‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 31 sur 146 · LA SAINTE CHAPELLE. C · texte numérisé non relu

LA SAINTE CHAPELLE. C

Fiance n'auraient pas manque de. ... ; mais il ne s'agit point ici de cela : passons à un nouveau chapitre.

La Milnfo Chapelle*

Voyons la sainte Chapelle, fondée par saint Louis pour rem* placer Foratoire de Louis le Gros.

Nicolas Boileau-Despréaux, place si mal à propos au rang de DOS grands hommes, y est enterré précisément sous le lutrin qu'il a chanté.

De grands vitraux^ qui ont plus de six cents ans et qui ont été ^us par la reine Blanche, amante d'un beau cardinal^ font un très- bel effet , et rappellent le siècle des croisades. Les idées singulières qui régnaient alors reviennent en foule à notie mé* moire.

Dans ce même siècle, l'empereur Baudouin, ayant besoin d'argent, engagea avec un regret infini les reliques de sa chapelle; et le dévot Louis, roi dé France, dans la joie de son âiue, crut faire une excellente acquisition en payant deux millions huit cent mille livres de notre monnaie un morceau de la vraie croix, le fer de la lance dont le côté adorable de Jésus-Christ fut percé, une partie de Tépongequi servit à lui donner du vinaigre, et nu fragment de la pierre du saint sépulcre, etc. Puis il re* tira, pour une somme à peu près pareille, la couronne d'épines qui était en gage chez les Vénitiens. Rien n'égala son ivresse extatique quand il put rassembler dans une châsse ces précieuses conquêtes.

La nuit du 10 mai 1575, une main sacrilège déroba le morceau de la vraie cioix : quelle désolation ! On mit des gardes aux portes ; on fouilla tout le monde ; on fit une procession générale pour demander au ciel le recouvrement de la relique : on ne retrouva point les voleurs ni le vol. On publia que la

reine mère, avide d'argent, avait vendu cette relique aux Italiens, qui cependant en revendaient alors à toute TEurope.

Pour consoler la douleur publique^ on puisa dans le coffre un second morceau de la vraie croix; mais hélas! bien inférieur au premier en longueur, largeur et grosseui*. On Fenchâssa dans une croix toute semblable à celle qui avait été enlevée : cette croix est la même que Ton expose aujourd'hui à la vénération des fidèles.

Le chef de saint Louis est dans cette église : il appartenait au trésor de Saint-Denis ; mais le roi Philippe le Bel obtint du pape que le chef et une côte de saint Louis seraient transportés dans la chapelle de Paris. Néanmoins, pour ne pas trop affliger les bénédictins, qui se lamentaient sur cette perte^ on laissa au trésor la mâchoire inféileure de ce chef.

Le chantre porte au haut de son bâton une tête antique de Tempereur Titus, qu'on a métamorphosée en tête de saint Louis, à raison de quelques traits de ressemblance.

Ainsi, l'empereur Titus assiste tous les jours à l'office de la sainte Chapelle, tenant d'une main une petite croix et de l'autre une couronne d'épines. Certes, l'empereur Titus ne s'y atten* dait pas !

La nuit du jeudi au vendredi saint^ on expose publiquement h la Sainte*Chapelle un morceau de la vraie croix. Tous les épileptiques, sous le nom de possédés^ accourent en foule et font mille contorsions en passant devant la relique : on les tient à quatre; ils grimacent, poussent des hurlements, et gagnent ainsi l'argent qu'on leur a distribué.

On tolère ce spectacle ridicule pour entretenir^ parmi la po<pulaco, r^spcrance de la guérison miraculeuse de ces maux réputés incurables ^ ou pour maintenir la croyance quf lui reste.

Plusieurs de ces prétendus possédés, qui ne hurlent qu'à minuit précis, au moment que Ton lire du coffre l'instrument du supplice du Sauveur du monde, ont le privilège, ce jour-là.

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