LA BANQUE DE FRANCE, LA CAISSE D’EPARGNE, LA BOURSE, ETC
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Le Conseil des prud’hommes se subdivise en deux tribunaux. Le premier, véritable arbitre de paix, appelé bureau de conciliation, qui se compose seulement de deux prud’hommes, un fabricant et un contre-maître , a pour mission de terminer à l’amiable les différents portés à sa barre. Ceux qui ne peuvent être conciliés par cet arbitrage sont déférés au bureau de jugement, où siègent ensemble tous les prud’hommes composant le conseil.
Or, sur les 3,051 causes qui ont été portées devant la juridiction du conseil, 2,921 ont été conciliées par le bureau de conciliation,
130 seulement ont résisté à cet arbitrage amiable et ont été décidées par le bureau de jugement.
Mais les fonctions des prud’hommes ne sont pas seulement administratives; elles sont quelquefois aussi judiciaires, et présentent par là quelque analogie avec celles des juges de paix. En etïet, les prud’hommes peuvent punir d’un emprisonnement, qui cependant ne doit jamais excéder la durée de trois jours, tout manquement grave des apprentis envers leurs maîtres, tout délit tendant à troubler l’ordre et la discipline dans les ateliers.
Une juridiction qui éteint ainsi à leur naissance la presque totalité des différends qui ne s’élèvent que trop fréquemment dans l’industrie, parut offrir trop d’avantages pour qu’on hésitât à lui donner toute l’extension qu’elle pouvait comporter. Une ordonnance royale en date du 9 juin 1 847 porta à quatre le nombre des conseils de prud’hommes fonctionnant à Paris , en groupant sous une dénomination générale, attribuée à chacun de ces conseils, les différentes industries qui s’exercent dans la capitale, et qui ont été réunies en catégories suivant leur plus ou moins de similitude et d’affinité entre elles.
Ainsi le premier conseil, appelé le conseil clés métaux, comprend cinq catégories.
Le second conseil, désigné comme conseil des tissus, est divisé en six catégories.
Le troisième conseil, qui a pour dénomination les produits chimiques, comprend également six catégories.
Le quatrième conseil, dans lequel on a groupé les industries qui échappaient aux premières classifications, en a pris le nom de conseil des industries diverses. Il compte six catégories.
Chacun de ces quatre conseils est composé de quinze prud’hommes, dont huit sont
choisis parmi les fabricants, et sept parmi les contremaîtres et ouvriers patentés. Il compte en outre douze suppléants choisis en nombre égal parmi les fabricants et les contre - maîtres. Chaque catégorie
Métaux . 1,463
Tissus . 1,051
Produits chimiques. . . 1,064
Industries diverses. . . 1,280
Il faut reconnaître que, lors des élections, les électeurs montrèrent peu de zèle pour l’exercice de leur droit. Un tiers seulement des électeurs inscrits déposa son vote.
Était-ce répulsion contre l’institution elle-même, ainsi que les opposants ont voulu le faire entendre; était-ce seulement insouciance? On serait tenté de le croire. La répulsion se traduirait par des actes plus énergiques que cette absence muette qui équivaut à un consentement : les opposants qui, d’après ce calcul, formeraient la majorité , se seraient au contraire rendus au scrutin pour imposer le choix d’hommes partageant leurs opinions. C’est la force de l’opposition qui fait les luttes électorales animées. L’absence des électeurs et le calme des opérations accusent un laisser-aller, une indifférence qui naît de la confiance dans le jeu régulier de l’institution elle-même.
Ce n’est pas que son organisation ne prête sérieusement à la critique et ne puisse soulever de très-graves objections. On peut attaquer d’abord la composition des listes électorales , où l’élément fabricant domine presque seul et où les véritables intérêts ouvriers ne
sont pas suffisamment représentés; d’autre part, la composition même du conseil doit amener d’inévitables mécomptes. La multitude d’industries dissemblables groupées dans chaque conseil ne permet qu’à un petit nombre d’entre elles d’y être représentées, en sorte que les autres risquent de ne pas trouver de juges suffisamment compétents ; ce qui est cependant le but même de l’institution.
Quoi qu’il en soit de ce dernier reproche, qu’il était presque impossible d’éviter dans un centre de fabrications aussi variées, d’industries aussi multiples que celles qui se groupent dans la capitale, les quatre conseils sont actuellement en fonction.
Ils ont été installés dans un édifice situé rue de la Douane, et dont nous donnons la vue ii nos lecteurs.
Ce bâtiment, dont l’aspect ne manque pas d’élégance, appartient à M. Levaillant, et il est loué par la ville de Paris pour cette destination, moyennant 9,000 fr. Le bail n’a que neuf années à courir au maximum, et il est à supposer que, dans l’intervalle, la \ille de Paris installera définitivement les conseils dans une de ses propriétés communales. Au reste, l’installation actuelle, bien que nous ne puis-
vue extérieure du bâtiment du Conseil des prud’hommes, rue de la Douane.
1 nomme, par élection, deux, trois ou quatre pru- I d’hommes, suivant son importance.
Salle de jugement du conseil des prud’hommes.
En résumé, les soixante prud’hommes et les quarante-huit suppléants qui composent les quatre conseils sont choisis par quatre mille huit cent cinquantehuit électeurs ainsi répartis :
TABLEAU DE PAKIS.
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sions la considérer comme définitive, est convenable, et nos lecteurs peuvent en juger d’après les dessins que nous mettons sous leurs yeux.
Comme attribut et marque distincthe de lems fonctions, les prud’hommes reçoivent lors de leur élection une médaille qu’ils suspendent à leur cou par un large ruban. Cette médaille est personnelle, et chaque prud’homme, en déposant sa magistiatuie industrielle, la conserve comme un témoignage de la confiance dont il a été l’objet. C’est un titre dont il peut se glorifier, car il le doit à l'estime et au libre suffrage de ses concitoyens et de ses confrères, qui l’ont choisi pour leur arbitre et leur juge. '
Revenons un peu à la Bourse. Les alentours de ce monument doivent être considérés comme le centre du commerce parisien. Les principales maisons industrielles, les divers offices de publicité, les riches magasins, les grands fabricants et les grands marchands se sont
réunis autour de leur temple, sur la place qui l’environne et qui l’isole, et dans les rues qui y aboutissent.
D’une part, voici la rue Vi vienne, largement échancrée par la place : au coin, Crocé-Spinelli, dont l’enseigne orgueilleuse annonce vingt-cinq mille bijoux à la disposition des acheteurs; et un peu au-dessus, en remontant vers le boulevard, les maisons plus sérieuses de Ledagre et de Guillemin. Si nous redescendons toujours, en suivant la rue Yivienne jusqu’au théâtre du Vaudeville, cette bonbonnière oii tout Paris se presse depuis un an pour entendre la Dame aux Camélias , nous trouvons de nouvelles et différentes illustrations commerciales : Sorré-Delisle, le sanctuaire de la mode, le rendez-vous de toutes ces gracieuses futilités, de tous ces riens élégants, qui constituent le nec plus ultrà du luxe féminin, attirail de bon goût dont sont encombrés tous les boudoirs de l’aristocratie. Susse, autre antique renommée, étale à
côté ses tableaux éclatants de fraîcheur et de vernis, ses statuettes, ses mille ornements, ses mille meubles légers, rivaux des chefs-d’œuvre de Tahan, qui est le Boule de notre époque, et de Boule, qui fut le Tahan de son siècle. Et je ne parle ni du splendide café , ni de l’opulente pâtisserie, ni du magasin qui se pare de l’ambitieuse appellation de Palais de Cristal. Passons à l’autre façade : en regard des statues de l'Industrie, du Commerce, voici des traducteurs, des commissionnaires pour les cinq parties du monde, des bouquinistes même. Et là-bas, dans le coin, un torrent de bricà-brac échappés de l’hôtel Bullion, qui se répand sur huit ou dix devantures, et qui fait reluire au soleil naturel ou bien au soleil hydrogène chacun de ses (lots; ici, un habit pailleté de l’ancienne cour; là, une panoplie restaurée; plus loin, un vitrail sauvé de la dévastation de quelque église gothique.
Les offices de publicité, les bureaux de traduction,
les fonds d’agents de change, occupent les deux autres côtés du quadrilatère. Un office de publicité, c’est un établissement moderne, qui remplace avantageusement les cent bouches et les cent voix de la mythologique Renommée. Au lieu de cette déesse bruyante et difforme, vous ne verriez qu’un petit nombre de mortels , jeunes ou vieux , beaux ou laids, assis sur le classique fauteuil de cuir,£derrière le non moins classique bureau de sapin noirci , et et au milieu d’un véritable chaos de journaux et de paperasses imprimées. Ne vous y trompez pas; c’est laque se font la gloire, la réputation , la célébrité, la fortune, à tant la ligne et à tant par mois. Avez-vous l’intention de lancer une entreprise quelconque, de faire rayonner votre nom sur tous les murs de l’Europe, voire même du monde; de surprendre tout citoyen à son réveil , après son déjeuner, au café, entre une demi-tasse et une partie de dominos, au cabinet de lecture, entre un roman et une digestion laborieuse, pour lui imposer votre nom et votre découverte , adressez-vous à l’office de publicité! Moyennant un
Les caricatures politiques chez Aubert.
prix tarifé d’avance (inutile de marchander), ces messieurs rempliront de votre éloge, de votre panégyrique, de votre apothéose, selon l’argent par vous déboursé, la quatrième page de tous les journaux qui s’impriment sous toutes les latitudes. Pour peu que vous y teniez, l’annonce sera traduite en plus de langues que la Bible elle-même; elle figurera dans le Moniteur de Pékin, dans la Gazette officielle de Honolulu , et dans le Journal de la cour de Sa Majesté Soulouque. Demandez à Leperdriel , à Régnault , de pectorale mémoire ; demandez au célèbre Charles-Albert, qui a rendu leurs noms plus fameux et plus retentissants que les noms de César et d’Homère?
Les bureaux de traduction présentent une apparence analogue; seulement, au lieu de distribuer la gloire au plus juste prix, ils s’emploient seulement pour réparer le plus possible le tort immense qu’a produit dans les affaires cette confusion des langues arrivée lors de la tour de Babel. Les traducteurs, occupés à tant la ligne, n’ont aucune prétention littéraire : ils s’escriment, lexique en main, contre les
difficultés d’un journal étranger, à l’article Cours de la bourse et variations de prix des marchandises. Quelquefois leur besogne est inverse , et on les prie de mettre du mauvais français en italien ou en anglais de même valeur : mais le plus souvent ils cultivent la version au lieu du thème, et il est rare qu’on leur donne à translater des articles de fond. Cette dernière besogne ressort de M. Havas, ou des traducteurs spéciaux attachés aux principales feuilles publiques.
N’oublions pas, pour compléter cette description de la place de la Bourse, de donner un mot de souvenir et* même de regret à l’étalage 4’ Aubert, qui, pendant bien des années, brilla radieux au coin de la place et de la rue de la Bourse. Véritable musée de la caricature, de la caricature bourgeoise et politique, il Ut toujours, devant son vitrage, stationner bouche béante et les yeux grandement ouverts, une foule curieuse et compacte. C’est que la caricature, cette arme du ridicule, est une véritable puissance à Paris, et l’on pourrait dire , sans trop s’engager, que plus d’une révolution a commencé devant l’étalage d’Aubert.