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LES GOBE LINS

Origine de l’art delà tapisserie. — La tapisserie en Orient. — I.a célèbre tapisserie de Baveux. — Gilles Gobelin. — Jean Liansen. — Première tapisserie de liante lisse. — Colbert. — Un édit de Louis XIV. Manufacture royale des meubles de la couronne. — Haut degré de perfection de la tapisserie des Gobelins — Le nombre des ouvriers. — Dépense annuelle des Gobelins. — Les traitements. — Les chefs et sous-cbefs d’ateliers. — Les chefs de pièce. — Un édit de 1 700, relatif au\ Gobelins. — Le chirurgien de. la manufacture des Gobelins. — Durée de la journée de travail. — Les écoles aux Gobelins. — Écoles primaire et de dessin. — l.es médailles. — L’école de tapisserie. — L’art de la tapisserie. — Chromographie. — Les métiers de haute lisse. — Leurs avantages. — Les instruments de tissage. — Manufacture de la Savonnerie. — Teinture des Gobelins. — Élèves de teinture entretenus aux frais de l’État. — • Régime supposé des teinturiers des Gobelins. — Les pièces capitales produites aux Gobelins. — Les directeurs. — M.Lavocat. — Améliorations apportées par M. Badin. — Manufacture de Beauvais.

L’art de la tapisserie paraît originaire de l’Orient et remonte aux temps les plus reculés. Pergame, Tyr, Sidon, Babylone, ont possédé des tapisseries brodées d’or et d’argent. Pergame surtout était renommée par cette industrie , dont les produits, aussi solides que recherchés, étaient encore, il y a plusieurs siècles, l’objet d’un commerce considérable en Italie.

Apportée à l’époque des croisades en France, où elle devait se perfectionner, la tapisserie commença par orner les églises et le palais des rois. Quelques rij ches seigneurs en décorèrent aussi leurs châteaux;

mais son prix élevé empêcha toujours l’usage de s’en | répandre et de devenir général. Le onzième siècle * nous en a légué une très-célèbre et connue sous le | nom de tapisserie de Baveux : elle représente la coni quête de l’Angleterre par les Normands, et on l’attribue à la reine Mathilde.

Aucun document officiel ne nous a transmis l’histoire des établissements de tapisserie en France, pendant les siècles qui suivirent l’importation de cette industrie. Livrée, comme toutes les autres, aux particuliers ou aux corporations ,

: elle n’attendit pas, pour s’exercer, la fondation d’une manufacture royale.

Outre celle de Bayeux , on posy sède des tapisseries qui, par la manière i grossière avec laquelle elles sont traitées, et plus eni core par le style de leurs inscriptions,

■ semblent appartenir et appartiennent en effet au quatorzième et au quinzième siècle.

Le musée du Loui vre en renferme quelques-unes de diverses époques et classées par f ordre chronologique; mais ces monuments ne sont ( pas les seuls de ce temps; il s’en trouve également dans plusieurs églises, surtout dans le midi delà France.

La manufacture des Gobelins doit son nom à d’ani ciens teinturiers établis sur l’emplacement qu’elle I occupe, en 1430, selon les uns, et, selon d’autres, i sous François Ier seulement. Cet établissement ne i prit qu’au commencement du dix-septième siècle le nom d’hôtel de Gilles Gobelin, que l’un d’eux lui donna. Un tapissier de Bruges, Jean Liansen, dit Jans, y fabriqua le premier la tapisserie sur des métiers de i! haute lisse.

Lorsque Colbert eut restauré les résidences royales du Louvre et des Tuileries, il songea à les décorer | avec une splendeur qui répondit à leur destination.

! A cet effet, il conçut et réalisa l’idée digne d’un grand J ministre, de réunir dans un même local et sous une même direction les hommes les plus habiles dans les arts et les métiers, tels que peintres, sculpteurs, gra¬

veurs, tapissiers, orfèvres, fondeurs, lapidaires, menuisiers en ébène et en bois, teinturiers, etc. Fn même temps, Colbert décida le roi à faire, en 1602 ou 1603, l’acquisition d’une partie des bâtiments des anciens teinturiers Gobelins, où était déjà installée une fabrique de tapisserie; mais ce fut seulement au mois de novembre 1607 que Louis XIV rendit un édit par lequel il donna à cet établissement le titre de manufacture royale des meubles de la couronne. Colbert en confia la direction à Lebrun, premier peintre du roi.

L’édit de 1667 accorda des privilèges considérables aux ouvriers, la maîtrise et les droits réservés à la naturalisation ; il les exempta de toutes tailles et impositions, de tutelle, curatelle, guet, garde de ville et autres charges publiques et personnelles : il exempta , en outre, de tout logement des officiers et soldats des gardes françaises et suisses, douze des maisons les plus proches de l’hôtel des Gobelins et destinées à l’habitation des ouvriers et de leurs familles. Comme

de l’édit disposait : « Il sera loisible au directeur des manufactures de faire dresser en des lieux propres les brasseries de bière pour l’usage des ouvriers, sans qu’il en puisse être empêché par les brasseurs de bière, ni tenu de payer aucuns droits. »

L’édit se terminait par l’article 17 suivant : « Et au moyen de ce que dessus, nous avons fait et faisons très-expresses inhibitions et défenses à tous marchands et autres personnes, de quelque qualité et condition qu’elles soient , d’acheter ni faire venir des pays étrangers des tapisseries, en vendre ou débiter aucune des manufactures étrangères, autres que celles qui sont présentement dans notre royaume, à peine de confiscation d’icelles, et d’amende de la moitié de la valeur des tapisseries confisquées, applicable le tiers à nous , l’autre tiers à l’hôpital général, et le reste au dénonciateur. Défendons d’expédier aucuns passe-ports pour l’entrée d’icelles, et à tous officiers qu’il appartiendra d’y avoir aucun égard. »

Toutes ces dispositions attestent quelle importance

Louis XIV attacha, dès l’origine, à l’établissement des Gobelins.

Depuis sa fondation, cette manufacture a été appelée à reproduire , par la tapisserie, les tableaux des peintres contemporains les plus distingués : Lebrun, Lesueur, Van der Meulen, Mignard, les trois Covpel, Jouvenet, Boucher, Vieil, Vincent, David, Girodet, Gérard, Gros, Carie Vernet, Guérin, etc. Aujourd’hui c’est au musée du Louvre ou à celui du Luxembourg qu’elle emprunte des tableaux pour les exécuter.

Quoique de nos jours la fabrication de la tapisserie pour tenture d’appartements ait été abandonnée depuis l’invention des papiers peints, qui la remplacent d’une manière plus économique pour l’embellissement de la demeure des particuliers, elle occupe néanmoins un grand nombre de bras. Quelques établissements de Belgique, d’Allemagne, d’Angleterre et de Russie en fabriquent encore pour ameublement ; et on a pu voir, aux dernières expositions de l’industrie française , de ces tapisseries exécutées par nos fabricants français , qui réunissaient la variété du dessin, la beauté des couleurs et l’avantage immense de n’être pas plus chères que les étoffes de soie et de laine provenant des fabriques de Lyon et d’Amiens.

Mais c’est principalement dans la manu facture des Gobelins que le trade la tapisserie a acquis un haut degré de perfection : il a créé en quelque sorte un nouveau genre de tableaux, et la plupart des ouvriers sont aujourd’hui de véritables artistes. Leur nombre ne s’élève pas à moins de 130, dont 100 environ sont logés dans les bâtiments mêmes de la manufacture ; les autres reçoivent une indemnité de logement. Un vaste enclos, d’une superficie de 6 hectares, est divisé en 120 petits jardins répartis entre un égal nombre d’artistes et séparés l’un de l'autre par des haies ou des treillages à hauteur d’appui, de telle sorte que la vue les embrasse tous à la fois, comme s’ils ne faisaient qu’un seul et même verger.

La manufacture des Gobelins figure au budget de la liste civile pour une dépense annuelle de 280,000 fr., dont 200,000 fr. s’appliquent au personnel. Tous les artistes sont payés à l’année, et le chiffre moyen des traitements est de 1 ,300 fr. Ceux de la classe supérieure touchent 1,800 fr. , et les chefs d’ateliers 2,700. Les places de chefs et de sous-chefs d’ateliers sont données à ceux qui se distinguent le plus par leur talent et leur bonne conduite. Les chefs d’ateliers sont chargés, sous l’autorité de l’inspecteur des travaux, de la confection des ouvrages et de la recher-

lintrie «le la manul'adure des Got.eliiis.

la plupart d’entre eux étaient Flamands, l'article 15

che des couleurs pour les ateliers respectifs dont la surveillance leur est confiée : ils prennent en outre les mesures nécessaires pour la conservation des tableaux, tapisseries et tapis, et pour celle de tous les objets dont se compose le mobilier des ateliers ; ils font l’inspection des ateliers au moins trois fois par jour, et veillent à ce que les travaux se poursuivent avec une célérité qui ne nuise pas à leur perfection. La fabrication de chaque tapisserie ou tapis est conduite sous l’autorité d un chef d’atelier par celui des ouvriers-artistes travaillant à chaque grand métier, qui est jugé le plus capable de la diriger : cet artiste a le titre de chef de pièce.

Depuis l’édit de novembre 10G7, divers règlements ont successivement pourvu à l’administration de la manufacture des Gobelins.

Quelques-uns renferment

des dispositions singulières, et se ressentent jusqu’à un certain point des circonstances sous l’empire desquelles ils ont été adoptés.

Sans parler de ceux de septembre 1770, du 22 septembre 1783 et du 1er juillet 1788, nous lisons dans celui du 31 décembre 1790 cet étrange article : « Comme le chirurgien de la maison est obligé d’avoir un garçon pour l’aider à administrer les plus prompts secours à ceux des ouvriers qui pourraient avoir besoin de son ministère, ceux-ci seront indistinctement assujettis à se faire raser une fois par semaine, et à payer, pour raison de ce, quatre livres par an audit chirurgien, quand même ils se feraient raser ailleurs. En conséquence, chacun d’eux subira tous les trois mois une retenue de vingt sols, que les entrepreneurs chefs d’ateliers remettront audit chirurgien. »

Le règlement du 10 avril 1822 porte, art. 19 : « Quiconque se permettrait un discours, même indirect, contre la religion, ou contre le roi et les princes de son auguste famille, serait immédiatement expulsé de la manufacture, indépendamment des poursuites à exercer par les tribunaux, s'il y avait lieu à l’y traduire. » — Art. 20 : « La lecture des journaux et les discussions politiques sont expressément interdites dans les ateliers. »

Aux termes du règlement établi le 8 octobre 1833, et qui n’a pas cessé jusqu’à ce jour d’être en vigueur, l’ouverture des ateliers est fixée ainsi qu’il suit : en mars, avril, mai, juin, juillet et août, depuis six heures du matin jusqu'à six heures du soir; en septembre, octobre, novembre, décembre, janvier et février, depuis huit heures et demie du matin jusqu’à quatre heures du soir. Pendant les six premiers mois, il est accordé une heure pour le déjeuner, de neuf à dix heures, et une heure pour le dîner, de une à deux. Pendant les six derniers mois, il est accordé seule¬

ment une heure pour le dîner, de midi à une heure.

La manufacture des Gobelins possède une école d’instruction primaire, une école de dessin, une école de tapisserie, et compte un certain nombre d’apprentis tapissiers.

Les enfants admis à l’instruction primaire sont tenus de s’y rendre tous les jours, à l’ouverture de l’école. Ceux qui en sont exclus ne peuvent être admis comme élèves à 1 ecole de dessin, ni être reçus

en qualité d’apprentis.

L’école de dessin a pour professeur l’inspecteur des travaux de la manufacture. Le nombre des élèves est généralement fixé à quatrevingt-dix , sans cependant que ce soit d’une façon invariable; ils sont divisés en trois classes : la première, composée des plus avancés; la deuxième, de ceux qui commencent à dessiner d’après la bosse ; et la troisième, de ceux qui copient d’après le dessin.

Un concours a lieu dans chaque classe, tous les deux mois, pour les places, et un concours général à la fin de chaque année. Les prix consistent en une première, une deuxième et troisième médaille pour chaque classe. Ces médailles sont distribuées le jour de la fête dû chef de l’Ëtat.

L’école de tapisserie est établie dans un des ateliers de la manufacture; elle a pour professeur un ouvrierartiste, et est visitée et surveillée par l'inspecteur des travaux et les chefs d’atelier. La disposition des métiers, le choix des modèles et l’enseignement sont appropriés, dans cette, école, à toutes les études, depuis l’assortiment des nuances et l’imitation des ornements et des fleurs, jusqu’à celle des carnations et à la reproduction des tableaux d’histoire.

Atelier des tapisseries.

Teinturerie.

Les apprentis tapissiers sont choisis parmi les élèves des écoles de dessin et de tapisserie. Leur avancement est soumis aux mêmes conditions que celui des ouvriers. Lorsqu'il y a égalité de bonnes dispositions, les fils d’ouvriers sont admis de préférence. Le premier traitement des apprentis, admis définitivement après deux ans d'essai, est de 120 fr. par an. Ce traitement s’élève progressivement, selon leur capacité, jusqu’à 400 fr.; ensuite ils sont reçus ouvriers. Ceux

qui, après deux ans d’essai, n’ont pas fait de progrès sensibles, sont rendus à leur famille.

Il est décerné tous les ans, à la fête du chef de l’Etat, par l’intendant général de la liste civile, sur le rapport de l’administrateur, deux médailles d’argent aux deux ouvriers-artistes qui ont fait preuve de plus de talent et de zèle dans chacune des fabrications des tapisseries et des tapis.

Nous nous bornerons ici à faire connaître succinc¬

tement en quoi consiste le travail manuel de la tapisserie, d’après l’ouvrage intitulé Chromographie, et publié par un fabricant de tapisserie, M. Rouget de Lisle.

L’art de la tapisserie consiste à imiter un objet avec des fils colorés nommés brins, d'un diamètre sensible, que l’on applique autour de fils non colorés appelés chaîne, tendus horizontalement sur un métier dit de basse lisse , ou verticalement sur un métier de haute

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