LA PETITE FÊTE-DIEU
Les bannières des différentes confréries offrent leur saint, martyr ou confesseur, les uns relevés en bosse d'or^ et les autres en argent. Celui qui porte la bannière marche sur une ligne droite; il peut s'arrêter^ mais il ne rétrograde point.
Cent cinquante thuriféraires font jaillir Fencensoir, qui monte et retombe en cadence. Le groupe se dessine sous toutes les formes^ et le jet varie dans les airs les figures argentées et fumantes, les roses pleuvant. Une musique bruyante et militaire annonce l'approche du dais, sous lequel l'hostie est placée^ et que les notat>les environnent respectueusement, heureux de tenir le cordon qui touche au sanctuaire ambulant. La foule pressée et en extase se courbe, ne pouvant s'agenouiller. Quarante suisses robustes, croisant leur hallebarde, ont peine à retenir le flot du peuple, qui se précipite pour être plus près du soleil orné de riches pierreries. Ces suisses ne marchent point, ils sont poussés par le peuple, et ils n'ont plus qu'à lever la jambe pour avancer ; c'est un rempart vivant et tout en sueur qui contient l'enthousiasme religieux.
Cependant le corps diplomatique, rangé sur les balcons de l'ambassadeur de Venise^voit défiler la procession. Les représentants des souverains protestants s'inclinent où fléchissent le genou, à l'exemple de l'ambassadeur du roi très-catholique. Quel triomphe pour le catholicisme I C'est l'Europe entière qui se prosterne devant le bon Dieu de Saint-Laurent.
Tout le corps diplomatique rassemblé sur ce balcon, et témoin respectueux d'une procession/est une chose que j^ai vue et que je n'ai pas dû passer sous silence. Et qu'on dise que la religion n'est pas triomphante, tandis que deux cents mille hommes accourent à ce pieux spectacle, et que les politiques de toutes les cours souveraines s'inclinent devant le passage du dais. Non ! la religion n'a pas souffert de toutes les attaques qui lui ont été portées par les incrédules. Entrez dans les églises, elles sont pleines 1 visitez les confessionaux, ils sont remplis ! Trois mille messes se disent par jour 1 pas un reposoir n'a perdu
une fleur depuis quarante aus ! aucun coup d'encensoir ne s^est abaissé d'une ligne ! Tous les cris des incrédules ne sont que des murmures impuissants et perdus !
L*œil fîxé sur le balcon de Tauibassadeur de Venise^ je me disais : Les voilà, les politiques de TEurope ! ils ont vu passer la procession, et ils ne douteront point de sa^ éalité. Remarquons en passant que le corps diplomatique, quoique d'ailleurs très-instruit et très-respectable, jargonne le français, et que chacun lui donne Taccent de son pays. Ne pouvant pas visiter tous les souverains de TEurope, j'ai du moins vu leurs représentants. Ce balcon n'était point la tour de Babel ; la confusion des langues n'y régnait pas; mais on pouvait néanmoins enlendie toutes les modulations étrangères que les agens de la politique européenne impriment à la langue française.
XXVffl.
C^nffeMiioBiiAl*
Je traverse une église, je vois une robe soyeuse, ondoyante, qui tombe avec grâce sur une jambe dont mon œil devine la légèreté et le contour ; un mantelet serre dès appas, sans en dérober l'élégance; des cheveux blonds percent à ti-avers la coiffure : je m'anête, il faut que je devine l'âge sans voir la figure... C'est une beauté de dix-sept ans^ qui est à genoux dans la boîte, le cou baissé, et dont Thaleine douce, fraîche et pure^ se perd dans la barbe grise d'un capucin; également intéressante, soit qu'elle mente par pudeur, soit qu'elle hasarde par crainte des demi-aveux. Mais si elle se confesse à un jeune vicaire aux sourcils noirs, au nez aquilin, à la belle jambe, aux manchettes lissées, quelles bornes auront la curiosité de l'un et la naïve confiance de l'autre?
Je ne la vois pas, mais je devine encore que son sein palpite ; elle parle et n*ose souffler. Sans doute elle est innocente en