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capital en rentes sur l’État, fit d’elle un instrument financier : il s’empara même d’une partie de ses fonds; aussi fut-elle bientôt dans la nécessité de restreindre momentanément le remboursement journalier de ses billets. Ce remboursement avait été fixé pendant quelque temps à 500,000 fr. par jour, et on se souvient encore de la manière adroite qu’on avait employée pour ne pas même atteindre chaque jour le chiffre légal. On comptait aux créanciers cinq francs par cinq francs la somme à rembourser. Cette circonstance fâcheuse, et, disons-le aussi, la faiblesse inhérente alors à toutes les institutions de crédit, le souvenir des dé- I sastres produits par la banqueroute de Law, et qui, malgré la révolution, n’étaient pas encore oubliés, rej tardèrent bien, dans les commencements, la marche | de la Banque de France. Les actions ne se plaçaient 1 pas, le capital restait incomplet. Alors on décida que les actions seraient doublées. Cette mesure hardie, en i portant le capital à 30,000,000 fr., produisit un heureux effet, car peu après l’importance de la Banque s’accrut tellement, qu’il fallut émettre quinze mille ac- ! fions nouvelles, ce qui porta son capital à 45,000,000.
Dans la période qui nous occupe, la France était
victorieuse sur tous les points, et les événements politiques y secondaient l’essor du commerce et de l’industrie. Ce fut alors qu’on provoqua la loi du 22 avril 1806, qui modifia de nouveau l’organisation de la Banque, en mettant à sa tête un gouverneur et deux sous - gouverneurs. En même temps, son privilège fut prorogé jusqu’à 1843, et son capital porté à 90,000,000 fr. Mais, cette fois, le but avait été dépassé. Les prévisions du législateur ne se réalisèrent pas, et soit par une cause, soit par une autre, la Banque ne put trouver à placer intégralement cette nouvelle portion de son capital. Alors elle prit la résolution de racheter et de retirer de la circulation une partie des nouvelles actions émises. En 1809, elle en avait déjà retiré dix mille; en mars 1811, douze mille sept cent quarante; en août 1815, dix-huit mille, parmi lesquelles étaient les mille actions que Napoléon avait prises pour son compte lors de la création delà Banque. Enfin, en 1810, elle en avait racheté vingt-deux mille cent au capital de 23,275,528 fr. Mais, après tous ces rachats successifs, elle crut devoir s’arrêter, et depuis cette époque son capital a été fixé, comme il l’est encore aujourd’hui, à 67,900,000 fr..
auxquels il faut ajouter les 10,000,000 de sa réserve, la valeur de l’hôtel et du mobilier de la Banque, évalué à 4,000,000, en tout 81,900,000 fr. Cet hôtel est celui qu’elle occupe aujourd’hui au centre du commerce et des affaires : c’est l’ancien hôtel du duc de la Vrillière, qui a donné son nom à la rue. L’établissement possède en outre, en inscriptions de rente sur l'État et en actions des canaux, un capital de 50,000,000 qui lui donne 2,452,485 fr. d’intérêts annuels, mais qui est en dehors de ses affaires courantes.
Nous venons de parler de sa réserve de 10,000,000, mais elle n’a été ramenée à ce chiffre qu’après plusieurs répartitions successives. Ainsi, en 1820, les capitaux accumulés à ce titre étaient si considérables, qu’on sollicita une loi qui en permît la répartition. En conséquence , il fut distribué aux actionnaires 13,715,000 fr., soit 202 fr. par action. A la fin de 1828, on distribua 9,845,500 lr., soit 145 fr. par action ; en décembre 1831, 9,974,000 fr., soit encore 145 fr. par action. En 1833, la réserve était de 10,335,000 fr. Elle a été placée en rentes sur l’État, en prévision sans doute de la loi qu’on préparait. Ce fut la loi du 17 mai 1834. Cet acte législatif a limité
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Salle (l’attente pour le remboursement des effets.
des billets plus facilement transportables; et ensuite, que le crédit aujourd’hui inattaquable de la Banque souffrirait une grave atteinte si ces espèces n’étaient pas constamment en réserve pour servir de garantie à ses billets en circulation, ainsi qu’aux autres sommes dues par elle, et qui figurent à son passif, savoir :
1° Aux fonds des comptes courants, qu’il faut évaluer à une moyenne journalière de 50 millions;
2° Aux récépissés à vue délivrés contre espèces aux personnes qui n’ont point de compte courant ;
3° Aux billets à ordre délivrés aux personnes dans la même situation ;
4° Aux fonds du Trésor public, qui, depuis bien des années, n’a pas cessé d’être créancier de sommes dépassant toujours cent millions.
L’argumentatioîi tirée de l’échange des écus contre
des billets est surtout vraie à Paris; mais on sait combien dans les départements il y a encore de résistance pour les recevoir. Les vieilles habitudes dominent encore, et on ne s’y accoutume qu’avec peine à rey garder du papier comme de l’argent. Ensuite nous ajouterons que, pour maintenir son crédit dans une position inattaquable , il n’est jamais nécessaire que les espèces représentent une somme h peu près égale à celle des billets en circulation ; car alors où serait le crédit ?
Sans aller aussi loin que les États-Unis, qui émettent des billets au delà de toute raison et de toute prévoyance, on peut dire qu’une banque fait preuve d’une grande sagesse en n’émettant de billets que pour une somme représentant au moins trois fois son capital monétaire; et cette opinion est celle qui est la plus généralement admise par les hommes les plus versés en matière de finances.
Nous avons parlé des rapports de la Banque avec le Trésor public. C’est ici le lieu de faire brièvement connaître les états qui indiquent la quotité des avances
la réserve à iO, 000,000, représentés par une inscription de 500,000 fr. de rentes 5 pour 100. Cette réserve reste intacte, sauf dans le cas où les bénéfices ne donneraient pas 30 fr. par semestre et par action. Ce cas ne s’est encore présenté qu’une seule fois, en 1814, oii il fallut prélever sur la réserve une somme de 394,000 fr., représentant le déficit sur chaque action, déficit qui était de 4 francs 38 centimes.
Cette année 1814 rappelle une des crises les plus fâcheuses que la Banque ait eu à traverser. A ce moment, ses actions étaient cotées 515 fr. Depuis cette époque, elle a été en voie de prospérité continue, et si aujourd’hui il se manifeste un temps d’arrêt dans un état de choses qui était auparavant si constamment régulier, cela tient à des causes que nous signalerons plus bas en parlant des fonctions de cet établissement de crédit.
S’il est incontestable que la Banque de France a rendu de grands services au commerce et à l’industrie, il faut reconnaître aussi qu’elle aurait pu lui en rendre de plus grands encore.
On a bien prétendu , pour justifier sur ce point cet établissement de crédit, que la Banque admet tout le bon papier du commerce, et que celui-ci n’en présente pas assez. Si, en effet, la première partie de cette proposition est vraie, la seconde peut paraître contestable. Non, le commerce ne présente pas assez de papier à l’escompte ; mais pourquoi ? La cause s’en devine facilement : c’est qu’il trouve le taux de l’escompte trop élevé, les conditions
trop dures. D’un autre côté, quand on s’étonne du chiffre énorme de sa réserve monétaire, de la quantité prodigieuse de ses espèces en caisse, et qu’on dit qu’avec de pareils moyens, la Banque pourrait rendre de plus grands services, les partisans du régime actuel répondent, d’abord, que ces espèces ne s’accumulent dans ces caisses, et sous cette forme, que par suite de l’échange que fait le public des écus contre
Gilerie des garçons île recette.
faites dans les différentes années pour le service de l'Etat. Les années oii le chiffre est le plus élevé correspondent toujours à celles oii l’Etat a éprouvé le plus de besoins. Ainsi, en 1811, les avances de la Banque furent de 161,365,000 francs ; en 1812, de 273,371,000 francs; en 1813, de 343,310,000 francs, en 1814, de 268,679,000 francs. Ces chiffres s’expliquent par les besoins créés par les guerres d’Espagne et de Russie, ainsi que par la nécessité de soutenir
contre 1 Europe coalisée la guerre défensive de 1814. En 1816 et en 1817, où il fallait payer d’énormes contributions de guerre, et où la France était en proie à la disette , les avances furent de 178,100,000 francs et de 184,091,000 francs. Ensuite, parmi les années les plus fortes, nous voyons figurer pour le chiffre de 357,341,000 francs, l’année 1823, qui correspond à la 8lu' ire d Espagne. En 1826, après le vote du milliard de 1 indemnité, les avances furent de 147,360,000 fr.
Enfin, en 1830, eut lieu la prise d’Alger. En 1831 , le gouvernement eut à lutter contre des besoins extraordinaires. On se rappelle la crise produite par la révolution de Juillet, la détresse du commerce, à qui le gouvernement prêta 30,000,000, mesure insuffisante et de plus irrationnelle. Alors les avances faites par la Banque furent, en 1830, de 291,520,000 francs; en 1831, de 255,562,000 francs. Ainsi, l’histoire financière de la Banque de France est intimement liée à
CHAPITRE LIII. — LA BANQUE DE FRANCE, LA CAISSE D’ÉPARGNE, LA BOURSE, ETC.
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notre histoire politique, et fait corps avec elle.
En dehors de cette action pour ainsi dire toute politique et gouvernementale, quelles sont les principales fonctions de là Banque?
Elle escompte les lettres de change et autres effets de commerce à ordre, à des échéances diverses qui ne peuvent cependant dépasser quatre-vingt-dix jours, timbrés et garantis par trois signatures. On admet aussi des effets à deux signatures, mais avec la garantie d’un transfert d’action de Banque, de rentes, d’actions de canaux ou autres valeurs dont le gouvernement est débiteur. Cette admission n’avait autrefois lieu que trois fois par semaine; aujourd’hui elle se fait tous les jours.
La Banque escompte également les effets payables dans les villes où sont établis ses comptoirs, au même taux de 4 pour 100, et sans commission, et délivre, en échange d’espèces, et moyennant une faible commission, les mandats qui lui sont demandés sur ces comptoirs. Elle remet aussi , et sans commission , contre espèces, les billets à ordre qui lui sont demandés, et dans les coupures que l’on désire. Ces billets, toujours payables à Paris, sont fort commodes aux personnes qui en sont porteurs, parce qu’ils peuvent se transmettre par endossement dans tous les pays du monde, où on les escompte comme papier de banque de première valeur.
La Banque fait en outre des avances sur des effets
publics à échéances déterminées et sur des effets publics français à échéances indéterminées , c’est-àdire sur rentes.
Elle prête sur dépôts de lingots et de monnaies étrangères, pour lesquels elle retient un intérêt qui n’est plus, depuis 1820, que de 1 pour 100, mais qui, jusqu’à cette époque, avait été de 4 pour 100. Le terme pour les dépôts est de 45 jours, et on ne reçoit pas audessous d’une valeur de 10,000 francs. En 1824, la Banque a ainsi avancé, contre de semblables dépôts, jusqu’à 90,590,000 fr., et, en 1825, 83,510,500 fr. Ce sont les deux années où les avances de cette nature ont été les plus considérables. L’élévation de ce chiffre s’explique naturellement par la conversion en 3 pour 100 de M. de Yiilèlc, etpar l’envoi fait à la maison Rothschild d’une grande quantité de lingots étrangers pour la souscription que l’on attendait par suite du vote de la loi.
La Banque se charge aussi de faire sans aucuns frais le recouvrement de tous les effets qu’on appelle effets au comptant , qui lui sont remis par les personnes ayant leur compte courant. Par le nombre et la valeur de ces effets , cet encaissement doit être une charge onéreuse pour elle, car son chiffre est presque égal à celui des effets escomptés ; mais c’est une des charges que lui impose son privilège.
Enfin il existe il la Banque de France une caisse oii l’on reçoit, à titre de dépôt volontaire, des titres,
effets publics nationaux et étrangers, actions, contrats et obligations de toute espèce, lingots, monnaies d’or et d’argent, diamants et autres valeurs, moyennant un droit de 1 huitième pour 100 pour chaque période de six mois.
Le taux de l’escompte a subi de nombreuses vicissitudes. Depuis la fondation, en l’an VIH, il fut de 6 pour 100 jusqu’au 14 novembre 1806, où il fut abaissé à 5 pour 100. L’année suivante, le 5 août, il fut abaissé à 4 pour 100, et ne fut relevé à 5 pour 100 qu’à partir du 1er septembre 1816. Ensuite on adopta une autre combinaison à partir du 1er juin 1820; elle consistait à prendre 4 pour 100 sur les effets à trente jours et au-dessous, et 5 pour 100 sur les autres. Enfin, le 1er février 1821, l’escompte fut ramené au taux uniforme de 4 pour 100 à tous termes, et, depuis cette époque, il y est invariablement resté. Ce tarif, par •son élévation, provoque depuis longtemps les plaintes du commerce, et est même préjudiciable aux intérêts de la Banque, qui provoquerait, en l’abaissant, un mouvement d’affaires bien plus considérable, et regagnerait facilement, par leur multiplicité, les quelques frais d’administration qu’elle serait obligée de faire. En effet, il ne faut pas perdre de vue qu’un établissement comme celui de la Banque de France a surtout pour but d’aider le commerce, et que c’est principalement dans les moments où l’argent renchérit , où les capitaux se resserrent, qu’elle doit lui offrir des faci-
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lités, être pour lui un utile et secourable auxiliaire. En effet, la moyenne des échéances, qui, précédemment, avait successivement baissé, a encore baissé d’une manière très-sensible de 1843 à 1844, Cette moyenne s’est réduite de cinquante et un jours à quarante-quatre. Et ce résultat n'a rien d’étonnant; le papier long, dans les conditions exigées par la Banque, se fait aisément à des conditions meilleures.
Pour être admis à l’escompte, il faut en faire la demande par écrit au gouverneur, et l’accompagner d’un certificat signé de trois personnes qui déclarent connaître la signature du demandeur et sa fidélité à remplir ses engagements. Les faillis non réhabilités ne peuvent être admis à l’escompte.
Aux termes de ses statuts, la Banque ne pouvant émettre ses propres billets que pour la valeur des effets de commerce qu’elle escompte ou contre des espèces, il en résulte que le montant des valeurs en portefeuille est presque toujours égal à celui des billets en circulation. Au 25 mars 1845, ses espèces en caisse s’élevaient à 266 millions, et les billets en émission n’étaient que de 255 millions et demi. En 1832, elle a eu 281,583,000 fr. : c’est le chiffre le plus élevé.
Le numéraire appartenant à la Banque est déposé dans des caves, où des précautions infinies sont prises pour le mettre en sûreté. On n’y descend que par un puits garni d’un escalier en spirale, praticable seulement pour une personne, et dont les trois portes de
fer sont fermées chacune de trois clefs. Cette disposition permet, en cas d’alarme, de combler l’escalier de service avec de l’argile ou de la terre battue, pour interdire l’entrée des caves pendant un temps donné, au moins durant vingt-quatre heures. Les espèces contenues dans des boites doublées de plomb, et rangées dans des caveaux fermés de plusieurs portes, n’en sont extraites qu’avec les formalités les plus minutieuses, et qui rendent toute soustraction impossible.
Le service extérieur se fait par un certain nombre de garçons de recette, hommes fidèles et sûrs, et choisis avec le plus grand soin. Ils portent un uniforme particulier. Les voitures qui font les transports de la Banque ont aussi une forme toute spéciale. Elles sont munies par derrière de deux sièges posés en côté et vis-à-vis l’un de l’autre, et occupés par deux garçons placés ainsi face à face.
Après avoir parlé de l'organisation et des fonctions de cet établissement de crédit, il nous reste à dire quelques mots de ses principales opérations. La Banque a escompté le 30 décembre 1842, 13,409 effets, montant à 17,459,000 fr.; le 29 décembre 1843, 18,521 effets, s’élevant à 19,051,645 fr.; et le 30 décembre 1 8 44, 1 7,72 1 effets, représentant une valeur de 20,449,191 fr.; pendant l’année 1850, elle a escompté pour plus de 340 millions d’effets de commerce.
En quinze années, les accroissements ont triple. Le 31 octobre 1843, la Banque a reçu, dans 19,519 domiciles, 44,856 effets d’une valeurde 39, 616, 000 fr.
Le 30 septembre 1844, elle a encaissé, dans 20,952 domiciles, 49,070 effets montant à 45,392,600 fr.
Disons enfin quelques mots de la situation présente de la Banque, telle qu’elle résulte du dernier compte rendu de 1850 et des produits bruts qu’elle a perçus pendant cptte même année :
Escompte du papier
de commerce .
Avances sur actions
des canaux .
Avances sur rentes . .
Escompte de bons de
la Monnaie .
Avances sur lingots.
Primes sur matièrees
d'argent .
Droits de garde .
Commission sur les
billets à ordre .
Opérations commerciales des succursales .
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opérations.
des opérations.
Comptons en outre :
Opérations avec le trésor,
TABLEAU DE PABIS.
cilement que ses actions , tout dernièrement encore,
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Intérêts sur les actions
du comptoir d’es-
compte .
Rentes appartenant
aux anciennes Ban-
• pies départementales.
Les revenus de la Banque de France atteignent donc environ (5 millions, et c’est ce qui explique fa-
fussent cotés 2,900.
La Banque est administrée par un gouverneur, deux sous-gouverneurs, quinze régents et trois censeurs. En outre, douze négociants ou fabricants en activité, bien au courant de la place, sont, pour l'examen du papier, adjoints au comité d’escompte. Ils sont nommés parles censeurs sur une liste triple présentée par les régents et le gouverneur.
Le privilège de la Banque de France devait expirer
en 1813. La loi du 30 juin 18-40, votée sur le rapport de M. Dufaure, l’a prorogé jusqu’en 1864. Cette loi n’a rien changé à son organisation, et, sous ce rapport, a trompé les espérances de ceux qui croyaient à l’avénement de réformes et de modifications proclamées depuis longtemps née ssaires.
L’hôtel occupé par la Banque de France fut bâti en 1620, sur les dessins de François Mansard, pour le secrétaire d’Etat Raymond Phélipeaux de la Yrillière. En 1713, il devint la propriété du comte de Toulouse.
Galerie du duc de la Vrilla re, servant à l'assemblée générale des actionnaires de la Banque de France.
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Ce vaste hôtel conserve encore des traces de son ancienne splendeur ; la galerie du Duc de la Yrillière, où se tiennent les assemblées générales des actionnaires de la Banque de France, et que nous reproduisons ici, donne une idée du grandiose e* de la majesté
que le luxe savait revêtir dans le siècle du grand roi.
Le quartier où se trouve actuellement la Banque de France était prédestiné à voir les grandes opérations financières. En effet, la rue Bautru qui existait au dixhuitième siècle, et qui était la continuation de la rue de la Yrillière où se trouvent les derrières des bâtiments de la Banque, comptait au nombre de ses nombreux hôtels celui de la Compagnie des Indes. Dans la même rue encore, un hôtel maintenant disparu fut acheté par Law, l’intrépide financier de la rue Quincampoix, qui l’habita pendant quelque temps.
A la suite de la Banque, nous arrivons naturellement à placer quelques mots sur une création toute
moderne, le Comptoir d’escompte, dù au gouvernement provisoire et destiné ii répandre le crédit et à l’étendre à toutes les branches de la production dans tous les centres de fabrication et de commerce. Le capital fut formé un tiers en argent par les associés souscripteurs; un tiers en obligations sur les villes, et un tiers en bons du trésor par l’Etat.
Depuis lors, le Comptoir d'escompte qui siégea d’abord au Palais-Royal, et se trouve maintenant dans des bâtiments vastes et nouvellement construits rue Richer, n’a pas cessé de fonctionner et possédait un capital que le compte rendu de 1834 porte à 4,230,535 fr. 50 c.
CHAPITRE LUI. — LA BANQUE DE FRANCE, LA CAISSE D’ÉPARGNE, LA BOURSE, ETC.
Il y a près d’un siècle, — c’était longtemps avant la première révolution , disent les bonnes gens du quarlier, — on rencontrait tous les jours, à la même heure, aux environs du Palais-Royal, un petit homme, vieux, sec, voûté , pâle, ayant un long nez recourbé entre deux petits yeux gris , mobiles , brillant d’un éclat extraordinaire.
Un chapeau gras et déformé abritait une perruque antique et roussie ; un habit râpé , à larges basques, trahissait sous ses plis anguleux la hideuse maigreur du corps qu’il recouvrait, et laissait voir au bout de ses longues manches éraillées deux mains osseuses dont les doigts crochus semblaient avoir peine à se déplier. Cet homme avait été riche, fort riche. Peu à peu on l’avait vu tomber dans la misère. Il ne lui restait plus qu’un vaste hôtel où il demeurait encore, mais qu’il laissait en délabre. Il avait renvoyé ses domestiques, vendu ses meubles ; il vivait seul, retiré, se refusant presque le nécessaire. On l’aurait plaint, si son regard fauve , sa physionomie inquiète et morose , son silence défiant, sa parole brusque , n’eussent éloigné les sympathies; il faisait dégoût et pitié , sans inspirer de compassion. On le voyait tous les jours; — un jour, on ne le vit plus. Personne ne s’intéressait à lui : on l’oublia. L'hôtel demeurait sombre, silencieux, et les portes fermées. Les voisins avaient bien cru entendre quelque bruit pendant la nuit , des cris sourds et prolongés , des coups éloignés qui semblaient sortir de terre; mais ces bruits n’avaient pas duré.
A la longue, cependant la curiosité s’émut. On demanda ce qu’était devenu le petit vieillard ; et la justice s’en mêla. On entra de force dans l'hôtel, on le parcourut... il était désert.
Enfin, dans un coin reculé des caves profondes, on découvrit une porte solide, armée de fer , sans serrure apparente.
On l’enfonça. Alors un spectacle terrible frappa les regards :
la lueur des flambeaux fit voir, couché sur des monceaux d’or, un cadavre livide, hideux, dont la bouche contractée avait laissé échapperdepuis longtemps son dernier souffle et son dernier cri. — C’était l’avare, mort sur son trésor enfoui, derrière cette porte à secret qui s’était refermée sur lui, et qu’il n’avait pu rouvrir.
L’hôtel où se passa cette scène tragique bien connue, et qu’a reproduite si souvent la peinture, est ce-
15 Cent, la livraison. — 139e Livr.
lui qui porte le n° 5 de la rue Coq -Héron. On y montre encore le caveau secret, témoin de cette cruelle agonie. C’était l’hôtel de l’avarice sordide, hideuse... un changement providentiel en a fait l’hôtel de l’écono- >
mie sage, prévoyante, charitable. C’est aujourd’hui l’hôtel de la Caisse d’épargne.
L’institution de la Caisse d’épargne , quoique bien
récente encore, puisqu’elle ne date que du 15 novembre 1818. époque de son ouverture, a pris un tel déve'oppement, depuis quelques années surtout, qu elle a dû quitter l’ancien local incommode et insuffisant qu’elle occupait dans les dépendances de la Banque
Aux bureaux de l'Illustration, rue de Richelieu, 60.
de France, pour s’établir dans cette belle 6t vaste habitation.
Au reste, indépendamment de la lugubre légende que nous avons racontée, d’autres souvenirs se rattachent à cet édifice. Il semblait dans la destinée de l’hôtel Coq- Iléron d’abriter des hôtes propres à appeler sur lui l’attention publique. Bâti vers 1780, sur des terrains appartenant à l'archevêque de Paris par le baron de Thoinard, fermier général, beaupère de M. de Nicolaï et de M. de la Briffe, président au parlement de Paris, connu ensuite pendant la Révolution comme hôtel garni sous le nom d’hôtel du Parlement d’Angleterre , il devint plus tard la propriété des quatre frères Enfantin , banquiers, dont l’un fut le père du Pcre Enfantin que le saintsimonisme a rendu singulièrement célèbre. En signalant cet édifice à la curiosité de ses lecteurs, la Tynna , dans son dictionnaire de Paris, l’indique sous le nom d’hôtel Enfantin. En dernier lieu, il appartint à la bellemère de M. Dupin aîné. L'illustre et savant avocat l’habita pendant plus de vingt années.
C’est M. Dupin aîné qui l’a vendu la Caisse d’épargne.
La Caisse en a fait l’acquisition au prix de 502,949 fr. 25 c., y compris les frais. Afin de compléter ses dispositions intérieures , et de laciliter le service, elle y a joint, au prix de 100,000 fr., un autre immeuble contigu , qui donne à l’établissement
une sortie sur la rue desVieux-Augustins.
Cet autre bâtiment, construit à la même époque, Lisait primitivement partie de l’hôtel de la rue Coq- Héron, que la Caisse d’épargne se trouve avoir ainsi reconstitué dans son ensemble, tel que le possédait son premier propriétaire. Ce corps de logis, < Ion t les étages supérieurs sont utilisés en grande partie pour le service des précieuses et considérables archives de la Caisse, offre, au rez-de-chaussée, les dispositions nécessaires pour donner un dégagement utile au mouvement des espèces, et une sortie nécessaire à la foule qui encombrerait l’établissement.
La somme considérable de 600,000 f.
que ces acquisitions ont coûté à la Caisse, a été payée moyennant l’aliénation de rentes sur l’État que possédait l’institution, et en outre par l’emploi d’une partie des ressources annuelles produites par la différence d’un quart pour cent retenu par la Caisse, pour frais d’administration, sur 1 in-
PARIS. TYP- DE FIRMIN DIDOT, 56, RUE JACOB. 20 C. par la poste.
Vue extérieure de la Caisse d’épargne.
térêt à 4 pour 100 qui lui est servi par le trésor pour les fonds déposés.
Ce bel immeuble , devenu ainsi la propriété de la Caisse, et qui fait désormais partie de son capital social, a donné pour l’installation des services un emplacement triple de celui que pouvait lui céder la Banque de France, et auquel il fallait ajouter des locations particulières qui disséminaient 1 administration, et entravaient l’ordre et la surveillance des opérations. Cet agrandissement de domicile était d’ailleurs exigé par l’importance toujours croissante de l’institution.
Après avoir acquis ce bel hôtel dont nous donnons la vue extérieure, il s’agissait d’y loger les services de recette, de comptabilité, de matériel, etc. , de la manière la plus économique et en même temps la plus commode pour le public et pour l’administration. Il est bon de dire que les bureaux de la rue Coq-Héron contiennent près de cent employés, un matériel considérable, et des archives immenses, où doit régner l’ordre le plus parfait, où les recherches doivent toujours être promptes et faciles , puisqu’elles renferment les titres des dépôts et remboursements faits depuis l’origine de la caisse, les livrets, les quittances, etc., que l’on peut être obligé de reproduire à chaque instant. Puis, indépendamment de ces nécessités de l’administration intérieure, il fallait, en outre, disposer des localités spacieuses, d’un abord facile, d’une distribution convenable, pour recevoir l’énorme affluence des déposants.
Les Caisses d’épargne et de prévoyance ont pour objet de recevoir au fur et à mesure en dépôt les moindres économies des citoyens qui n’ont que leur travail journalier pour vivre , de faire fructifier ces modestes épargnes au moyen des ressources de l’intérêt composé, de les grossir enfin insensiblement jusqu’au moment où elles sont suffisantes pour avoir une destination utile, ou former un placement avantageux.
Le dix-huitième siècle, qui ne connut, lui, que les tontines, ne pouvait que mettre en avant l’idée d’appliquer les intérêts composés. C’est ce qu'il fit. Mais ce fut seulement en 1810 qu’on vit surgir en Angleterre, pays de calcul et d’application pratique, la première caisse d’épargne véritablement digne de ce nom, une caisse gérée gratuitement et dotée des fonds nécessaires pour garantir ses engagements. Le nombre des caisses d’épargne depuis lors alla toujours en augmentant , et, il y a quelques années , on en comptait dans le Royaume-Uni environ 500, dépositaires de 000 millions, qui appartenaient à plus de 300,000 personnes. En 1818, une société anonyme, à la tête de laquelle étaient des hommes dont les noms ont été constamment entourés de l’estime et de la reconnaissance publiques, fonda la Caisse de Paris sur des principes qui depuis ont servi de modèles aux autres. Outre le vénérable la Rochefoucauld-Liancourt, il nous sera permis de citer, parmi les fondateurs, deux honorables citoyens dont le nom se retrouve à côté de toutes les institutions utiles et bienfaisantes, MM. François et Benjamin Delessert.
Malgré l’exemple donné par la Caisse d’épargne de Paris, on ne comptait en France, à la fin de la Restauration, que treize établissements de ce genre. Depuis cette époque , leur nombre s’accrut dans une progression rapide, et qui indiquait suffisamment que les masses commençaient à apprécier les bienfaits de cette institution. En 183(i, il existait déjà 220 caisses qui avaient au trésor 93 millions, dont la moitié environ avait été versée par la Caisse de Paris. Au 31 décembre 1839, le solde total des caisses était de 167,474,629 fr. 23 cent.
Les lois du 5 juin 1833 et 31 mars 18.37, puis celle du 30 juin 1851 , modifièrent les bases sur lesquelles avaient été primitivement établies les Caisses d’Épargne. Le minimum de la somme à déposer est toujours cependant de 1 franc, sans fraction de franc. On ne peut verser plus de 300 fr. par semaine, et la somme appartenant à chaque déposant ne peut excéder 1 ,000 fr. ; les sociétés de secours mutuels sont seules
admises à avoir un dépôt de 8,000 fr. La seconde de ces lois réalisa en même temps une grande amélioration en autorisant les Caisses à verser en compte courant leurs fonds au Trésor public, qui leur en paye un intérêt de 4 p. 100. Il opère aussi sans frais le transfert d’une Caisse à l’autre dans toute la France. L’Etat devient ainsi l’administrateur de la fortune publique et privée; payant un intérêt de 4 p. 100, il est dans la nécessité d’employer les sommes qui, auparavant, restaient inactives dans ses coffres. La Caisse , de son côté, paye aux déposants un intérêt, non plus de 5 p. 100, comme dans le principe, mais seulement de 3 fr. 75 c. pour 100 fr. La différence entre 3 fr. 75 c. et 4 fr. est bonifiée au profit de la Caisse, qui subvient , au moyen des ressources qu’elle en tire , à ses frais d’administration. Cette réduction d’intérêts s’est opérée sans secousse ni perturbation ; car on avait déjà reconnu que les déposants avaient moins en vue un intérêt considérable qu’une accumulation successive de petits capitaux, la facilité de les retirer à volonté et la sûreté du placement.
Il y a trois classes d’individus auxquels les Caisses d’épargne peuvent surtout être utiles : les domestiques et autres gens à gages, les ouvriers, les habitants des campagnes.
Les premiers placent généralement mal leurs économies, en des mains peu sûres. Désabusés aujourd’hui par tous les mécomptes et toutes les pertes qu’ils ont subis, ils commencent à se servir des Caisses d’épargne.
Les ouvriers ont eu plus de peine à en prendre le chemin. Les préjugés particuliers à cette classe, les tentations, de funestes habitudes, de mauvaises connaissances , les en ont bien longtemps empêchés. Peu à peu, toutefois, ils sont arrivés à se convaincre que les Caisses d’Épargne sont, suivant l’expression de M. de Cormenin, des écoles de moralité, où le travail, fondé sur l’intérêt personnel, maîtrise les vices et les mauvaises passions des hommes. « Il n’y a pas d’exemple, dit M. B. Delessert, qu’un porteur de livret ait été condamné par les tribunaux. » Le nombre des ouvriers déposants s’accroît dans une rapide progression. Aujourd’hui ils forment la majorité des déposants nouveaux. Mais il n’en est pas de même dans les départements, pour les habitants des campagnes. Défiants et soupçonneux, ils ne veulent pas qu’on sache qu’ils ont de l'argent, ou bien ils se croiraient perdus s’ils le sortaient de la cachette où ils l’ont enfoui , et où il dort improductif jusqu’à ce qu’ils achètent un petit lot de terre. Que de capitaux ces habitudes inintelligentes n’enlèvent-elles pas à la circulation !
On ne peut mettre en doute un instant l’utilité des Caisses d’épargne. En prévenant de nombreuses douleurs, les habitudes d’ordre et d’économie qu’elles ont créées donnent de nouveaux gages à la paix, à la tranquillité publiques; car, il ne faut pas s’y tromper, le pauvre qui commence à avoir une petite propriété cherche dès lors à se garantir, par une économie soutenue, contre les privations de l’indigence, et, du moment où il a un petit pécule placé sur l’État, non-seulement il n’y attache pas moins d’importance que le plus fort capitaliste a ses trésors, mais il cherche sans cesse a le grossir. Si nous en voulions une preuve, il nous suffirait de citer un exemple. A l’occasion du mariage du duc et de la duchesse d’Orléans, 40,000 fr. turent distribués entre 1,760 livrets, qui furent répartis à Paris entre autant d’enfants. Le nombre de ces livrets était encore en 1843 de 1,098, et la somme due aux jeunes déposants était de 136,000 fr. : en Quatre ans et demi, elle s’était accrue de 97,000 fr.
On voit donc de quel intérêt il peut être pour le pays et pour les individus d’augmenter le nombre des Caisses d’épargne. Seconder le mouvement qui porte les petits capitaux vers ces utiles établissements, c est répandre dans la population des éléments de sécurité et de bonheur.
La Caisse centrale compte dix succursales dans Paris et six dans la banlieue. Elle est ouverte deux jours seulement par semaine pour recevoir les versements, et les cinq autres pour les remboursements. Les succur¬
sales de la banlieue ne sont ouvertes que le dimanche.
La Caisse d’épargne et de prévoyance est administrée par un conseil de directeurs qui compte un président, quatre vice-présidents, un secrétaire, quatre vice-secrétaires, dix-huit directeurs dont trois honoraires, trois censeurs, un agent général, et un caissier. Les fonctions de directeurs, censeurs et administrateurs sont entièrement gratuites. Il est délivré gratuitement à tout déposant qui verse pour la première fois, soit à la caisse centrale, soit à l’une des succursales , un livret numéroté , portant les noms et prénoms du titulaire, et destiné à l’inscription de toutes les sommes qui seront successivement versées ou retirées pour son compte. Chaque versement est signé sur le livret par le caissier et par l’un des directeurs ou administrateurs.
Aucun déposant ne peut être titulaire de plus d’un livret en son nom personnel dans la même caisse, ou dans des caisses différentes. (Loi du 22 juin 1845.) Tout contrevenant à cette disposition sera remboursé immédiatement sans aucune bonification d’intérêts, et ne pourra plus avoir de compte à la Caisse d’épargne. Toute personne qui vient faire pour elle-même un premier versement doit signer sur un registre à ce destiné , et donner exactement et par écrit ses nom, prénoms, âge, profession et demeure, afin que la propriété soit clairement établie. On peut effectuer un versement par l’intermédiaire d’un tiers pourvu d’une autorisation imprimée et signée. On le peut aussi au nom d’une société de secours mutuels ou d’utilité publique, en justifiant de l’approbation donnée pour la formation de cette société par l’autorité compétente, en déposant une copie du règlement de cette société, et en produisant un état nominatif indiquant les noms, prénoms, professions, demeures, et signatures de tous les membres du conseil d’administration de la société.
Le titulaire d’un livret sur lequel a été effectué un premier versement peut faire faire les versements subséquents.
Aucun versement ne peut être de moins d’un franc ni comprendre des fractions de franc. La loi du 30 juin 1831 interdit tout versement pour le compte dont le crédit s’élève déjà à mille francs, soit par le capital, soit par l’accumulation des intérêts.
Aucun versement ne peut excéder 300 francs à la fois, excepté pour les remplaçants militaires, qui peuvent déposer à la Caisse le prix total stipulé dans l’acte de remplacement.
A l’expiration de leur engagement, la somme excédant le maximum est employée à l’achat de rentes de cinq pour cent de la dette inscrite, lorsque le prix est au-dessous du pair, et en trois pour cent si le cours de la rente cinq pour cent dépasse cette limite. Les crédits des sociétés de secours mutuels , autres que celles déclarées établissements d’utilité publique, ne peuvent excéder la somme de 8,000 francs.
Toutes les sommes reçues sont immédiatement versées à la Caisse des dépôts et consignations en compte courant, pour être restituées en capital et intérêts à la Caisse d’épargne, sur sa demande, dans un délai qui ne peut excéder dix jours.
La loi a fixé a cinq pour cent les intérêts bonifiés par la Caisse des dépôts et consignations à la Caisse d’épargne.
Le conseil des directeurs fixe chaque année, an mois de décembre, le taux de l'intérêt qui sera alloué aux déposants pour l’année suivante.
Lorsqu’un compte a atteint 1 ,000 francs , il cesse de porter intérêt. La demande en remboursement doit être faite par le titulaire ou par le porteur d’un écrit signé du titulaire et légalisée par le maire.
Nous terminerons cet article sur les Caisses d’épargne, en déclarant que nous ne partageons pas à leur égard 1 opinion de M. Charles Dupin, qui les traitent de « lanterne magique des économies passagères du peuple, » et en donnant le compte rendu du mouvement financier de la Caisse d’épargne de Paris en 1850.
CHAPITRE LUI. — LA BANQUE DE FRANCE, LA CAISSE D’ÉPARGNE, LA BOURSE, ETC.
La Caisse d’épargne de Paris i
i reçu, en 1850,
pour
le compte des déposants ;
En 191,395 versements, dont,
26,002 nouveaux li-
vrets, la somme de .
25,678,692 fr.
En 783 transferts provenant des
Caisses d’épargne des dépar-
ments .
En arrérages de rentes, capita-
lisations, compensations. . . .
Ensemble .
27,315,898 fr.
Elle a effectué 53,911 rembour-
sements, dont 24,974 pour
solde, faisant ensemble .
Elle a payé, en 1373 transferts-
payements .
En 2,706 achats de rente. . . .
En 4 consolidations en rentes 5
pour cent à 80 .
En intérêts supprimés .
Total .
12,002,730 fr.
Ce qui présente un surplus de
recettes de .
Auxquels il faut joindre le chiffre soldant tous les comptes des déposants à fin décembre 1849, soit .
Ce qui donne pour solde dû à 1 7 1 ,723 déposants au 3 1 décembre 1850 .
Chiffre qui était représenté à fin décembre 1830 :
1° par l’actif en caisse et à la
Banque, de .
2° par le solde du compte courant à la Caisse des dépôts et consignations, s’élevant à. . .
A reporter .
Report . 37,367,193 56
3° parla somme réclamée du trésor, comme excédant de frais d’administration en 1848 et
1849, de . 415,246 81
4° par un arriéré de loyers restant à recouvrer . 4,135 23
37,746,794 fr. 94 c.
Montant de l’actif . 37,786,575 fr. 60 c.
La dette envers les déposants étant de . 37,746,794 94
176,73 4 fr. 74c.
L’excédant demeurant à la Caisse
d’épargne est de . 39,780 fr. 66 c.
somme qui , jointe aux immeubles appartenant à la Caisse d’épargne , forme tout son avoir avec les 20,0000 francs de rente sur l’État qu’elle possède encore.
Les deux établissements connus sous le nom de Bourse et de Banque sont propres aux temps modernes : c’est seulement depuis que le commerce est devenu une puissance qu’il a dû ressentir le besoin d’un
\ ue extérieure de la Bourse.
centre, d’une capitale, d’un tribunal. L’ancien système financier et commercial, qui a été en vigueur dans la France presque jusqu’à la révolution, n’avait guère besoin de ces institutions; au lieu de Bourse, il y avait les syndicats des diverses corporations de producteurs, de négociants, de commissionnaires qui s’administraient, se réglementaient, se jugeaient entre eux sous le contrôle des officiers municipaux et royaux. La Banque, plus nécessaire à cause du commerce international , n’était pas cependant centralisée comme dans notre temps, où le crédit se trouve si parfaitement organisé.
Avant Law, qui essaya les premières opérations de finance sur une grande échelle dans notre pays, on ne connaissait guère , en fait de valeurs fictives, que les rentes sur l’Hôtel de ville, sorte de prêt garanti par la parole royale, et dont de fréquentes banqueroutes avaient bien diminué l’importance et le titre. C’est donc au temps de Law seulement qu’il faut remonter
pour trouver les origines réelles des deux grandes institutions dont je m’occupe ici.
Law ayant émis des billets de banque hypothéqués sur les Grandes-Indes et sur le commerce de cette colonie, le lieu pour négocier et vendre ce papier-monnaie fut l’hôtel Quincampoix ; mais le nombre des billets et des agioteurs étant devenu immense, et l’espace pour les contenir se trouvant trop resserré, on fixa la place Vendôme, comme plus vaste et plus commode pour ces sortes d’opérations. Le chancelier de France, qui avait son hôtel sur cette place , incommodé du bruit de la foule, et scandalisé de ce trafic honteux , obtint, après huit jours d’instances, que la place fût vidée, et que ces espèces de séances financières fussent transférées autre part. Le prince de Garignan , profitant de l’occasion , offrit le vaste hôtel de Soissons, qui lui appartenait, le fit distribuer commodément pour les agioteurs, et tira un prix énorme de la location. La nouveauté de ces billets, source de ra¬
pides fortunes et de ruines plus rapides encore, avait fasciné les yeux ; mais quelques terreurs ayant, été répandues dans le public , et des étrangers ayant, retiré en numéraire pour plusieurs centaines de millions, la panique se répandit parmi les porteurs de papier-monnaie, qui vinrent tous à la fois réclamer leur payement. Dans l’impossibilité de rembourser la masse énorme de billets qu’elle avait mis en circulation, la Banque des Indes fut fermée; on sait le reste. Les chambres de la rue Quincampoix, puis des alentours de l’hôtel de Soissons, qui s’étaient louées jusqu’à cent francs l’heure, perdirent tout à coup leur valeur ; il y eut des revirements de fortune inouïs; tel qui montait jadis derrière le carrosse de son maître, devenu maître et riche à son tour, oublia que sa place était désormais à l’intérieur, et un helléniste obscur, l’abbé Terrasson , put dire qu’il répondait de lui jusqu’à deux millions. Law et le régent eurent , pendant six mois, entre les mains tout l’or et tout Far-
des Petits Pères, et ensuite au Palais-Royal, entraînant toujours à sa suite le tribunal de commerce. Ces perpétuels changements et l’insuffisance des divers locaux provisoires , décidèrent enfin la ville de Paris à construire un édifice assez vaste pour contenir tous les négociants, et assez commode pour réunir la foule des spéculateurs, quel que fut l’objet de leurs réunions commerciales.
La première pierre de la nouvelle Bourse fut posée le 24 août 1808, et les travaux commencèrent immédiatement , sous la direction de l’architecte Brongniart, qui avait donné le plan et qui dirigea les travaux jusqu’à sa mort, arrivée cinq ans après. Son convoi funèbre fit une station devant le monument encore inachevé, et les ouvriers, quittant aussitôt leur travail, formèrent la haie, tête nue, rendant ainsi hommage au talent et aux qualités du chef qu’ils avaient perdu. Les travaux, un instant suspendus, à la chute de l’Empire, ont été repris avec activité; l’installation de la Bourse et du tribunal de commerce put avoir lieu le .'J novembre 1826.
Ce monument est construit sur un plan parallélogramme d’environ 7 1 mètres de longueur sur 49 mètres de largeur, ce qui lui donne une surface de près de 3,500 mètres carrés. L’élévation complète offre un péristyle t complet, A ses quatre façades s’élève, avec une régularité majestueuse , une ordonnance de colonnes corinthiennes, sur un soubassement de 8 pieds de hauteur. Ces colonnes, soigneusement et légèrement construites, sont au nombre de soixante-six; elles ont une élévation de 1 0 mètres sur 1 mètre seulement de diamètre. Le péristyle supporte un entablement et un attique, qui forme à l’intérieur, autour de l’édifice, une superbe galerie couverte. Le perron par lequel on arrive à cette galerie occupe toute la largeur de la partie occidentale du monument; il est composé de seize marches en pierres de taille qui, légèrement inclinées, donnent à cette entrée principale un aspect majestueux et grandiose. La galerie où l’on arrive par cet escalier est ornée de nombreux bas-reliefs, qui représentent divers sujets relatifs au commerce et les différentes villes commerçantes de France. Quatre belles statues en marbre sont assises aux quatre angles du monument.
Ces quatre statues, réprésentations allégoriques de la Justice, du Commerce , de Y Industrie ci de F [(jricutture, forment, en général, une décoration en harmonie avec le style antique du temple; mais les places qu’elles occupent ne paraissent pas logiquement mot ivées. U Industrie et l’ Agriculture reléguées au second plan sur la façade postérieure du palais, ne sont-elles pas les causes dont le Commerce et la Justice spéciale sont Y effet et Y application? L’honneur de la façade antérieure, réservé aux deux personnifications de la Justice et du Commerce, ne paraîtrait donc dû qu’à l’obligation d’accompa¬
L’Industrie, par Pradier.
connues, continuèrent à avoir lieu, et formèrent la race aujourd’hui si nombreuse et si puissante des agioteurs et des joueurs sur les fonds publics. La Bourse, tel est le nom que reçut le centre de ces opérations nouvelles, fut placée d abord dans l’ancien palais Mazarin, puis dans une partie de l’édifice ou est aujourd’hui le Trésor: elle passa de là dans l’église
Le Commerce, par Dumont.
s’est trouvé mal à l’aise avpc la figure sérieuse de la Justice consulaire : la tête, sans expression, reçoit un caractère de lourdeur de la coiffure qui la surmonte; les cheveux, retenus sur le front par un diadème, et sur la nuque par une espèce de résille sans grâce, sont assez massivement traités pour donner au col une
L’Agriculture, par Seurre.
apparence de maigreur et de roideur, tandis que les longs tire-bouchons en forme de repentirs, descendant de chaque côté sur les épaules et la poitrine, affectent d une manière trop prononcée la forme d’un câble ou d’un cordage ; les draperies seules ont de l’ampleur ; la dénomination de la figure était, ce nous semble, suffisamment justifiée par la main de justice et les ta»
gner et de justifier l’inscription placée en lettres d’or sur le fronton du monument :