DES FEMMES
placent leui*s amants^ leurs favoris, leurs maris, et enfin ceux qui les payent.
On voit beaucoup de femmes qui disent d'après Ninon : Je me mis fait kamme. Aussi une insultante galanterie ne rend plus aux belles qu*un culte ironique et offensant.
Jamais autrefois, en parlant du sexe, on ne disait les femmes ; on aurait proféré une expression grossière.
Jean-Jacques Rousseau a dit des choses si dures aux femmes de Paris, que je n'ose même le combattre. 11 avoue que Ton peut et que Ton doit y chercher une amie. Je pense, en effet, qu'il s'y trouve beaucoup de femmes sensées, véritablement sensibles aux nobles procédés, et capables de la plus grande constance en amitié. Mais en amour Oh! je n'ai pas le droit,
comme Jean-Jacques, de leur dire de terribles vérités. Lui seul a su leur plaire en ne les flattant pas.
Milord Chesterfield, après avoir encensé de son mieux notre nation, a fini par dire à Foreille de son fils que les femmes parmi nous sont de grands enfants qu'il faut amuser avec deux hochets, la vanité et la galanterie.
Nous avons des mines charmantes, des yeux vifs et malins, des physionomies gracieuses et fines, des têtes spirituelles ; mais on compte les belles têtes, et elles sont excessivement rares.
Pourquoi les femmes aiment-elles la capitale? parce qu'elles y sont environnées d'un plus grand nombre d'adorateurs. Parlez-leur de la campagne, elles ne déguisent pas ravei*sion qu'elles ressentent pour ce séjour solitaire, où elles se sentent bien moins puissantes.
Quelque impérieuse que puisse être une femme parisienne, elle reconnaîtra toujours l'ascendant de l'homme sur eUe, si celui-ci sait être ferme et prudent. C'est le mari qui fait la femme. Mais comme les trois quarts des hommes sont sans caractère^ sans force, sans dignité, il y a une foule de femmes dissipées, dépensières, galantes et insolemment altières.
C'est le principal défaut de nos femmes que l'orgueil, le rang
et Fopulence ont enivrées de trop bonne heure. Rien ne choque plus que ce ton étrange, parce que la femme^^ queU(! qu'elle soit^ ne peut jamais imprimer à son regard Tinsolence ou l'injure sans perdre de ses grâces, de sa dignité et de son empire réel. La nature a voulu qu'elle ne pût jamais s'élever audessus d'un homme par son geste ou par son accent, sous peine à l'instant même de paraître odieuse et ridicule. Rien ne la dispense de cette subordination étemelle, fût-elle sur le trône du monde. Elle peut commander, faire agir toutes les passions despotiques et même orgueilleuses : mais il ne lui est pas permis d'être insolente envers un homme, c'est-à-dire d'oser mépriser son maître.
Les femmes qui ne comprennent guère une idée politique, pour peu qu'elle soit vaste et un peu compliquée^ ont des notions admirables sur l'ordre et l'économie domestique. Elles sont précieuses chez un peuple qui vient de naître, et en même temps chez celui qui est tout à fait corrompu. Elles réparent à Paris, dans l'intérieur des maisons, le mal que la législation fait au dehors.
Chez les républicains, les femmes ne sont que des ménagères. Mais les femmes sont pleines de lumières, de sens et d'expérience. Lorsque la nation n'existe point encore, ou bien lorsqu'elle n'existe plus, c'est alors qu'il faut les consulter : car, étrangères aux liens du patriotisme, elles tiennent merveilleusement les doux liens de la sociabilité.
Voilà leur véritable empire à Paris. Elles sont riantes, douces et aimables, tant qu'elles représentent. Dans l'intérieur domestique elles font payer à ce qui les environne la contrainte qu'elles s'imposent dans le monde. Elles ont affaire aux maris les plus débonnaires de ce globe; elles se piquent de perfectionner leurs vertus patientes, et de les subjuguer de toute manière.
Il est néanmoins une classe de femmes très-respectables ; c'est celle du second ordre de la bourgeoisie. Attachées à leurs maris et à leurs enfants, soigneuses, économes, attentives à leurs mai-