CHAPITRE LY. — LES ECOLES
tant de persévérance pour arriver à ce point qui doit leur procurer une position honorable dans le monde, et qui leur donne le titre d’élève de l'École polytechnique dont ils s’honoreront toute leur vie.
Parmi les élèves admis, il en est 30 au moins qui sont sans doute animés d’une joie plus vive. La fortune ne les a pas fait naître dans des familles en état de leur ouvrir une carrière ; ils ont su, par leur intelligence et leurs travaux, se conquérir les faveurs du gouvernement, qui leur a concédé des bourses ou des demi-bourses dont il dispose. De ces concessions gratuites huit sont distribuées par le ministre de l’intérieur, quatre par le ministre de la marine, et douze par le ministre de la guerre. Honneur au grand peuple qui sait ainsi encourager le mérite dès la jeunesse ! honneur surtout à ces enfants studieux qui attirent sur eux la faveur publique ! Nul ne peut obtenir une place gratuite ou demi-gratuite s’il ne fait partie des deux premiers tiers de la liste générale d’admission. Tous les gouvernements, depuis la fondation de l’École, l'ont couverte d’une protection plus ou moins éclairée, mais toujours puissante. Le peuple la protège à sa manière, en témoignant aux élèves son admiration et ses sympathies. Le duc d’Orléans, qui avait suivi les cours en qualité de stanle (externe), aimait l’École et payait même chaque année la pension de quelques élèves pauvres.
Les élèves ne manquent jamais de placer leur carrière sous la protection d’une charité mutuelle; des fonds sont faits par les élèves pour acquitter la pension de quelques camarades pauvres que leur mérite a fait admettre, mais que le peu de fortune de leurs familles empêcherait de rester à l’École. Les élèves ne connaissent pas leurs pensionnaires ; c’est un secret entre ceux-ci et deux caissiers choisis parmi eux dans la masse. Le secret est toujours fidèlement gardé. Il est arrivé ainsi dans ces derniers temps qu’un officier, adopté ainsi par ses camarades, a économisé sur ses très-faibles appointements pendant douze ou quinze années, la somme qu’on avait dépensée pour lui, et l’a remise aux deux caissiers sans se faire connaître, pour qu’elle servît à la pension d’un élève comme lui sans fortune. C’est une imitation de la fameuse pièce d’or de Franklin, qui mérite de trouver à son tour des imitateurs.
Avec quel saisissement et quel noble orgueil les élèves se présentent pour la première fois à l’École i C’est le but qu’ils ont sous les yeux depuis leur enfance; c’est là ce qui leur a donné le courage nécessaire pour vaincre les énormes difficultés d'études longues et sérieuses. En parcourant le programme d’admission, on s’étonne que des jeunes gens puissent se livrer à dps travaux si graves et si divers; et ce ipii rehausse l’honneur du succès, c’est qu'on voit, par la liste des concurrents, que deux sur trois succombent dans des examens de jour en jour plus difficiles.
11 n’est pas besoin de dire que la direction des études et les cours de l'École polytechnique ont toujours été confiés à l’élite des savants. 11 suffira de nommer, parmi ceux qui ne sont plus, les Monge, les Lagrange, les Fourcroy, les Laplace, les Malus, les Prony, les Poisson, les Ampère, les Bertholet, les Petit, les Dulong, les Regnaud, les Andrieux, etc.
Les professeurs actuels sont dignes de leurs devanciers, dont ils ont été les plus brillants élèves.
De vastes amphithéâtres, de beaux laboratoires, des cabinets curieux , une riche bibliothèque, fournissent aux jeunes gens tous les moyens de s’instruire, et d’habiles répétiteurs servent d’utiles intermédiaires entre les laborieux élèves et leurs savants professeurs.
On ne dessine à l’École que le soir. Le salle, qui faisait partie d’une ancienne chapelle, et dont nous donnons un croquis, est parfaitement disposée pour dessiner à la lumière.
Une des préoccupations des élèves qui entrent est celle du triple uniforme, si élégant et si populaire. On ne se sent véritablement élève que quand on a I ceint l’épée et porté le petit chapeau historique. C’est
comme la consécration extérieure, et il semble bien naturel que la brillante jeunesse de l’École s’y montre sensible et soit fière d’un costume qu’ont revêtu tant d’hommes illustres, et qui s’est fait honorablement remarquer dans plusieurs circonstances glorieuses, notamment en 181 1, à l’affaire de la barrière du Trône, et en 1830, aux journées de Juillet.
Aussitôt que l’uniforme est prêt, et cela n’arrive
Porte de l’École polytechnique.
jamais assez vite au gré des nouveaux , une revue solennelle dans la grande cour de l’École est passée par le général , accompagné de son état-major. La même revue se renouvelle de temps en temps dans le cours de l’année. C’est, avec l’uniforme, et , en quelques cas fort rares, les honneurs de l’Abbaye, à peu près tout ce qui reste de militaire dans cette École, qui a eu longtemps des exercices, des fusils et même des pièces de canon.