CHAPITRE XL
LE LONG DE LA SEINE (Suite)
(nous transcrivons textuellement), lui présente des officiers et des soldats estropiés à son service et lui inspire le dessein de leur établir une retraite, h’ Architecture, la Peinture et la Sculpture, qui sont à la gauche du roi , attendent un ordre pour se concerter ensemble sur la distribution et la décoration de ce
magnifique édifice, et la Renommée publie le pieux dessein de ce grand roi. »
Il est certain que la peinture , l’architecture et la sculpture furent très-largement, trop largement peutêtre, mises à contribution pour le nouvel hospice. <»n reprocha au roi et de trop dépenser et de sacrifier fu¬
tile au grandiose dans la distribution de l’édifice. Mais rien n’est parfait ici-bas, et c’était le noble défaut d’une éminente qualité. On s’en est corrigé depuis.
Outre Mansard, Coustou, Covpel , Jouvenet, Corneille, Louis et Bon de Boulongne furent mis en réquisition pour 1 ornementation de l’hôtel, de l’église
Salves <iVr;illerie, aux Invalides.
et des six chapelles sur lesquelles s’étage le dôme.
L’hôtel, qui comprend vingt-trois cours et une masse de bâtiments énormes , présente sur l'esplanade une façade imposante de plus de six cents pieds de longueur, qui regarde le septentrion, et compte quatre étages avec cent trente fenêtres.
La cour d’honneur, qu’entourent deux étages d’arcades , est d’un majestueux aspect. Sa longueur est de 390 pieds sur une largeur de 192.
Cette cour est entourée de quatre corps de logis. Le milieu de chaque face est accompagné d’une espèce de corps avancé avec un fronton. Les combles
sont ornés de tous côtés. Les appartements se trouvent convenablement disposés. Le grand état-major de l’hôtel, c’est-à-dire le gouverneur, le général commandant, l’intendant militaire, les officiers de santé et les bureaux, occupent ceux de l’aile droite et de l'aile gauche de la façade. On a pratiqué de l’au¬
tre côté, des appartements particuliers devant servir de logement aux officiers supérieurs et à quelques officiers subalternes ; les autres chambres, sauf quelques exceptions, sont en commun, tout en présentant des avantages de commodité tels, que les officiers qui les occupent s’y trouvent fort à l’aise. Les dortoirs
des officiers ne contiennent que quatre ou six lits; ceux des sous-officiers et soldats en renferment jusqu’à cinquante.
La longueur de cette cour principale correspond mathématiquement à l’élévation du dôme , qui contient deux coupoles et qui resplendissait de dorure,
à l’époque où il sortit des mains de son habile auteur.
En avant de l’hôtel , s’élève une esplanade de cent deux toises de longueur, flanquée de fossés, s’ouvrant par une vaste grille, et armée de canons pacifiques habitués à tonner pour toutes nos gloires, et qui, depuis un demi-siècle , ont chanté dans leur langue
plus (le fêtes populaires , républicaines ou monarchiques, qu’ils n’ont, à coup sûr, vu de batailles.
Parmi ces canons, le plus grand nombre provient des prises faites sur l’ennemi a la suite des victoires de la République et de l’Empire ; d’autres capt ures, plus modernes, datent des prises d'Alger et de Constanline.
Aux deux côtés de l’esplanade sont rangés, sous une allée de tilleuls , de petits jardinets cultivés par les plus ingambes de nos vétérans. On retrouve là, en miniature, le type du soldat laboureur:
c’est l’invalide horticulteur. La plupart de ces jardinets sont décorés d’une statue : pas n’est besoin de dire laquelle.
On voit aussi dans quelques-uns des plans de villes fortes, et ces fameux ouvrages a corne dont la construction charmait la vieillesse de 1 oncle Toby.
L’hôtel des Invalides contient aujourd’hui cinq mille habitants : il peut en recevoir jusqu’à six mille. Pour obtenir d’y être admis, il est nécessaire de justifier de blessures graves ayant entraîné l’amputation ou l’incapacité de service, sinon de la jouissance d’une pension de retraite dont il est fait re¬
l'eur pension, trouvent un fort grand avantage à abandonner cette rente pour une admission dans l’hôtel, où ils sont entourés de soins, défrayés de tout, et reçoivent en outre une petite paye qui varie, suivant le grade, de 2 à 30 fr. par mois.
La même nourriture leur est servie à tous; maisles officiers mangent à part et ont seuls le privilège hiérarchique de se servir d’argenterie. Les capitaines et lieutenants prennent leurs repas en commun. Les officiers supérieurs peuvent se faire servir dans leur chambre. Quantaux sousofficiers et soldats, ils prennent place deux fois par jour dans quatre vastes réfectoires, peints à fresque de plans et de vues de places fortes, se rangent douze par douze autour de tables rondes, abondamment, sinon luxueusement servies.
L’hôtel des Invalides avait encore, il y a deux ans, une succursale qui avait été établie à Avignon sous l’Empire; mais cette succursale a été supprimée en 1850 , et cette suppression fit. refluer vers Paris quatre cents invalides qui furent reçus avec les marques du plus vif intérêt par leurs camarades et le général Petit.
Les Invalides. — Les jardins.
tour à l’Etat, à l’entrée du pensionné aux Invalides.
Les sous-officiers et soldats dont la retraite est fort modique, et les officiers qui n’ont d’autre fortune que
Arrivée a Paris des invalides de^Lsuccursale d’Avignon.