‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 118 sur 146 · NOTRE-DAME. 3»T · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME. 3»T

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Quel est rai'chitccte goth qui a tracé le plan de cet édifice très-ancien ? N'avait- il pas un génie hardi, et ne sentez -vous pas en entrant dans cette église, que l'étendue et la majesté du monument vous frappent beaucoup plus que les proportions régulières et délicates de nos temples modernes ?

La figure colossale de sain^Ghristophe frappe d'étonnement au premier coup d'œii.

La Chapelh du damné fait réciter Fhistoire de ce prédicateur célèbre, de plus chanoine de Notre-Dame , qu'on croyait mort en odour de sainteté et qui, tandis qu'on récitait pour lui l'office des morts, sortit la tête de la bierre, et cria : je suis damné !

Ëhbien, cette histoire ne vous péoëtre-t-elle pas d'efifroi? N'est-elle pas composée d'une manière pathétique? Quand elle est récitée dans ce monument vaste et majestueux , dans un demi-jour imposant, en présence de saint Christophe, ces objets me semblent parfaitement d'accord. Je suis ému profondément^ j'ai du plaisir à voir la haute statue, à entendre, sous ces voûtes élevées, l'histoire du chanoine qui se releva trois fois de son cercueil, pour dire : je suis jugé par le jugement de Dieu.*, L'auditoire pâlit.

Si le bourdon^ un instant après, vient à sonner, c'est encore une sensation forte que je reçois. Là tout est grand. Je monte aux tours, je domine la giande ville, je n'aperçois plus cette capitale que comme un amas confus de décombres. Oh ! que de ce point de vue élevé ce vaste Paris a une physionomie particulière ! 11 exhale la fumée, et il semble me dire, tout est fumée.

L'empreinte gothique de l'édifice, le portail noirci, les cloches énormes, les escaliers tortueux, les antiques vitraux, la sculp-

ture rongée, tout me fait rétrograder dans \es siècles écoulés. Je redescends, je me promène, je ne puis plus quitter les dehors ni les dedans de ce temple auguste. Je repasse vingt fois devant ces objets vastes et mélancoliques; et quand la musique du chœur se mêle au son majestueux des cloches, que le cul-dejatte^ gardien du bénitier, m'allonge une longue perche pour me donner de Feau bénite, tout me parait dans une proportion égale ; et mon âme plus élevée, prie Dieu de meilleur cœur dans rÉglise Notre-Dame que dans tout autre temple.

J'ai vu avec regret qu'on ^avait reblanchi cette église, qui me plaisait beaucoup mieux lorsque c^s murailles portaient la teinte vénérable de leur antiquité. Ce demi jour ténébreux invitait rame à se recueillir; les murs m'annonçaient les premiers joui*s de la monarchie. Je ne vois plus dans Tintérieur qu'un temple neuf; les temples doivent être vieux. Je ne me console qu'en voyant les tours, saint Christophe, et la Chapelle du damné.

Oh Iles beaux vitraux! quel effet! Ils brillent depuis des siècles ! quelle main a placé la pierre que mon œil atteint à peine !

Quand j'entre dans la grande sacristie, que je vois cet amas d'or et d'argent, ce qui rappelle les trésors du Mexique ; le calice enrichi des grands offices, la crosse, la mitre dont ou coiffera la tête de monseigneur l'archevêque qui va bénir le peuple agenouillé en étendant deux doigts, tout cet appareil fait naître une foule d'idées graves et riantes par leur enchaînement.

Cependant monseigneur l'archevêque sort de la riche sacristie, crosse, mitre, et me bénit en passant tout comme un autre. Oh ! je ne donnerais pas cette heure là, où je fléchis le genou avec le peuple, pour la plus belle représentation dramatique.

Les chanoines, les chantres^ les bedeaux, la musique, la multitude^ l'église, le palais archiépiscopal, tout m'arrête ; et dans mon admiration, je demeure le dernier témoin de la cérémonie.

Si je m'occupe à lire les épitaphes, lorsque le temple est dé-

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