérieur, cet administrateur est amené à reconnaître que deux de leurs conséquences ont été que plusieurs infanticides ont été commis , et que les expositions d’enfants nouveau-nés ont été plus nombreuses. Il est grave d’avoir ce double aveu a faire; et, quant aux intérêts de la morale , nous ne croyons pas qu’ils aient été bien servis par la mesure qu’on a substituée à la libre réception des enfants. On propose à la mère qui fait mine de vouloir déposer son fils de lui accorder une somme mensuelle si elle consent à le garder. On comprend combien de fois la comédie du semblant de dépôt doit être jouée , uniquement pour arriver à ce dénoûment intéressé. La dépense peut être moins élevée, mais elle est beaucoup plus mal entendue. Aussi plusieurs conseils généraux ,- qui n’étaient pas moins que la ville de Paris préoccupés des sacrifices auxquels les condamnent les enfants trouvés, n’ont-fls pas hésité à dire néanmoins comme celui de l’Ariége en 1840 : « Si, d'un côté, une sem- « blable mesure peut amener une économie dans la « dépense, on doit craindre, d’un autre, de compro- « mettre la morale publique, en laissant croire à la « portion peu éclairée de la population qu'on ac- « corde une indemnité pécuniaire pour un acte fouit jours affligeant pour la société; » et comme 1e conseil général de l’Aveyron , dans la session de 1842 : « Une pareille mesure est un outrage à la morale, « une espèce de prime pour le libertinage. »
Voilà donc en quelque sorte trois systèmes concurremment en pratique : la suppression déclarée du tour, son ouverture sérieuse et réelle, son ouverture simulée ou sa suppression déguisée. Si nous prenions tous les points de cette importante question, nous verrions sur chacun d'eux la même divergence d’opinions, la même contradiction dans l’application. Ce qu’il faut donc demander à grands cris, c’est une législation sérieuse qui soit respectable et qu’on fasse respecter; c’est un système un , lequel ne sera praticable peut-être que quand la tutelle des enfants aura été enlevée aux commissions administratives pour être déférée au gouvernement , représenté par ses préfets. Mais, comme cet état de choses si désirable se fera peut-être encore attendre, qu'il nous soit permis, avant de terminer, d’ajouter un dernier mot sur une mesure qui peut avoir de bons effets, conjurer des abandons et amener des économies, si l'on y recourt loyalement, mais qui n’est qu’un moyen odieux quand on la comprend et quand on l’emploie comme on l'a fait dans plusieurs départements.
Le déplacement est la translation des enfants trouvés dans une commune éloignée du département, ou
même dans un département limitrophe. Si cette translation était opérée dans le premier âgé, si on avait le soin de bien rendre public qu’on recourra toujours à ce moyen , on empêcherait par là certaines mères de concevoir l’espérance, en faisant porter leur enfant nouveau-né au tour par un messager avec lequel elles sont d’intelligence, de voir celui ci le leur rapporter à titre de nourrisson leur procurant salaire ; on enlèverait également aux parents qui peuvent être tentés de déposer leurs enfants, se flattant qu'ils pourront } sans les avoir à leur charge, ne les pas perdre de vue, tout espoir de les voir demeurer près d’eux; enfin on mettrait d’accord et l'intérêt des hospices et celui de la conservation des liens et des devoirs de famille. Mais ce n’est point ainsi qu’on procède, et ce sont de plus larges résultats d’économie que l’on veut 'atteindre par un calcul et un moyen devant l’odieux desquels quelques commissions administratives n’ont pas reculé. Quand les enfants sont parvenus au second ou au troisième âge, quand des liens d'affection se sont formés entre eux et les femmes auxquelles on les a donnés à nourrir, ou les familles d’agriculteurs ou d’ouvriers qui ont été chargées de les élever, tout d’un coup on vient annoncer que ces enfants vont être transférés dans un autre département, et l'on signifie à ces nouveaux parents adoptifs, toujours peu aisés et souvent pauvres, qu'il faut qu'ils consentent à les garder sans salaire, à se surcharger pour alléger d’autant 1’adtninistration , ou à se voir enlever leurs fils, leurs filles d’adoption. On spécule sur leurs bons sentiments, sans prendre même la peine de déguiser le sentiment mauvais qui inspire ce calcul. Nous ne savons rien de plus immoral, de plus odieux, rien qui mérite davantage d'être flétri par l’indignation publique.
Les auteurs d'un très-consciencieux ouvrage, couronné par l'Institut, que nous avons eu à consulter plus d’une fois pour ce court travail, repoussent le déplacement des enfants , mais demandent la suppression des tours. Notre conclusion sera aux trois quarts opposée à la leur. Nous croyons le déplacement constamment annoncé et réellement opéré dans le premier âge, une mesure qui n’a rien que de moral et qui a son utilité. Nous croyons la suppression des tours un expédient dont les avantages financiers ne sauraient déguiser le danger. Nous croyons enfin que jamais question n'a réclamé plus impérieusement l’attention du gouvernement, qui a a faire cesser les incertitudes de la loi, l’anarchie des mesures administratives, les contradictions des tribdnaux, et à se constituer le tuteur des enfants trouvés avant leur majorité, comme leur patron après.
Nous terminerons en disant qUé Paris, eu égard à sa population, est, de toutes leS capi taies européennes, celle où les enfants trouvés sont le moins nombreux, et c’est cependant la France qui se montre la plus rigoureuse et la moins maternelle pour assurer le sort de ces pauvres enfants, qu’elle semble ne pas vouloir reconnaître comme étant à elle. A Londres, les enfants trouvés reçoivent une éducation qui paraît inspirée par Franklin, et que dicte l’intelligence de ce peuple si industriel. On leur apprend à distinguer le bien du mal ; on veut leur donner des mœurs et du cœur. La Russie, Naples, reconnaissent à leurs enfants trouvés la faculté d’avoir des dispositions naturelles, et, quand celles-ci se sont fait jour, on les cultive, on les développe. A Moscou, on en fait presque des gens du monde, car on leur enseigne la danse, la musique, et ils possèdent un théâtre avec tous ses accessoires.
En France, au contraire, l’enfant trouvé reçoit , avec le congé de l’administation, un brevet de domesticité: qu’il ait une intelligence en dehors de l’ordinaire, du génie même, peu importe ; le voilà classé dans la dernière catégorie de l’espèce humaine, avec une liv rée sur le corps ; il faut qu’il garde sa livrée et qu'il demeure où on l’enchaîne, à moins qu’il ne préfère la faim. Jamais on ne veut l’admettre de bon gré dans le domaine île l’intelligence, et ce n’est que par luimême qu'il peut parvenir.
Nous venons de faire connaître l’institution des
Enfants-Trouvés ; nous avons dit les titres à la reconnaissance et à l’admiration de l’humanité que cette fondation pour de faibles et innocentes créatures, délaissées au moment de leur naissance et vouées à une mort presque certaine, avait donnés à Vincent de Paul. Mais on ne peut se dissimuler qu’à côté de ses immenses bienfaits, cette œuvre n’ait pu quelquefois favoriser le vice et l’inhumanité. Une mère dénaturée, ou plus souvent encore une mère ne puisant pas dans le sentiment maternel l’énergie nécessaire pour lutter contre la misère, peut être excitée à abandonner ses droits en déposant sur le seuil hospitalier l’enfant qui, dès ce moment, lui devient presque toujours étranger. Une société, la société de charité maternelle, ; s’est formée dans le but de combattre cette nécessité / cruelle, de resserrer des liens si puissants et si doux; mais les secours que cet établissement accorde aux mères indigentes cessent à l'instant oii les enfants quittent le sein maternel. Plus tard, les écoles pri maires et de charité les reçoivent dans leur enceinte ; néanmoins il s’écoule toujours un intervalle de plusieurs années pendant lequel un grand nombre d’enlants languissent dans le plus cruel abandon.
Les premières années de la v ie des enfants, si précieuses et si décisives pour leur développement moral et physique, sont, pour les enfants des classes pauvres, une époque de dangers de toute nature, et la source de mille maux. La corruption du cœur en est souvent la suite, et un trop grand nombre de ceux qui, à l'âge de sept ou de huit ans, entrent dans les écoles, y apportent le germe de bien des vices. La grossièreté du langage , l'habitude du blasphème, le mensonge, la propension au vol, ne leur sont que trop familiers, et la voix de la conscience est étouffée dans leur cœur avant que d’avoir pu s’y faire entendre. Comment pourrait-il en être autrement? Une mère, dès qu’elle est chargée d’enfants en bas âge, serait forcée, si elle ne voulait pas les quitter, de renoncer à toute occupation extérieure. Cependant le travail est la coédition d existence du pauvre; s’il est forcé de suspehdre ses pénibles efforts, une horrible perspective s’ouvre devant lui : le dénùment, la faim, la misère,- le désespoir, l'assaillent et le pressent. Il faut mourir ou solliciter les secours toujours insuffisants de la charité publique : des milliers de familles sont dans ce cas. Le prix de la journée de l’ouvrier qui est père ne peut, dans une ville surtout, fournir à l'existence de plusieurs personnes, suffire à tous leurs besoins. Qu'arrive-t-il alors? La mère, obligée aussi de contribuer au soutien de la famille, abandonne ses enfants pendant la plus grande partie du jour : ou bien elle les confie à Une voisine inattentive, ou bien elle s’en remet à une de ces femmes dont le méfier est de garder les enfants. Dans le premier cas, à combien d’accidents ne sont-ils pas exposés, soit que, renfermés sous clef, ils courent la chance de devenir victimes du feu et de tous les dangers que leur imprudence peut faire naître; soit qu’errants dans les rues, ils y trouvent d’autres périls en même temps qu’ils y reçoivent les plus tristes leçons et les plus dangereux exemples ! Dans le second cas, ils sont retends dans une chambre étroite et malsaine, repaire infect dans lequel quinze, vingt ou trente enfants se trouvent entassés, et ou le défaut d’espace les condamne à une inaction dangereuse pour cet âge. Combien ces inconvénients ne deviennent-ils pas plus graves encore, lorsque la personne chargée du soin de garder ces enfants, et qu'on n’a choisie que parce qu elle demandait le salaire le moins élevé, se montre indigne de remplir une telle tâche? Nulle surveillance n’est alors exercée sur eux; leurs mauvais penchants naissent et se développent sans qu’on y fasse attention, et la contrainte, souvent même la violence et la brutalité, répriment leurs joies enfantines en excitant chez eux des sentiments d'irritation.
Il était donc naturel que la condition dos petits enfants des pauvres, en serrant douloureusement le cœur de quiconque l’observe, inspirât des efforts en leur faveur. On s’est dit qu’en prenant scs enfants à