CHAPITRE LV. — LES ÉCOLES
vices les plus intelligents et les plus foncièrement utiles! Mais revenons à l’école d’application, i Les élèves entrent à l’école au 1er janvier de chaque
année, et en sortent habituellement vers la fin de novembre, après avoir terminé leurs examens.
Du 1" janvier au 1er juin, la vie est uniforme. Dans
la matinée, chaque division assiste à l’un des cours suivants : géométrie descriptive, astronomie, géographie, statistique, topographie, géodésie, fortification,
Salle des cours.
artillerie, art et administration militaire. Le soir, ils ont un cours d’équitation, de langue allemande ou de dessin Ou paysage. Une heure leur est donnée pour
déjeuner, heure pendant laquelle ils peuvent sortir de l’école ou recevoir chez eux; à midi, ils ont une demiheure de repos, et à cinq heures ils sont libres. Les
autres moments de la journée sont pris pour les interrogations des professeurs et les travaux graphiques dans les salles d’études, travaux pendant lesquels ils
peuvent, tout en travaillant, causer, si bon leur semble. A onze heures du soir, ils doivent être rentrés à l’école, et, comme preuve de présence, signer sur un registre vérifié par l’officier de semaine. Pendant le
15 Cent. LA LIVRAISON. — 145' et 146" Li\r.
Le rnauége.
temps du carnaval, on leur accorde quatre permissions de minuit et quatre de une heure et demie du matin par mois.
Au mois de juin les cours sont terminés, et le temps
Aux bureaux de l’Illuxtration, rue de Richelieu, 60.
du passage de la théorie à la pratique est venu. Topographie, fortification, art militaire, artillerie même, reçoivent leur application sur le terrain. Plus de trois mois sont consacrés à ces exercices, qui ne sont pas
Paris typ. de ftriwn onxvr, 5fi, rue jacob 20 C par la poste.
la partie la moins importante de l’éducation militaire
des sous-lieutenants élèves.
Ce que l’on fait réellement, ce que 1 on manipule soi-même, si nous osons nous exprimer ainsi, se grave facilement et profondément dans l’esprit. Quinze jours de topographie sur le terrain valent mieux que deux mois d’études théoriques. Le tracé d’une redoute, le jetage d’un pont, une reconnaissance militaire réelle faite à cheval, dans un terrain où Ton suppose la présence de l’ennemi, sont des exercices qui ne s’oublient jamais et dont, au besoin, on retrouve les données. Si nous ajoutons à ces importants travaux les visites que font à tous les établissements militaires de la capitale, aux hôpitaux, aux manutentions, aux magasins de fourrages, aux casernes, aux plans et reliefs des Invalides, les officiers élèves de l’école d’application, nous aurons le programme à peu près complet des études sérieuses auxquelles se livrent pendant deux années ces jeunes gens.
Ils sont casernés et occupent deux par deux des chambres commodes, spacieuses, meublées sans luxe, mais avec tout le confortable que peuvent exiger de jeunes officiers de 20 a 23 ans. Un lit avec rideaux à carreaux rouge et blanc, une commode, un fauteuil, deux chaises, une table et tous les accessoires nécessaires à la toilette, composent le mobilier du sous-lieutenant elève 7 Loisible à chacun d’orner de son mieux et suivant son goût ou ses instincts le séjour qu il doit habiter deux ans.
Pour les uns, c’est une panoplie d’armes ; pour les autres, une panoplie de pipes; dans une chambre, on trouve les murs tapissés de cartes de géographie ; dans une autre, ils sont surchargés de lithographies , de caricatures , d’aquarelles , de mines de plomb. Nous avons vu jusqu’à des collections de coléoptères dans des cadres; mais il est juste de dire que les ornements le plus généralement admis, sont les sabres, les épées, les pistolets et les pipes. Lorsque le sous -lieutenant élève peut croiser une belle écume de mer avec un riche yatagan, une épée de combat avec une Hissa kabyle, surmonter le tout d'un fusil de chasse et d’une carnassière appendus au bois d’un daguet, il se vante de posséder la chambre la mieux ficelée de rétablissement.
Il n’est pas d’école qui ait moins fait parler d’elle en mal depuis sa fondation. Saint-Cyr s’est révolté plusieurs fois, et on a été obligé souvent d’en venir avec ses élèves à de dures extrémités. Saumur a été célèbre jadis par les dettes que contractaient les jeunes officiers; on en pourrait dire autant, sans calomnie, de Metz. L’École polytechnique oublie bien encore de temps en temps les graves enseignements de la science pour soulever bruyamment son manteau couvert d’.r et d ’j ; l’École d’état-major, elle, n’est jamais sortie de sa réserve. On trouve ses élèves à cheval pour se joindre à leurs frères de l'armée, on ne les rencontre point risquant leur avenir sur une carte, ou déposant l’épée du sous-lieutenant pour reprendre la casquette de l’écolier.
Ce court exposé doit faire voir que l’École d’étatmajor est plutôt un établissement où fie jeunes et studieux officiers viennent continuer et compléter leur
éducation militaire, qu’une école proprement dite.
Depuis quelques années on a obtenu pour elle de notables améliorations; Tune des plus importantes est relative à l’équitation. Jusqu’à Tannée 1842, les élèves n’avaient pour toute instruction équestre que celle qu’ils recevaient dans un des manèges de Paris, trois fois par semaines, le matin, pendant deux heures. C’était insuffisant pour des officiers qui sont appelés à faire à l’armée leur service continuellement à cheval ; aussi le corps d’état-major, il faut le reconnaître, ne brillait pas par son habileté équestre. Pour remédier au mal, on a fait bâtir un beau manège dans la partie la plus reculée du jardin de l’hôtel; on a affecté de bons et beaux chevaux de remonte à ce manège, des cavaliers détachés des régiments pour les soigner, un officier pour surveiller chevaux, cavaliers et élèves ; les leçons sont doublées, l’équitation est poussée avec vigueur; et maintenant, si les jeunes officiers d’étatmajor n’ont pas la science des Daure et des Baucher, ils ont du moins toutes les connaissances hippiques nécessaires, toute la solidité et 1 adresse pour pouvoir être cités comme de très-bons écuyers militaires.
Une chambre d’élèves.
L’École d’état major, outre son manège, possède encore une belle bibliothèque militaire où chaque élève peut, à toute heure du jour, puiser pour son instruction ou pour son agrément.
Comme nous l’avons dit, à la tête de l’École se trouve un général de brigade en activité. Cette position est fort recherchée de nos officiers généraux ; et cela se conçoit; c’est un poste éminent pour lequel on veut habituellement des hommes d’un caractère agréable, d’une instruction solide, et dont les services méritent une récompense. Il a été occupé successivement par des généraux de la plus grande distinction, et l’École n’oubliera jamais les noms des Després, des d’Hautpoul, des Pelet, des Aupick, etc., etc.
Partons-nous maintenant du n° 1 38, rue de Grenelle Saint-Germain où se trouve l’École d’état -major au sommet de la montagne Sainte-Geneviève, piédestal de l’École polytechnique, la plus populaire de toutes les écoles.
/école polylechniqne. — L’École polytechnique a été fondée en frimaire an 111 (décembre 1794), sur le modèle, en plusieurs points, de l’ancienne école de Mézières, d après le plan et les idées de l’ingénieur Lamblardie et du savant Monge, qui furent appuyés
vivement, dans le Comité de salut public, par Carnot et Prieur ( de la Côte-d’Or ) , tous deux élèves de Monge, à Mézières. L’illustre Fourcroy fut chargé du rapport : son travail est digne de sa science et de sa réputation. On vota la fondation de l'École, et Lamblardie en fut le premier directeur.
On confia le soin de former le cabinet de physique à Barruel; celui de recueillir les modèles pour le dessin d’imitation à Neveu ; celui de rassembler les dessins et modèles d’architecture à Lesage, assisté de Lornet et Baltard; celui de fonder le laboratoire de chimie à Carny, etc.
La commission des travaux publics désigna, pour y établir l’École, quelques dépendances du palais Bourbon, telles que les écuries, les remises, la salle de spectacle et l’orangerie. Lamblardie et Gasser eurent la direction des travaux jugés indispensables pour approprier ces localités à leur nouvelle destination. Chacun s’acquitta avec zèle, promptitude et succès des travaux qu’on lui avait confiés. Il est à regretter que le désir d’arriver vite au but ait rendu le gouvernement d’alors peu scrupuleux sur les moyens de se
procurer les objets nécessaires. On mit bien à contribution les propriétés de l’État, mais on ne re.rpecta pas toujours lespro priétés des particuliers.
« Le sentiment pénible excité par de pareils souvenirs, dit M. de Fourcy, auteur d’une bonne histoire de l’École , est à peine adouci par la pensée qu’en cette occasion ce fut la science, la patrie, et non la cupidité, qui profita de ces tristes dépouilles. »
On ne tarda pas à régler par des lois les conditions d’entrée et de sortie, les cours, l’administration, les examens, les avantages réservés aux élèves, etc. Des améliorations partielles ont été successivement introduites, mais le plan général est resté le même.
La première ouverture des cours ordinaires eut lieu le 24 mai 4793, et Lagrange ajouta beaucoup à cette solennité en y faisant sa première leçon en présence de la totalité des élèves et des instituteurs eux-mêmes, qui s’empressèrent de se ranger parmi ses auditeurs.
La translation de l'École polytechnique dans les bâtiments du collège de Navarre, où elle est encore, s’effectua le 11 novembre 1803. Il a fallu d’assez grands frais pour approprier ces anciens bâtiments à leur nouvelle destination. L’hôtel du général-gouverneur de l’École, oii sont aussi les appartements du colonel-sous-gouverneur, ceux du directeur des études, les bureaux de l’administration, etc., est d’une construction récente ; la porte d'entrée des élèves, dont nous donnons le dessin, a été bâtie il y a seulement quelques années, par INI. Baltard, architecte de l’École. De nombreuses critiques, à notre avis fort justes, ont été faites de ce travail. La statue de Minerve, appliquée à la clef de voûte, est du plus mauvais effet; les médaillons de Bertholet, de Lagrange, de Monge, de Laplace, de Fourcroy, ont été confiés à des mains inhabiles.
La rentrée a lieu dans le mois de novembre; et les promotions se composent généralemant de 150 à 4fi0 élèves. C’est un grand jour pour tous ces jeunes gens studieux, qui ont eu besoin de tant de courage et de