DES FEMMES
soDS^ elles offrent le modèle de la sagesse et du travail. Mais ces femmes n'ont point de fortune, cherchent à en amasser, sont peu hiûllantes, encore moins instruites. On ne les aperçoit pas, et cependant elles sont à Paris Fhonneur de leur sexe.
La coutume de Paris a trop accordé aux femmes^ ce qui les rend impérieuses et exigeantes. Un mari est ruiné s'il perd sa femme. Elle aura été malade pendant dix années, elle lui aura coûté infiniment : il faut qu'il restitue tout à son décès. De là la ti'istesse avec laquelle on serre des nœuds qui ailleurs sont si doux.
A un certain âge, la femme qui ne se fait pas bel esprit, se constitue dévote. Elle en prend la contenance, assiste à tous les sermons, court toutes les bénédictions^ visite son directeur, et s'imagine ensuite qu'il n'y a qu'elle au monde qui fasse de bonnes actions. Elle se le persuade si bien^ qu'elle damne tous ceui qu'elle rencontre, et surtout ceux qui impriment.
Nos femmes ont perdu le caractèi*e le plus touchant de leur sexe, la timidité, la simplicité, la pudeur naïve; elles ont remplacé cette perte immense par les agréments de l'esprit, les grâces du langage et des manières; elles sont plus courues, moins respectées : on les aime sans croire à leur amour; elles ont des amants plutôt que des amis. Ceux-là disparaissent, et ceux-ci ont le malheur de les ennuyer. Elles se trouvent seules sur le retour de l'âge, après avoir passé au milieu de tant d'hommes dont elles ont plutôt captivé le cœur que l'estime.
Elles ont fait trop de chemin pour pouvoir revenir à leur sexe; il faut qu'elles se fassent hommes tout à fait, au risque de perdre encore davantage. Mais du moins elles ne seront plus des êtres mixtes, et notre hommage alors sera plus sérieux.
IIG TABLEAU UË PARIS
xxxviir.
Les femmes dans la capitale jouissent non-seulement de la plus grande liberté possible^ mais encore du plus incroyable crédit. Par des manœuvres secrètes et particulières, elles sont rame invisible de toutes les affaires^ elles réussissent sans presque sortir de chez elles, elles déterminent la voix publique dans des circonstances où elle semblait d'abord demeurer indécise.
Qu'il y ait une rixe entre mari et femme, le mari commence par avoir tort, et au bout de trois jours il est peint des plus afireuses couleurs. La ligue offensive et défensive se manifeste de tous côtés : en vain les avocats, les lois, le jugement sont pour le pauvre époux; tout cela est cassé a un auti'e tribunal. Les femmes soutiennent leur parti, malgré les démonstrations les plus authentiques, et après avoir ameuté les esprits, finissent par les entraîner.
Hais malheur à celle qui n'est pas mariée I rien ne lui est permis : on lui fait un crime de tout. Les mères sont d'autant plus vigilantes, qu'elles connaissent tous les tours que les passions peuvent inspirer. Ainsi le rôle de fille est le plus cruel rôle du monde. On la dresse à tous les riants atours de la mignardise et de la coquetterie; on ne lui imprime que Taraour des arts, qui servent et embellissent la volupté; on ne lui impose d'autre devoir que la science de plaire : et Ton veut que, renonçant au but de tant d'instructions, elle soit froide, sourde à tous les propos qui circulent autour d'elle, et qu'elle demeure même insensible au plaisir qui naît de l'impression de ses charmes.
11 faut donc qu'elle dissimule avec un cœur neuf, et qui ne semblait pas né pour soutenir le rôle d'une feinte perpétuelle.