‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 12 sur 146 · XXXVIII MERCIER · texte numérisé non relu

XXXVIII MERCIER

a pas même le premier trait. Mercier, toutefois , convient qu'il fut géomètre, et lui reconnaît quelque titre à notre estime pour l'application qu'il flt le premier de l'algèbre à la géométrie, application qui serait son unique gloire dans les sciences physico-mathématiques. C'est être bien rigoureux, sans doute, que de n'accorder que cela à Descartes ; il s'est trompe, l'on a pu démontrer la vanité de ses systèmes, mais il est des erreurs qui portent en elles l'empreinte ^u génie, et qui suffisent à immortaliser un homme. Sied-il bien d'ailleurs à Mercier de condamner sans merci ni pitié les utopies les plus hasardées, après avoir lui-môme publié un traité ayant pour titre : De V impossibilité du système astronomique de Copernic et de Newton; après avoir imprimé que la terre est ronde et plate, et, qu'autour de ce plateau, le soleil tourne comme un cheval au manège? Mais Mercier avait ses antipathies, et Descaries n'était pas, à beaucoup près, sa seule bête noire. Dans le même discours, il trouve moyen de se déchaîner contre Locke, contre Voltaire, « ce grand corrupteur qui flatta tous les rois, tous les grands et tous les vices de son siècle; qui caressa toutes les licencieuses erreurs accréditées dans les cours; qui fut indécis jusque dans son Brutus^ où perce son génie monarchien, malgré toute la force du sujet (1). »

(1) Dans le trentième chapitre de VÀn deux mille quatre cent qua^ rante, inUtulô la Bibliothèque du rot^ Mercier suppose une armoire consacrée aux livres français. U place Descartes, Montaigne, Charron, Vami des hommes, Bélisaire, les œuvres de Linguet, les discours de Leloumeur. Mais U rejette Malebranche le visionnaire, et le triste Nicole, et l'impitoyable Arnaud, et le cruel Bourdaloue, et les lettres provinciales, et tout Bossuet, dont VHistoire universelle n*est qu'un pauvre squelette chronologique, sans vie et sans couleur. Voilà une bibliothèque bien exclusive; mais que font là les discours éloquents de

SA VIE ET SES OEUVRES. xxix

Dans un autre discours. Mercier déblatérait coDtro la philosophie et renouvelait le paradoxe de Rousseau sur la propagation de Tinstrùction et des lumières. 11 n'y avait là qu'une inconséquence d'écrivain ; une inconséquence dans les actes est chose plus grave, et ses ennemis ne manquèrent pas de s'autoriser de son passé pour lui reprocher durement des accommodements de conscience que sar position précaire palliait tout au moins.

Il s'était jadis exprimé en moraliste et en philosophe à l'égard de rétablissement de la loterie. « Cette loterie, écrivait-il, fatale dans tous les sens possibles , est une véritable contagion qui nous est arrivée d'Italie^ elle fut condamnée d'abord à Rome, sous peine de bannissement : pourquoi faut-il qu'elle se soit répandue dans presque toutes les grandes villes de l'Europe? Paris avait assez de maux intestins à combattre sans celui-là...

c Les suites funestes de celte cruelle loterie sont incalculables : riUusion fait porter aux cent douze bureaux Targcnt réservé à des devoirs essentiels. Les domestiques, incités par un appât dangereux, trompent et volent leurs maîtres; les parents, aveuglés par leur tendresse , croient doubler leur fortune, et la perdent entièrement; les commis, les caissiers hasardent leur dépôt , et se donnent ensuite la mort par désespoir. Plusieurs maisons sont tombées par ce jeu ruineux-, une certaine ivresse s'empare de tous les infortunés, et ils perdent le dernier soutien de leur vie défaillante. On est pleinement instruit de toutes ces scènes tragiques, désastreuses et presque journalières ; et malgré toute l'évidence du

Letoumeur et même les œuvres de Linguet? Homère, à ce qu'il parait, n'était pas le seul qui dormit quelquefois.

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