CATACOMBES
Les trois cimetières de Paris. — Le cimetière Montmartre. — Tombeaux de Legoiivé, Saint-Lambert, Dazincourt, Henri Beyle, etc. — Le Père-Lachaise. — François de Lachaise. — Les tombeaux. — Les épitaphes. — Tombeau du général Gobert. — Garnier-Pagès. — Casimir Périer. — Les tombeaux des célébrités au Père-Lacbaise. — Tombeau d’Abélard. — La fosse commune. — La fête des morts. — La grande croix dans les cimetières. — Les cimetières des israélites et des protestants. — Cimetière de Saint-Mandé. — Armand Carrel. — L’administration des pompes- funèbres.
— Les marchands de [couronnes. — Les sculpteurs de cimetières. — Les croque-morts Le cabaret de la Mère aux chiens. — Bug-Jargal — Les caveaux de la colonne de Juillet.
Indépendamment de la ville des vivants, il faut encore étudier dans Paris la ville des morts. A côté de la population qui circule au sein des rues, sur , les places publiques et sur les boulevards, il y a é cette population croissante sans cesse, qui repose dans le sein maternel | de la terre, et que la I terre dévore , sans I quoi elle finirait par ! absorber et envahir i|| tout ce qui respire.
Aujourd’hui les cimetières de Paris sont au nombre de trois, officiellement désignés sous les noms de j Cimetières du Nord, l de l’Est et du Sud, mais plus connus sous la désignation de Cimetières de Montmartre, du Père-Lachaise et de Montparnasse.
Depuis plusieurs années on a fermé le cimetière de Clamart; celui de Picpus, situé dans la rue de ce nom, au faubourg Saint Antoine, a été concédé par l’Empire à plusieurs nobles familles; là, dorment les Montmorency, les Noailles, là repose Lafayette.
Sous l’ancien régime, i les morts se mêlaient i partout aux vivants,
■ comme un contraste i permanent , comme une leçon perpétuelle | sur les vanités et la ' fragilité de ce monde:
les fidèles, agenouillés L sur les dalles des ’ ( églises, pouvaient lire r Es insci ipfions turnujj laires des morts de -• distinction , ensevelis i dans les caveaux qui 1 formaient sous les I. nefs et sous le choeur | une nouvelle église; la T: vile multitude reposait dans les cimetières voisins, à l'ombre de la basilique, laissant lire quelques années seulement leurs noms à demi effacés, sur les marbres, les pierres
funèbres ou les simples croix de bois. Aujourd'hi encore , après soixante ans du régime administrât auquel nous sommes soumis même au delà du ton beau ; après que deux générations entières sont vi nues se coucher sous les ombrages des cimetièn officiels, le sol parisien recèle encore d’innombr
15 Cent. LA LIVRAISON, — 135e Livr.
blés débris humains, que la pioche des terrassiers fait sortir chaque jour du sol, toutes les fois qu’il faut niveler une place, abattre un vieux quartier, creuser des voies nouvelles et des fondements d’édifices et de maisons, A l’entour des églises sur¬
tout, la terre ne semble plus se composer que de cendres qui furent autrefois animées. Les fouilles faites devant Saint-Germain l’Auxerrois, et plus récemment celles qui ont dégagé la tour Saint-Jacques, ont amené sur le sol une quantité considérable de cercueils et d’ossements, preuves du soin que met-
Aux bureaux de rïlîustratiou, rue de Richelieu, 60.
La grande croix au cimetière Montmartre.
taient nos ancêtres à ensevelir leurs proches non loin des lieux qu’ils avaient habités et des temples où ils avaient prié le Seigneur.
Parmi ces cimetières aujourd’hui abolis , celui des Innocents doit être distingué, sans contredit, au-dessus
de tous les autres.
Ce cimetière, destiné d’abord aux seuls paroissiens de Saint- Germain l’Auxerrois, ne tarda pas à accueillir les morts de
tout le voisinage et à
prendre une extension considérable. L’établissement des halles fut la cause de profanations incessantes; le cimetière, traversé par une population affairée et commerçante, eut à souffrir en outre les ravages des chiens et des animaux voraces qui séjournaient dans la parlie la plus déserte et déterraient les cadavres. Les voleurs en firent aussi leur repaire, et pillèrent les imprudents qui s’y ha- Philippele fit clore de us tard, on autour de murs la galerie coûtée connue sous e nom de Charniers , aux personnes de distinction.
Cette galerie sombre, humide, malsaine, servait de passage aux piétons ; elle était payée de tombeaux, tapissée de monuments funèbres, et bordée d’étroites boutiques de modes, de lingerie, de mercerie et de bureaux d’écrivains publics. Elle occupait une partie de la rue actuelle de la Ferronnerie; de ce côté était peinte la fameuse danse macabre. On sait que cette danse offre une série de tableaux représentant la Mort qui frappe indistinctement toutes les classes, et qui entraîne avec elle, dans son branle terrible, tous les âges et toutes les conditions. Mais ce qu’on ignore, c’est, l'origine de cette peinture fantastique : les uns disent qu’elle reproduit quelqu’une de ces mascarades si usitées dans le moyen âge ; les autres en font l’image des poèmes d’un trou-
PAMS. TYP. DE FIRMIN DIDOT, 56, RUE JACOB. 20 C. par la poste.
badour nommé Macabrus ; d’autres enfin avancent, et avec plus de raison, ce semble, qu’elle a été conçue par quelque imagination profondément frappée de l’effrayante mortalité qui désolait ces siècles de fer. Parmi les curiosités de ce lieu funèbre, on citait l’épitaphe d’une bonne dame qui mourut ayant pu voir autour de son lit deux cent quatre-vingt-treize enfants issus d’elle , et le tombeau d’Alix-la-Burgotte,
qui demeura quarante-six ans recluse dans une espèce de cellule étroite, éclairée de deux meurtrières grillées, dont l'une, ouverte sur la voie publique, lui servait pour recevoir ses aliments, et l’autre, pratiquée dans l'église, pour assister au service divin. Une grande criminelle de race noble, Renée de Vendômois, coupable du meurtre de son mari, fut également enfermée, pour la vie, dans cette même cellule.
L’église et le charnier des Innoçents furent démolis en 178(i, et Ton commença la translation des dépouilles humaines dans les Catacombes, oii nous les retrouverons bientôt.
Ces trois cimetières se partagent les morts des douze arrondissemnnts ; chacune des communes qui avoisinent la capitale, même celles qui touchent à ses murs d’octroi, telles que BatignoHes, Montmartre, Belle-
ville, ont leur nécropole particulière. L’ouverture du cimetière Montmartre et du Père-Lachaise date du 21 ventôse an IX : le premier des deux est affecté aux 1er, 2% 3e et 4° arrondissements, et le second aux 5e, 6e, 7e et 8P arrondissements. Les quatre derniers se servent depuis peu d’années d’un enclos nouvellement ouvert en dehors de la barrière Montparnasse ; il a remplacé d’abord le cimetière de Vaugirard, situé à l’entrée du village de ce nom; et il y a peu de
Vue générale du Père-Lachaise,
temps que le cimetière de Clamart, devenu insuffisant, a également versé à Montparnasse le trop plein du tribut abondant que la mort envoyait dans son sein.
Le cimetière Montmartre fut d’abord nommé Champ de Repos. 11 est situé hors du mur d’enceinte, près de la barrière Blanche et de la barrière Montmartre, sur l’emplacement d’une ancienne carrière. C’est aujourd’hui un jardin des plus vastes, oii l’inégalité du terrain produit des points de vue pittoresques, et qui
semble bien peu propre à inspirer des idées recueillies, en harmonie avec sa destination; on se croirait dans une gaie et riante promenade, sans ces affreuses chapelles, gothiques et autres, dont la vanité posthume a émaillé toutes les avenues, parsemé tous les massifs.
Le nombre des morts illustres est peu considérable dans cette démocratique enceinte : on y trouve, épars çà et là, les noms de quelques individus plus ou moins célèbres dans les annales de l’industrie, du commerce,