CHAPITRE XL1X. — LES ENFANTS-TROUVES, ETC
une pauvre mère, en les lui gardant tout le jour, en la mettant à même d’employer avec courage les forces que Dieu lui donne, et de joindre son gain au gain de son mari, onsecourrait puissamment la famille. On s’est dit qu’il est de plus grandes misères encore, que telle est celle d’une malheureuse veuve. Quelque déchirement de cœur qu’elle ressente, il lui faut quitter ses enfants, et, l’âme pleine d’angoisses, aller gagner le pain de chaque jour. On a pensé que les salles d’asile subviendraient à ces cruelles nécessités, et que la mère de famille qui aurait déposé ses enfants dans leur enceinte pourrait se livrer à un travail assidu, sans que nulle inquiétude vînt troubler son , cœur. Mais, pour que ce bienfait ne devint pas un i encouragement à la paresse et à l’imprévoyance des mères de famille indigentes, on a pensé en même
I temps qu’il ne fallait admettre que les enfants dont les parents justifieraient d’une occupation quelconque, et que l’habitude de la mendicité fût un motif invariable d’exclusion. Telle fut la pensée-mère de ces établissements.
IMais qu’est-ce qu’une salle d’asile? Un asile s’ouvre d’ordinaire pour la souffrance, le malheur : bien des larmes sont versées dans son enceinte; mais de celui- I ci partent des cris joyeux, des chants, des accents de bonheur. Qu’est-ce donc qu’une salle d’asile ?
La salle d’asile reçoit l’enfant du pauvre pendant la journée de travail delà mère. Là il est gardé avec soin, surveillé, instruit avec discernement et douceur; il apprend à connaître ses devoirs; il contracte des habitudes pures et paisibles ; à l’abri des dangers de l’isolement et de funestes exemples, il croît en force de corps et d’âme. Quand la première éducation de l’enfance a été essentiellement morale, l’impression reçue d’elle ne s’efface pas. Le but des salles d’asile est donc éminemment social, car, en préservant les enfants de tous les périls auxquels les expose un affreux abandon, on empêche qu’un jour ils ne deviennent menaçants pour la société. Cette œuvre, si humble dans sa forme, peut donc être immense par ses résultats. Disons comment elle a pris naissance, puis nous exposerons ses développements successifs et sa situation présente à l’étranger, en France et surtout à Paris.
« Dans la partie la plus âpre de la chaîne des Vosges, a dit Cuvier dans un rapport fait à l’Académie en 1829, un vallon presque séparé du monde nourrissait chétivement, il y a soixante ans, une population restée à demi sauvage : quatre-vingts familles, réparties dans cinq villages, en composaient la totalité. Leur misère et leur ignorance étaient également profondes; elles n’entendaient ni l’allemand ni le français : un patois, inintelligible pour tout autre qu’elles, faisait leur seul langage ; des haines héréditaires divisaient les familles, et plus d’une fois il en était né des violences coupables. Un vieux pasteur, Jean-Frédéric Oberlin, entreprit de les civiliser ; et , pour cet effet, en habile connaisseur des hommes, il s’attaqua d’abord à leur misère ; de ses propres mains, il leur donna l’exemple de tous les travaux utiles. Leur agriculture une fois perfectionnée, il introduisit différentes industries pour occuper les bras superflus. Il créa une caisse d’épargne. Dès l’origine il s’était fait leur maître d’école, en attendant qu’il en eût formé pour le seconder. Dès qu’ils aimèrentà lire, tout devint facile; des ouvrages choisis venant à l’appui des discours et des exemples du pasteur, les sentiments religieux, et avec eux la bienveillance mutuelle, s’insinuèrent dans les cœurs; les querelles, les délits disparurent; et lorsque Oberlin fut près de sa fin, il put se dire que dans ce canton, autrefois pauvre et dépeuplé, il laissait trois cents familles réglées dans leurs mœurs, pieuses et éclairées dans leurs sentiments, jouissant d’une aisance remarquable, et pourvues de tous les moyens de la perpétuer.»
I Voilà les résultats qu’obtint le digne pasteur. Son principal moyen pour y arriver fut de donner tous ses soins à l’éducation des enfants dès leur plus jeune âge. Il institua, pour les instruire gratuitement , des
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conductrices que lui-même dirigeait ; il établit ainsi, dans cinq villages et trois hameaux, ce qu’on y appela des écoles à tricoter, car les enfants, dès l’âge de quatre ans, y étaient exercés à ce travail. En même temps on les faisait prier de cœur et sans formule apprise; on les exerçait à chanter des cantiques. Des images représentant les faits principaux de l’histoire sainte, d’autres reproduisant des plantes, des animaux, servaient à les instruire. Secondé activement par sa femme, le bon pasteur le fut aussi par le dévouement admirable d’une jeune fille entrée chez lui comme servante à l’âge de quinze ans. Son zèle et ses nobles élans ne pouvant se renfermer dans une sphère aussi étroite, elle partagea, pendant quarantesept ans, toutes les peines et tous les soucis de son maître, et fut son plus ferme appui dans toutes ses entreprises. Quand Oberlin mourut, il légua celte excellente et pieuse femme à ses sept enfants qu’elle avait élevés, et il lui légua, à elle, le soin de poursuivre encore après lui leur œuvre commune. Voici ce qu’il dit de cette Louise Bcheppler dans la lettre testamentaire oii il retraça aux siens toutes les obligations qu’il avait contractées envers elle : «Vrai apôtre du Seigneur, elle alla dans tous les villages où je l’envoyais, assembler les enfants autour d’elle, les instruire dans la volonté de Dieu, prier avec eux, et leur communiquer toutes les instructions qu’elle avait reçues de moi et de votre mère. Tout ceci n’était pas l’ouvrage d'un instant, et les difficultés insurmontables qui s’opposaient à ces saintes occupations en auraient découragé mille autres. D’un côté, le caractère sauvage et revêche des enfants; de l’autre, leur langage, patois qu’il fallait abolir; puis, une troisième difficulté étaient les mauvais chemins et la rude saison qu’il fallait braver. Pierres, eaux, pluies abondantes, vents glaçants, grêles, neiges profondes en bas, neiges tombant d’en haut, rien ne la retenait; et, revenue le soir, essoufflée, mouillée, transie de froid, elle se remettait à soigner mes enfants et mon ménage. » Ce qui s’accomplissait au Ban de la Roche, c’est ainsi que s’appelait ce lieu, fut d’abord ignoré ; mais lorsque toute celte contrée fut métamorphosée et régénérée sous le rapport matériel et sous le rapport moral, on reconnut combien avait d’importance le mode d’éducation employé à l’égard des petits enfants.
C’était en 1770 que ce bienfaiteur de l’humanité était parvenu à établir ses écoles. Trente et un ans plus tard, en 1801, une femme pieuse, se dérobant aux attraits et aux plaisirs du monde, et consacrant ses jours à l’exercice de la charité, entreprit de fonder à Paris le premier établissement destiné à recueillir, pendant les travaux journaliers de leurs mères, les petits enfants au-dessous de quatre ans. Plusieurs accidents cruels arrivés à des enfants en l’absence de pauvres femmes qui, ne gagnant la plupart du temps que 25 sous par jour, n’en pouvaient donner 8 ou 10 pour les faire garder, firent naître dans le cœur de madame de Pastoret l’idée des salles d’asile ou à.’ hospitalité. File recueillit dans une chambre de la rue de Miroménil, et confia pour la journée aux soins d’une sœur hospitalière et d’une bonne femme, des enfants à la mamelle que leurs mères devaient venir allaiter une ou deux fois dans le cours de leurs travaux. L’établissement était pourvu de douze berceaux, de linge, de lait et de sucre; mais il n’y avait que deux femmes, leurs forces furent à bout, et, malgré les vifs regrets de madame de Pastoret, il fallut renoncer à augmenter le nombre des enfants. La pieuse fondatrice éleva tous ceux qui avaient pris place dans scs berceaux, et la salle d' hospitalité fut transformée en une école gratuite qui n’a pas cessé d’exister. Le germe des salles d’asile fut ainsi arrêté dans son premier développement.
fjn a supposé, on a même affirmé cju’alors cette idée avait été recueillie et portée en Angleterre. Sans doute les étrangers qui avait pu voir l’asile des berceaux avaient dû en être vivement touchés et en avaient emporté cette impression dans leurs patries;
Aux bureaux de l'Illustration, rue de Richelieu, 60.
, ETC. m
mais rien de semblable ne fut entrepris en Angleterre avantl’année 1817. A cette époque, M.Owen, qui dirigeait à New-Lamark , dans le nord de l’Écosse, un grand établissement de filature de coton, s’affligeant de voir dans l’abandon les petits enfants des nombreux ouvriers qu’il employait, conçut la pensée de les faire amener le matin par leurs parents et de les confier aux soins d’une personne sûre. Il choisit un simple tisserand, dans lequel on ne soupçonnait qu’un grand amour des enfants et une patience infatigable avec eux. Cet homme, dont le nom a pris rang dans la Grande-Bretagne parmi ceux des hommes utiles, c’était James Buchanan. Il réussit à porter l'école au delà de cent cinquante enfants de l’âge de deux à six ans, et à créer pour eux des moyens d’amusement et d instruction. L’imitation de la discipline militaire, déjà suivie dans les écoles de Lancastre, lui fut particulièrement utile en éveillant l’attention, en excitant 1 intérêt, en réglant les rapides et uniformes mouvements de ses jeunes élèves. Le chant ne lui facilita pas moins sa tâche. Deux ans après, Buchanan fut appelé à Londres par lord Brougham, et la méthode d’enseignement des Infant- Schools fut bientôt portée à un haut degré de perfection. Ces établissements se multiplièrent rapidement en Angleterre.
En 1825, quelques Français qui avaient visité ces écoles exprimèrent à Paris l’admiration qu elles avaient fait naître en eux. Un petit nombre de femmes dévouées forma un comité dont madame de Pastoret tut élue présidente. Elles se réunirent pour la première fois le A mars 182(5, publièrent un prospectus, et provoquèrent des dons et des souscriptions. Le conseil général des hospices leur accorda, au mois de mai de la même année, un don de 3,000 francs et une maison dépendant de l’hospice des Ménages. Le comité confia la direction de la salle d’asile d’essai à deux sœurs prises dans l’ordre de la Providence , établi à Portruix (Vosges), cette communauté seule ayant consenti à en accorder pour cette tentative nouvelle. M. l’abbé Desgenettes, alors curé des Missions- Étrangères, s’associa aux travaux du comité, élevé au nombre de douze, dont trois dames protestantes. Mais le zèle des fondatrices de l’œuvre, le soin qu’elles avaient pris de faire venir les manuels anglais, de les faire traduire, la bonne volonté des sœurs, les efforts persévérants de chacun, n’avaient pu encore faire posséder bien complètement et naturaliser chez nous celte méthode d’enseignement, dans laquelle se trouvent mille détails qu’on ne peut bien saisir que par les yeux.
Le besoin de se voir désigner une personne capable et dévouée qui voulût bien aller en Angleterre étudier les Infant-Schools, mit le comité en rapport avec M. Cochin, alors maire du douzième arrondissement. Cet administrateur, qui ignorait les efforts nouveaux et l’organisation récente de l’œuvre, qui n’avait pas eu davantage connaissance de la tentative faite, vingtcinq ans auparavant, par madame de Pastoret, venait, de son côté, dans le but d’arriver à alléger un peu la triste position des nombreuses familles indigentes de son quartier, en laissant aux mères la faculté de se livrer à un travail lucratif, de faire disposer deux chambres dans la rue des Gobelins, pour y recevoir, durant le jour, un certain nombre de petits enfants. M. Cochin, que son étude et ses observations personnelles mettaient par conséquent déjà à même de bien calculer toutes les exigences d’une pareille mission et d’apprécier les qualités qui seules pouvaient en assurer le succès, indiqua au comité madame Millet comme la personne qui lui paraissait convenir le mieux, uniquement peut-être, à cette tâche qui devait commencer par l’étude et finir par l’organisation. Madame Millet se rendit en Angleterre en 1827; elle vit avec les yeux d’une femme d’esprit et sentit avec le cœur d’une bonne mère. Etrangère à la langue anglaise, l’instinct du bien, la charité, l’amour de l’enfance, furent ses guides, et en deux mois elle sut si bien comprendre la méthode et se pénétrer de ses avantages, qu'elle revint l’importer en France avec
PARIS. TYP. DE FIRJilN D1DOT, 56, RUE JACOB. 20 C. par la poste.
les modifications nécessitées par la différence des mœurs, des usages, et avec des améliorations qui lui ont été suggérées par la pratique.
A son retour, madame Millet organisa avec un plein succès une nouvelle salle d asile ouverte par le comité des dames, rue des Martyrs ; et M. Cochin fonda, dans le même temps, l’établissement si vaste et. si complet qui depuis a été considéré comme asile modèle. Le comité ouvrit successivement trois autres salles d’asile; mais les ressources étaient précaires, et pendant quatre années, il ne les obtenait qu’avec peine et irrégulièrement. Ce ne fut qu’à la fin de 1829 que le conseil général des hospices, cédant aux vives sollicitations du comité des dames, se décida à prendre cette institution sous son adoption et sa tutelle. Un arrêté du conseil, approuvé par le ministre de l’intérieur, consacra l’œuvre des salles d’asile, qui, dès ce moment, furent rangées dans la catégorie des établissements d’utilité publique et de charité. L’administration des hospices commença dès lors à s’en occuper, de concert avec les dames du comité, auxquelles furent donnés des règlements approuvés par M. le préfet de la Seine. La comptabilité des salles d’asile revêtit les formes administratives et fut soumise au contrôle de l’autorité. Dans l’espace de onze années, le comité obtint de la charité publique, en
dons et en souscriptions, 1 15,1 10 fr.
Du conseil général des hospices, 80,095
Du conseil municipal, 28,000
Des bureaux de bienfaisance, 24,100
Total, 247,911 fr.
L’administration des hospices se chargea de payer, en outre, les loyers et les frais de premier établissement. Le nombre des salles s’éleva successivement à vingt-quatre dans l’espace de ces onze années.
Les allocations de la ville, que les progrès de l’institution avaient rendues nécessaires, lui avaient donné un caractère municipal. Bientôt l’autorité remarqua que les enfants n’étaient pas seulement recueillis et surveillés, qu’ils étaient élevés, que les salles d’asile formaient en réalité le premier degré de l’éducation de l’enfance, et qu’à ce titre elles devaient passer sous le contrôle de l’administration, dont la mission est de veiller à la direction intellectuelle et morale de l’éducation à tous les âges et dans tout le royaume. Par une circulaire qui suivit la publication de la loi sur l’enseignement primaire du 28 juin 1833, le ministre de l’instruction publique s'en saisit. Les salles d’asile étaient considérées comme la base de l’instruction primaire. Le nouveau caractère qu’elles recevaient amena quelque incertitude sur la part de direction qui pouvait être laissée à leurs fondatrices. Par suite d’une sorte de conflit, elles se trouvèrent, pendant l’année 1837, privées de la surveillance maternelle dont elles ont besoin. Cet état de choses était contraire aux intérêts des salles existantes et aux progrès de l’institution. Il importait d’y mettre un terme, et ce fut le but d’une organisation nouvelle que M. de Salvandy, ministre de l’instruction publique, soumit à l’approbation royale le 22 décembre 1837. Cette ordonnance reproduit les dispositions de la loi du 28 juin 1833, relative aux écoles primaires, mais avec des modifications exigées par ce qu’il y a de spécial dans l’institution.
Telle est l’origine, tels furent les notables progrès des salles d’asile en France. On a peine à concevoir au jourd’hui combien elles rencontrèrent d’abord d’obstacles et de préventions, et combien il fallut de temps et d’efforts pour en faire apprécier les résultats si utiles et si incontestables. Cette institution est portée maintenant au budget de l’instruction publique pour la somme de trois cent mille francs, et cette somme est annuellement et entièrement employée en subventions accordées aux salles d’asile naissantes ou à celles qu’il s’agit d’améliorer.
11 serait impossible d’indiquer avec une entière exactitude quel est en ce moment, en France, le nombre des salles d’asile, car on donne parfois ce nom à
des établissements trop peu nombreux ou trop mal organisés pour le mériter; mais on est fondé à croire qu’il ne s’élève pas de beaucoup au-dessus de mille.
Pendant dix ans, à une ou deux exceptions près, on ne pouvait obtenir des communautés religieuses d’accorder des sœurs pour la direction des salles d’asile, et toutes les instances demeuraient vaines ; mais, en 4836, M. l’abbé Dupuch, qui fut depuis évêque d’Alger, établit à Bordeaux plusieurs salies d’asile, et depuis celte époque le nombre des établissements fondés par le clergé et dirigés par des sœurs de diverses congrégations s’est accru rapidement. On doit s’en réjouir, mais il est à désirer que la méthode d’enseignement lancastrienne y soit conservée avec soin. Elle rend les enfants plus heureux et plus faciles à diriger.
Telle est donc la pieuse origine des salles d’asile. On les a vues civiliser et moraliser un vallon des Vosges, sans que, durant de longues années, ce bienfait et cette salutaire action se révélassent au reste du pays. On a vu ensuite les efforts également ignorés, tentés à Paris au commencement de ce siècle; puis, enfin, l’application plus large, parce qu’elle futmieux secondée, de cette même idée en Angleterre et en France. L’institution s’est depuis répandue dans tous les centres de population de ces deux grands États. Dès 1835, Strasbourg comptait dix salles d’asile; Lyon, cinq; Versailles, cinq ; un grand nombre d’autres villes en étaient déjà dotées. Aujourd’hui, grandes ou petites, toutes les cités ont leur salle d’enfants, et tout conseil municipal qui a la conscience et l’intelligence de ses devoirs inscrit une fondation de ce genre au premier rang des dépenses de la commune. Le nombre s’en accroît journellement.
Faisons connaître maintenant l’emploi de la journée dans nos asiles. Disons, avant de retracer ce qui se passe dans tous, que dans un certain nombre seulement on a fait pénétrer le travail. Son introduction devrait, nous le pensons, être générale; nous le voudrions simple, sans fatigue aucune, peu prolongé, pour qu’il fût comme une variété ou même comme une distraction des autres exercices : il occupe les enfants, les rend attentifs, permet d’obtenir du silence, et porte chacun des petits travailleurs à la réflexion. On peut, pendant ce court labeur, diriger les pensées de l’enfant par quelques récits, quelques questions, par l’explication des paroles, des chants et des prières qu’il répète journellement. A Strasbourg, depuis longtemps déjà, toutes les petites filles des salles d’asile en état de tenir des aiguilles tricotent ; le nombre de paires de bas confectionnées par elles est considérable. Chaque année on les distribue en prix aux enfants. Les garçons sont occupés à parfiler de la soie, qui se file ensuite et peut se teindre, puis être tricotée. A Lyon, dans quelques autres villes encore, et dans plusieurs des asiles de Paris, le travail a également été adopté comme propre à faire contracter aux enfants une habitude qui, inculquée à cet âge, devient un goût, bientôt après une seconde nature, et plus tard les doit préserver de la misère et de ses maux.
A Paris, pendant l’année 1843, plus de huit mille enfants ont été reçus dans les vingt-quatre salles d'asile pendant la journée de travail de leur mère. Des souscriptions ont permis de fournir aux plus pauvres d’entre eux les vêtements qui leur manquaient. Plus de deux mille huit cents enfants ont profité de ce bienfait. Aux termes des règlements, les enfants, pour être admis, doivent avoir atteint l’âge de deux ans, et n’avoir pas dépassé celui de six. On les y conserve jusqu’à sept ; mais, par humanité, on feint souvent de croire à la déclaration peu exacte d’une mère pauvre, et, sur les huit mille enfants accueillis, il en est plus d’un qui n’a guère plus de dix-huit mois, et se trouve par conséquent avoir à justifier, par un air encore plus grave et plus raisonnable que celui de «son âge réel, les six mois dont sa mère l’a vieilli par une fraude bien excusable, et sur laquelle la situation de la famille détermine à fermer les yeux.
Le règlement imprimé qu’on remet aux parents
qui amènent pour la première fois leurs enfants à l’asile nous fait connaître quelques-unes des sages mesures qui sont prescrites dans ces établissements. — Les parents, avant d’envoyer leurs enfants, doivent, chaque matin, leur avoir lavé les mains et le visage, les avoir peignés, et avoir veillé à ce que leurs vêtements ne soient ni troués ni déchirés. De fréquentes inobservations de cette règle entraîneraient le renvoi ; mais, chaque matin, à l’arrivée et avant l’entrée dans la salle, on passe ce qu’on appelle la revue des mains, et l’établissement est pourvu d’une fontaine et des éponges nécessaires pour réparer les infractions au règlement, — Les enfants doivent arriver à l’asile a huit heures et demie au plus tard. Ceux qui se pré- j sentent après neuf heures ne sont reçus qu’en c<js ' d’excuse valable. — Chaque enfant doit être porteur d’un panier qui contienne sa nourriture pour la jour¬
née.
L’heure de l’entrée en classe est indiquée par une cloche. Aussitôt les enfants dispersés se réunissent, le maître ou la maîtresse les place sur deux files. Le maître prescrit le silence et fait faire front. Alors est passée la revue de propreté dont nous parlions tout à l’heure. Lorsqu’elle est terminée, le maître donne un coup de sifflet pour indiquer qu’on va se mettre en marche, et, avec une touche en bois, il marque la mesure du chant qu’il va entonner. Quand le chant commence, le maître fait marquer le pas aux élèves jusqu’à ce que la mesure soit battue juste, et ce n’est que lorsqu’elle est établie que l’on se met en mouvement. Pendant la marche, on veille à ce que les enfants se tiennent droit et aient les mains jointes derrière le dos. L’une des marches les plus usitées dans les asiles de Paris est celle que Wilhem a mise en musique et qui se trouve dans le 16" cahier de son Orphéon. Le chant continue jusqu’à ce que tous les enfants soient entrés dans les intervalles des bancs ; les premiers arrivés marquent le pas, et lorsque les derniers sont en place, le maître donne un coup de sifflet en disant : Halte! Après une légère pause, qu permet de s'assurer si le mouvement s’est arrêté au commandement, le maître dit : Front. Alors les enfants, au moyen d’un quart de conversion, font face au milieu de la classe, en attendant le signal de la prière.
« L’usage de la faire répéter, phrase par phrase, à tous les enfants, dit madame Nau de Champlouis, dans une Instruction élémentaire pour la formation et la tenue des salles d'asile, a beaucoup d’inconvénients, et surtout celui de réduire à un exercice purement machinal ce qu’on doit désirer de rendre une œuvre de réflexion. J’ai vu, dans quelques asiles, cet usage remplacé par une autre méthode que je lui préfère de beaucoup. Le maître dit la prière à haute voix : tous les enfants la suivent en silence ; dès qu’un d’eux a prouvé qu’il l’a bien retenue par cœur, il obtient, comme récompense, de la dire tout haut en place du maître. J'ai pu remarquer plus d’une fois combien ils attachaient de prix à cette faveur; bientôt tous l’ont
ti
réclamée à leur tour et s’en sont montrés dignes. Le
but qu’on se proposait par la répétition immédiate de chaque phrase a été aussi bien atteint, et l’esprit de la prière a mieux pénétré ces jeunes cœurs. » L’auteur de cet utile manuel recommande judicieusement aux maîtres et aux maîtresses de ne pas multiplier les
prières, afin d’éviter l’inconvénient de rendre, en
quelque sorte, banal ce pieux exercice par sa répétition trop fréquente. Elles doivent, bien entendu, être courtes, simples, en rapport enfin avec l’âge le plus tendre.
On comprend que ces écoles gardiennes ont presque uniquement pour but l’éducation des enfants, et qu’on ne doit y avoir en vue leur instruction que secondairement. \ oici donc l’emploi de la journée prescrit par le Journal des Salles d'asile : « Après la prière commencent des chants, les uns vifs et animés, les autres simples et touchants, qui expriment toutes les idées les plus appropriées à la vie des enfants, aux sentiments et aux habitudes morales dont on veut les