BUREAUX D'ESPRIT
jusqu'alors , et des acclamations universelles semblent devoir affermir le sceptre entre ses mains.
On ne cite plus : le roi n'est pcis un sujet, j'ai la voie de la ^lle^ infidèle à ma rente, etc. On a réservé toutes les louanges pour rheureux mot, pour le mot triomphant de M. de Chambre.
Heureux' parisiens^ yous savez rire à peu de frais ! Bon'peuple, (jue tes plaisirs sont innocents !
On appelle ainsi toute maison où la maîtresse affiche son goût pour la littérature, fait profession d'en parler, et se pique de s'y connaître. On ne voit plus guère aujourd'hui de ces sociétés que Ton citait il y a quelque temps. Elles sont dissoutes, parce que le goût des lettres est répandu partout, et que le titre d'académicien ne donne pas plus d'esprit à l'individp qui le porte, qu'à la maison qu'il fréquente. On pense, on parle, et l'on rai< sonne sans ces directeurs de littérature; elle est infiniment connue et cultivée dans, toutes les classes.
Une femme est toujours dupe de vouloir régner autrement que par l'empire des grâces ou par celui de la bonté. On peut tout feindre, excepté l'esprit des lettres. Quand on ne les cultive que par air ou comme une ressource, les difficultés naissent et offrent un écueil dangereux.
Qu'a fait une femme qui veut entrer subitement et comme ac-* trice dans le sanctuaire des muses et de la philosophie? elle a lorgné, persiffié, minaudé, fait des nœuds et des riens; elle a gâté son esprit dans une mer de futilités ; elle n'a fait attention qu'au brillant, et s'est toujours arrêtée à la superficie. Elle s'aveugle elle-même ; cependant elle croit pouvoir décider d'un livre comme d'un pompon. La paresse de son esprit l'empêche d'examiner ; le peu d'énergie de son âme ne lui permet pas de
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saisir ]e$ traits marqués ; sa légèreté repose sur quelques détails, et ne peut embrasser le plaii. Elle prononce comme elle sent^ d^une manière vague, incertaine et peu sûre.
Qu^elle ouvre sa porte à cet essaim d'auteurs qui, sans noms et sans talents, sont dix fois plus orgueilleux que les auteurs connus.^ Ils arrivent pour mettre à contribution son ton admiratif. Le satyrique vient chercher près d'elle des traits propres à la comédie. Elle siège sur son petit tribunal, où en jugeant die est jugée la première. Obligée de louer ceux qui sont présents, les derniers venus se montrent jaloux. Alors la division se met dans la troupe; elle veut concilier les mécontents, et des jugements contradictoires sortent de sa bouche. L'aigreur devient acharnement; elle aurait plutôt pacifié les puissances belligérantes, que de réunir ces partis opposés.
Elle a voulu se rendre médiatrice, elle est chansonnée des deux côtés ; ce qui est fort cruel, après avoir reçu tant de vers à sa louange. Elle reste enfin seule, forcée de protéger encore un auteur de 4a foire ou de Topéra-comique, qui Tennuie et qu'elle écoute pour ne pas paraître désœuvrée.
Les femmes distinguées ont renoncé à ce ridicule^ encore en vogue il y a trente années, et l'ont laissé à quelques petites femmes d'académiciens, qui ont besoin de plâtrer la réputation de leurs maris, et qui sont curieuses aussi de juger par ellesmêmes du talent des jeunes auteurs. Les femmes sensées, qui sont étrangères à toutes les prétentions de la gent académique, ne se livrent pas à un engouement particulier ; elles ne répètent point le jargon des jugeiirs modernes, ne se perdent pas dans les pédantesques discussions du goût^ et n'ont point la fureur de s'éloigner du bon sens pour courir après l'esprit.
On trouve donc aujourd'hui l'académie française dans beaucoup de maisons. Il n'est plus besoin d'aller au Louvre pour y entendre des vers et de la prose ; on en fait dans le monde tout aussi bien qtie les jurés beaux esprits. Us n'ont de plus que le ridicule de leurs prétentions exclusives.