‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 30 sur 146 · MARCHANDES DE MODES · texte numérisé non relu

MARCHANDES DE MODES

sanl un bomme qui a cinq cent mille livres de rente^ croit lui

faire une grâce insigne en lui 4pnnant sa main^^t crie aux por-

liails de ses ancêtres de fermer les yeux sur cette mésalliance.

Le sot époux, tout gonflé de l'avantage de prêter son argent

aux parents et aigrefins de sa femme ^ se croit fort honoré

d'avoir fait la fortune de son épouse altière, et il pousse

la complaisance jusqu'à se croire bien inférieur à elle. Quelle

misérable et sotte logique que celle de la vanité! Comment la

comédie de Georges Dandin nVt-elle pas guéri les hommes

sensés de- cette étrange folie! Comment peuvent-ils consentir à

enrichir une famille riche en syllabes, pour en être tyrannisés

ou méprisés!

Ordinairement, un laquais du bon ton prend le nom de son maître quand il est avec d'autres laquais ; il prend aussi ses mœurs, son geste, ses manières ; il porte la montre d'or, des dentelles ; il est impertinent et fat. Chez les jeunes gens, c'est le confident de monsieur^ quand celui-ci n'a pas d'argent; c'est son proxénète quand il a une fantaisie; c'est le menteur le plus intrépide quand il faut congédier des créanciers, et tirer son maître d'embarras.

Il est passé en proverbe, que les laquais les plus grands et les plus insolents sont les meilleurs.

Enfin, un laquais du dernier ton porte deux montres, comme son maître, et cette insigne folie ne scandalise plus qu'un mi» saofhrope.

JMarehandefl de niodoii*

Assises dans un comptoir, à la file l'une de l'autre, vous les voyez à travers les vitres. Elles arrangent ces pompons, ces colifichets, ces galants trophées que la mode enfante et varie. Vous les regardez librement, et elles vous regardent de môme.

Ces boutiques se trouvent dans toutes les rues. A côté d'un armurier qui n'offre que des cuirasses et des épées, vous ne voyez que touffes de gaze, des plumes, des rubans, des fleurs et des bonnets de femme.

Ces ûUcs enchaînées au comptoir, Taiguilie à la main, jettent incessamment Toeil dans la rue. Aucun passant ne leur échappe. La place du comptoir, voisine de la rue, est toujours recherchée comme la plus favorable, parce que les brigades d'hommes qui passent offrent toujours le coup d'oeil d'un hommage.

La fille se réjouit de tous les regards qu'on lui lance, et s'imagine voir autant d'amants. La multitude des passants varie et augmente son plaisir et sa curiosité. Ainsi, ce métier sédentaire devient supportable, quand il s'y joint l'agrément de voir et d'être vue; mais la plus jolie du comptoir devrait occuper constamment la place favorable.

On aperçoit dans ces boutiques des minois charmants à côté de laides figures. L'idée d'un sérail saisit involontairement l'imagination ; les unes seraient au rang des sultanes favorites, et les autres en seraient les gardiennes.

Plusieurs vont le matin aux toilettes avec des pompons dans leurs corbeilles. 11 faut parer le front des belles, leurs rivales ; il faut qu'elles fassent taire la secrète jalousie de leur sexe, et que, par état, elles embellissent toutes celles qui les traitent avec hauteur. Quelquefois le minois est si joli, que le front altier de la riche dame en est effacé. La petite marchande en robe simple se trouve à une toilette dont elle n'a pas besoin ; ses appas triomphent et effacent tout Fart d'une coquette. Le courtisan de la grande dame devient tout à coup infidèle ; il ne lorgne plus dans le coin du miroir que la bouche fraîche et les joues vermeilles de la petite qui n'a ni suisse ni aïeux.

Plus d'une aussi ne fait qu'un saut du magasin au fond d'une berline anglaise. Elle était fille de boutique; elle revient un mois après y faire ses emplettes, la tête haute, l'air triomphant,

MAHGHANDES DE MODES. 47

el \e tout pour faire sécher d'envie 8ori ancienne maîtresse et ses chères compagnes.

ËUe n'est plus assujettie au comptoir; elle jouit de tous les dons du bel âge. Elle ne couche plus au sixième étage dans un Ut sans rideaux, réduite à attraper en passant le stérile hommage d'ua maigi*e clerc de procureur. Elle roule avec le plaisir dans un leste équipage ; et d'après cet exemple, toutes les filles, regardant tour à tour leur miroir et leur triste couchette, attendent du destin le moment de jeter l'aiguille et de sortir d'es* clavage.

En passant devant ces boutiques, un abbé, un militaire, un jeune sénateur y entrent pour considérer les belles. Les emplettes ne sont qu'un prétexte; on regarde la vendeuse, et non la marchandise. Un jeune sénateur achète une bouffante; un abbé sémillant demande de la blonde; il tient l'aune à l'apprentie qui mesure : on lui sourit, et la curiosité rend le passant de tout état acheteur de chiffons.

Quelques boutiques de marchandes de modes sont montées sur un ton sévère, comme pour contraster fortement avec les autras. Là toutes les filles sont recluses ; c'est la main de la chasteté contrainte qui arrange ces ajustements voluptueux dont se parent les courtisanes. Là on les habille, mais on ne les imite pas; on ne garde rien pour soi des ornements séducteurs que Ton prodigue aux filles d'Opéra. On travaille bien pour elles; mais il n'est pas même permis de les voir. Imaginez des cuisiniers qui ne goûteraient jamais à la sauce : tel est l'état de ces filles gardées et travaillant sous l'œil de la sévérité aux attributs de la licence.

Mais la maîtresse du magasin est si étonnée elle-même de l'ordre miraculeux qu'elle a établi et qu'elle maintient, qu'elle le raconte à tout venant, comme un prodige continuel. On dirait que c'est une gageure qu'elle a faite à la face de l'univers, et qu'elle veut faire dire à l'histoire : Dans Paris est une bouligue de marchande de modes, où toutes les filles sont chastes;

et ce phénomène est dû à Texemple de ma vertu et à ma vlgi* lance.

Mais j'oubliais que le travail des modes est un ai t ; art chéri, triomphant, qui dans ce siècle a reçu des honneurs, des distinctions. Cet art entre dans* le palais des rois, y reçoit un accueil flatteur. La marchande de modes passe au milieu des gardes, pénètre Tappartement où la haute noblesse n'entre pas encore. Là on décide sur une robe, on j>rononce sur une coiffure, on examine tout le jeu d'un pli heureux. Les grâces, ajoutant aux dons de la nature, embellissent la majesté.

Mais qui mérite d'obtenir la gloire, ou de la mahi qui dessine ces ajustements, ou de celle qui les exécute? Problème difficile à résoudre. Peut-on dire ici ; Invente , tu vivras ? Qui sait de f|uelle tète féminine part la féconde idée qui va changer tous les bonnets de l'Europe, et soumettre encore des portions de l'Amérique et de l'Asie à nos collets montés?

La rivalité entre deux marchandes de modes a éclaté dernièrement, comme entre deux grands poètes. Mais l'on a reconnu que le génie ne dépendait pas des longues études faites chez mademoiselle Alexandre, ou chez monsieur Baulard. Une petite marchande de modes de l'humble quai de Gesvres, bravant toutes les poétiques antécédentes, rejetant les documents des vieilles boutiques, s'élance, prend un coup d'oeil supérieur, renverse tout l'édifice de la science de ses rivales. Elle fait révolution, son génie brillant domine, et la voilà admise auprès du trône.

Aussi, quand le cortège royal s'avance dans la capitale, que le pavé étincelle sous le fer des coursiers que monte une noble élite de guerriers, que tout le monde est aux fenêtres, que tous les regards plongent au fond du char étincelant, la reine, en pas-

sant, lève les yeux et honore d'un sourire sa marchande de modes (1).

(1) Ce passage des Mémoires secrets, à la date du 5 mai 1779, vient tout naturelieinent serTir de complément du récit d'un petit événement, qui en fut «n très-grand sans doute pour la marchande triomphante et sa rivale désespérée

DE LA MODIi:. 49

Sa rivale en sèche de jalousie, murmure de ses succès, cherche à les rabaisser, ainsi que fait un journaliste dans ses feuilles cootre un auteur applaudi. Mais la reine est l'arbitre des modes; son goût fait loi^ et sa loi est toujours gracieuse.

Les marchandes de modes ont couvert de leurs industrieux chiffoDS la France entière et les nations voisines. Tout ce qui concerne la parure a été adopté avec une espèce de fureur par toutes les femmes de TEuropc. C'est une contrefaçon universelle; mais ces robes^ ces garnitures, ces rubans^ ces gazes, ces bonnets, ces plumes, ces blondes, ces chapeaux font aujourd'hui que quinze cent mille demoiselles nubiles ne se marieront pas*

Tout mari a peur de la marchande de modes, et ne Fenvisage qu*avec effroi. Le célibataire, dès qu'il voit ces coiffures, ces ajustements^ ces panaches dont les femmes sont idolâtres, réfléchit, calcule et reste garçon. Mais les demoiselles vous diront qu'elles aiment autant des poufs et des bonnels historiés que des maris. Soit.

Do la mode»

11 ne faut que les fesses d'un singe pour faire courir tout Paris. Cela est vrui à la lettre. Figurez-vous une infinité de minis^

« On a parlé plusieurs ftâs de mademoiselle Bertin, marchande de modes de la reine, et qui a rhonneur de travailler directement avec Sa Majesté pour tout ce qui concerne celte partie de sa garde-robe. Son atelier donne sur la rue Saint-Honoré. Le jour où la reioe a fait son entrée, elle n'a pas manqué de se mettre sur son balcon, à la tète de ses trente ouvrières. Sa Majesté l'a remarquée, et a dit : Ah l voilà mademoiselle Berlin^ et en même temps lut a fait de la main un signe de protection, qui l'a obligée de répondre par une révérence. Le roi s'est levé et lui a applaudi des mains : autre révérence; toute la famille royale en a fait autant, et les cuartisans, singeant le maître, n'ont pas manqué de s'mcliner en* passant devant l'Ile ..autant de révérences, qui ront extrêmement fatiguée... Mais cette distinction lui donne un relief merveilleux et augmente la considération dont elle jouissait déjà. » {NoU de l'éditeur.)

très, dont le règne ne s'étendrait pas au delà d'un jour, et qui chaque matin changeraient à leur lever les hahillements, les usages, les esprits^ les mœurs et même les caractères de tout un peuple ; figurez-vous les femmes austères, tristes et prudes, se relevant le lendemain coquettes, douces et faciles^ les principes de la veille absolument effacés^ les opinions contraires se succédant d'un instant à Tautre. Tel est aux yeux du philosophe le spectacle de la mode.

Cent ans ne sont pour lui qu'un jour, et il trouve la race humaine aussi singulière dé changer d'avis deux fois dans un siècle, que s'il voyait un particulier démentir son assertion une heure après l'avoir exposée.

La rotation perpétuelle du cercle des événements lui donne une légère teinturedel'instabilité des idées humaines; et^ considérant les variatitms infinies de l'espèce, il pardonne au ridicule régnant, qui bientôt va être remplacé par un ridicule tout contraire.

Quand une opinion a été amenée par la mode, rien ne la déracine qu'une nouvelle invasion de la folie. L'autorité, la sagesse sont impuissantes contre la déraison universejle. Les sots sont les ministres de la mode, ils la respectent, ils regardent ses jeux comme des lois essentielles.

Le sage peut très-bien s'exempter d'adopter les modes nouvelles; mais il ne faut pas aussi qu'il les contrarie à dessein formé : il lui est très-permis d'avoir un maintien grave, mais non ridicule ; l'affectation en tout est un défaut. Quand sous Henri II on portail à Paris un gros derrière postiche, il n'était permis alors aux personnes qui se piquaient de philosophie que d'en porter un médiocre.

La mode d'être désintéressé ne viendra point, dit Foutenelle.

Les bilboquets, les dragées, les devises, les calottes, les pan- Uns, les magots ont eu leur règne ainsi que les concetti, les énigmes et le burlesque. Puis est venu Vadé avec son style poissard, et nous avons parlé le langage des halles. Les calembours,

les charades ont eu leur tour; enfin, Jeannot s'est vu placé sur nos cheminées en regard avec Préville qui ne vaut plus rien. Qui succédera à ces grands noms ? Toute la sagacité du génie ne saurait le deviner. Les économistes ne sont plus, hélas! Je les ai vas naître, ei^oter, briller, nous affamer et disparaître.

On a eu quelque envie de s'agiter pour la quadrature du cercle. On parle beaucoup de chimie : la mode aujourd'hui est d^étudier en çucurhite, de parler de Vesprit recteur^ de savoir ce que c'est que le gaz silvestre et le fluor. Quoique Buffon soit meilleur naturaliste que Moïse, on a traité ses Epoques de la nature comme un ingénieux roman. Les encyclopédistes ont perdu de leur crédit, parce qu'ils ont voulu décider trop impérieusement les réputations littéraires, et que des coqs d'Inde se sont mêlés parmi des aigles.

n est plus difficile à Paris de fixer l'admiratron publique que delà faire naître: on brise impitoyablement l'idole qu'on encensait la veille; et dès qu'on s'aperçoit qu'un homme ou qu'un parti veut dogmatiser, on rit, et voilà soudain l'homme culbuté et le parti dissous.

Remarquer»

La mode, dans les grandes malsons, est de dîner son épée au côté; on s'esquive sans saluer, à l'issue du repas; mais le devoir de la maîtresse est de remarquer votre disparition, et de vous crier un mot vague^ auquel on ne répond que par un monosyllabe. On reparait dans la maison huit ou dix jours après, sous peine d'impolitesse.

Quand on a passé un an sans visiter une maison dans laquelle on a été admis, il faut se faire présenter de nouveau par quelqu'un qui porte vos excuses : on dit qu'on a été à la campagne,

qu'on a voyagé; et la maîtresse, qui vous a vu au spectacle toute rannëe, fait semblant de vous croire.

On élève les enfants du premier âge beaucoup mieux qu'autrefois. On les plonge souvent dans les bains froids; on a pris la coutume heureuse de les vêtir légèrement et sans ligatures.

Cela est bien fait; car, en général, il ne manque aux hommes de Paris, pour être des femmes, que d'avoir des traits doux et des formes arrondies. Une quantité d'âmes féminines habitent chez des hommes, à qui il ne faut pas demander une sorte d'énergie dont ils sont incapables.

Quand il n'est que petit jour chez madame, les bons amis et les petits chiens ont la [liberté d'entrer; les volets ne sont qu'à demi ouverts : le petit jour commence à onze heures sonnantes.

Quelques femmes à Paris ne se lèvent que vers le soir, et se couchent lorsque l'aurore parait; une femme bel esprit adopte ordinairement cette coutume, et on l'appelle une lampe.

La maîtresse de la maison ne parle point des plats qui sont sur la table ; il ne lui est permis que d'annoncer une poularde de Rennes^ des perdrix du Mans, des pâtés de Périgueux, du mouton de Ganges et des olives d'Espagne.

Pour être l'homme du jour, il faut avoir délicatesse de complexion, délicatesse d'esprit, délicatesse de sentiment.

Jamais la renommée n'eut de trompettes plus menteuses que les journaux imprimés à Paris, et on ne les lit qu'en province.

Ce qu'il y a de plus rare à Paris, c'est d'avoir un régiment et de n'en pas tirer vanité devant les femmes : rien de moins commun qu'un officier, non pas honnête, mais modeste.

Un colonel dit qu'il est venu à Paris pour faire des hommes^ au Heu de dire faire des soldats : l'usage a tellement prévalu, qu'on ne se sert point d'un autre terme devant les femmes*

Les boucles de souliers ressemblent toujours à celles des har^ nais. Elles varient quant au travail.

Un Lon mot fait la fortune d'un homme. Le comte de *** n'avait que mille écus de rente ; il donnait trois mille livres à son coureur, et il disait : J'ai trouvé l'art à! avoir toujours une année de mon revenu devant moi. Ce bon mot enchanta toutes les femmes, et fit une partie de son avancement.

Les riches ne font plus bonne chère, parce qu'ils ont corn* mencé de trop bonne heure, et qu'ils ont le goût émoussé. Souvent le maître de la maison, au milieu d'une table délicieuseroent servie, boit tristement du lait, de> jus et des coulis : voilà la cuisine nouvelle.

On parle incessamment finances ; mais depuis longtemps on a perdu en France le livre de recettes et do dépenses. On parle encore de la marine; maison ne cite pas Montesquieu, C'est lunique chose, dit-il, que l'argent seul ne peut pas faire.

Les hommes, depuis quelques années, sont devenus jaloux d'avoir une belle figure, et ils font tout pour ne pas paraître laids. Us se coiffent plus simplement, et mieux qu'il y a quinze ans.

Point de maisons assez riches à Paris pour donner à diner et à souper. La robe dîne et la finance soupe. Les seigneurs ne dînent qu'à trois heures et demie.

Nos repas sont un peu tristes: on ne boit plus; on change d'assiettes sans les salir; on médit tout bas, à sa gauche, de celui qui est à sa droite ; une certaine dignité froide a remplacé ia gaieté que le vin inspirait jadis.

Celui qui tient une bonne table a du moins l'avantage que Ton ne passe point sous silence ses qualités ; et^ s'il a des talents^ ils ne resteront pas sans preneurs.

Les riches ont de l'argent pour les superfluités, et ils n'en ont point pour obliger.

C'est un militaire, dit-on, qui a inventé une dormeuse, pour courir la poste entre deux draps.

On donne des pensions sur les jeux à des femmes de qualité, et les vieilles tiennent le tripot.

Nos jeunes seigneurs ont dans leur bibliothèque Montaigne et Montesquieu, mais les volumes en sont encore vierges.

L'ait de parler remplace Téloquence, et cela est bien différent.

Tout se fait par intrigue; les moindres places ne s'accordent que par des détours. On ne voit que soi et ses créatures ; on abîme un honnête adversaire ou pour n'en avoir pas le démenti, ou pour s'acquitter, en mettant de la protection à la p'acc de Targent.

L'homme qui peut dire mon orangerie croit qu'il n"y a plus rien à ajouter à un mot aussi sublime.

Telle femme dit qu'elle aimerait mieux être enterrée à Saint- Sulpice que de vivre en province.

Divin, détestable, mots encore ordinaires aux critiques, malgré le ridicule versé à pleines mains sur ce ton tranchant.

On avoue néanmoins, assez généralement, qu'il n'y a rien de si stérile et de si superflu que d'analyser les arts de pur sentiment.

Les gens du monde ont fait dans la langue une langue nouvelle ; on n'a pas tort de dire qu'elle est élégante, mais inexpressive et sans couleur. •

I^ secte des puristes a régné pendant deux ou trois années ; elle tombe aujourd'hui : ces éplucheurs de mots s'estimaient des personnages rares, parce qu'ils possédaient assez bien la grammaire.

Avec des -nourrices, des gouvernantes, des précepteurs, des collèges et des couvents, certaines femmes ne s'aperçoivent presque pas qu'elles sont mères.

On déclame toujours contre les financiers, et mol tout le premier. Ils ont tant fait de mal, a dit quelqu'un, que ceux d'aujourd'hui, qui en font moins, payent pour leurs devanciers.

Les bourgeois n'ont pas encore de cuisiniers, mais cela viendra.

Combien de dupeurs d'oreilles, et combien tous les jours d*oreiUes dupées !

C'est la manie des grands de regarder ceux qui les abordent des pieds à la tête, ce qui s'appelle toiser. Il est facile à celui que cela choque de les toiser à sou tour.

Le toupet et sa formation sont,une étude pour le petit*ma!trc qui veut trouver son front admirablement développé, toutes les fois qu'il interroge un miroir. Le perruquier capable d'arrondir son toupet d'une manière qu il lui plaise est un homme pré • cieux.

Mais il y a cent mille hommes, sans aucune espèce de tâche, qui regardent tout travail comme roturier, et qui l'abandonnent au vulgaire avec dédain. 11 faut bien qu'ils s'occupent de ces choses importantes.

Un jeune homme dort fastueusement sous un ciel de glaces, pour y contempler à son aise, et dès qu'il ouvrira la paupière, sa figure eflféminée.

le valet de chambre ne porte point de livrée, se borne à accommoder son maître^ a soin de la garde-robe, et le sert à table.

Les tracasseries sont moins fréquentes à Paris* que partout ailleurs.

Au banquet fastueux dos grands et des riches il n'est pas rare de voir des femmes ne boire que de l'eau, ne point toucher à vingt mets délicats, bâiller, se plaindre de leur estomac, et des hommes les imiter en dédaignant le vin par air, et pour afficher le bon ton.

Il n'y a qu'à Paris où les femmes de soixante ans se parent encore comme à vingt et offrent un visage fardé, moucheté , enfin, une tête fontangée.

Personne ne lit plus pour apprendre ; on ne lit que pour critiquer.

On recommence à parler de son fief. Quant au cheval de race^ ^'expression en devient surannée.

On a beau faire des traités de morale; un drap plus ou moins fin, un galon plus ou moins large, un équipage ou un fiacre, douze valets ou un simple domestique, une crapaudine de-quinzc francs au doigt ou un brillant de cinq cents louis, lûettront toujoui'S une grande difTércnce parmi les hommes. Cela est bien sot ; mais les pauvres mortels jugent ainsi*

PromcnoiM-noufl*

Jetons un coup d'œil sur los établissements de nos aïeux : ainsi j'apprendrai Thistoire des siècles qui m'ont précédé, et chaque église, chaque monument, chaque carrefour m'offrira un trait historique et curieux. Tout ce qu'a fait le fanatisme va se leprésenter à ma mémoire ; car les sottises antiques n'ont pas manqué de recevoir des monuments propres à les immortaliser^ comme si elles avaient craint de ne point échapper h cette honteuse célébrité. On ne les aperçoit néanmoins qu'à Taide d' une légère émdition .

On conserva jusqu'au temps de Démétrius de Phalère, c'està-dire l'espace de neuf cents années, le vaisseau que monta Thésée lorsqu'il délivra les Athéniens du tribut de Minos. A mesure que ce vaisseau vieillissait, on remplaçait les pièces pourries par des pièces d'un bois neuf, de sorte que l'on disputa dans la suite si c'était le même vaisseau, ou si c'en était un autre. La ville de Paris ressemble un peu à ce vaisseau : on a tant mis de pièces, qu'il ne reste rien de la première construction.

Je songe que quand je serais gentilhomme, et que je ferais remonter mon arbre généalogique jusqu'au temps de Marcomir et de Pharamond, ce qui rendrait si fier un autre ne m'enorgueillirait pas un instant; car je ne prouverais autre chose, si*

non que je tire mon origine d'un Sicambre, c'esl-a-dirc d'un krbavc et d'un demi-sauvage.

Je me rappelle que Saint-Remy, prôt à verser Peau du baptême sur la têle de Clovis, en présence de son armée, lui dit : Baisse le cou, fier Sicambre.

Et si le ciel venait à découvrir tout à coup à nos regards la véritable filiation des généalogies humaines, quel spectacle nouveau et curieux! Point de roi qui ne comptât un esclave parmi SCS aïeux ; point d\>sclave qui ne comptât nn roi.

Le vrai noble ne serait-il pas ce bourgeois qui se vantait de pouvoir prouver par des titres authentiques plus de six cents ans de roture de père en fils ?

Qui aurait dit au grand Constantin, que les plus brutaux des hommes s'assoiraient un jour sur son trône, et s'en diraient fièrement les propriétaires? Les puissantes monarchies ont été fondées par des barbares; et le descendant d'un Kalmouk, maintenant vêtu de peaux de bêtes sauvages, portera peut-être un jour la superbe couronne de France. Que ne fait pas le temps, cl quelles étranges révolutions n'amènc-t-il pas sur la terre !

Notre première origine, du moins, est plus noble que celle de Rome : nous n'avons pas eu pour fondateur un berger Romulus, qui, pour peupler sa petite ville, fit signifier à tous les voleursjbrigands, meurtriers de l'Italie et de la Toscane, de venir jouir chez lui d'aune sauvegarde infânie.

En me promenant donc, je voyage dans l'antiquité ; je me rappelle les époques les plus intéressantes. Je me plais à croire que je suis descendu des Francs, qui portaient les cheveux longs, et non du peuple subjugué, dont on coupait la chevelure. A mon amour pour la liberté, je me sens de la race du peuple vainqueur, qui conservait ses cheveux dans toute leur longueur ; et quand je vois les cheveux flottants de nos présidents, conseillers et jeunes a\ocats, je me dis: Voilà les Francs !

J'aime à me représenter cette ville superbe, sortant d'un marais fangeux, vers la fin de la seconde race, et enfermée jus-

qu'alors entre les deux bras de la rivière. Je ne rencontre point de bœufs sans me dire : Voilà les coursiers du carrosse du roi Dagobcrt :

Quatre bœufs attelés, d'un pas tranquille et leot, rromeaaieat dans Paris le monarque indolent.

11 y avait loin de ce char à celui qui conduisait Louis XVI, le jour de son sacre, dans la ville de Reims. Mais le bon Dagobert ne croyait peut-être pas à la possibilité d'une plus grande magnificence. r

A la rue du Pel-au-Diable et Tire-Boudin je vois succéder les belles rues qui environnent le Luxembourg^ le Palais-Royal et les Tuileries. Des hameaux ont été le berceau de grands empires, et des Barques de pêcheurs Torigine des puissances maritimes.

 mesure que le cimetière des Innocents vient affliger ma vue, j'aperçois aussi la tour octogone où Ton faisait sentinelle contre les Normands, dont les incursions subites et fréquentes alarmaient la ville. Dans la belle rue Saint-Antoine, venaient des choux, des carottes et des navets : là se tint le tournoi où Henri II fut blessé; là se battirent depuis, et se firent justice mutuelle^ les infâmes mignons de Henri III. Enfin, je me rappelle que les droits de la porte du Nord^ sous Louis le Gros, ne rapportaient que 12 francs, c*c8t-à-dire environ 408 livres; et si la ville était petite alors> elle était du moins heureuse.

Le quartier de l'Université me dit que Philippe-Auguste aima les lettres, et fonda les écoles î ces écoliers peuplèrent la ville^ et c'est à raison de cette population que le parlement devint se* dentaire sous Philippe le Bel : ainsi les lettres ont toujours été

utiles i. Je glisse un peu sur le pavé; cela me fait souvenir

qu'on ne commença de paver les rues qu'en 1184, et que ce fut Un financier qui fit cette bonne œuvre : après en avoir donné lé projet, il contribua beaucoup à la dépense.

Si je traverse la place des Victoires, je me dis : On volait en t^lein jour sur ce terrain où Ton voit aujoui*d'hui la figure d*un

roi qui voulut être conquérant. Ce quaiUer s'appelait le quar^ lier Vide-GoiASset, Un petit bout de rue, qui conduit à la place où Je souverain est'représcnté en bronze^ en a retenu le nom ; et dans cette place des Victoires, qui a si longtemps révolté J'Ëurope, je ne puis m'empêcher de me rappeler ce coui-tisan (1) qui, selon Tabbé de Chuisy, avait eu le dessein d'acheter une cave dans Féglise des Petits-Pères, de la pousser sous terre, jusqu'au milieu de cette place, afin de se faire enterrer, et de pourrir religieusement sous la statue de Louis XIY, son maître, l^homme immortel.

k ue traverse point la rue de la Ferronnerie sans voir le cou* tcau sanglçmt de Ravaillac sortir fumant de ce cœur généreux qui ne méritait pas de mourir de la mort des tyrans.

C'est le bon Henri lY qui a fait achever le pont Neuf; son effigie a réjoui ma vue, presque chaque jour de ma vie : mais jusqu'à quand dureront les maisons sur les ponts; les marchés

iurects, étroits et sans abords ; les rues tortueuses, embarrassées et malpropres ?

Et je vois la Bastille, que Charles Y fit bâtir, sans en deviner 1^ futur emploi, et que tout ami des lois ne considère point sans s'indigner et gémir.

C'est tout auprès, et sur le quai des Gélestins, que je revois en idée rhôtel Saint-Paul, qu'occupait le sage Chailes V. La loyauté, alors, avait un front populaire, la maison royale était flanquée de colombiers, les jardins renfermaient des légumes^ et un luxe monstrueux ne consternait pas le regard du citoyen.

Rue des Écrivains. Le nom de Nicolas Flammel, si cher aux adeptes, me revient en mémoire; il fut bienfaisant, et consé* quemment sa mémoire doit être honorée. 11 fonda des hôpitaux, et toutes ses libéralités ont porté Tempreinte d'un véritable ami

(j) Le maréchal de la Feuillade. Il atait déplu d'abord au roi ; il dit : • Il a de Va^ • version pour moi ; eb bieu^ je la surmonterai, et je serai son favori. •

{Noie de Meroier.)

de rhumanilé. Je voncre Nicolas Fin m mol et Pernelle sa femme. Qu'il ait trouvé la pierre philosophale ou non, ses recherches, ses travaux et ses fondations annoncent un homme supérieur à son siècle.

Quand je mVmbarqiie ou que je débarque au port Saint- Landry, il m'est impossible de ne pas me souvenir que le corps d'Isabeau de Bavière, cette méchante reine, femme de Charles yi, morte en 1435, fut confié à un batelier, qui avait ordre de le remettre, sans autre cérémonie, au prieur de Saint-Denis; les frais de telles obsèques n'étaient pas considérables.

L'église Notre-Dame, qui ne fut achevée qu'au bout d'environ deux cents ans, et dont le portail très-curieux porte l'empreinte du génie de nos pères, est un monument qui a de la grandeur, de la majesté, et dans lequel je me promène toujours avec plaisir. On a reblanchi ce temple, et il a perdu cette teinte vénérable et cette obscurité imposante qui commande un respect religieux.

Le Palais, jadis séjour des rois de la troisième race, incendié il y a trois ans, est rebâti au moment que j'écris. Les magistrats n'arrivaient point alors dans un équipage. On voyait deux conseillers en robe et en rabat, montes sur la même mule, débarquer fraternellement sur les degrés de la grand'salle, et s'en retourner de même.

J'entre dans la petite église de Saint-Pîerrc-aux-Bœufs, qui fut profanée en 1S03 par un jeune homme d'Abbcville. Il arracha l'hostie des mains du prêtre, en s'écriant : Quoi! toujours cette folie! Ce jeune homme était instruit; entendait très-bien Homère, Cicéron et Virgile : il fut brûlé vif pour réparation.

Et la nie d'Enfer, où l'on ne voit plus ni diables ni revenants, mais qui porte sur des camères beaucoup pins dangereuses. Saint Louis la donna aux chartreux pour exorciser ces fantômes: depuis ce temps on n'y vit plus de spectres, et lesdites maisons," bien peuplées, rapportent de bel et bon argent.

L'hôpital des Quinze-Vingts fut fondé par le même saint

Louis: on vient de le mettre à bas, et la place est nette. C'était laque les prédicateurs faisaient la répétition des sermons qu'ils devaient prêcher à la cour.

Rue de la Poterie, commença le spectacle français : c'était le procureur du roi qui faisait la police, et non les gentilshommes de la chambre, qui faisaient alors le lit du roi^ et rien de plus.

Aux Halles, Charles V, encore Dauphin, haranguait de toutes ses forces contre Charles le Mauvais, roi de Navarre ; mais il y fut sifflé, parce qu'il n'avait pas la bonne mine et l'éloquence de son adversaire.

Rue des Prouvaires ; Alphonse V, roi de Portugal, fut magnifiquement logé chez un épicier, ainsi que nous avons vu de nos jours l'empereur habiter un appartement garni, rue de Tournon, aûn d'y être plus libre qu'ailleurs.

C'est à la butte Saint-Roch que la pucelle d'Orléans se distingua et fut blessée en attaquant Paris, dont les Anglais étaient les maîtres. Cette butte Saint-Roch portait encore, il y a cent ans, des moulins sur la cime.

Au reste, le grand César a logé dans la Cité, et l'empereur Julien aussi, qui aimait fort les Parisiens et leur ville, ce dont je lui sais bon gré.

Rue de l'Université : je songe aux privilèges de cette université, tombés en désuétude (1). Dès qu'on y portait quelque atteinte, elle fermait ses écoles : plus de leçons théologiques, scolastiques; plus de sermons. La cour alarmée était forcée de céder. Le nom de Charlemagne, alors, remplit mon imagination : les bulles des souverains pontifes régissaient ce corps, chez lequel étaient concentrées toutes les lumières. 11 ne lui re.ste plus, de cette ancienne et incroyable puissance, que quelques formes extérieures. Le recteur fait ouvrir les deux battants chez

(1) U faudrait aujourd'hui la détruire. l\ est inepte d'entretenir cent professeurs pour enseigner un peu de latin et quelques mauvais sophismes : voilà lout ce qu'il» font; et la langue française, que ces professeurs parlent et écrivent si mal, aucun tôlier ne la sait au sortir de leurs écoles. [Noie de Mercier.)

le roi, et se promène dans Paris, tous les trois mois, comme le monarque des esprits : c'est ordinairement un pauvre pédant, gonflé de latin et de sottise. S'il meurt pendant son rectorat, l'université a le droit de le faire enterrer à Saint-Denis^ à la suite des rois. L'université, toutefois, a donné Fidéè des postes.

Je me rappelle en riant, au sujet des droits du recteur, que Jules 11 menaçait de jeter un interdit sur le royaume, et de citer Louis Xll, le clergé de France et le pailcment de Paris à comparaître devant lui.

Je ne puis pas entendre parler de la cloche de Saint-Germain TAuterrois, parce qu'elle donna le signal du massacre de la Saint-Barthélémy.

La nouvelle église de Sainte-Geneviève me prouve que dans tous les temps on a demandé à celte sainte bergère la guérison des princes et des rois, ainsi que de la pluie dans la sécheresse et du beau temps dans la pluie. Ce nouvel édifice va propager encore cette vieille coutume, et il y a apparence qu'elle subsistera longtemps.

Dans l'ancienne église j'ai baisé, pour mon compte, la châsse découverte de la sainte avec toute la populace de Paris, le 10 mai 1774, au moment même que Louis XV expirait ; et je me souviens d'un^'bon mot qui fut dit à mes côtés et que je n'imprimerai pas, car il ne faut pas tout imprimer.

En contemplant la façade du Louvre, je me dis : Louis XlV avait une furieuse passion pour l'architecture: car, malgié tout son orgueil, il a traité le cavalier Bernin à l'instar d'un sou* verain ; et néanmoins le dessin de Claude Perrault, quoique médecin de profession, fut heureusement préféré; et c'est d*un tel homme que le versificateur Boileau a eu l'insolence de vouloir se moquer I

Âh ! si Louis XlV, m'écrié-je quelquefois, avait dépensé à Paris le quart de ce que lui coûta depuis son Versailles, Paiis serait devenu la plus étonnante ville de l'univers.

£t si je me trouve engagé dans la rue Troussc-Yache, je me souviens que le cardinal de Lorraine, revenant du concile de Trente et voulant faire une espèce d'entrée triomphante à Paris, fut cbargé Tertement par Montmorency : alors Sa craintive Ëminence se sauva dans Farrière-boutique d'un marchand, et de là sous le lit d'une pauvre servante, d'où il ne sortit que quand celle-ci voulut enfin se coucher.

Et le puits d'amour, rue de la Truanderie ! je le regarde avec respect ; c'était l'autel où les amants du bon vieux temps se juraient et se gardaient fidélité.

Rue Saint-Thomas-du-Louvre était l'hôtel de Rambouillet, bureau d'esprit où siégeait mademoiselle de Scudéri. On n'y traitait pas des questions profondes, politiques, métaphysiques, etc.; mais la conversation y était gracieuse, légère, et avait cette fleur de galanterie qui a été remplacée par la ù'oide et taciturne politesse.

Le burlesque Scarron, qui eut pour successeur le grav(^ Louis XlVf lequel épousa sa veuve, prude dangereuse s'il en fut jamais^ demeurait rue de la Tixeranderie.

A la place où l'on a vu, depuis, le clément Henri IV, fut brûlé le grand maître des templiers , et ce ne fut pas la seule victime. Le cruel Philippe le Bel se rendit coupable de ce crime atroce aux yeux de la postérité. Leurs privilèges et leurs possessions, leur ton qui visait à l'indépendance, voilà ce qui arma Philippe le Bel contre eux; et pour les anéantir, on leur chercha des forfaits imaginaires ; leurs biens meubles furent confisqués au profit du comte de Provence : quelle horreur !

C'est dans la vielHe rue du Temple que fut assassiné, par le duc de Boui^ogne, le duc d'Orléans, frère unique du roi Charles VI, qui, quoiqu'en démence, porta toujours le sceptre.

Et quand je passe vis-à-vis la nouvelle école do chirurgie, je ne puis m'empêcher de songer que la dissection du corps humain passait encore pour un sacrilège dans le commencement du

règne de François \". Combien de découvertes analomiques depuis ce temps-là ! et avec quelle rapidité cette science si relardée s'est accrue et perfectionnée de nos jours !

Fuyons ce passage, c'est la Morgue; c*est ce petit caveau pii l'on dépose les corps morts dont la justice se saisit, le tout pour qu'on puisse les reconnaître. La populace est avide de cet afireux spectacle ; c'est bien le plus révoltant que Fimagination puisse se représenter.

Qui croirait de nos jours que Téglise de Saint-Jacques-de-la- Boucherie fut jadis un lieu de refuge pour les assassins? Rien n'est plus vrai cependant.

A la place de Grève On ne peut traverser cette place sans

faire, malgré soi, des réflexions sur notre jurisprudence criminelle, qui, par son imperfection, contraste si honteusement avec les lumières de notre siècle.

Quand je passe la rivière au quai Malaquais ou des Quatre- Nations, il me revient en mémoire le discours de ce batelier, qui^ tenant Henri IV dans son bateau et ne le connaissant pas^ disait ne pas trop goûter les fruits de la paix de Vervins : a II y « a des impôts sur tout, jusqu'à ce misérable bateau avec lequel « j'ai bien de la piine à vivre. — Le roi, continua Henri IV, ne « compte-t-il pas mettre ordre à tous ces impôts-là? — Le roi « est un assez bon homme, répliqua le batelier, mais il a une « maîtresse à qui il faut tant de belles robes et tant d'affiquets! « et c'est nous qui payons tout cela : passe encore si elle n'était tt qu'à lui ; mais on dit qu'elle se fait caresser par bien d'au- « très. » Voici mon autorité : Essais sur Paris de Sainte-Foix^ tome m, page 278.

Je vois en plein ce Louvre d'où Henri III prit la fuite devant le duc de Guise, qui, manquant de le faire prisonnier, manqua ce jour-là de mettre la couronne sur sa tête, et de commencer en sa personne une quatrième race. Sous cette nouvelle dynastie la France aurait piis sans doute une tout autre forme, une combinaison différente; et les historiens historiographes de

Page 1