SYNAGOGUES ET TEMPLES PROTESTANTS
Le culte israélite. — La condition des juifs au moyen Age. — Le peuple juif actuel. — Ses illustrations en France. — Schisme important dans la religion juive. — Talmudistes et partisans des réformes. — Rit allemand et rit portugais. — Connaissances exigées pour parvenir au rabbinisme. — Chiffre de la population israélite en France.- — Les écoles israélites. — Ecole centrale rabbinique.
— L’ancienne synagogue. — Sa description extérieure et intérieure. — Les tables de Moïse. — Les lustres et les candélabres. — La synagogue des deux rites, rue Notre-Dame de Nazareth.
— Sa description. — La thèba. — Année religieuse des juifs. — Leurs grandes fêtes. — Les cultes dissidents de la religion luthérienne. — Les deux principales communions. —
Culte luthérien. — Temple de la Rédemption évangélique. — Les calvinistes. — Temple de l’Oratoire. — Temple de Sainte-Marie, — Église royale épiscopale d’Angleterre.
Grâce à son antiquité et à la fidélité des souvenirs, le culte israélite offre des particularités plus saillantes : que les diverses religions dissidentes qui ont des temples à Paris : aussi nous nous bornerons à énumérer ces dernières, et à donner seulement les détails indispensables, tandis que nous allons parler avec quelque développement des Hébreux, de leurs rites et de leurs synagogues.
Chacun sait combien la condition des juifs a été précaire et misérable jusqu’à l’époque contemporaine, dans tous les États chrétiens et musulmans; on sait j aussi que la France a la première appliqué à ce peuple proscrit les grands principes de l’égalité civile , et les a reçus dans son sein en oubliant toute différence d’origine et de croyance, en les admettant à tous les droits, à tous les privilèges de ses enfants. L’Europe presque entière a suivi cet exemple; et, malgré les avanies que ré j serve encore aux fils d’Israël le fanatisme des catholiques du Midi, le peuple juif semble vouloit prendre s; revanche er déployant avcc trop df l igueur contre ses anciens ennemis, devenu.1 ses frères, cei esprit de mé fiance, cctle rapacité usu-
îière qui ont si longtemps entretenu les vieux préjugés de l’Europe contre lui. Mais il faut être juste : ce peuple compte bon nombre de personnages distingués, qui ont enfin accepté pour patrie ie pays qui les a vus naître et qui font tous leurs efforts pour convertir leurs coreligionnaires à la tolérance et à la fraternité. D’ailleurs la France réclame parmi eux plusieurs de ses illustrations les plus ! glorieuses : mademoiselle Rachel, M. Halévy, par | exemple, sans compter MM. Franck, Cahen, Dennery, et sans compter non plus les membres de la ; dynastie des Rothschild, dont quelques-uns ont vu le jour à Paris, et que l’on peut considérer comme les arbitres financiers du monde entier, comme les souverains du crédit dans toute l’Europe.
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Le progrès des lumières a été, dans la religion juive, l’origine d’un schisme important, qui divise les partisans des anciennes doctrines dans toute leur rigueur, les talmudistes et les partisans des réformes, qui, sans altérer l’esprit de la loi de Moïse, tendent à mettre les prescriptions religieuses en harmonie avec les nécessités sociales.
Un autre schisme , d’un caractère moins grave , est venu fractionner encore le culte israélite. Quoique professant le même dogme et pratiquant la même liturgie, les israélites se sont partagés en deux rites : le rit allemand et le rit portugais. Le fondement de ces deux rites consiste dans une prononciation différente
Synagogue’ servant au rite portugais.
de la langue hébraïque. Quelque insuffisante que puisse paraître une pareille cause de dissidence, elle n’en a pas moins amené un démembrement de la communauté israélite, et chacun de ces deux rites a aujourd’hui un temple particulier, encore qu’ils relèvent d’une même autorité centrale.
Le culte israélite est administré par un consistoire central, chargé des intérêts généraux du culte, et par des consistoires départementaux, qui subdivisent Faction du consistoire central. Les ministres du culte sont rangés dans la hiérarchie suivante : un grand rabbin , membre du consistoire central; sept rabbins consistoriaux, rabbins attachés à des communes, sous-rabbins et ministres officiants. L ne école centrale rabbinique, dont le siège est à Metz, dispense l’instruction néces-
Aux bureaux de !’Ellu*£ratioîi . rue de Richelieu, 60.
saire pour exercer les fonctions de rabbin. Les connaissances exigées pour être rabbin consistent dans une étude approfondie de la Bible, du Talnnid et des commentaires rabbiniques. L’impétrant doit avoir justifié de la connaissance de tous les travaux dont les diverses parties de la Bible ont été l’objet; avoir des notions de la langue arabe, afin de pouvoir étudier les commentateurs si érudits de l’école espagnole; enfin connaître l’histoire du Talmud, l’histoire juive, et posséder parfaitement l’enseignement religieux et l’homélitique. On évalue à 80,000 âmes la population israélite de France. Cette population forme plusieurs groupes, dont les principaux sont dans le département de la Seine , du Bas-Rhin, du Haut - Rhin , delà Moselle, de la Gironde, du Rhône et des Bouches-du-Rhône. La socié| té israélite a ouvert, à Paris et dans les départements, plusieurs écoles mutuelles, des salles d’asile , des pensionnats des deux sexes, des associations de bienfaisance nombreuses, telles que celles pour lamij se en apprentissage et la dotation des jeunes filles, et des sociétés de secours mutuels; on compte à Paris sculemei t \ingt sociétés de ce genre.
L’ancienne
synagogue sert actuellement au rite portugais; elle est bâtie dans le style des anciens temples grecs. C’est une grande salle, décorée avec la plus grande simplicité, au milieu de laquelle s’élève la theba.
Une quarantaine de colonnes assez massives supportent une galerie élevée qui fait aussi presque le tour de la synagogue, et qui est réservée aux femmes ; car, au moment de l’office, il est expressément défendu d’y laisser pénétrer des hommes. Dans le bas, tous les bancs sont tournés vers le tabernacle placé au fond du temple, juste en face de l’entrée principale. Des grilles en fer entourent le tabernacle ; le sanctuaire est pavé de carrés de marbre noir et blanc. Deux chandeliers énormes, dorés et bronzés, se trouvent placés devant le tabernacle. Sur les grilles sont
CARIS. TYP. DE F1RMIN DIDOT, 56, RUE JACOB, 2® A,, par la poste.
posés, de chaque côté, sept grands cierges que l’on allume pendant les offices. Au milieu du sanctuaire pend une lampe d’argent massif, dans laquelle brûle une veilleuse qui doit être entretenue sans cesse en l’honneur des morts. On nomme cette lampe ncr thomid, lampe perpétuelle. C’est un symbole de l’immortalité de l’âme. Tout à fait au haut du tabernacle, on lit cette inscription : Da lifné mi ata omed (Sache devant qui tu te trouves). Il y a cette autre inscription en face :
Barovch atabeboccha, barovch ata betzesecha (Béni sois-tu lorsque tu entres, et béni sois-tu lorsque tu sors). Sur le tabernacle, un tableau représente les Tables de Moïse avec les dix commandements écrits en lettres d’or sur un fond noir. A droite et à gauche du tabernacle, on remarque des loges réservées aux membres des deux consistoires.
Dans l’une, celle du consistoire central, une table de marbre montre, incrustés en lettres d'or, les noms des fondateurs du temple. Dans l’autre loge se trouve également un tableau qui relate l’ordonnance royale autorisant l’érection du temple. Entre chaque colonne brille un lustre à six branches. Huit autres grands lustres, à dix-huit bran¬
Fntrée du Consistoire Israélite.
ches chacun, sont répartis dans le milieu du temple. Dans les parties latérales du mur qui reçoit le taber¬
nacle, on a pratiqué deux portes conduisant à la cour qui donne du côté de la petite entrée.
La synagogue des deux rites se trouve entre la rue Notre-Dame de Nazareth et la rue Neuve-Saint- Laurent. Sur la première de ces rues s’ouvre l’entrée du nouveau temple, élevé depuis peu de temps pour servir aux Israélites du rite allemand.
Ce temple aurait, dans des proportions plus grandioses, et avec un peu plus de régularité, un caractère monumental. Renfermé dans un terrain limité, irrégulier, il offre une construction élégante, pleine de goût, mais dépourvue de cette ampleur dont l’effet ajoute à l’effusion de l’âme qui prie. Il est précédé de petits bâtiments renfermant les principales dépendances.
A la suite du logement du concierge est un atrium couvert, éclairé par une lanterne vitrée, et donnant entrée à droite , au secrétariat, à gauche, à la salle des mariages, et à deux escaliers conduisant exclusivement aux tribunes des dames; enfin au temple. A l’entrée du temple se trouve le porche, divisé en deux parties, dont une est publique, et l’autre convertie en places réservées. A droite et à gauche du