LES INVALIDES
Voltaire et le siècle de Louis XIV. — Veleres coloni. — Le maréchal Bugeaud et la colonisation militaire. — Les milices permanentes. — Les mortes-payes, officiers-lais et moines-lais. — Les oblats.
Les Enfants- Ronges. — Nicolas Houel. — Les édits de Louis XIV. — Libéral Bruant et Mansard, architectes de l’hôtel et du dôme. — Une gravure contemporaine de Louis XIV. — Peintres et
sculpteurs dont les couvres figurent à l’hôtel des Invalides. — Les vingt-trois cours et la façade de l’hôtel des Invalides. — La cour principale. — Le grand état-major de l’hôtel. — Les dortoirs.
— L’esplanade. — Les canons. — Les jardins des Invalides. — Conditions d’admission à l’hôtel des Invalides. — Nourriture des Invalides. — La succursale d’Avignon. — La marmite des Invalides. — La chapelle. — Les drapeaux. — Les tombeaux aux Invalides. — Les gouverneurs. — Moncey. — Jérôme Bonaparte. — L’épée d’Austerlitz. — Le tombeau de l’Empereur.
Voltaire dit dans le Siècle de Louis XIV : « Il appartenait à Louis XIV, qui avait fait plus d’invalides qu’aucun de ses prédécesseurs , de leur ménager un asile. » Une telle institution appartenait aussi à sa grande âme, à sa générosité et à la fibre nationale qui vibrait dans son cœur de roi , qualités éminentes que nul ne peut méconnaître.
Un hémistiche de Virgile, le fameux veleres migrute coloni de l’églogue, nous apprend quel était le sort des invalides sous la république romaine. On assignait aux vieux soldats des terres a cultiver dans les vastes possessions de 1 Liât. Il y a apparence qu’on les èn dépouillait aussi quelquefois; le maréchal Bugeaud semble avoir désiré la restauration de ce système, lorsqu'il proposait ses plans de colonisation militaire. Mais la méthode romaine offrait plus d'un inconvénient dont ce n’est pas le lieu de disserter ici.
Avec l’établissement des milices permanentes , qui remonte au quinzième siècle, dut nécessairement concorder le soin d’assurer l’existence des guerriers mis hors de service par les blessures ou par l’âge. Faute de mieux, on les mit longtemps en pension chez les seigneurs et chez les moines, et ce fut une véritable contribution de guerre levée par le pouvoir royal sur ces deux classes privilégiées.
Dans les châteaux forts, les invalides des quinzième et seizième siècles prenaient le nom de mortes-payes ; dans les couvents , d'officiers-lais ou de moineslais. Il y a encore dans l’hôtel actuel une salle dite des officiers moines-lais.
Des pensions militaires étaient en outre perçues sur le clergé sous le titre d 'oblats , et les anciens officiers
territoire. II les logea provisoirement dans l’établissement pieux d’Oursine, dit de la Charité chrétienne ou des Enfants-Rouges , fondé par le bienfaisant Nicolas Houel, riche apothicaire de Paris, qui fut le premier fondateur de notre École de pharmacie et de notre Jardin des plantes.
Sous Louis XIII , les invalides changèrent de logis et passèrent à Bicêtre ; mais les huguenots furent exclus de l’hospitalité royale.
Enfin Louis XIV érigea , par ses édits de 1070 , de 1674 et 1675, la magnifique fondation où les serviteurs de l’État ont depuis lors trouvé asile.
L’hôtel s’éleva sur les plans de l’architecte Libéral Bruant; l’église et le dôme, sur les plans de Jules Hardouin Mansard.
On rapporte que, dans ce temps, l’architecte Wren construisait le magnifique dôme de Saint-Paul. Louis XIV ne voulut pas rester en arrière de Charles II, et il commanda à Mansard le dôme de l’église des Invalides, qui est un beau morceau, bien qu’il écrase la nef avec les dimensions de laquelle il est hors de toute proportion.
Le produit des oblats et une retenue de deux deniers par livre sur toute somme payée par les trésoriers, plus tard portée ;i trois deniers, furent assignés pour faire face à l’entretien de cet utile, mais fastueux établissement.
Nous avons sous les yeux, en écrivant ces lignes, une gravure contemporaine représentant Louis XIV dans l’acte de la fondation, et la légende qui accompagne cette scène allégorique peint bien tout à la fo's et l’esprit du monarque et celui de la création : « La Charité , qui est à la droite de Louis XIV
ou soldats qui les recevaient furent eux-mêmes avec le temps désignés sous le nom d’ oblats.
Les fils chéris de la victoire.
Henri IV fut le premier roi de France qui s’occupa de réunir les invalides éparpillés sur tous les points du
Hôtel des Invalides. — Côté de l’Esplanade.