DOMESTIQUES, LAQUAIS
mule : H faut lever trente mille hommeSj il faut embarquer trente mille hommes f il faut débarquer trente mille hommes; il en coûtera peut-être trente mille hommes pour s'emparer de Londres; bagatelle.
Le bourgeois tombe malade, pense à son cher abbë qu*il ne peut plus entendre dans Tallée des Carmes, et qui lui avait infailliblement prédit la destruction prochaine de l'Angleterre, au moyen de trente mille hommes. Pour lui marquer sa tendre reconnaissance (car ce bon bourgeois haïssait les Anglais sans sa voir pourquoi), il lui laissa un legs^ et mit sur son testament : Je laisse à monsieur Vabbé Trente-mille-hommes douze cents livres de rente, J& ne h connais pas sous un autre nom; mais c'est m bon citoyen^ qui m'a certifié au Luxembourg que les Anglais, ce peuple féroce qui détrône ses souverains, seraient bientôt détruits.
Sur la déposition de plusieurs témoins, qui attestèrent que tel était le surnom de l'abbé, qu'il fréquentait le Luxembourg depuis un temps immémorial, et qu'il s'était montré fidèle antagoniste de ces fiers républicains, le legs lui fut délivré.
S'il était possible d'imprimer tout ce qui se dit dans Paris dans le cours d'un seul jour sur les affaires courantes, il faut avouer que ce serait une collection bien étrange. Quel amas de contradictions ! L'idée seule en est gi'otesque.
PantMiiqiiefly laquais*
Cette armée de domestiques inutiles, et faits uniquement pour la parade, est bien la masse de corruption la plus dangereuse qui pût entrer dans une ville oîi les débordements sans nombre qui en naissent^ et qui ne vont qu'en s'accroîssant, menacent d'apporter, tôt ou tard, quelque désastre presque inévitable.
On croit l'État très-puissant quand on envisage cette foule
d'individus qui peuplent les quais, les rues, les carrefouis; mais que d'hommes avilis ! Quand on en volt un groupe dans une antichambre, il faut songer qu'il s'est formé un vide dans la province, et que celle population florissante de Paris forme de vastes déserts dans le reste de la monarchie.
Dans telle maison de fermier général, vous trouverez vingtquatre domestiques portant livrée, sans compter les marmitous, aides-cuisine, et six femmes de chambre pour madame. Vous pouvez ranger hardiment parmi cette valetaille Tescroc qualifié qui Tadule du malin au soir, parce que cet escroc a Tâme d'un laquais, ainsi que cinq à six complaisants subalternes, qui ne s'entretiennent que dos hautes qualités de madame. Trente chevaux happent du pied dans Fécurie : après cela, comment monsieur et madame, dans leur magnifique hôtel, prenant rinsolence pour la dignité, n'appelieraient-ils pas canaille tous ceux qui n'ont pas cinq cent mille livres de rente? Ils ne voient autour dV'Ux que les humbles adulateurs de leur opulence, que des domestiques sous des noms divers, et ils croient que lerestede la terre est ainsi fait. Ces idées et. ce langage ne doivent pas étonner dans un traitant : le ton du mépris est toujours familier aux êtres méprisables.
11 est bien incroyable que Ton n'ait point encore assujetti à une forte taxe ce nombreux domestique enlevé à ragriculture, qui propage la corruption et sert au luxe le plus inutile et le plus monstrueux.
Mais la Gnance est alliée aujourd'hui à la noblesse, et voilà ce qui fait la base de sa force réelle. La dot de presque toutes les épouses des seigneurs est sortie de la caisse des fermes. 11 est assez plaisant de voir un comte ou un vicomte, qui n'a qu'un beau nom, rechercher la fille opulente d'un financier, et le financier, qui regorge de richesses, aller demander la fille de qualité, nue, mais qui tient à une illustre famille.
La différence est, que la fille de condition (qui était menacée de passer dans un couvent le resle de sa vie) se lamente en épou-