‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 107 sur 146 · COLLÈGE DES QUATRE NATIONS. 27 I · texte numérisé non relu

COLLÈGE DES QUATRE NATIONS. 27 I

C'est une retraite honorifique et où Ton digère en paix.

Il y a un sous-principal que les écoliers appellent cM'en de cour, parce que, semblable aux chiens des bergers, son emploi est de contenir la gent scolastique dans une grande cour, jusqu'au moment de l'ouverture des classes. 11 a droit de moyenne et basse justice.

La chaire de mathématiques est la plus considérée et la mieux remplie. Elle fut moins souillée de pédants que les autres. Le célèbre astronome La Caille la remplit longtemps, avec un zèle qui n'eut de boraes que celles de sa vie. Il mou* rut eu sortant de donner leçon.

Les deux plus hautes classes sont celles de logique et de phy* sique, sous la dénomination générique de philosophie. Les grimauds plus âgés qui la fréquentent, et qui sont pour la plupart des séminaristes de Saint-Sulpice, se donnent assez iridiculement le nom de messieurs les philosopher.

La classe appelée rhetorica a deux régents à elle seule, qui tour à tour se chargent de faire des poètes et des orateurs. C'est là qu'on fabrique deux fois par jour, à coups de Gradus ad Pamasmm et de Boudot, des harangues et des vers soi-disant latins. Ces deux iségents, mais eux seuls, ont droit au rectorat, 6t peuvent prétendre à se faire monseigneuriser au moins pendant trois mois.

On a vu de ces pédants, à qui la tête avait tourné, se croire capables de l'éducation d'un dauphin, parce qu'ils avaient revêtu la ceinture violette. Il n'y a point d'orgueil comparable à celui d'un cuistre de collège, parvenu avec le temp3 à cette dignité. Quand il se promène quatre fois par an au milieu des fourrures des quatre facultés qu'il préside, il se croit à la tête des sciences humaines. Le premier coup d'œil qu'on jette sur cet individu violet, gonflé de pédagogie, est de dérision ; le second est de pitié.

da collège Uazarin dans un bonnet d'Ane. Ce sont les troupes légères de la Sorboone ; il faut crier : point de Mazarin t {Note de Véditeur.)

On a vu aussi cette chaire de rhétorique occupée par des gâte-papier, qui passaient tout le temps de la classe à corriger les épreuves de V Année littéraire, quMls composaient à tant la feuille. Ils levaient la férule sur les écrivains les plus célèbres aussi effrontément que sur les doigts de leurs écoliers.

Les autres régents des classes inférieures sont à Tavenant, c'est-à-dire, plus plats et plus ignares les uns que les autres. Us ont pris la qualification peu française de professeurs cThumanités; mais assurément ils ne le sont pas d'urbanité.

On peut reprocher à ces régents une cruauté gratuite, et que l'Université devrait leur interdire. Ce n'est plus un châtiment, c'est un supplice. Imaginez un pauvre enfant de huit à neuf ans, qui se traîne au pied de la chaire en sanglotant, que deux correcteurs saisissent et frappent de verges jusqu'au sang. Sou* vent le professeur d'humanités exige que l'innocent martyr compte lui-même les coups qu'on lui donne. Ce n'est point une exagération : plusieurs enfants de ma connaissance ont été déchirés à la lettre sous les ordres de ces pédants barbares, que les parents devraient punir de leur lâche attentat; et comment concèdent-ils cette portion de leur autorité à un cuistre, qui le plus souvent n'est pas fait pour être admis dans leurs maisons ?

C'est à ce collège qu'il est arrivé à ce sujet une scène tragique. Un grand écolier de rhétorique qu'on voulait soumettre à cette peine honteuse, mit en déroute régents et correcteurs. On appella un robuste Auvergnat, malheureux porteur d'eau. L'écolier, armé d'un double canif, le menaça longtemps^ et enfin le perça d'un coup mortel. N'aurait-on pas dû faire le procès au vil latiniste, qui porta ce jeune homme à se rendre coupable d'un homicide à l'entrée de sa carrière? Eh ! ces pédants oseront toucher à Homère, à Virgile, à Tacite ! Est-ce ainsi qu'Orphée humanisa les sauvages de la Thrace? Quoi, frapper du châtiment des esclaves une jeunesse innocente qui se destine à la culture des belles-lettres ! Et Tindividu violet qui fait tant de

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