L'ALLÉE DES VEUVES
trent semblent à l'œil des passants être de la maison) ne favorisent que trop dans Tenceinte tortueuse de Paris et dans une si grande population un vol aussi atroce que bizarre.
Ces femmes ont des dragées et des habits d'enfants tout préparés, mais d'une mince valeur : elles épient ceux qui sont les mieux habillés; et en un tour de main elles s'emparent du bon drap, de la soie, des boucles d'argent, et y substituent une souquenille grossière.
Les enfants amadoués ou se laissent faire, ou pleurent, ou crient : une complice prend le ton et les manières d'une gouvernante, les gourmande; et les passants de dire ; Ah, le petit rmtiny il faut lui donner le fouet! Que dit le père quand il revoit son pauvre enfant sous im accoutrement étranger, deux fois trop large et où la vermine est logée? Ainsi disait le vieil Isaac : c'est la voix de Jacob ; mais ce n'est point sa robe.
Ce brigandage ne pouvait s'exercer que dans une ville immense et populeuse. Les plaintes réitérées de quelques parents ont fait poursuivre un délit, qui semblait ne devoir pas se trouver dans la liste des crimes. Une sentence du Châtelet a été confirmée par arrêt du parlement du 8 juin 1779. Elle condamne une raccommodeuse de dentelles à être fouettée et marquée, et renfermée à Thôpital de la Salpétrière pendant neuf ans, préalablement mise au carcan avec un écriteau devant et derrière, portant ces mots : Dépouilleuse d'enfant.
li^AlIce des Teiives*
Autrefois les femmes qui avaient perdu leurs maris, n'auraient osé paraître, même en grand deuil, aux promenades publiques.
Il y avait, aux Champs Élysées, l'allée des Veuves, allée sombre et solitaire, où il ne leur était permis de se promener
(ju'après dîner, pour prendre Tair et puis rentrer chez elles. Mais Ton voit aujourd'hui des femmes en crêpes paraître à nos spectacles. D'autres font de leur deuil un sujet de parures; elles donnent, au deuil d'un mari, Fair d'un deuil de cour. Le défunt n'en obtient pas davantage : ce reste de décence n'est pas observé par des femmes qui, plus jalouses de leurs attraits que de respect poiu* l'honnêteté publique, bravent^ après le décès de leurs époux, des lois qu'elles ont méconnues pendant leur maliage. Cette conduite des femmes achève de leur faire perdre la considération dont elles jouissaient, le mariage, qui était une règle, est à la veille de devenir une exception.
On a profané le deuil; cet emblème de la douleur n'est plus qu'une mode, un faste, un changement dliabit, tel qu'on le pratique lorsqu'on joue une comédie. Oh ! qu'un censeur public serait nécessaire pour conserver, à la méiînoire des morts, ce respect dont l'oubli est la plus grande dépravation des moeurs.
Les ûUes de joie, chez la Gourdan, portaient régulièrement le deuil de cour, et se félicitaient d'un habillement qu'on leur fournissait gratis, et qui relevait leurs charmes.
Une marquise disait ce matin à sa femme de chambre : Voilà un deuil qui, depuis quinze jours, m'ennuie bien, mais dis-moi donc. Rosette, de qui suis-je en deuil ? et Rosette le lui apprit.
Enfin la bizaiTerie se mêle à ces témoignages de la douleur, respectés chez toutes les autres nations delà terre. M. deBrunoy ayant perdu sa mère, fit venir des tonneaux d'encre, et mit eu deuil les jets d'eau de son parc, en les teignant de cette couleur lugubre.
MesAO do mlBiiit*
/ La veille de Noël les églises se remplissent de monde ; mais ce n'est pas toujours la dévotion qui y conduit la foule. Les jeunes gens entrent à minuit la tête haute, regardant les femmes