‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 108 sur 146 · COLLÈGE DES QUATRE NATIONS · texte numérisé non relu

COLLÈGE DES QUATRE NATIONS

mandements, ne devrait-il pas en publier un pour abolir cette violence qui déshonore rinstruction de FUniversité?

La bibliothèque Mazarine est dans ce collège. Tous les livres philosophiques en sont proscrits. On donne à lire Lucrèce tant qu'on veut ; on prête volontiers Rabelais; mais qui demande- * rait rÉmile de Rousseau, ou les œuvres de Boulanger, serait fort mal reçu par le bibliothécaire, docteur de Sorbonne.

La bibliothèque composée de près de soixante mille volumes, en compte au moins la moitié en livres polémiques de religion. 11 n'y a que quelques années qu'on y fait entrer Racine et Corneille. Mais les amateurs de Jansénius, Quesnel et Molina y trouvent tout ce qui a été imprimé sur ces trois écrivains.

Quand Franklin vint visiter cette bibliothèque, on ne put lui montrer ses œuvres.

Cette bibliothèque a trois mois et demi de vacance, et n'ouvre précisément ses portes qu'au moment où la saison devenue rigoureuse, rend l'étude impraticable dans un bâtiment immense où le feu est interdit. Et voilà comme on est venu à bout de rendre illusoire la seule bonne œuvre que le cardinal Mazarin ait faite en sa vie.

Souvent quelques écoliers s'échappent de leurs classes^ laissent là Tite-Live et Térence, pour venir lire Montaigne ou Molière. Qu'ils sont tristes quand le terrible inspecteur de la cour les a reconnus ! 11 les arrache à tous les livres modernes et les renvoie impitoyablement écouter les sottises de leur régent.

On fait en tout genre de singulières demandes aux adjoints d'une bibliothèque publique. L'un dit : donnez-moi un livre qui enseigne à faire de l'or; un autre : Prêtez-moi le volume le plus amusant des Œuvres de saint Augustin; un homme en cheveux blancs demande à emprunter l'Art d'aimer d'Ovide, un soldat pose son sabre et veut qu'on lui prête l'Histoire de toutes les 6atailles. Le public fait des titres de livres auxquels les écrivains les plus bizarres n'ont jamais songé.

D'assidus compilateurs sont là, copiant incessamment une multitude d'ouvrages vides de sens; on ne sait ce qu'ils cherchent; on dirait qu'ils ont horreur du papier blanc et .qu'ils ne veulent que lu noircir.

xcn:

Proiiienafle« publiques*

Les parisiens ne se promènent point, ils courent, ils se précipitent.

Le plus beau jardin se trouve désert à telle heure, à tel jour^ parce qu'il est d'usage ce jour là de faire foule ailleurs. On ne voit pas la raison de cette préférence exclusive; mais cette convention tacite s'observe exactement.

Dans l'allée choisie où reflue la multitude, on s*y embarrasse, on s'y heurte, on s'y coudoie, et les flots ù^y sont pas moins agités que ceux des spectacles.

Tantôt la poignée d'une épée s'engage dans les plis d'un falbala dont elle arrache un lambeau. Tantôt le bout du fourreau s'an'ête dans une garniture de points et déchire une vingtaine de mailles. Les boutons des habits emportent les fils délicats de la blonde des jnantelets^, et l'on n'est occupé qu'à faire une profonde inclination aux femmes dont le pied presse involontairement la robe.

Là les douarières ont le tic de faire l'enfant, et les filles de douze ans affectent l'air de l'âge mûr et réfléchi; de sorte qu'à Paris Paimable 'adolescence n'est pas plus de mise dans la société que' sur le théâtre.

Point de visage féminin qui ne s'étudie à dissimuler sa date. Que 9e soins secrets pour dérober les rides naissantes! Mais le grasseyement d'une prononciation débile ne sert pas à déguiser les années.

Les filles entretenues ont pris le pai'ti de se mettre très-décemment; et si elles continuent, il faudra les connaître pour ne

Page 1