‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 39 sur 146 · LA PETITE FÊTE-DIEU · texte numérisé non relu

LA PETITE FÊTE-DIEU

semblait de tous côtés des ecclésiastiques, qu'il chargeait d'ornements magnifiques, et qu'il traitait ensuite d'une manière splendide. Comme ses parents sollicitaient son interdiction, à raison surtout de ce faste religieux, il répondit au juge qui lui faisait subir un interrogatoire : u Si j'avais donné cet argent a « une courtisane, on ne Teût pas trouvé mauvais ; je Tai ap- < pliqué à la décoration du culte catholique, dans un royaume c catholique^ et Ton m'en fait un crime. »

Ce millionnaire a été interdit sur la requête de ses parents. Les détails de son procès sont infiniment curieux, et le caractère du marquis de Brunoy est un phénomène moral.

IM pctile Féle-Dleo.

C'est l'octave du jour solennel ; c'est une seconde procession tout aussi mangifique que la première. Quelquefois il a plu le jour solennel ; la procession n'a pu sortir, ou elle a été mouillée; quel revers pour la paroisse ! Mais l'accident n'est pas irréparable ; la procession prend sa revenche huit joui*s après, et la chance est plus heureuse. Tous les prêtres sont radieux ; l'encens, les fleurs, la musique les accompagnent. Le peuplé admire la belle ordonnance sous un ciel sans pluie, et se prosterne sur un pavé sec.

Ce jour a une double physionomie : le matin, c'est une fête ; les maisons sont tapissées, la ville est ornée; mais dès que la procession est passée, les échelles se dressent, -les tapisseries tombent, les reposoii's se décomposent, les boutiques s'ouvrent ; la foule travaillante se meut ; les pyramides de savon de l'épicier, l'étau du fourbisseur, la forge du serrurier, l'cscabdle du cordonnier, le mortier et les vipères du pharmacien se montrent à travers un reste de décoration. Dans une demiheure la ville a totalement changé de face. On aperçoit encore

de loin le dais, et les boutiquiers ont repris leurs fonctions.

C*est un jour hermaphrodite, car on ne sait s'il appartient à la pompe du culte ou à Tavidité du commerce ; c'est un mélange du sacré, du profane. On emporte précipitamment les tableaux et les statues des saints pour faire place aux pompons du luxe. L'air mondain chasse les vestiges sacrés ; le tumulte du négoce succède à Tordre paisible et religieux. San^ les fleurs dont le pavé est parsemé encore^ et qui attestent le passage du Saint des saints, on ne soupçonnerait pas que les prêtres, une demiheure auparavant, promenaient le Dieu invisible et présent au milieu d'un peuple agenouillé.

Le dimanche suivant, c'est encore une procession dans le faubourg Saint-Laurent. On rappelle le grand pardon. Elle est vraiment remarquable, en ce qu'elle est plus nombreuse que toute autre^ et plus longue que le long faubourg qu'elle parcourt. La paroisse Saint-Laurent a emprunté ce jour-là les encensoirs de toutes les autres paroisses^ et des chasubles de toute couleur. Deux cents jardiniers en cheveux ronds sont transformés en] prêtres^ et portent Thabit sacerdotal. Deux reposoirs qui rivalisent représentent l'un un chapitre de l'Ancien Testament^ et l'autre du Nouveau. Toutes les couronnes dç fleurs sont suspendues dans les airs. Des enfants nus, gras et dodus, sont autant de petits saints Jean, et Tagneau vivant les suit^ mené avec un ruban couleur de rose ou de bleu. Dans cet état d'innocence et de nudité^ quelquefois ces enfants ont donné aux petites filles du quartier la première information sur la différence des sexes. Des Madeleine de huit à dix ans pleurent les péchés qu'elles commettront un jour, et de grosses servantes, vraiment pécheresses, les tiennent par la main; ce serait bien à celles-ci de pleurer. Une multitude de vierges, âgées de quatre à cinq ans, allongent la procession.

Les filles du Sacré Cœur de Jésus marchent posément, mettant leur gloire à. ne point regarder à côté d'elles les curieux pressés qui les regardent avidement.

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