INDÉCENCE DANS LES ÉGLISES
Quelques ^bbés prêtent à Tindécence publique, en affichant une de leurs compositions, comme si c'était une pièce de théâtre. Lecture préliminaire, académiciens et gens de lettres avertis, prévenus en bien ; billets, gardes, difficulté d'entrer, aiïluence d'équipages ; c'est une première représentation ; on se moucho, on crache, on remue les chaises, pour dire qu*on est satisfait du style, et l'orateur, le bonnet carré en main, saluant presque l'auditoire favorable, pétille de joie, comme un comédien.
Dans la chapelle de l'académie, avant que l'orateur sacré commence, un suisse à hallebarde crie : Messieurs, le roi défend d'applaudir. On a été obligé d'avertir les Parisiens, par des affiches imprimées, que telle église n'était pas une salle de spectacle ; la chaire évangélique, sans cette précaution, allait devenir un théâtre à monologues.
On appelle publiquement ces prédicateurs, des Théistes. Des valeurs médiocres figurent dans la chaire, parce que rien n'est devenu plus aisé qu'une composition de ce genre ; tel orateur voulant se distinguer, y introduit des tours de force, prend le langage politique ^ comme on prenait, il y a trente ans, le langage encyclopédique; c'est une facétie sérieuse. Le prône d'un bon curé fera toujours plus de bien que les discours bizarres que se permettent les abbés à style véhément, le quel discorde au lieu, au temps, au sujet, et avec l'habit de celui qui parle.
Les prédicateui*s subalternes n'usent point de ce charlatinisme; ils ont tout bonnement quinze ou vingt sermons en tête ; ils les arrangent comme ils peuvent. Ce sera le jour de saint Joseph, par exemple; ils diront : Saint Joseph était manuisier, il faisait des confessiotinauXfnous allons donc, mes frèresy parler de la confession ; ou ce sera l'équivalent de cette fine transition.
Dans plus d'un sermon de nos jours, composé par ces abbés, qui sont prêtres chez celui qui tient la feuille des bénéfices,
et philosophes dëclamateurs chez racadéfnicien^.il n^y a de chrétien que le signe de la croix, et le texte pris de FËvangile.
Les grandes paroisses^ où se disent tant de messes à la fois, offrent le comble du désordre. Le peuple se pique d^entendre une beuse messe le dimanche^ puis il s'enfuit, en disant du prêtre : il a été fort habile; un autre dit : Me voilà déharrassé^ foi entendu la messe : C'est une confusion dans le temple, qui Tempêche de ressembler à un lieu de prières et de recueillement. Tandis qu'on dit des basses messes, une grande se dit au chœur, et comme on la chante tout haut, elle absorbe la voix des prêtres qui offrent le saint sacrifice dans les chapelles sépai*ées.
Les chantres, retranchés dans le chœur, enceinte grUiée, assis dans des stalles de bois, un camail sur la tête, enflent de leurs voix tin serpent, bourdon ronflant qui assourdit les oreilles ; les cloches sonnent, c'est une cacophonie perpétuelle ; mais le peuple, charmé de l'assemblage de toutes les cérémonies, admire surtout Targenterie qui couvre l'autel, et les ornements et vêtements couverts de broderie et d'or.
ex.
Admirez la richesse et la dignité de notre langue! Nous disons, porte- faix, porte- feuille, porte-crayon, porte-bagiêette^ porte-étrier, porte-vent, porte^verge, porte-manteau, porte^mou-chette, puis enfin porte-dieu. Porte-dieu ! Dieu des cieux , qud mot dans notre langue !
C'est un pauvre prêtre, un habitué de paroisse, qui veille le jour et une partie de la nuit, pour répondre à ceux qui le sommeront d'aller prendre au tabernacle le pain eucharistique que l'on porte aux malades.
Un dais usé, sale, mais portatif, que les deux premiers galo-